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lundi 5 novembre 2018
La trilogie de l'arbre kauri de Sarah Lark
Après Les rives de la terre lointaine, volume 1 de la trilogie du kauri, la deuxième saga néo-zélandaise de Sarah Lark se poursuit avec toujours un peu les mêmes ficelles : des familles dont on suit les générations qui se croisent et se mèlent, une énorme dose de romantisme, des éléments historiques détaillés "in vivo" afin de découvrir quelques événements clés qui ont façonné la Nouvelle-Zélande.
Dans l'ombre de l'arbre Kauri/The kauri tree, il est ainsi question de la lutte des suffragettes qui se sont battues pour obtenir le droit de vote sachant qu'en la matière, le pays fut véritablement pionnier en accordant ce droit aux femmes (et aux maoris) dès 1893. Les motivations et les circonvolutions complexes liées à ce progrès sont bien abordées dans le livre, notamment la question de la "tempérance" et des mouvements religieux. Le volet maori est un autre grand sujet bien développé dans ce deuxième volume avec notamment l'expérience unique du village de Parihaka dans la région de Taranaki. Son guide sprirituel, Te Whiti o Rongomai, est parfois qualifié de "Gandhi" avant l'heure pour son approche pacifiste visant à contrer les blancs trop avides de récupérer les terres maories. On découvre également des éléments sur la côte ouest de l'île du sud avec ses mines de charbons ou sur les début des courses de chevaux, les paris et entourloupes qui les entourent.
Avec les larmes de la déesse maorie / Flight of a Maori goddess, on poursuit la saga familiale et historique au tout début du XXème siècle. Une partie de la nouvelle génération va se porter volontaire pour renforcer les troupes qui partent combattre en Afrique du Sud dans la terrible guerre menée contre les Boers. On sort du territoire de la Nouvelle-Zélande mais cet épisode marque le début de ses engagements militaires avec ses premiers traumatismes. Il est également question d'un exploit aérien non enregistré officiellement mais qui aurait précédé celui des frères Wright ...
Des livres faciles à lire, romantiques parfois à l'excès avec des destins de femmes malmenées mais réslientes. Des romans surtout très bien documentés ce qui en fait, pour moi, tout l'intérêt : une très bonne introduction au pays.
Nota : les deux sagas, celle du Pays du long nuage blanc et celle du kauri sont très complémentaires dans la mesure où elles creusent des aspects historiques différents (avec en guise de clin d'oeil quelques références à la première dans la deuxième).
Voir aussi :
LIVRES - Les rives de la terre lointaine / Toward the sea of freedom de Sarah Lark (Saga du kauri)
LIVRES - Saga "Le pays du nuage blanc" - Sarah Lark
dimanche 17 juin 2018
LIVRES - Les âmes brisées / What becomes of the broken-hearted d'Alan Duff
Les âmes brisées est la suite de l'âme des guerriers, deuxième volume d'une trilogie.
Quelques années après le drame qui a brisé la famille Heke - le suicide de Grace, 13 ans, et la mort violente de Nig, le fils aîné - on retrouve Jake, Beth et leurs autres enfants qui ont grandit. Le couple brisé par l'alcool et la violence au moment de la tragédie n'a pas survécu. Beth a refait sa vie et trouvé une stabilité avec un ancien éducateur qui l'a prise sous son aile avec ses enfants en leur offrant son amour, de meilleures conditions de vie et de nouvelles perspectives. Jake, un temps soupçonné du viol qui a conduit sa fille Grace au suicide, a d'abord continué à dériver, boire et traîner mais finit par trouver le chemin de la rédemption par l'amour, l'amitié et le sport qui canalisent sa violence alors qu'il se construit de nouveaux repères et surtout, l'estime de soi. Quand aux enfants, ils font leur chemin, l'un est à l'université, l'autre s'engage dans la voie des gangs comme son grand frère qu'il admirait alors que la plus jeune fille, bonne écolière, subit la violence des autres filles de son âge qui ne comprennent pas son assiduité ...
La violence des banlieues maories reste très présente mais elle ne forme plus la trame centrale brute du roman qui est plus axée sur les personnages, leur ressenti, leur transformation, leur rapport aux autres. Les protagonistes sont plus apaisés, plus matures et le récit s'élargit pour inclure notamment l'ancien voisin pakeha (non maori) qui se débat avec des difficultés financières qui l'amènent à vendre ses terrains petit à petit en entraînant une perte de son statut social.
Un bon livre qui permet d'aborder une partie de la Nouvelle-Zélande qui n'est pas la plus connue, dénoncée par un auteur qui sait de quoi il parle et qui arrive à donner une vision "de l'intérieur" d'une frange maorie en mal-être, se cherchant sans toujours se trouver.
À suivre.
Du même auteur :
L'âme des guerrier / Once were warriors
Titre original : What becomes of the broken hearted
Titre français : Les âmes brisées
Auteur : Alan Duff
Première édition : 1996
jeudi 24 mai 2018
LIVRES - Les rives de la terre lointaine / Toward the sea of freedom de Sarah Lark (Saga du kauri)
Au début du XIXème siècle, les conditions de vie sont difficiles en Irlande. Kathleen et Michael sont jeunes et amoureux et rêvent d'une vie meilleure mais le jeune homme qui cherche à financer leur immigration vers l'amérique est arrêté pour un vol de sacs de grains utilisés pour produire du whisky de contrebande, condamné et envoyé purger sa peine à l'autre bout de la terre, sur l'île de Van Damien (Tasmanie / Australie). Michael a promis de revenir mais la jeune femme, enceinte, se retrouve mariée à Ian Coltrane, un marchand de chevaux fourbe qui l'emmène vers la Nouvelle-Zélande où il lui fait payer le prix du nom qu'il donne au fils de Kathleen. Entre Tasmanie et Nouvelle-Zélande on va alors suivre le destin romanesque et aventureux de ces personnages qui passent par différents lieux marquant l'histoire de la région : la colonie pénitentiaire de Van Damien, la colonie de Christchurch, la station baleinière de Kaikoura, l'établissement de Dunedin dans l'Otago avant et après la ruée vers l'or, les relations avec les Maoris, etc.
Après le succès de la saga du Pays du nuage blanc, Sarah Lark remet le couvert avec une nouvelle saga néo-zélandaise, celle du "kauri" (arbre emblématique de Nouvelle-Zélande) dont Les Rives de la Terre lointaine / Toward the sea of Freedom est le premier volume. Ses héroïnes ont le beau rôle même si elles subissent encore une fois les abus des hommes avant de révéler des capacités de résilience et d'adaptation extraordinaires leur permettant de rebondir et de tracer leur chemin dans un pays où tout est à faire. Une trame romanesque qu'on appreciera, ou pas, mais qui sert de mise en scène dans un décor et un contexte historique soigneusement documentés (et décortiqués dans la postface) sur la Nouvelle-Zélande, tout l'intérêt de cette lecture facile et divertissante.
Titre anglais : Toward the sea of Freedom
Titre français : Les rives de la terre lointaine
Premier volume de la saga du Kauri
Auteur : Sarah Lark (Christiane Gohl)
Première édition : 2010
Saga du Kauri :
Volume 2 : À l'ombre de l'Arbre Kauri / Beneath the kauri tree
Volume 3 : Les larmes de la déesse maorie (à paraitre 06/2018)
mardi 17 avril 2018
LIVRES - Once were warriors / L'âme des guerriers d'Alan Duff
Années 1980, la chronique d'une famille maorie dans une banlieue sordide de Nouvelle-Zélande.
Une maison des services sociaux dans un quartier ghetto-isé. Un père satisfait de toucher ses allocations chomage, de boire et de conforter sa domination sur son territoire, le bar qu'il fréquente quotidiennement, grâce à sa puissance physique. Une mère prise dans la spirale de la violence et de l'alcool mais qui tente tout de même de maintenir une certaine dignité familiale. Un fils aîné attiré par les gangs qu'il cherche à intégrer. Un autre garçon, "plus faible", plus sensible, convoqué au tribunal et institutionalisé par les services sociaux. Dautres enfants plus jeunes dont la fille aînée qui va subir toute la violence de ce milieu, rouage implacable qui entraîne au drame ...
Un livre qui décrit un monde à la dérive, en perte de valeurs et sans perspectives, dominé par la violence sous toutes ses formes (verbale, physique, domestique, conjugale, sexuelle, viol, suicide, etc.), noyé dans l'alcool et la drogue. Une violence autodestructrice que les maoris s'infligent entre eux en restant confinés sur le terrain qu'ils occupent en marge des quartiers pakehas (ceux des blancs) pourtant tous proches mais comme irréels, protégés par une sorte de no-man's land infranchissable. Au milieu de toute cette noirceur, quelques éléments d'espoirs plus positifs avec la solidarité des anciens et les éléments identitaires associés au marae (lieux communautaires centraux pour les activités sociales dans les villages maoris).
Un livre très dur qui contraste totalement avec l'image proprette de la Nouvelle-Zélande mais qui relate une réalité sociale du pays qui reste, presque trente ans après la sortie du livre, au coeur des questions d'actualité (voir par exemple la question des Maoris qui engorgent prisons).
Un "classique" qui a fait l'objet d'une adaptation cinématographique* ayant frappé la conscience nationale et parfois considéré comme le "meilleur film néo-zélandais jamais produit", une réalisation remarqués à Cannes en son temps, qui a fait le tour de la planète en choquant le monde.
Son auteur néo-zélandais, Alan Duff, est né d'une mère maorie et d'un père pakeha, des parents qui divorcent quand il a une dizaine d'années. Confié à un oncle et une tante maoris près de Rotorua, il se rebelle, est expulsé de l'école, fréquente une bande de jeunes délictueux et se retrouve en maison de redressement. Il dérive pas mal jusqu'à ce qu'il trouve sa voie dans l'écriture et la publication de l'âme des guerriers/Once were warriors en 1990, un livre puis un film qui rencontrent un succès phénoménal. Dans un essai très controversé publié en 1993 (The Crisis and the Challenge), il accuse les maoris de passivité et de trop attendre l'aide sociale plutôt que de se prendre en charge mais l'auteur plusieurs fois primé continue d'écrire enrichissant son arc de plusieurs cordes : éditorialiste, écrivain, militant et homme d'affaire. Quant à l'âme des guerriers / Once were warriors, c'est désormais le premier volume d'une trilogie qui s'est enrichie en 1996 de What Becomes of the Broken Hearted (Les âmes brisées) puis en 2002 de Jake's Long Shadow.
