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vendredi 20 avril 2018

Le village de Tirau - Capitale de l'art de la tôle ondulée

Tirau (anciennement Oxford) est un village situé à l'embranchement de deux nationales importantes, la route 1 qui traverse tout le pays*, du Cap Reinga à la pointe nord du Northland jusqu'à Wellington pour l'île du Nord et la route 5 qui part vers l'est jusqu'à Napier en passant par Rotorua et Taupo. En dehors de cette position particulière sur l'axe routier, ce village rural du Waikato était un lieu de passage sans aucun atout notable avant qu'il ne devienne la capitale de l'art de la tôle ondulée et une étape où s'arrêtent désormais beaucoup d'automobilistes, le temps d'une pause pour faire quelques clichés et parcourir la grande rue en musardant dans les boutiques et les cafés.

Amusant, le "School bus" signalant l'école primaire de Tirau ©SM
Tout a commencé en 1994 avec l'arrivée de Nancy et John Drake. Tous deux enseignants, ils s'étaient découvert au cours de leur carrière une passion pour la laine, du mouton à la tonte, du filage au tricot. La popularité des réalisations de Nancy dépassant largement le cadre familial et la retraite approchant, le couple souhaita se reconvertir et chercha un endroit pour ouvrir une boutique / salle d'exposition (Wool Gallery) dans l'île du Nord. Après bien des recherches, ils finirent par atterrir à Tirau où il achetèrent un grand terrain central, au bord de la route. John voulait pour sa femme une boutique qui attire l'oeil pour que les gens s'arrêtent. C'est ainsi qu'après plusieurs essais infructueux avec divers matériaux, il en vint à concevoir la première réalisation 3D en tôle ondulée de la ville constituée d'un long hangar au bout duquel il accola une tête de mouton géante en guise d'enseigne (pas de règlementation en la matière, il faut juste que ça ne tombe pas !). Nancy avait déjà ouvert sa boutique qui vivotait à peine mais une fois la vision de John réalisée et sans jamais faire d'autre publicité, le succès fut immédiat : non seulement les automobilistes s'arrêtaient mais en plus, la curiosité aidant, ils venaient voir d'un peu plus près, entraient et achetaient, le chiffre d'affaires décolla !

Photo du mouton et du bélier de Tirau Waikato Nouvelle-Zélande
Le mouton, la première réalisation de Tirau pour la boutique de laine. Le bélier est une réalisation plus récente  ©DM

Fort de son succès, John fit alors la promotion de la tôle dans le village mais la collectivité locale se montra d'abord frileuse, préférant revitaliser ses activités au travers de magasins d'antiquités, comme à Paeroa, pas si original. Il eût sa revanche lorsque la communauté le sollicita pour utiliser une partie de son terrain afin d'y installer des toilettes publiques. Il donna son accord à condition que le projet soit réalisé dans une continuité de style par rapport à ce qu'il avait lancé, il avait l'idée d'un chien. La conception du bâtiment qui devait être construit par des bénévoles commença sous la direction d'Henry Clothier, le propriétaire d'une boutique d'antiquité. Chacun avait un avis et voulait avoir son mot à dire mais Henry Clothier força la main de son fils Steven, un ingénieur, pour qu'il apporte son aide et s'assure de la solidité de la structure. Une fois embarqué, celui-ci s'investit totalement, modifiant le projet initial proposé par John qu'il remplaça progressivement par un chien de berger plus sophistiqué, terminé et dévoilé en 1998. 

Photo du chien de Tirau Waikato Nouvelle-Zélande
Le chien de Tirau, local des toilettes publiques et de l'office du tourisme  ©DM
Photo du chien du mouton et du bélier de Tirau Nouvelle-Zélande
Au bord de la nationale, le chien, le mouton et le bélier - Landmarks de Tirau  ©SM
Le mouton et le chien de Tirau devinrent immédiatemment des landmarks et des icones nationales reprises dans la presse, entrainant de nouvelles commandes qui n'ont jamais cessées depuis et une activité que Steven Clothier n'avait sans doute pas imaginée ni anticipée mais à laquelle il se dédie au sein de l'entreprise qu'il a créée, Corrugated Creations (Créations en tôle ondulée).
Aujourd'hui, la tôle est l'ADN du village de Tirau qui s'est d'ailleurs autoproclamé "Capitale Mondiale de la tôle ondulée" avec ses enseignes qui sont comme une galerie à ciel ouvert. Une réussite qui dépasse les frontières du village et même du pays puisque ces oeuvres, des modèles uniques, s'exportent.

