En ville, dans les quartiers ou à la campagne, les coffres-relais utilitaires métalliques constituent des éléments familiers du paysage néo-zélandais, des objets essentiels pour assurer la gestion des cables des réseaux électriques et de télécommunications ainsi que l'alimentation des bâtiments en tous genres. Depuis quelques années, ces boîtes aux couleurs traditionnellement "vert militaire" apportent une palette de couleurs plus variées au paysage parce que, nouvelle corde à leur arc, elles ont commencé à servir de support d'expression aux artistes locaux*. Alors évidemment comme l'un de mes dadas à moi ce sont les collections, leur aspect récurrent sans cesse renouvelé a forcément attiré mon attention et elles ont intégré mon carnet de chasse des sujets photographiques que j'accumule : j'adore !
J'aime d'autant plus que ce sont souvent des éléments typiquement néo-zélandais qui sont représentés ... le nationalisme à travers l'art urbain, en voilà un sujet !!!
Dans ce domaine de l'art urbain, Chorus, un des fournisseur d'accès de broadband semble le plus impliqué avec environ 450 de ses coffres-relais [DSL Cabinet (Digital Subscriber Line)] déjà décorés un peu partout sur le territoire. Ils sont d'ailleurs référencés sur un blog dédié du site du fournisseur où sont donnés, le nom de chaque représentation (et/ou l'adresse), celui de l'artiste, plusieurs vues et parfois l'interprétation de l'oeuvre.
Artiste local d'Auckland, Paul Walsh a déjà signé plusieurs de ces peintures qui lui donnent pas mal de visibilité en ville. Il explique sur son blog que ces boîtes sont mises à la disposition des artistes qui doivent d'abord faire une demande d'autorisation auprès du fournisseur dont l'implication ne va pas plus loin, sachant qu'il ne peut pas rénumérer les artistes pour des questions de propriété et de droits et que les peintres doivent trouver seuls le financement pour la réalisation de leurs projets.
Au départ, Paul Walsh avait donc lancé une souscription participative mais il est désormais possible de faire appel à un autre intermédiaire, Keep New Zealand Beautiful, qui propose des bourses de financement dédiées. Né à la fin des années 1960, cet organisme s'est d'abord occupé des campagnes d'éducation pour développer le civisme afin de garder propre la Nouvelle-Zélande où on ne jette pas n'importe quoi n'importe où ("be a tidy kiwi"). Progressivement ses missions en sont venues à englober la question des graffitis et de l'embellissement qui trouvent ainsi une mise en application idéale avec ce projet au travers des bourses.
Ce projet Chorus est le mieux documenté et celui qui est le plus relayé sur Internet et dans la presse mais ce n'est pas le seul. Avec un peu d'attention, on s'aperçoit que d'autres coffres-relais servent de support même si pour eux, il est difficile de trouver des informations, elles sont donc quasi-inexistantes pour toute une partie de ma collection. J'y ai toutefois quelques chouchous, dont ces coffres décorés en harmonie avec les autres éléments environnants, ici, les toilettes publiques de Rotorua à proximité du lac ...
... là, un ensemble avec le mur de façade d'une poste à proximité de Green Bay/Auckland :
... ou encore, un mur de brique à Auckland abritant un relais électrique proche de Silo Park :
Là, deux boites assorties sur le trottoir de la grande rue de Newmarket :
Et puis ça fonctionne aussi sur d'autres type de boites, les grosses :
... ou les citadines plus menues et coquettes sur lesquelles toutes les faces comptent, ethnico-rigolo-flashy à Wellington :
... ou toute en finesse et en légèreté pour évoquer le ballet près d'une salle de spectacle à Napier :
L'art de la boîte, une façon approuvée "d'embellir" la Nouvelle-Zélande.
"Yaka" ouvrir l'oeil et l'objectif !
Nota :
* Même s'il est bien développé, l'art des relais utilitaires n'est pas une spécificité néo-zélandaise, il existe dans d'autres pays et villes, notamment en Corée du Sud et en Suisse où nous l'avions déjà observé et photographié.
Plus d'infos : Chorus - Cabinet Art Gallery ICI Keep New Zealand Beautiful - Chorus Cabinet - Funding GrantsICI The Chorus Cabinet Project - Blog de Paul Walsh ICI
Tirau (anciennement Oxford) est un village situé à l'embranchement de deux nationales importantes, la route 1 qui traverse tout le pays*, du Cap Reinga à la pointe nord du Northland jusqu'à Wellington pour l'île du Nord et la route 5 qui part vers l'est jusqu'à Napier en passant par Rotorua et Taupo. En dehors de cette position particulière sur l'axe routier, ce village rural du Waikato était un lieu de passage sans aucun atout notable avant qu'il ne devienne la capitale de l'art de la tôle ondulée et une étape où s'arrêtent désormais beaucoup d'automobilistes, le temps d'une pause pour faire quelques clichés et parcourir la grande rue en musardant dans les boutiques et les cafés.