Un auteur engagé, emblématique de son pays, à la marge de deux mondes.
À découvrir.
À suivre.
Nota :
* Le film de Lee Tamahori, L'âme des guerriers / Once were warriors, est une adaptation moins riche que le livre d'où il s'éloigne souvent. Elle n'en reste pas moins intéressante même si le film a déjà pas mal vieilli. On peut le visionner dans son intégralité sur Youtube ou en streaming. Une version HD est sortie en début d'année.
Titre original : Once Were Warriors
Titre français : L'âme des guerriers
Auteur : Alan Duff
Première édition : 1990
Plus d'infos :
Alan Duff - NZ book council ICI
Once Were Warriors Twenty Years On - New Zealand Herald 16/08/2014 ICI
New Zealand's top 8 films of all time - How many have you seen ? - Express 13/01/2017 ICI
mardi 20 mars 2018
LIVRES - A hope at the end of the world Sarah Lark
Avec "A hope at the end of the world", Sarah Lark (Christiane Gohl) ajoute un nouveau volet à la saga "Le pays du nuage blanc" pour couvrir la période de la fin de la deuxième guerre mondiale et l'histoire d'une vague d'immigration vers la Nouvelle-Zélande un peu particulière.
On suit ainsi le destin alambiqué, cruel à souhait mais avec un inévitable "happy ending", d'une immigrante polonaise, Helena Grabowski qui va trouver refuge auprès de la famille de Gloria à Kinward Station dans les plaines du Canterburry. Déplacée avec sa famille vers la Sibérie au moment où Hitler et Staline se sont partagés la Pologne, plus tard orpheline réfugiée en Iran quand la Russie a changé de camp, son parcours la fait biffurquer vers la Nouvelle-Zélande où elle est convoyée avec un groupe d'orphelins dans un "village polonais" prêt à les accueillir en attendant la fin de la guerre...
On apprend au passage des petites choses comme par exemple les suspicions néo-zélandaises, frisant parfois l'absurde envers les personnes d'origine allemande, "ennemis étrangers" parqués et maintenus en quarantaine sur des îles pendant la seconde guerre mondiale, sur Somes Island près de Wellington ou Motuihe Island dans le golfe d'Hauraki près d'Auckland.
Un ouvrage facile à lire, excessivement romantique et jouant toujours un peu sur les mêmes ressorts mais qui vaut pour les contextes historique et social soigneusement documentés, s'appuyant sur des faits avérés.
Voir aussi :
LIVRES - Saga "Le pays du nuage blanc" - Sarah Lark
Titre anglais : A Hope at the End of the World
Titre français : pas encore disponible
4ème volume de la sage "Le pays du nuage blanc"
Auteur : Sarah Lark (Christiane Gohl)
Première édition : mars 2017
mardi 6 mars 2018
LIVRES - Wake d'Elizabeth Knox
Par un beau matin de printemps, les habitants de la colonie de Kahukura s'entretuent subitement et sauvagement, saisis par une mystérieuse folie meurtrière. Une poignée de survivants se retrouve complètement coupée du reste du monde, isolée par un champ immatériel qui empêche toute communication ou circulation avec l'extérieur de la zone. Abasourdis, les rescapés vont se regrouper pour essayer de faire face à la situation et survivre : une policière, un adolescent, un infirmier, une vieille dame et sa fille, un avocat américain, un routier, un propriétaire de bateau, une championne de triathlon, une gardienne du sanctuaire d'oiseaux rares, une étrange jeune fille "double", etc.
Ils comprennent rapidement qu'ils sont pris au piège par quelque chose d'invisible qui les dépasse, qui joue des forces ou des faiblesses de chacun pour les manipuler et les mener à bout comme un chat jouant avec une souris ... Miraculés après une situation extrême, la solidité, la solidarité, la compassion et l'héroïsme de ces personnages ordinaires est ainsi mise à l'épreuve au coeur même de leur indentité.
Un roman qu'on hésite à classer entre le rayon horreur et celui de la psychologie, sortant de ma zone de prédilection habituelle. Une lecture qui n'en est pas moins intéressante pour la façon dont le thème est abordé, le contexte néo-zélandais et l'introduction à un auteur kiwi contemporain qui a son importance au plan national et plus largement, dans la littérature anglo-saxonne. Publié en 2013, Wake est le roman le plus récent d'Élizabeth Knox, auteur néo-zélandais populaire qui en a publié une douzaine auxquels s'ajoutent trois nouvelles autobiographiques et des quelques essais.
After Z-Hour, son premier roman, fut édité en 1987 par Victoria University Press, l'université de Wellington dans laquelle elle valida, la même année, son cursus de littérature anglaise (English Lit. BA). À partir de 1997 et avec déjà cinq livres à son actif, son succès lui permet de se consacrer uniquement à l'écriture et sa carrière est étayée de nombreux prix et bourses parmi les plus prestigieux, y compris le Katherine Mansfield Fellowship. En 1998, elle se fait connaitre en dehors du seul cadre national avec The Vintner's Luck (La vigne du vigneron) traduit en six langues dont le français, le seul de ses romans qui soit disponible dans notre langue. Il faut donc pouvoir lire dans le texte si on souhaite découvrir un peu plus cet auteur qui couvre a priori une large variété de sujets en faisant la part libre à l'imagination.
Un écrivain sur lequel je reviendrai sans doute à l'occasion.
Titre original : Wake
Pas de traduction française
Auteur : Elizabeth Knox
Première publication : 2013
Plus d'infos :
Elizabeth Knox - NZ Book Council ICI
Elizabeth Knox Personal Website ICI
Katherine Mansfield Menton Fellowship - The Arts Foundation ICI
vendredi 29 décembre 2017
LIVRES - The Penguin History of New Zealand de Michael King
Le livre de Michael King publié chez Penguin sous le titre "The Penguin History of New Zealand" est un peu LE livre de référence quand on arrive en Nouvelle-Zélande et qu'on cherche une bonne introduction à l'histoire du pays. C'est un ouvrage en anglais très abordable pour se mettre rapidement à niveau avec pour seule réserve* la date de sa dernière édition, 2003, sans nouvelle mise à jour après le décès de son auteur historien en 2004 si bien qu'au large panorama historique donné par le livre, il manque les quinze dernières années.
Découpé en cinq parties et trente chapitres plus ou moins chronologiques, le livre commence par la préhistoire et enchaîne ensuite rapidement sur l'arrivée des premiers habitants, les ancêtres des Maoris, en essayant de faire la part des mythes et de la réalité. Les datations scientifiques attestent de migrations à compter du 13ème siècle, contredisant les 800 avant JC des sources plus mythiques. Des marqueurs génétiques leur donnent pour origines l'est de la Polynésie (îles de la Société et îles Cook, hors Marquises) dans ce qui est considéré comme le dernier flux migratoire du triangle polynésien. Dans ce dernier mouvement, ces peuples de grands navigateurs auraient sans doute colonisé Aotearoa en plusieurs vagues relativement rapprochées.
Ces premiers colonisateurs de la Nouvelle-Zélande ont alors trouvé un environnement bien différent de leurs îles de départ et ils ont du s'adapter pour transformer leur culture polynésienne en ce qui est devenu la culture maorie. L'historien détaille ainsi trois grandes phases :
1 - Une période de colonisation de 100 à 150 ans pendant laquelle les nouveaux arrivants ont probablement vécu sur les ressources du pays : moa (l'oiseau géant qui ne savait pas voler parce qu'il n'avait pas de prédateur avant l'arrivée des hommes), phoques, fruits de mers, collecte de minéraux ... En suivant un mode de vie sans doute mobile mais pas complètement nomade, autour d'un lieu de base où ils tentaient d'acclimater les plantes apportées avec eux (des 8 plantes et 11 arbres amenés, seulement 6 espèces se sont adaptées au pays du fait du climat).
2 - Une période de transition au moment de l'extinction de certaines espèces (les moas en particulier) où l'agriculture prend alors plus d'importance pour représenter jusqu'à la moitié des besoins alimentaires. C'est une période ou l'art évolue et se modifie, les populations croissent et se stabilisent, s'associent parfois alors que les territoires se définissent en marquant le démarrage de l'ère tribale.
3 - L'aboutissement vers le 16ème siècle à la culture tribale indigène Te Ao Maori. Le mode de vie s'est transformé, les populations sont maintenant plus tournées vers la terre que la mer, sédentarisées. Désormais, la vie des gens est rythmée par les problèmes d'accès aux ressources, ceux du stockage des patates douces à la base de l'alimentation qu'il faut garder dans des puits à surveiller et protéger. C'est alors que se développent les pa (villages fortifiés) et une culture plus guerrière afin de se garder des razzias des voisins ou d'autres groupes plus lointains.
À ces grandes lignes, s'ajoutent des différences régionales de développement entre l'île du sud et celle du nord parce que le climat du sud ne permet de faire pousser la patate douce où les populations ne connaissent donc pas la même sédentarisation ... cette particularité explique aussi pourquoi, un peu plus tard, les colons européens ont pu s'approprier l'île du sud beaucoup plus vite que celle du nord, parce que la notion de territoire y était moins développée.
Tout cela n'empêche pas l'épanouissement d'un ensemble de codes culturels communs, basés sur whakapapa (la parenté) définissant l'identité et la valeur d'un individu à l'intérieur de son cercle familial et/ou celui de sa tribu pour lesquels priment avant tout la lignée, les ancêtres et la terre d'appartenance. Globalement, il en résulte un système culturel complexe et une contrée divisée en territoires sur lesquels chaque famille/tribu exerce son propre contrôle : l'espace de chaque groupe est souvent délimité par la géographie ou des traits physiques du terrain (montagnes, rivières, vallées, forêts, etc.) alors que l'autorité y est établie et consolidée en fonction du temps d'occupation et/ou de l'exploitation des ressources et/ou encore par conquêtes.