Photo du panneau en tôle de l'école primaire de Tirau Nouvelle-Zélande
Panneau de l'école primaire avec le ti (cabbage Tree), l'arbre symbole du village de Tirau  ©SM
Inventée en Angleterre dans les années 1820 et longtemps utilisée dans les colonies comme matériaux bon marché pour faire des toits ou des réservoirs, la tôle ondulée a ainsi trouvé à Tirau une nouvelle jeunesse et de nouveaux débouchés. Ses qualités de légéreté, de souplesse et de résistance laissent une grande liberté d'utilisation pour toutes sortes de réalisations qui, à l'inverse d'une sculpture, doivent être réalisées de l'intérieur vers l'extérieur avec une bonne dose de technicité et d'ingénierie pour assurer équilibre et solidité. Corrugated Creation propose une large variété de réalisations uniques : des enseignes ...

Photo d'enseigne d'un café avec des pukeko en tôle Tirau Nouvelle-Zélande
Enseigne d'un café de Tirau avec des pukekos en tôle  ©SM
Devant la jardinerie de Tirau
Un café - boutique de Tirau
... des modèles de boîtes aux lettres  ...

Photo d'une boîte aux lettres en tôle Nouvelle-Zélande
Sur la route (au nord d'Auckland) - Boîte aux lettres en tôle  ©SM
... des réalisations en 3D ...

Photo de berger devant l'église de Tirau sur la rue principale Nouvelle-Zélande
Berger devant l'église de la rue principale de Tirau   ©SM
Chien dans la cours de l'école de Tirau  ©SM
... des animaux, des personnages, des plantes, des véhicules, etc.
Dans le village de Tirau, outre les enseignes multiples, les bâtiments du chien et du mouton ont été complétés d'un troisième hangar en forme de bélier, d'un berger et plus récemment, d'un autre local assez amusant de toilettes publiques qu'il faut aller chercher dans une rue perpendiculaire à l'axe routier principal :

Photo des toilettes de Tirau Waikato Nouvelle-Zélande
Toilettes de Tirau ©DM

À mi-étape entre Auckland et Rotorua, l'arrêt à Tirau est amusant et ne demande pas énormément de temps sauf si on traine dans les cafés et les boutiques parfois assez tentantes. On peut y commencer une collection de photos sur le thème de l'art de la tôle et l'enrichir ensuite en sillonnant le pays où ce type de réalisation fait figure de kiwiana*.

Et pour conclure la petite histoire : le magasin de laine existe toujours mais il est tenu par Sally, la fille de John et Nancy à qui ils ont passé la main. John rêvait d'ajouter un cochon à sa collection de bâtiments, pas sûr que cela se réalise un jour, il semble que ce soit le bélier qui lui a été préféré ...

À voir :
Vidéo youtube expliquant la réalisation d'une enseigne par Corrugated Creation (Anglais - 8'15) :


Nota :
* La route 1 traverse non seulement l'île du Nord mais aussi toute l'île du Sud, de Picton à Invercargill / Bluff.
* Les kiwianas sont les objets typiquement néo-zélandais. Dans le village d'Otohoranga qui se considère comme la "Capitale des Kiwianas", on peut voir deux grands et célèbres kiwis réalisés en tôle, à Tirau, par Corrugated Creations.

Un des kiwis en tôle d'Otohoranga, "capitale des kiwianas" - Source : Wikipedia Common
Voir aussi :
Paeroa - Village d'antiquaires
Katikati - Capitale de peinture murale en Nouvelle-Zélande

Plus d'infos :
Corrugated Creations ICI
Corrugated Creations Gallery ICI
Tirau's Tin Sheep turns ten - NZ Geographic Nov-Dec 2004 ICI
Tirau - South Waikato District Council ICI

vendredi 2 février 2018

Plages de Nouvelle-Zélande : cherchez la balançoire !