Tout a commencé en 1994 avec l'arrivée de Nancy et John Drake. Tous deux enseignants, ils s'étaient découvert au cours de leur carrière une passion pour la laine, du mouton à la tonte, du filage au tricot. La popularité des réalisations de Nancy dépassant largement le cadre familial et la retraite approchant, le couple souhaita se reconvertir et chercha un endroit pour ouvrir une boutique / salle d'exposition (Wool Gallery) dans l'île du Nord. Après bien des recherches, ils finirent par atterrir à Tirau où il achetèrent un grand terrain central, au bord de la route. John voulait pour sa femme une boutique qui attire l'oeil pour que les gens s'arrêtent. C'est ainsi qu'après plusieurs essais infructueux avec divers matériaux, il en vint à concevoir la première réalisation 3D en tôle ondulée de la ville constituée d'un long hangar au bout duquel il accola une tête de mouton géante en guise d'enseigne (pas de règlementation en la matière, il faut juste que ça ne tombe pas !). Nancy avait déjà ouvert sa boutique qui vivotait à peine mais une fois la vision de John réalisée et sans jamais faire d'autre publicité, le succès fut immédiat : non seulement les automobilistes s'arrêtaient mais en plus, la curiosité aidant, ils venaient voir d'un peu plus près, entraient et achetaient, le chiffre d'affaires décolla !
Fort de son succès, John fit alors la promotion de la tôle dans le village mais la collectivité locale se montra d'abord frileuse, préférant revitaliser ses activités au travers de magasins d'antiquités, comme à Paeroa, pas si original. Il eût sa revanche lorsque la communauté le sollicita pour utiliser une partie de son terrain afin d'y installer des toilettes publiques. Il donna son accord à condition que le projet soit réalisé dans une continuité de style par rapport à ce qu'il avait lancé, il avait l'idée d'un chien. La conception du bâtiment qui devait être construit par des bénévoles commença sous la direction d'Henry Clothier, le propriétaire d'une boutique d'antiquité. Chacun avait un avis et voulait avoir son mot à dire mais Henry Clothier força la main de son fils Steven, un ingénieur, pour qu'il apporte son aide et s'assure de la solidité de la structure. Une fois embarqué, celui-ci s'investit totalement, modifiant le projet initial proposé par John qu'il remplaça progressivement par un chien de berger plus sophistiqué, terminé et dévoilé en 1998.
Le mouton et le chien de Tirau devinrent immédiatemment des landmarks et des icones nationales reprises dans la presse, entrainant de nouvelles commandes qui n'ont jamais cessées depuis et une activité que Steven Clothier n'avait sans doute pas imaginée ni anticipée mais à laquelle il se dédie au sein de l'entreprise qu'il a créée, Corrugated Creations (Créations en tôle ondulée).
Aujourd'hui, la tôle est l'ADN du village de Tirau qui s'est d'ailleurs autoproclamé "Capitale Mondiale de la tôle ondulée" avec ses enseignes qui sont comme une galerie à ciel ouvert. Une réussite qui dépasse les frontières du village et même du pays puisque ces oeuvres, des modèles uniques, s'exportent.
Inventée en Angleterre dans les années 1820 et longtemps utilisée dans les colonies comme matériaux bon marché pour faire des toits ou des réservoirs, la tôle ondulée a ainsi trouvé à Tirau une nouvelle jeunesse et de nouveaux débouchés. Ses qualités de légéreté, de souplesse et de résistance laissent une grande liberté d'utilisation pour toutes sortes de réalisations qui, à l'inverse d'une sculpture, doivent être réalisées de l'intérieur vers l'extérieur avec une bonne dose de technicité et d'ingénierie pour assurer équilibre et solidité. Corrugated Creation propose une large variété de réalisations uniques : des enseignes ...
... des animaux, des personnages, des
plantes, des véhicules, etc.
Dans le village de Tirau, outre les enseignes multiples, les bâtiments du chien et du mouton ont été complétés d'un troisième hangar en forme de bélier, d'un berger et plus récemment, d'un autre local assez amusant de toilettes publiques qu'il faut aller chercher dans une rue perpendiculaire à l'axe routier principal :
À mi-étape entre Auckland et Rotorua, l'arrêt à Tirau est amusant et ne demande pas énormément de temps sauf si on traine dans les cafés et les boutiques parfois assez tentantes. On peut y commencer une collection de photos sur le thème de l'art de la tôle et l'enrichir ensuite en sillonnant le pays où ce type de réalisation fait figure de kiwiana*.