Malgré le tribalisme, les concepts de base et les valeurs de la culture étaient donc acceptées et partagées d'un bout à l'autre du pays avec une même langue et l'acceptation des mêmes codes de conduite comprenant des notions essentielles telles que la "réciprocité", "l'équilibre des échanges" ou celle de "vengeance". Il n'existait pas de "Nation" Maorie en tant que telle mais une société tribale avec un sens de l'identité régionale très marqué n'excluant pas des relations commerciales et de coopération. Lorsque le code n'était pas respecté cela entrainait une réponse guerrière avec l'alternance de périodes de paix et de conflits, jamais rien de dramatique tant que les armes traditionnelles ont prévalues même si la culture maorie est considérée comme l'une des sociétés polynésiennes qui a le plus développé les aspects défensifs et guerriers.
Le livre apporte beaucoup d'informations sur tous les aspects de la société et de la culture maorie avant l'arrivée des européens. Les contacts établis avec ceux-ci commencent ensuite de façon sporadique et presque anecdotique* dans un mouvement à peine perceptible si bien que les Maoris n'ont pas eu de peine à y faire face et à contrôler le phénomène au début, profitant eux-même d'une (ré-)ouverture sur le monde comprenant l'accès à des produits inconnus (dont les armes à feu qui seront fatales à certaines familles/tribus lors des guerres des mousquets), des débouchés économiques et l'intégration de nouveaux venus dans leur tissu social : les Maoris collaborent, autorisent les choses, profitent et absorbent alors sans compromettre leur identité culturelle.
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| Gravure : marins Français et Maoris - Kororareka 1835 |
Pour les Maoris, les choses se gâtent à l'époque de la signature du traité de Waitangi, celle à laquelle des sociétés commerciales organisent et accélèrent une colonisation de masse vers ce qui est présenté comme un pays de cocagne dans un mouvement sortant du contrôle des autorités (il y aura longtemps cette dichotomie entre les "aventuriers" et les "autorités", assez caractéristique de "l'esprit libre" kiwi).
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| La New Zealand Company offre le transport gratuit pour les émigrants qualifiés |
Le livre donne des éléments sur ce traité de Waitangi (même si là, pour le coup, j'ai trouvé les explications un peu rapides) et ses conséquences. On voit notamment bien la façon dont la Nouvelle-Zélande devient alors un pays à deux vitesses avec deux sociétés qui se côtoient, s'ignorent et ne se mélangent pratiquement plus/pas : chacun chez soit, les européens d'un côté, les Maoris de l'autre avec toutefois, parfois un certain niveau de collaboration pour complexifier tout ça.
Les Maoris perdront progressivement puis rapidement leur position dominante, du fait :
--> de guerres inter-tribales meurtrières avec l'introduction des armes à feu donnant à certains l'avantage pendant que d'autres se font massacrer,
--> de leur incapacité à se fédérer à temps face à une administration et une société coloniales bien organisées (et lorsqu'ils en réaliseront la nécessité avec le choix d'un roi Maori commun, ce sera trop tard, on leur mettra des battons dans les roues),
--> des guerres contre les Pakehas (les étrangers) déclenchées quand il est trop tard ou même parfois subies par des tribus "alliées" aux Pakehas, malgré les accords et échanges antérieurs,
--> et puis aussi et surtout, les ravages causés par les maladies apportées par la colonisation de masse, contre lesquelles les populations locales n'étaient pas immunisées. À la fin du 19ème siècle, les Maoris étaient considérés comme une "race en voie d'extinction" tant par les européens que par Maoris eux-même, réduits alors à 6% de la population totale alors qu'ils dominaient le pays moins de cinquante an plus tôt.
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| La Nouvelle-Zélande présentée comme un pays de cocagne ... où les immigrants apporteront maladies et dévastation auprès de la population locale. |
Sans entrer dans tous les détails de l'histoire développée jusqu'à aujourd'hui sur un peu tous les plans - économique, politique, sociétal - je retiens plusieurs petites choses de cette lecture, dont, parmi tant d'autres :
D'abord ce monde à deux vitesses qui a perduré très longtemps entre européens et Maoris et qui explique bien des choses en matière d'inégalités de développement : l'autonomie des "poches maories", sans liens les unes avec les autres, les a par exemple empêchées de bénéficier des politiques suivies dans les autres zones "ouvertes aux occidentaux" que ce soit en matière de routes, d'infrastructures ou de prestations sociales. Ce n'est que vers le milieu du 20ème siècle, avec l'urbanisation progressive des Maoris que les choses changent et que l'appartenance tribale peut être transcendée pour favoriser l'émergence d'une identité maorie plus globale avec de nouvelles revendications et de nouveaux droits applicables à l'échelle du pays.
Parallèlement, j'ai été frappée - mais pas vraiment surprise - de l'attachement à l'Angleterre de la population d'origine européenne qui perdure même s'il commence à s'estomper : il explique par exemple les réticences à se fédérer au voisin Australien ou encore la ratification très tardive au sein des instances du Commonwealth des accords qui ont donné au pays son indépendance politique [ou même encore le choix plus récent de ne pas vouloir changer le drapeau].
Par ailleurs, pour l'anecdote, si on connait la force des All-Black néo-zélandais, je ne savais pas que le rugby est l'un des plus anciens éléments fédérateurs du pays (voire même le plus ancien), un peu le symbole de l'harmonie de deux populations qui se mélangent enfin pour créer une troisième voie avec à la clé l'émergence d'une identité néo-zélandaise dans laquelle chacun peut retrouver ses billes...
Autre point qui m'a amusé : la Nouvelle-Zélande est un pays qui apparait comme plutôt progressiste puisqu'il a réservé très tôt quatre sièges à l'assemblée pour les Maoris ou qu'il est le premier pays à avoir accordé le droit de vote aux femmes en 1893 ... l'histoire montre tout de même des motivations initiales pas toujours avouables et électoralistes par les responsables de ces "avancées" introduites parfois à leur corps défendant mais qu'ils n'ont ensuite jamais hésité à "récupérer". Ironie mise à part, il est vrai que le pays est un modèle sur bien des plans, par exemple l'un des premiers à avoir introduit des avancées sociales majeures bien avant tout le monde, comme la sécurité sociale dès le début du 20ème ...
Bref, une lecture dense et essentielle pour tout curieux cherchant à comprendre et enrichir son expérience chez les kiwis en y intégrant toutes ses dimensions historiques.
Notes :
* Pour mémoire : en matière de réserves, j'ai lu quelques critiques jugeant l'approche historique trop "européenne" de cette histoire. Sans être spécialiste, il m'a semblé que le texte était plutôt bien argumenté et équilibré, cassant certains mythes non étayés scientifiquement pour essayer autant que possible de s'en tenir aux faits ... Mais il ne peut sans doute pas être mauvais d'élargir ensuite cette base par d'autres lectures. The Matriarch de Witi Ihimaera par exemple est un livre intéressant - avec les limites d'un roman - parce qu'il couvre une large tranche d'histoire d'un point de vue maori.
* Tasman est le premier à avoir mis la Nouvelle-Zélande sur la carte du monde après son passage en 1642 (Elle lui doit d'ailleurs son nom, presque seul reste de ce voyage). Il n'y a ensuite plus aucun contact jusqu'au voyage de Cook en provenance de Tahiti, 126 ans plus tard. Cette partie de l'histoire est émaillée de quelques épisodes peu glorieux et d'un "raté historique" pour les français qui se sont fait griller au poteau par les anglais, plus rapides et plus malins pour récupérer la souveraineté du territoire auprès des Maoris ...
Voir aussi :
Waitangi - Aux sources du mythe fondateur de la Nation néo-zélandaise
The Matriarch de Witi Ihimaera
Titre : The Penguin history of New Zealand
Auteur : Michael King
Dernière édition : 2003
samedi 25 novembre 2017
LIVRES - Les nouvelles de Katherine Mansfield
À la lecture de Witi Ihimaera*, j'avais noté quelques critiques à son encontre, sur l'influence qu'elle a pu avoir en véhiculant une vision erronée et romantique des maoris.
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| Portrait de katherine Mansfield par Anne Rice - Cornwall 1918 - Source : Te Papa Museum of NZ |
Ces éléments mis bout à bout, il me paraissait inévitable d'aborder à un moment ou un autre cet auteur phare pour m'en faire ma propre idée. Je me suis donc attaquée à la lecture de ses oeuvres complètes, en version originale. Elles regroupent l'ensemble des recueils de nouvelles publiées au début du 20ème siècle dont une bonne partie à titre posthume.
Comme la nouvelle est loin d'être mon genre favori, j'y suis allée par touches, en prenant mon temps, en butinant ces histoires courtes par-ci par-là.

Ce que j'en ai retiré, c'est d'abord une écriture parfaitement maitrisée, très aboutie et très efficace : en quelques mots Katherine Mansfield est capable de transmettre et de faire ressentir une atmosphère, de faire visualiser un décor ou des situations en ouvrant les portes de l'imagination, en donnant des clés mais en laissant au lecteur la liberté de conclure ou de poursuivre comme il l'entend. Même si le cadre d'époque n'est souvent plus d'actualité, l'intemporalité de beaucoup de ces nouvelles demeure, on sent une capacité hors du commun à capter et à transcrire ce "petit quelque chose" qui traverse l'espace et le temps. Les thèmes abordés sont nombreux, très divers et révèlent une grande capacité d'observation des gens et de la société : l'excitation d'un premier bal, une garden-party, le voyage d'un femme de chambre naïve, la solitude et la fatigue d'un père, une échappée à la plage ... des descriptions, des sentiments, des tranches et des scènes de vie, à la maison, dans la rue, en voyage, en société, au travail, des enfants, des parents, des adultes, des personnes âgées, des riches, des pauvres, des hommes, des femmes ... Autant de petits moments, parfois sans queue ni tête ou laissé en suspens mais toujours finement observés et subtilement transcrits.