Dans la liste des "kiwianas*" établie par le village d'Otorohanga, autoproclamé "kiwiana Town", il me semble qu'il manque une chose pourtant importante et typiquement néo-zélandaise : la balançoire monocorde des plages !


Ces modestes symboles de liberté, d'enfance et de nostalgie, cela fait déjà pas mal de temps que je les collectionne au fil de nos balades alors hop, aujourd'hui, je sors ma collection.


Accrochées aux branches des arbres au bord des plages publiques, elles sont faites de simples cordes terminées par une boucle (qui ont, à l'occasion, de faux-airs de potence) ou un noeud et parfois complétées d'un bout de bois, d'une planche ou d'un pneu pour une version plus élaborée.


Un peu sauvages, elles se cachent parfois sous une canopée mais avec un peu d'habitude, on se rend compte qu'elles sont (presque) partout, même sur les plages les plus isolées, offertes au tout venant le temps d'un envol pour se jeter à l'eau façon Tarzan ou se balancer tout simplement, bercé au son des vagues.


Des objets purement fonctionnels, tous bêtes, à l'image d'une Nouvelle-Zélande faite de liberté, de débrouillardise et de simplicité apportant avec plus ou moins de discrétion et de subtilité, une petite touche d'humanité au paysage.
 

Somme toute, rien d'extraordinaire mais je les aime bien ces p'tites balançoires d'autant qu'elles sont souvent complices des vieux arbres du bord de mer qui me fascinent tant alors moi aussi je joue avec elles, à cache-cache, pour quelques clichés à collectionner !


Notes :
* Les kiwianas sont les icones nationales toutes catégories - objets, sports, traditions, etc. - dans lesquelles tout néo-zélandais bien né se reconnait.

Plus d'infos :
Otorohanga - Kiwiana Town ICI 
Kiwiana - 100% Pure New Zealand ICI

mercredi 13 décembre 2017

En Nouvelle-Zélande les va-nu-pieds sont rois !

En Nouvelle-Zélande, il n'est pas rare de voir les gens marcher pieds-nus surtout avec l'arrivée des beaux jours, pas seulement à la plage où cela n'a rien de surprenant mais partout et n'importe où, en ville, sur les trottoirs, dans les magasins, à l'école*, enfants comme adultes ... C'est une pratique si courante qu'elle ne manque pas d'étonner les étrangers - moi la première - et qu'on la retrouve ainsi mentionnée sur de nombreux forums, blogs et autres articles traitant de la Nouvelle-Zélande.

Photo d'un enfant pieds-nus en Nouvelle-Zélande
À Auckland, des pieds en liberté, en "jandals" ou "nus", chacun fait fait fait c'qui lui plait plait plait ♪♫

Dans la version anglaise* d'un article wikipedia consacré aux "pieds nus"/Barefoot (et oui, l'article existe, on trouve vraiment tout et n'importe quoi sur wikipedia !), j'ai même déniché un paragraphe consacré à la Nouvelle-Zélande qui semble révéler une certaine susceptibilité nationale en la matière puisqu'on peut y lire qu'en 2010, un conférencier américain a raté une opportunité de travail en Nouvelle-Zélande après avoir qualifié la pratique "d'arriérée et de non civilisée, malsaine et répugnante pour les Nord-Américains" ... tout ça dans un article publié en réponse à une tribune moquant la politique de l'État du Texas imposant le "pas de chaussure - pas d'emploi" (pauvre conférencier, interdit de travail en Nouvelle-Zélande alors qu'il ne parlait même pas du pays ...Comme quoi, il faut se méfier de ce qu'on écrit ...). Wikipedia mentionne aussi un journaliste du New York Times, spécialisé dans les voyages, "frappé" par le phénomène néo-zélandais, les nombreux expatriés qui sont toujours étonnés de l'ampleur de la chose ainsi qu'une polémique relativement médiatisée en 2014 entre un passager d'Air New Zealand qui a voulu embarquer pieds nus alors que les règles de la compagnie l'interdisent ...