Et pour conclure la petite histoire : le magasin de laine existe toujours mais il est tenu par Sally, la fille de John et Nancy à qui ils ont passé la main. John rêvait d'ajouter un cochon à sa collection de bâtiments, pas sûr que cela se réalise un jour, il semble que ce soit le bélier qui lui a été préféré ...
À voir :
Vidéo youtube expliquant la réalisation d'une enseigne par Corrugated Creation (Anglais - 8'15) :
Nota :
* La route 1 traverse non seulement l'île du Nord mais aussi toute l'île du Sud, de Picton à Invercargill / Bluff.
* Les kiwianas sont les objets typiquement néo-zélandais. Dans le village d'Otohoranga qui se considère comme la "Capitale des Kiwianas", on peut voir deux grands et célèbres kiwis réalisés en tôle, à Tirau, par Corrugated Creations.
Un des kiwis en tôle d'Otohoranga, "capitale des kiwianas" - Source : Wikipedia Common
Plus d'infos : Corrugated CreationsICI Corrugated Creations GalleryICI Tirau's Tin Sheep turns ten - NZ Geographic Nov-Dec 2004ICI Tirau - South Waikato District CouncilICI
Depuis le 3 mars et jusqu'au 6 mai, plus d'une centaine de hiboux sont disséminés dans les rues et les quartiers d'Auckland, la chasse ouverte aux amateurs pour les dénicher.
Sur le même modèle que la Cow Parade dont les vaches écument le monde depuis presque vingt ans, comme les lions de Lyon ou encore les ours de Berlin, Aukland se met à la page du street art animalier éphémère.
L'idée des hiboux a été reprise d'une action similaire menée en 2015 au Royaume Uni*, lancée pour lever des fonds à l'occasion des quarante ans de la Child Cancer Foundation qui soutient les familles des enfants touchés par le cancer tout en menant des campagnes de sensibilisation et d'information.
Le volatile a été choisi parce qu'il est associé à "l'imaginaire de la narration dans lequel il symbolise la sagesse, la migration, la diversité,
l'apprentissage et l'intelligence".
Avec l'aide de la société Haier qui sponsorise l'événement d'Auckland, des artistes ont été mis à contribution pour habiller les hiboux qui seront vendus aux enchères à la fin de l'exposition, les bénéfices reversés à l'association s'occupant de la cause du cancer des enfants.
Produits "nus" par une société anglaise d'événementiel, Wild in Art, les modèles ont été fabriqués en deux tailles - grande (1,6 mètre - 48 créations) et moyenne (90 centimètres - 61 spécimens).
Les oeuvres réalisées sont exposées en extérieur (lieux de passage, rues, places, etc.) ou en intérieur (bibliothèques, centres culturels, centres commerciaux, etc) avec la concentration d'une trentaine de sujets au centre ville, le reste dispersé un peu partout dans les quartiers d'Auckland.
La plupart des hiboux sont sponsorisés par des entreprises ou des organismes, les grands hiboux exécutés par des artistes plus ou moins reconnus alors que les modèles plus petits ont été confiés à des élèves, dans le cadre de projets scolaires.
Un jeu de piste à travers la ville permettant de découvrir ou d'approfondir la connaissance des quartiers, des noms d'oeuvres amusants avec ou sans jeux de mots pour parfaire son anglais (Beach T'Owl, Owl Black, Mr Me-Owl, etc.), des oeuvres inspirées de la culture locale, autant d'éléments qui garantissent l'aspect ludique, éducatif et culturel de l'exposition.
Le site de l'événement donne pas mal d'informations, il existe également une App et une "Trail Map" avec informations et carte positionnant tous les hiboux de la ville* si on ne veut rien manquer mais on peut toujours laisser faire la chance et le hasard, surtout au centre ville.
Nota : * Selon Child Cancer Foundation trois enfants sont diagnostiqués d'un cancer en Nouvelle-Zélande chaque semaine. À l'échelle nationale et à tout moment donné, l'association apporte une aide à 500 familles au travers d'un soutien individualisé à l'hôpital, la maison ou dans la communauté.
* J'ai trouvé la Trail Map, gratuite, dans une galerie de la ville alors que l'office de tourisme n'avait pas d'informations, les employés ignorants de l'événement en cours et de peu d'aide.
Plus d'infos : The big hoot AucklandICI Child Cancer Foundation NZICI Wild in ArtICI The Big Hoot BirminghamICI Cow Parade ICI
Biennale des lions - Lyon ICI Buddy Bears BerlinICI