Pour ce qui est de la connaissance de la Nouvelle-Zélande - un aspect qui m'intéressait peut-être un peu plus que d'autres - il ne faut par contre pas trop compter sur ces nouvelles pour découvrir la société néo-zélandaise de l'époque sachant pas ailleurs que les allusions aux Maoris y sont on ne peut plus limitées.
Il semble en fait reconnu que la "kiwi-itude" de Katherine Mansfield se manifeste avant tout dans son écriture, dans son emploi d'un vocabulaire et de certaines tournures coloniales ainsi que dans sa vision particulière du monde issue de sa position "entre-deux". Alors finalement, le plus intéressant dans cette découverte, c'est aussi et d'abord celle de la biographie de Katherine Mansfield qui est, en elle, un véritable roman et ensuite l'impact littéraire qu'elle a pu avoir à son époque, inspirant l'envie et la jalousie d'un auteur tel que Virginia Woolf à qui elle est souvent comparée.
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| "Woman of words" - Statue commémorative de Katherine Mansfield dans Midland Park sur Lambton Quay à Wellington |
En version courte : Katherine Beauchamp, pour l'état-civil, est née en 1888 à Wellington en Nouvelle-Zélande. La légende rapporte qu'elle écrit sa première histoire (primée) à l'âge de neuf ans. Elle quitte la colonie à l'âge de 15 ans pour étudier en Angleterre. Après un bref retour en Nouvelle-Zélande où elle commence à publier mais où elle s'ennuie et fait scandale dans la société coloniale puritaine, elle repart et s'installe en Europe où elle restera jusqu'à sa mort en 1923, à l'âge de 34 ans.
Très indépendante, elle essaye de mener sa vie comme elle l'entend, d'une façon parfois jugée outrancière et scandaleuse selon les conventions de l'époque. On lui attribut de multiples histoires amoureuses avec des partenaires des deux sexes. Mariée une première fois en 1909, elle abandonne son mari à peine la cérémonie terminée et s'enfuit vers l'Allemagne où elle fait une fausse couche d'un bébé conçu avec un autre homme avant son union. Elle rentre en Angleterre où ses nouvelles sont publiées dans un magazine, édite en 1911 son premier recueil de nouvelles inspirées de son expérience en Allemagne, Pension Allemande (In a German Pension). La même année, elle rencontre l'éditeur John Middleton Murry qu'elle épousera en deuxième noces sept ans plus tard (elle a divorcé de son premier mari en 1913). Elle est profondément marquée par la mort de son frère en 1915, pendant la première guerre mondiale. Diagnostiquée de la tuberculose en 1918, la recherche de traitements la conduit d'abord en Italie puis à Menton, ensuite en Suisse et enfin près de Fontainebleau où elle mourra. Prolixe, elle écrit sans cesse et jusqu'au bout sachant que son mari qui hérite finalement de tout, publiera plusieurs recueils à titre posthume en veillant à lisser et à donner un image impeccable de leur auteur pour en augmenter la valeur.
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| Série de timbres NZ avec des auteurs néo-zélandais, une première en 1989 - Source : Te Ara |
Plus largement que son héritage néo-zélandais auquel elle restait personellement attachée, Katherine Mansfield (ce nom de plume est emprunté à sa grand-mère) est finalement surtout considérée comme une figure moderniste de la littérature anglaise. Son rejet des conventions ne s'appliquait pas seulement au domaine privé mais aussi à sa façon d'écrire : ainsi, à l'écriture conformiste savamment structurée de l'époque, elle préférait inventer, surprendre, passer de la narration directe à l'indirecte avec des transitions rapides, opérer des changements de perspective... et finalement, c'est peut-être son modernisme qui a permis à son oeuvre de traverser le temps pour continuer à nous toucher presqu'un siècle plus tard.
Nota :
Célébrité oblige, elle a même son propre Google Doodle avec une petite vidéo publiée en 2013 sur youtube pour fêter l'anniversaire des 125 ans de sa naissance :

En anglais :
The Collected Stories
The Collected Stories
Auteur : Katherine Mansfield
Réédition Penguin 2007
En français :
Les Nouvelles, l'intégrale, 10 nouvelles inédites
Traduction française Marie Desplechin
Réédition Stock 2006
Liste des différentes publications de Katherine Mansfield :
In a German Pension (Pension Allemande) 1911
Prelude (1918)
Bliss and other stories (Félicité) (1920)
The Garden Party and other stories (La garden-party) (1922)
Poems (1923)
The dove's nest and other stories (Le nid de colombe) (1923)
Something childish and other stories (Quelque chose d'enfant mais de très naturel) (1924)
The journal of Katherine Mansfield (Le journal de Katherine Mansfield) (1927 - Édition définitive 1954)
The letters of Katherine Mansfield (Les lettres de Katherine Mansfield) (1928-1929)
Notes :
Witi Ihimaera, voir aussi :
Livres - The Matriarch
Livres - Pounamu Pounamu
Plus d'infos :
Biographie de Katherine Mansfield - Te Ara ICI
Biographie de Katherine Mansfield - Te Ara ICI
lundi 7 août 2017
LIVRES - Les Amants Papillons / As the Earth Turns Silver d'Alison Wong
Titre original : As the Earth Turns Silver
Titre français : les Amants Papillons
Auteur : Alison Wong
Première édition : 2009
Au début du 20ème siècle à Wellington, Nouvelle-Zélande. L'histoire d'un amour clandestin entravé par les convenances et les préjugés, entre Katherine, une veuve causasienne, mère de deux enfants et Yung, vendeur chinois de fruits et légumes ...
Un roman facile à lire qui rend très bien l'ambiance du début du 20ème siècle à Wellington, entre une communauté chinoise ostracisée, essentiellement masculine, dont le coeur reste tourné vers la Chine et la communauté britanico-européenne, elle aussi très convenue mais dans laquelle les femmes viennent d'obtenir de nouveaux droits, s'affirment et trouvent une place malgré les résistances conservatrices.
Un mot sur l'auteur :
Alison Wong est une néo-zélandaise d'ascendance chinoise, née à Wellington en 1960.
Initialement formée aux mathématiques, enrichie d'une expatriation de deux ans en Chine, elle s'est faite remarquée dans la communauté littéraire pour ses nouvelles et ses poèmes qui lui ont permis de recevoir dès 2002 plusieurs prix dont la bourse Robert Burns de l'université de l'Otago.
En 2006, elle a publié Cup, un premier recueil de poèmes et son premier roman, As the Earth Turns Silver / Les Amants Papillons, a suivi en 2009; le premier ouvrage a été finaliste du prix Montana Book Award 2006 dans la catégorie poésie et le second faisait partie de la sélection du prix NZ Post Book Award 2009.
Nota :
L'exposition "Being Chinese in Aoteoroa : a photographic journey" ("être chinois en nouvelle-Zélande") présentée au musée mémorial d'Auckland jusqu'en février 2018 est un excellent complément visuel illustrant ce roman.
samedi 22 juillet 2017
LIVRES - Settler's Creek / Sous la terre des Maoris de Carl Nixon
Titre original : Settler's Creek
Titre français : Sous la terre des Maoris
Auteur : Carl Nixon
Première édition : 2010
En Nouvelle-Zélande, après le suicide de Mark, 19 ans, la préparation de l'enterrement est source d'affrontement entre le père adoptif qui l'a élevé, d'ascendance européenne, et le père biologique, Maori : le premier souhaite le faire enterer dans la paroisse et le cimetière proche des terres familiales, le second sur les terres ancestrales en suivant les rites de la tribu ...
Un livre particulièrement noir, le deuil et les rites funéraires servant de catalyseurs au choc des cultures et à l'antagonisme de deux hommes pleins de certitudes. Une violence des sentiments qui conduit à des actes extrêmes et jusqu'au-boutistes de la part des deux partis alors que la situation économique en miroir des pères apporte une touche un peu ironique à l'histoire, sorte de revanche d'un peuple sur celui qui l'a colonisé. Des personnages rudes et une écriture froide. Un scénario troublant, inhabituel et assez déroutant. Un ensemble glaçant, qui peut mettre mal à l'aise alors qu'il reflète une certaine réalité propre à ce jeune pays du bout monde, construit dans l'isolement et l'éloignement, à la dure.
Un mot sur l'auteur :
Carl Nixon est un écrivain néo-zélandais né à Christchurch en 1967, auteur de nouvelles, romans et pièces de théâtre. Il a reçu de nombreux prix littéraires nationaux, y compris le prestigieux prix Katherine Mansfield (2007).
Largement traduit en allemand mais peu en français, Sous la terre des Maoris est pour le moment le seul livre de cet auteur disponible dans notre langue.
Plus d'infos :
Site de Carl Nixon ICI
vendredi 14 juillet 2017
LIVRES - Where to live in Auckland de Stephen Hart
Où s'installer à Auckland ?
Cette question est l'une des toutes premières qu'on se pose en s'installant à Auckland et la réponse est évidemment extrêmement variable puisqu'elle dépend du budget, du lieu de travail, de la composition de la famille et des besoins de scolarisation, des moyens de transports, des goûts de chacun et de tout autre critère personnel important.
Sachant qu'Auckland est une ville très étendue et composée d'une foultitude de quartiers ou villages collés les uns aux autres, ce n'est pas forcément évident de s'y retrouver quand on débarque d'autant que tout le monde n'a pas la chance de pouvoir être accompagné par un agent immobilier capable de partager conseils et expérience.
Alors pour me repérer et tout savoir sur les différents quartiers, je me réfère encore régulièrement à un livre qui m'a été offert à mon arrivée, intitulé "Where to live in Auckland" de Stephen Hart. Il s'agit d'un guide pratique édité par un agent immobilier à l'attention d'un public d'acheteurs, comme l'indique le sous titre de la publication (The Essentiel Homebuyers' Guide).