Photo d'un enfant pieds nus au supermarché Auckland Nouvelle-Zélande
La tenue nationale décontractée, short, "jandals" pour papa, pied-nus pour fiston...Le bonnet par 23ºC? ... bientôt Noël ou on fait ben c'qu'on veut !

Les pieds nus de Nouvelle-Zélande constituent donc une spécificité nationale, si incongrue aux yeux des étrangers qu'elle figure presque systématiquement dans certaines listes aux titres accrocheurs établies sur les blogs de voyage comme "les (n) choses qu'on ne m'avait pas dites avant d'aller en NZ".
Certains tentent des analyses plus poussées, notamment dans la presse : Est-ce que c'est un problème de marcher pieds nus ? Est-ce malsain ou dangereux ou au contraire apaisant ? Il existe des arguments pour et d'autres contre mais bon, au final, chacun fait ce qu'il veut tant qu'on ne vient pas légiférer là-dessus pour réglementer la chose !

D'autres enfin tentent de donner des explications sur le pourquoi de cette pratique nationale qui appartient presque au patrimoine génétique du kiwi. J'ai ainsi relevé :
- des raisons culturelles : en matière d'habillement et de présentation, les néo-zélandais sont en général plus décontractés que dans les autres pays et dès leur plus jeune age, les enfants préfèrent marcher pieds nus. (la décontraction c'est plutôt vrai)
- des raisons culturelles plus spécifiques aux Maories : marcher pieds nus permet d'être connecté directement avec mère-nature. Dans un marae (lieu de rencontre), un wharenui (maison des rencontres) est un lieu tabou/sacré dans lequel on ne peut pas marcher chaussé afin de ne pas désacraliser l'endroit. (Ok, pourquoi pas)
- des raisons climatiques : des températures estivales confortables pour marcher pieds-nus. (oui, c'est plutôt vrai. Il n'y a pas de variations extrêmes sur Auckland et dès que les températures s'adoucissent, les pieds sortent ...)
- la propreté des trottoirs exempts de crottes de chiens, de parasites et autres dangers (?).  (C'est vrai que les trottoirs sont plutôt bien entretenus mais personnellement, je garde quelques réserves sur leur aseptie).

photos de pieds-nus Nouvelle-Zélande
À la caisse du magasin d'électronique, la preuve (un peu floue) que les adultes vont eux aussi nus pieds ...

Et pendant qu'on y est, ces éléments complémentaires donnés par un podologue :
- des raisons de physionomie : la majorité des néo-zélandais ont des pieds plutôt larges et plats. Historiquement, les chaussures étaient importées d'Europe où elles répondaient à des critères physionomiques plus fins si bien que les gens préféraient marcher pieds nus plutôt que de porter des chaussures inconfortables, trop étroites. (Ah, tient, s'il le dit, c'est intéressant ça, non ?!)    
- des raisons historiques : pendant la grande dépression, les chaussures passaient d'un enfant à l'autre sans toujours être à la bonne taille si bien qu'ils étaient souvent mieux pieds-nus. (OK mais ça commence un peu à dater quand même.) 
- les pratiques à l'école : dans les écoles primaires, les enfants enlèvent leurs chaussures en classe et souvent, la pratique du sport se fait pieds-nus dans l'herbe. (Et ben voilà, ça c'est du vécu qui peut expliquer des choses.) 
- la commodité : c'est juste le plus pratique !  (Ok sûr, une vraie lapalissade !)
- la décontraction nationale qui rejoint les raisons culturelles évoquées précédemment  ...

Et pour rire, il faut bien sûr parler des "gènes de hobbit (cachés)" des néo-zélandais, tout de même régulièrement évoqués (ahahah !  Peter Jackson a quand même fait du bon boulot !) ...


Photo d'enfant pieds-nus Nouvelle-Zélande
Insolite ... Dans le magasin de chaussures, essayage pour les parents mais la fifille, elle, allait pieds-nus ...