S'il ne contient donc pas d'informations pratiques spécifiques à la location, il n'en est pas moins très utile. Son intérêt réside dans l'approche détaillée systématique qui est faite de tous les quartiers de la ville. L'ensemble est organisé en 55 zones couvrant plus de 200 quartiers de la ville d'Auckland, regroupées en cinq chapitres géographiques pour s'y retrouver facilement, du centre aux quatre points cardinaux.
Nota : Mon quartier que je positionne au sud géographique fait en réalité partie du découpage Est de la ville.
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| S'y retrouver en 5 points cardinaux, 55 zones et environ 200 quartiers ... |
Ce livre c'est un peu le Michelin local de l'immobilier puisque l'auteur attribue à chaque quartier un nombre variable d'étoiles, cinq au maximum pour les endroits les plus cotés.
Pour chaque zone, on trouve un condensé des informations pratiques suivantes :
- une introduction avec des informations générales (impressions, histoire, anecdotes, etc.),
- une carte avec les différents quartiers la composant et des repères de couleur donnant des indications de profils*,
- un tableau "population profile"* indiquant le nombre d'habitants, des pourcentages sur l'âge (Moins de 15 ans et Plus de 65 ans) et la composition ethnique* (Parts d'Européens, Maoris, Polynésiens et Asiatiques),
- des informations autour de la question : "qui vit là?"
- le type de maison,
- les équipements (écoles, commerces, sports et loisirs) et leur cote étoilée sur 5,
- le marché immobilier (tendances, meilleures rues, des fourchettes de prix).
Bref, une mine d'informations utiles pour tous les nouveaux venus et essentielles pour ceux qui voudraient s'installer à long terme et investir. Pratique aussi pour la découverte des quartiers...
*Nota :
11 types de profils sont détaillés à la fin du livre (tels que professionels, familles, célibataires, diversité culturelle, maisons neuves, etc.), étayés par plusieurs types de sources (Recensement NZ, Etudes de marché, etc.).
Pas sûr qu'il serait possible de publier un guide équivalent en France, notamment pour ce qui est de la composition ethnique qui compose chaque quartier.
Titre : Where to live in Auckland, The Essential Homebuyers' guide
Auteur : Stephen Hart
Dernière édition (7ème édition) : 2012
À surveiller, une nouvelle édition ne devrait sans doute pas tarder.
Prix : 45 NZD
Plus d'infos :
Where to live in Auckland - ICI
samedi 24 juin 2017
LIVRES - The Larnachs d'Owen Marshall
Titre original : The Larnachs
Pas de traduction française
Auteur : Owen Marshall
Première édition : 2011
Coup double pour The Larnachs avec d'une part la découverte d'un auteur néo-zélandais et sa vision d'une tragédie familiale touchant l'histoire du pays d'autre part.
Aujourd'hui, le nom de Larnach est attaché à "Larnach Castle" situé à Dunedin dans l'île du Sud, le "seul chateau" de Nouvelle-Zélande édifié par William James Mudie Larnach au temps de sa toute puissance, une vitrine de prestige construite avec les meilleurs matériaux venus du monde entier. Né en 1833 à Melbourne (Australie), ce banquier d'ascendance écossaise avait commencé sa carrière dans le sillage de la ruée vers l'or autralienne. Jouant alors les aventuriers, il "avait une tente pour banque et pour tout matériel, un chien, une arme et un coffre fort". En 1867 il s'installa en Nouvelle-Zélande à Dunedin pour prendre le poste de directeur de la banque de l'Otago desservant les mines d'or découvertes dans la région et s'y construit un empire dans la banque, le transport maritime, l'agriculture, l'immobilier tout en jouant sur la spéculation. Un homme puissant qui a beaucoup voyagé et s'est investi sur la scène politique pendant vingt-cinq ans, plusieurs fois ministre dans les gouvernements néo-zélandais de l'époque.
Sur le plan personnel, William Larnach a été marrié trois fois (veuf deux fois), et est père de six enfants du premier mariage, deux garçons et quatre filles. Il s'est suicidé en 1898 à l'âge de 65 ans.
Ce roman couvre la période de la fin de vie de William J.M. Larnach, de 1891 à 1898.
Le prologue ouvre sur une chronique du Wellington Post rapportant le mariage de William J.M. Larnach avec Constance de Bathe Brandon ...
Le livre est ensuite raconté à deux voix qui alternent :
- celle de Constance, la troisième et dernière épouse de William, de vingt-trois ans sa cadette. Une femme moderne et éduquée, engagée et volontaire, consciente de son rang et de sa position dans la société. Elle doit faire sa place dans une communauté qui n'est pas la sienne et une famille qui a sa propre histoire où elle n'est pas acceptée par tous les membres.
- celle de Douglas, le plus jeune des deux fils de William qui assure la gestion du domaine de The Camp où il vit.
[The Camp est le nom donné par la famille à ce qui s'appelle aujourd'hui Larnach Castle].
Au fil des chapitres qui se déroulent entre The Camp, Wellington et d'occasionnels voyages, on voit les relations et les sentiments des personnages évoluer alors que William Larnach a de plus en plus de difficultés financières qui le préoccupent. C'est un peu "grandeur et décadence"...
| Larnach Castle "The Camp" - Dunedin ©DM |
Nota : dans le livre, The Camp occupe une place à part entière, à la fois le symbole d'une position à tenir, un lieu de vie et de mémoire tant familiales que sociales, une entreprise mais aussi un objet de rivalités.
Un roman documenté bien écrit qui pousse très loin le ressenti de chacun des personnages tel que l'imagine l'auteur, avec réalisme par rapport au contexte social de l'époque et les faits donnés en ouverture et en fermeture du roman.
Bref, bien écrit et instructif !
Un mot sur l'auteur :
Owen Marshall est un auteur 100% pur kiwi, fils de pasteur né dans l'île du sud où il a grandi, étudié et presque toujours toujours vécu. Son premier livre publié en 1979 a été suivi d'une douzaine d'autres, des nouvelles essentiellement et des romans. Avant de pouvoir se consacrer entièrement à l'écriture, Owen Marshall a été enseignant pendant 25 ans. Multi-primé il est considéré dans le pays comme l'un des meilleurs auteurs néo-zélandais de nouvelles.
Un seul livre disponible en français : les hommes fanés (Titre original : Harlequin Rex) - 2006
Plus d'infos :
Owen Marshall - New Zealand Book Council ICI
Larnach Castle & Gardens ICI
vendredi 26 mai 2017
Le tourisme et l'art du poster, "Selling the dream"
Lors de ma visite de l'exposition The Body Laid Bare à l'Auckland Art Gallery, un peu frustrée de ne pouvoir en trouver le catalogue à la boutique, je me suis laissée séduire par une autre publication intitulée Selling the dream, classic New Zealand Tourism Posters de Peter Alsop.
Publié en 2016, ce livre reproduit des posters commerciaux vantant les atouts touristiques de la Nouvelle Zélande. Réalisées par des artistes kiwis tout au long du 19ème siècle, ces affiches publicitaires furent rassemblées en 2014 pour une exposition conçue par le Canterbury Museum de Christchurch où elle a été présentée avant de partir en tournée à travers le pays. J'ai alors découvert que l'exposition est non seulement toujours active mais qu'en plus, elle fait actuellement étape au musée Waikato d'Hamilton* où nous nous sommes rendus un beau dimanche de mai.
Établissant l'image du pays à l'international et contribuant indirectement à la construction d'une identité nationale cet art et cette industrie du poster sont nés d'une impulsion gouvernementale, une première au niveau mondial à l'époque avec la création en 1901 d'un ministère du tourisme qu'on peut assimiler à la toute première agence de promotion touristique nationale.
Colorées, épurées, stylisées, ces images soigneusement créées par les artistes jusqu'aux années 1980 imprégnent encore largement l'imaginaire associé au pays. Cette jolie exposition qui fait rêver est complétée sur place de documentaires et d'interviews de peintres, tirés des archives pour faire le tour de la question. Les affiches sont regroupées autour de plusieurs thèmes repris dans le livre et mettant en avant les richesses du pays :
- des paysages de rêves (Scenic Wonderland),
- un endroit pour la détente et les loisirs (Rest and Recreation),
- un paradis pour les pêcheurs (Fisherman's Paradis),
- le pays des maoris (Maoriland),
- un secteur desservi par le train et l'avion (Trains and Planes),
- des moments importants (Landmarks) comme la mise en avant de l'exposition du centenaire de la Nouvelle-Zélande à Wellington en 1940.
Un livre et une exposition qui ont ce petit côté nostalgique souvent présent dans ce "jeune pays" par le soin apporté à la conservation et la mise en valeur de l'héritage, avec également des aspects pionniers très modernes ou intemporels qui caractérisent bien, eux aussi, ce pays du bout du monde qui ne cesse de nous surprendre.
* Note : 4ème et la plus "continentale" des grandes villes de Nouvelle-Zélande, Hamilton est située à 1h30 de route au sud d'Auckland.
Informations pratiques :
Exposition Selling the dream, classic New Zealand Tourism Posters
Waikato Museum
Du 10 avril au 16 juillet 2017
1 Grantham Street - Hamilton
Ouvert tous les jours de 10h00 à 17h00
Gratuit
Plus d'infos :
Site Waikato Museum ICI
Site Canterbury Museum / Selling the dream ICI
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Publié en 2016, ce livre reproduit des posters commerciaux vantant les atouts touristiques de la Nouvelle Zélande. Réalisées par des artistes kiwis tout au long du 19ème siècle, ces affiches publicitaires furent rassemblées en 2014 pour une exposition conçue par le Canterbury Museum de Christchurch où elle a été présentée avant de partir en tournée à travers le pays. J'ai alors découvert que l'exposition est non seulement toujours active mais qu'en plus, elle fait actuellement étape au musée Waikato d'Hamilton* où nous nous sommes rendus un beau dimanche de mai.
Établissant l'image du pays à l'international et contribuant indirectement à la construction d'une identité nationale cet art et cette industrie du poster sont nés d'une impulsion gouvernementale, une première au niveau mondial à l'époque avec la création en 1901 d'un ministère du tourisme qu'on peut assimiler à la toute première agence de promotion touristique nationale.
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| Exposition "selling the dream" - Waikato Museum d'Hamilton ©SM |
Colorées, épurées, stylisées, ces images soigneusement créées par les artistes jusqu'aux années 1980 imprégnent encore largement l'imaginaire associé au pays. Cette jolie exposition qui fait rêver est complétée sur place de documentaires et d'interviews de peintres, tirés des archives pour faire le tour de la question. Les affiches sont regroupées autour de plusieurs thèmes repris dans le livre et mettant en avant les richesses du pays :
- des paysages de rêves (Scenic Wonderland),
- un endroit pour la détente et les loisirs (Rest and Recreation),
- un paradis pour les pêcheurs (Fisherman's Paradis),
- le pays des maoris (Maoriland),
- un secteur desservi par le train et l'avion (Trains and Planes),
- des moments importants (Landmarks) comme la mise en avant de l'exposition du centenaire de la Nouvelle-Zélande à Wellington en 1940.
Un livre et une exposition qui ont ce petit côté nostalgique souvent présent dans ce "jeune pays" par le soin apporté à la conservation et la mise en valeur de l'héritage, avec également des aspects pionniers très modernes ou intemporels qui caractérisent bien, eux aussi, ce pays du bout du monde qui ne cesse de nous surprendre.
* Note : 4ème et la plus "continentale" des grandes villes de Nouvelle-Zélande, Hamilton est située à 1h30 de route au sud d'Auckland.
Informations pratiques :
Exposition Selling the dream, classic New Zealand Tourism Posters
Waikato Museum
Du 10 avril au 16 juillet 2017
1 Grantham Street - Hamilton
Ouvert tous les jours de 10h00 à 17h00
Gratuit
Plus d'infos :
Site Waikato Museum ICI
Site Canterbury Museum / Selling the dream ICI
mardi 2 mai 2017
LIVRES - The matriarch - Witi Ihimaera
Titre original : The Matriarch
Pas de traduction française
Auteur : Witi Ihimaera
Première édition : 1986
Edition revue : 2009
Après le recueil de nouvelles Pounamu Pounamu de Witi Ihimaera, j'ai eu envie de continuer à découvrir cet auteur maori écrivant en langue anglaise en m'attaquant à un de ses romans, The Matriarch. La première version en a été éditée en 1986 et elle marquait à l'époque le retour à l'écriture de l'auteur après une dizaine d'année d'abstinence, un livre militant alors bien accueilli et récompensé par le prix Wattie Book of the Year Award*. L'édition que j'ai lue est celle qui a été révisée par l'auteur en 2009.
The Matriarch, c'est une femme exceptionnelle, belle, intelligente, mystérieuse, puissante, impitoyable, souveraine et par la naissance et par le pouvoir qu'elle exerce sur sa communauté. C'est un personnage à la charnière des époques qui mène un combat contre les ravages causés par les pakehas (non-maoris), pour préserver sa culture et récupérer les terres qui en sont l'émanation.
L'histoire est racontée par Tama Mahana, son petit-fils qu'elle a singularisé et pris sous sa coupe pour l'initier à lui succéder mais qui plus tard, a finalement quitté la communauté pour vivre avec les pakehas.
Il nous promène à plusieurs époques, il se souvient, il creuse et analyse ses relations avec sa famille et sa tribu, il mène l'enquête pour retirer des fils perdus et dresse finalement une formidable fresque historique et culturelle de 150 ans de relations maoris-pakehas.
À la lecture, on retrouve des points communs avec certaines nouvelles de Pounamu Pounamu qui laissent par ailleurs penser à la reprise d'éléments autobiographiques dans le rapport à la famille, à la grand-mère, à la tribu, etc.
Sur la forme, la lecture est parfois un peu ardue du fait des très nombreux mots maoris qui imprègnent le livre et en sont aussi le coeur - certains longs et compliqués, d'autres un peu indistincts du fait d'une orthographe proche.
Sur le fond, ce roman est riche d'enseignements et une mine d'informations sur la culture maorie et la façon dont la colonisation européenne a pu être vécue, de l'intérieur, avec les incompréhensions, les manipulations ou les divisions inter-tribales et familiales qui y sont associées.
Le livre est parfois plus proche de l'enquête-reportage que du roman lorsqu'il est étayé de documents reproduits dans le texte et il fourmille d'éléments historiques sur des personnalités maorie influentes (le guerrier-prophète créateur de l'église Ringatu, les premiers élus maoris au parlement, etc.) et sur ces 150 d'histoire version maorie. Un massacre d'européens par des maoris est par exemple repris dans le récit, le déroulement et les motivations sont expliquées, elles étaient annoncées et la tuerie aurait pu être évitée sans la bêtise d'un responsable européen un peu borné; un incident qui illustre la partialité de l'histoire avec des registres "européens" détaillant et enregistrant non seulement le nombre des tués blancs mais aussi les noms, ages, qualités et tous leurs détails alors qu'en face "les maoris" n'y forment qu'une masse indistincte et sauvage.
Ce roman ne manque donc pas de remettre en cause une certaine version officielle de l'histoire, un aspect militant qui interpelle, sur la cohabitation des maoris et des pakehas et le choc des cultures; il soulève beaucoup de questions historiques, identitaires et politiques, parfois dérangeantes mais qui valent réflexion.
Voir aussi :
Livres - Pounamu Pounamu de Witi Ihimaera
Notes :
* Pour les prix littéraires en Nouvelle-Zélande, ce n'est pas très compliqué mais il faut juste suivre :
Avant 1996, il existait deux grands prix littéraires :
- le New Zealand Book Award (1973-1995)
- le Goodman Fielder Wattie Book Awards (1968-1993) qui devint le prix Montana Book Awards (1994-1995) après la reprise du mécénat par Montana en 1994.
À partir de 1996, les deux prix fusionnèrent sous le nom de Montana New Zeland Book awards (1996-2009).
La poste pris ensuite le relais du parrainage pour ce qui devint alors le prix New Zealand Post Book Award (2010-2014) ...
... jusqu'à ce qu'elle annonce son retrait et amène à la création du Book Awards Trust qui a repris le flambeau. Celui-ci a trouvé un nouveau sponsor en 2015, un promoteur immobilier qui a permis l'atribution en 2016 du premier prix Ockham New Zealand Book Awards.
Sources et plus d'infos :
Literary awards - Te Ara ICI
vendredi 24 février 2017
LIVRES - Saga maorie (Haka - Utu) - Caryl Férey
Le "polar" est par excellence le genre
qui permet de se déconnecter
le temps d'une enquête.
Avec les deux volets
de la saga maorie,
de la saga maorie,
on remet deux fois le couvert
et on double le plaisir
et on double le plaisir
en y associant la découverte
d'un pays
et d'une culture.
Folio policieret d'une culture.
Saga maorie de Caryl Férey
Genre : polar
Première édition :
Haka (Baleine- Le seuil) : 1998
Utu (Gallimard) : 2004
Initialement publiés en deux temps, les deux volets de la saga maorie peuvent se lire indépendemment ou l'un à la suite de l'autre comme je l'ai fait avec l'édition 2016 qui les combine en y ajoutant un chapitre inédit. Utu constitue plus ou moins la suite de Haka même si le policier-enquêteur-héro n'est pas le même et que l'enquête prend une direction et une ampleur différente d'une histoire à l'autre.
J'ai eu d'abord un peu de mal à entrer dans haka à cause du style ampoulé de l'auteur et puis j'ai fini par en faire abstraction pour me laisser prendre par l'enquête; une écriture que s'est sans doute fluidifiée aussi parce que c'est un point qui ne m'a pas génée dans Utu.
Ces deux enquêtes nous font plonger dans un monde ultra-violent bien loin du ressenti de l'expérience néo-zélandaise qui peut être la mienne :
- les enquêtes sont menées par cette race d'inspecteurs incorruptibles hors normes et hors règles, un peu déjantés, drogués et/ou alcoliques, bagareurs et ne répondant qu'à leur propre conscience et leur propre déontologie,
- ils font face seuls (ou presque) à un monde politico-économico-médiatique pourri jusqu'à la moelle,
- les maoris sont poussés aux extrêmes et font eux-aussi revivre de vieilles traditions qu'on croyait disparues pour essayer de faire valoir leurs droits, faire respecter leurs morts et retrouver leur honneur.
Deux "thrillers" toutefois bien ficelés et d'autant plus intéressants qu'ils sont bien documentés : on se balade entre Auckland et ses environs, dans l'île du nord, à Roturoa, à Waitakere Range ou au Northland. On apprend également beaucoup de choses sur la culture maorie, notamment dans le deuxième volume.
Bref, un bon moment qui m'a rappelé la lecture de Yeruldelgger de Patrick Manoukian où l'on retrouvait au travers d'une enquête toute aussi violente menée par le même type de héro solitaire, un plaisir du voyage et de la découverte identiques, dans le cadre de la Mongolie cette fois.
On accroche ou pas, moi j'aime finalement assez.
Un mot sur l'auteur :
Caryl Férey est un auteur français né en 1967, écrivain, voyageur et scénariste.
Après une enfance bretonne, il fait le tour d'Europe à moto puis un tour du monde à 20 ans en passant par la Nouvelle-Zélande qui lui inspirera Haka puis Utu.
C'est son "Zulu" paru en 2008 qui lui fait gagner le "Grand Chelem : dix prix, neuf traductions et un film tourné au cinéma à l'été 2012 par Jérome Salle".
Sa bibliographie conséquente comprend des romans, des polars (nombreux prix qui font de cet auteur un spécialiste reconnu du genre) et des livres pour la jeunesse. Il a aussi écrit pour des musiciens, le théâtre et la radio.
Dans mon petit lexique Maori-Français :
Haka : danser, une danse
Utu : se venger, la vengeance
Sources et plus d'infos :
Site de Caryl Férey - ICI
lundi 13 février 2017
LIVRES - Getting rooted in New Zealand - Jamie Baywood

Ce livre je l'ai lu et j'en fait donc une revue rapide mais je ne vais pas m'étaler dessus parce qu'à part la couverture un peu mignonne du skyline d'Auckland, il n'a pas un très grand intérêt.
Getting rooted in New Zealand de Jamie Baywood Pas de traduction française
Genre : biographie / récit d'expérience
Première publication : 2013
Autopublication (Createspace)
J'avais repéré ce bouqin sur le site de goodreads où il avait globalement d'assez bonnes revues (3,5/5). Le livre se présente sous forme de journal et décrit la vie au jour le jour d'une jeune californienne partie sur un coup de tête à Auckland en Nouvelle-Zélande avec un visa d'un an ne lui ouvrant que des emplois précaires à la limite de l'absurde. Non sans dérision, cette jeune femme un peu naïve nous fait part de sa petite vie, de ses états d'âme et de ses relations avec la gent masculine. Beaucoup d'introspection et une approche qui rappelle un peu le Eat, Pray, Love (Mange, Prie, Aime) d'Elizabeth Gilbert, mais alors de très très très très très loin !
Le livre comporte très peu de descriptions de la Nouvelle-Zélande et le seul point qui m'a finalement un peu amusé ce sont les différences linguistiques constatées par l'auteur qui comprend que l'anglais n'est pas si universel que ça et qu'il peut comporter des non-sens ou des contre-sens d'un pays à l'autre. Ainsi, après l'avoir beaucoup utilisé à mauvais escient, elle comprend par exemple qu'en argot néo-zélandais, le "getting rooted" qu'elle a repris dans son titre ne signifie pas "poser/planter ses racines" comme on pourrait s'y attendre mais plutôt "se faire culbuter"... tout est dit !
samedi 4 février 2017
LIVRES - Pounamu Pounamu - Witi Ihimaera
La nouvelle n'est habituellement pas le genre littéraire que je préfère mais Witi Ihimaera et son Pounamu Pounamu m'ont séduite et réconciliée, chaque histoire formant un tout bien ficelé, efficace, riche en détails et en émotions. Ce livre est comme le pounamu de son titre, "le jade sacré des maoris, la matière la plus noble, celle qui insuffle la vie de son propriétaire, transcende le temps et relie les générations, une pierre toujours en mouvement"* ...

Pounamu Pounamu de Witi Ihimaera
Pas de traduction française
Genre : recueil de nouvelles
Première édition : 1972
Édition anniversaire 40 ans / mai 2012, en anglais.
Au moment de sa sortie en 1972, Pounamu Pounamu était le premier recueil de nouvelles écrit en langue anglaise par une plume maorie. D'abord publiées dans des journaux, ces nouvelles composent une oeuvre de fiction fortement inspirée du vécu de l'auteur et elles illustrent, par touches, des moments marquants d'une enfance et d'une jeunesse passée dans l'île du nord de la Nouvelle-Zélande. Le livre baigne dans la culture maorie mais ne s'y limite pas parce que c'est un monde en interrelation avec ce qui l'entoure et que certaines valeurs sont universelles dès lors que l'on évoque des sujets comme la mort, les préjugés, la tradition, la transmission et la préservation de l'héritage culturel, etc.
Les néo-zélandais s'y reconnaissent, qu'ils soient maoris ou pakehas (non maoris) et le livre initalement publié à l'attention d'un public lycéen est un classique qui a imprégné toutes les générations qui s'y sont plongées sur les bancs de l'école où il est étudié.
L'édition du 40ème anniversaire enrichit les textes d'origine des commentaires de l'auteur. Il apporte ainsi, à la suite de chaque nouvelle, des anecdotes, des précisions intéressantes sur la façon dont il l'a écrite, comment elle a d'abord été publiée, l'aide qu'il a pu avoir, l'état d'esprit dans lequel il pouvait être, les difficultés rencontrées auxquelles peuvent aussi s'ajouter des remises en contexte pertinantes.
Ce livre est un vrai coup de coeur et une porte qui s'ouvre sur l'oeuvre de Witi Ihimaera qui me réconciliera peut-être définitivement avec les nouvelles, son genre de prédilection.
Sa bibliographie compte une vingtaine de recueils de nouvelles et histoires courtes ainsi qu'une grosse dizaine de romans, pour des plublic variés (adultes, jeunesse et enfants, selon).
Pour ceux qui ne peuvent le lire en V.O., il n'existe malheureusement que très peu de traductions françaises de ses livres.
Quelques mots sur l'auteur :
Witi Ihimaera est né en 1944 à Gisborne.
Il a grandit dans cette région, dans un milieu rural et pauvre près de Rongopai, à une époque où les communautés se vidaient, happées par l'exode rural. Sa maison ancestrale est réputée pour les peintures qu'elle contient.
Son éducation lui a permis de fréquenter l'université de Gisborne puis celle d'Auckland entre 1963 et 1966 mais, revenu à Gisborne sans valider son diplôme, il commence à travailler comme journaliste junior pour le Gisborne Herald avant de devenir facteur en 1968 à Wellington. Il reprend alors ses études à mi-temps à l'université Victoria de Wellington et valide son BA en 1971. C'est à la même époque que celui qui a toujours eu envie d'écrire - il gribouillait des histoires sur les murs de sa chambre quand il était enfant - commence à écrire sérieusement et que sa première histoire est retenue par le NZ Listener.
Pounamu Pounamu parait en 1972.
Son livre est remarqué par le premier ministre de l'époque qui pense que l'auteur serait un atout pour le ministère des affaires extérieures qu'il intègre en 1973 et où il restera jusqu'en 1989. Une carrière entrecoupée de deux bourses universitaires qui l'amènent à l'université de l'Otago en 1975 et à l'université de Victoria en 1982. Employé pour écrire, il rédige la brochure "Maoris" en 1975 puis un script de film. Pendant sa carrière au sein du corps diplomatique, il aura aussi l'occasion de vivre à l'étranger, quatre ans à New York et Washington D.C.
Il connait plusieurs périodes intenses d'écriture et est publié mais il fait une pause au début des années 1980 qui durera 10 ans parce qu'il ne veut pas que ses descriptions figent le monde maori alors qu'il considère ses récits dépassés à un moment de sa vie où il souhaite s'engager plus dans les réalités politiques et sociales. Il est alors marié et père de deux filles.
En 1990, il a repris l'écriture et devient professeur de l'ittérature anglaise à l'université d'Auckland. Romancier, auteur de nouvelles et histoires courtes, auteur de livres pour enfants, anthropologue, script, il n'arrête plus de publier et son oeuvre est multi-primée. Comme Llyod Jones avant lui, il reçoit notamment la bourse littéraire Katherine Mansfield en 1993 qui lui permet de vivre un temps à Menton en France. En 1996, son Nights in the garden of Spain marque son coming-out révélant son homosexualité.
À la retraite depuis le début des années 2010, Witi Ihimaera vit à Auckland et travaille maintenant à ses mémoires. Relatant son enfance, son Maori Boy: A Memoir of Childhood publié en 2014 a reçu le prix Ockham New Zealand Book Award 2016.
*Sur la piste du jade, pierre sacrée des Maoris - National Geographic 29/09/2014
Sources et plus d'infos :
Biographie détaillées de Witi Ihimaera - New Zealand Book Council - ICI
jeudi 12 janvier 2017
AEROPORT D'AUCKLAND / Jean Batten terminal : c'est quoi l'avion au plafond ?
Avec les fêtes de fin d'année, les occasions de se rendre au terminal international de l'aéroport d'Auckland se sont enchaînées et à force de patienter dans le hall des arrivées j'ai commencé à m'intéresser aux détails des éléments du décors, en particulier l'avion années 1930 suspendu au plafond avec cette question inscrite au mur pour interpeler les visiteurs :
La réponse ?
On la trouve sur le mur le plus proche de l'avion et la balustrade vitrée située à l'étage d'où l'on peut voir l'antique machine volante d'un peu plus près ...
Le mur affiche un grand portrait de Jean Batten avec les mentions "1909-1982" et "World-famous New Zealand Aviatrix" (aviatrice mondialement connue).
Jean Batten ? A vrai dire, je n'en avais jamais entendu parler avant de m'installer à Auckland début novembre 2016 mais je me rattrape depuis car elle n'arrête pas de se manifester, dans différents contextes :
1 - D'abord au terminal international de l'aéroport qui porte son nom,
2 - ensuite lors du Auckland free Walking tour qui passait par la place portant son nom au pied d'un immeuble où elle a vécu, le guide nous a parlé de cette conquérante du ciel qui fait la fierté du pays,
3 - enfin, c'est moins "glamour", lors de la visite du Howick Historical Village qui présente des toilettes ayant appartenu à sa famille (oui, les toilettes, la petite cabine en bois qu'on plaçait autrefois au fond des jardins) ... mais ça prouve bien que quand on a une héroïne nationale on essaye de s'en approprier un bout quitte à la caser à n'importe qu'elle sauce ...
Il n'en reste pas moins que Jean Batten est une icône nationale, une femme qui a su se faire une place dans un monde d'hommes en battant ou en établissant de nombreux records de vols faisant d'elle une personnalité mondialement connue des années 1930 et à la suite desquels elle a reçu moultes distinctions honorifiques.
À son actif :
- En 1934 : vol en solo de l'Angleterre à l'Australie en 14 jours et 22 heures avec un Gipsy Moth (elle bat de plus de 4 jours le précédent record détenu par Amy Johnson, une aviatrice anglaise)
- En 1935 : vol Australie- Angleterre en 17 jours, première femme à effectuer ce "vol retour".
- En 1935 : record du monde Angleterre-Brésil, Jean Batten parcoure 5'000 miles en 61 heures avec le Percival Gull. Cet exploit établi également le record de vitesse de la traversée de l'Atlantique sud et permet d'inscrire la première femme à la liste des pilotes ayant réalisé la liaison aérienne Anleterre-Amérique du sud. Pour cette performance, elle est honorée de l'Ordre national de la Croix du Sud, première personne autre qu'un membre de la famille royale à être ainsi distinguée.
- En 1936 : elle est le tout premier pilote à avoir effectué le vol solo direct Angleterre-Nouvelle-Zélande (Auckland) soit 14'224 miles en 11 jours et 43 minutes avec son Percival Gull. C'est sans doute l'exploit qui reste le plus connu et le plus cher au coeur des néo-zélandais. Au passage, ce vol permis d'établir un nouveau record de vitesse pour la traversée Australie-Nouvelle-Zélande en 10 heures 30 minutes.
Son exploit fut honoré par les Maori de Roturoa, sa ville natale : ils lui donnèrent le nom d'Hine-o-te-Rangi (Fille du ciel) et lui offrirent une cape de plumes de chef. Elle fut également nommée Commandeur de l'ordre de l'Empire Britannique (CBE) et reçu la croix de chevalier de la Légion d'honneur française.
- En 1938, elle est la première femme à recevoir la médaille de la Fédération aéronatique internationale, la plus haute distinction de l'aviation.
Toujours encouragée et soutenue par sa mère, Jean Batten était une femme douée, engagée, passionnée et volontaire qui a marqué son époque et l'histoire de l'aviation jusqu'à ce que la deuxième guerre mondiale change la donne et mette un terme à l'époque des pionniers du ciel.
Surnommée la "Garbo du ciel" par Ian Mackersey dans la biographie qu'il lui consacre, sa vie ferait un formidable roman balisé par les deux guerres mondiales, marqué par l'aventure et les voyages avec un volet amoureux jalonné de fiançailles mais jamais de mariage, une séductrice qui utilisait ses conquêtes pour servir ses desseins et obtenir le financement de ses cours de pilotage et de ses avions ... une pionnière du sponsoring aussi qui après la célébrité et la mort de sa mère en 1966, connu une fin de vie solitaire et une mort tragique, inhumée dans l'anonymat le plus complet au coeur d'une fosse commune des Baléares où elle repose.
Cette héroïne nationale a contribué à placer la Nouvelle-Zélande sur la carte du monde à son époque mais elle pourrait aussi illustrer le côté progressiste de son pays où les pionnières ont su très tôt s'imposer, se faire entendre et prendre leur place (la Nouvelle-Zélande est par exemple le premier pays à avoir accordé le droit de vote aux femmes, dès 1893)...
... Bref, une sacrée nana sur laquelle l'avion pendu de l'aéroport d'Auckland cherche à attirer l'attention et rappeler les exploits malgré l'indifférence ambiante !
Nota :
Le livre My Life de Jean Batten, publié en 1938 chez George G. Harrap & Company Limited est disponible en anglais, en version digitale sur le site de l'université Victoria de Wellington. Un témoignage accessible et une narration linéaire assez factuelle évoquant notamment les conditions des vols qui suivaient des repères terrestres, passaient par l'enregistrement dans des stations de l'empire britannique, le tout avec des instruments et des moyens relativement rudimentaires.
Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
Hine : fille
Rangi : ciel, jour
Sources et plus d'infos :
Biographie Jean Batten - Te Ara - ICI
My Life de Jean Batten - Version digitale - Victoria University of Wellington - ICI
Jean Batten, "la fille du ciel" - page 114 / Portraits légendaires d'aviateurs, Hervé Gouinguenet ICI
Jean Batten Doodle - ICI
"pourquoi y-a-t-il un avion suspendu au plafond ?"
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| Percival Gull Monoplane de Jean batten - Aéroport Auckland - Arrivées Internationales - ©SM |
La réponse ?
On la trouve sur le mur le plus proche de l'avion et la balustrade vitrée située à l'étage d'où l'on peut voir l'antique machine volante d'un peu plus près ...
Le mur affiche un grand portrait de Jean Batten avec les mentions "1909-1982" et "World-famous New Zealand Aviatrix" (aviatrice mondialement connue).
Jean Batten ? A vrai dire, je n'en avais jamais entendu parler avant de m'installer à Auckland début novembre 2016 mais je me rattrape depuis car elle n'arrête pas de se manifester, dans différents contextes :
1 - D'abord au terminal international de l'aéroport qui porte son nom,
2 - ensuite lors du Auckland free Walking tour qui passait par la place portant son nom au pied d'un immeuble où elle a vécu, le guide nous a parlé de cette conquérante du ciel qui fait la fierté du pays,
3 - enfin, c'est moins "glamour", lors de la visite du Howick Historical Village qui présente des toilettes ayant appartenu à sa famille (oui, les toilettes, la petite cabine en bois qu'on plaçait autrefois au fond des jardins) ... mais ça prouve bien que quand on a une héroïne nationale on essaye de s'en approprier un bout quitte à la caser à n'importe qu'elle sauce ...
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| ©SM |
Quant à la balustrade surplombant le hall des arrivées, elle présente une sorte de frise chronologique sur la vie, les exploits et les caractéristiques de l'avion le plus important pour les conquêtes de Jean Batten.
C'est une sorte de jeu de piste éducatif dans l'aéroport, pas mal fait et dont l'idée est plutôt bonne, à deux réserves près :
C'est une sorte de jeu de piste éducatif dans l'aéroport, pas mal fait et dont l'idée est plutôt bonne, à deux réserves près :
- le manque de lisibilité des informations placées sur les vitres,
- leur accessibilité restrainte du fait des tables du food-court qui s'y collent,
avec au final,
peu d'adeptes à ce petit jeu,
on ne vient pas à l'aéroport pour ça !
peu d'adeptes à ce petit jeu,
on ne vient pas à l'aéroport pour ça !
Il n'en reste pas moins que Jean Batten est une icône nationale, une femme qui a su se faire une place dans un monde d'hommes en battant ou en établissant de nombreux records de vols faisant d'elle une personnalité mondialement connue des années 1930 et à la suite desquels elle a reçu moultes distinctions honorifiques.
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| Statue de Jean Batten - Aéroport d'Auckland - ©SM |
À son actif :
- En 1934 : vol en solo de l'Angleterre à l'Australie en 14 jours et 22 heures avec un Gipsy Moth (elle bat de plus de 4 jours le précédent record détenu par Amy Johnson, une aviatrice anglaise)
- En 1935 : vol Australie- Angleterre en 17 jours, première femme à effectuer ce "vol retour".
- En 1935 : record du monde Angleterre-Brésil, Jean Batten parcoure 5'000 miles en 61 heures avec le Percival Gull. Cet exploit établi également le record de vitesse de la traversée de l'Atlantique sud et permet d'inscrire la première femme à la liste des pilotes ayant réalisé la liaison aérienne Anleterre-Amérique du sud. Pour cette performance, elle est honorée de l'Ordre national de la Croix du Sud, première personne autre qu'un membre de la famille royale à être ainsi distinguée.
- En 1936 : elle est le tout premier pilote à avoir effectué le vol solo direct Angleterre-Nouvelle-Zélande (Auckland) soit 14'224 miles en 11 jours et 43 minutes avec son Percival Gull. C'est sans doute l'exploit qui reste le plus connu et le plus cher au coeur des néo-zélandais. Au passage, ce vol permis d'établir un nouveau record de vitesse pour la traversée Australie-Nouvelle-Zélande en 10 heures 30 minutes.
Son exploit fut honoré par les Maori de Roturoa, sa ville natale : ils lui donnèrent le nom d'Hine-o-te-Rangi (Fille du ciel) et lui offrirent une cape de plumes de chef. Elle fut également nommée Commandeur de l'ordre de l'Empire Britannique (CBE) et reçu la croix de chevalier de la Légion d'honneur française.
- En 1938, elle est la première femme à recevoir la médaille de la Fédération aéronatique internationale, la plus haute distinction de l'aviation.
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| Timbre de 1990, série "heritage"/"achievers" émise pour les 150 ans de la Nouvelle-Zélande |
Surnommée la "Garbo du ciel" par Ian Mackersey dans la biographie qu'il lui consacre, sa vie ferait un formidable roman balisé par les deux guerres mondiales, marqué par l'aventure et les voyages avec un volet amoureux jalonné de fiançailles mais jamais de mariage, une séductrice qui utilisait ses conquêtes pour servir ses desseins et obtenir le financement de ses cours de pilotage et de ses avions ... une pionnière du sponsoring aussi qui après la célébrité et la mort de sa mère en 1966, connu une fin de vie solitaire et une mort tragique, inhumée dans l'anonymat le plus complet au coeur d'une fosse commune des Baléares où elle repose.
Cette héroïne nationale a contribué à placer la Nouvelle-Zélande sur la carte du monde à son époque mais elle pourrait aussi illustrer le côté progressiste de son pays où les pionnières ont su très tôt s'imposer, se faire entendre et prendre leur place (la Nouvelle-Zélande est par exemple le premier pays à avoir accordé le droit de vote aux femmes, dès 1893)...
... Bref, une sacrée nana sur laquelle l'avion pendu de l'aéroport d'Auckland cherche à attirer l'attention et rappeler les exploits malgré l'indifférence ambiante !
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| 15 septembre 2016 - Doodle Google pour le 107ème anniversaire de Jean Batten |
Le livre My Life de Jean Batten, publié en 1938 chez George G. Harrap & Company Limited est disponible en anglais, en version digitale sur le site de l'université Victoria de Wellington. Un témoignage accessible et une narration linéaire assez factuelle évoquant notamment les conditions des vols qui suivaient des repères terrestres, passaient par l'enregistrement dans des stations de l'empire britannique, le tout avec des instruments et des moyens relativement rudimentaires.
Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
Hine : fille
Rangi : ciel, jour
Sources et plus d'infos :
Biographie Jean Batten - Te Ara - ICI
My Life de Jean Batten - Version digitale - Victoria University of Wellington - ICI
Jean Batten, "la fille du ciel" - page 114 / Portraits légendaires d'aviateurs, Hervé Gouinguenet ICI
Jean Batten Doodle - ICI
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