Bref, un sujet qui défraye la chronique et à laquelle j'ajoute ma voix aujourd'hui, même si le phénomène serait en régression et beaucoup moins courant qu'avant. Pour le moment, moi je trouve que c'est encore une pratique bien vivante comme l'illustrent les quelques photos de cet article toutes prises en moins d'une demi-heure quand j'ai pensé à le faire il y a quelques jours en anticipant ce sujet, un samedi après-midi aux températures estivales.

Notes :
* Comme je ne fréquente plus vraiment les écoles, je précise que je les vois quand je passe en voiture au moment de l'entrée et surtout de la sortie des classes, les enfants en uniformes avec leurs sacs et sans chaussures ...
* Pas de mention de la Nouvelle-Zélande dans la version française de l'article wikipedia "pieds nus" sachant que la version anglaise de l'article est bien plus développée et étayée ... pour ceux que ça intéresse !

Plus d'infos :
Danielle Murray : Bare feet soothing to the sole and the soul - NZ Herald 15/01/2014 ICI
Quora - Why do some New Zealanders walk on the steet without wearing shoes ?  ICI
Barefoot - Wikipedia ICI

samedi 18 novembre 2017

À Auckland le Père-Noël est de retour sur Queen street

En arrivant l'année dernière au début du mois de novembre, j'avais déjà constaté qu'Auckland n'était pas en retard pour préparer les fêtes de Noël. Cette année, rebelotte, le 15 novembre les vitrines sont déjà toutes décorées, notre voisin a commencé à poser les premières guirlandes de son invraissemblable concours personnel d'illuminations qui durera tout le mois de décembre jusqu'à Noël et puis surtout, l'immense et emblématique Père-Noël de Queen street domine à nouveau la plus importante artère de la ville. Droit dans ses bottes, vêtu de son uniforme rouge, entouré de cadeaux et accompagné de ses deux rennes monumentaux, le géant à barbe blanche n'a pas pris une ride depuis l'année dernière et réaffirme sa position d'emblême débonnaire qu'il occupe depuis son apparition en 1960.

Fidèle au poste : le Père-Noël d'Auckland sur Queen Street - La saison des fêtes de fin d'année 2017 est lancée !  ©SM

Son histoire appartient au patrimoine national puisqu'elle figure - sans être tout à fait à jour - sur le site de NZ History (Histoire de la Nouvelle-Zélande) du ministère de la Culture et du Patrimoine, avec ses hauts et ses bas, des changements d'adresses et de propriétaires et les retouches émaillant sa saga. Ce Père-Noël avait été conçu au départ comme une attraction commerciale chargée d'attirer les clients dans le grand magasin Farmers qu'il surmontait à l'angle de Hobson street et de Wyndham street où il a d'abord officié chaque année pendant trente ans. La structure de 18 mètres pesant plus de cinq tonnes, en fibre de verre supportée par des tubes d'acier avait alors une partie automatisée composée d'un oeil clignotant et d'un doigt articulé. Ces deux gestes censés inciter les clients à entrer dans le magasin ont disparu en 2009 alors que l'aspect douteux et un peu pervers qu'ils donnaient au personnage lui avaient valu le surnom de "Creepy Santa".

L'icone n'en avait pas moins gagné le coeur des habitants, une première fois inquiets au moment de la mise en vente du magasin Farmer du centre ville dans les années 1990 coïncidant avec la décision de confier sa célèbre parade de Noël à une association indépendante. Le Père-Noël trouva alors refuge pendant quelques années au dessus d'un centre commercial où officiait un autre magasin Farmer, à Manukau, en périphérie d'Auckland. Décrépi et plus assez présentable, il disparut ensuite pendant deux ans à la fin des années 1990 avant d'être racheté pour 1 dollar symbolique par une agence de relations publiques. Celle-ci fit appel à toutes sortes de supporters et de sponsors pour restaurer Santa Claus et le ramener en centre ville au dessus de Whitcoulls sur Queen's street où il parque désormais ses rennes pour les fêtes de fin d'année.
Les coûts de stockage, de montage, de démontage et d'entretien n'en sont pas moins énormes si bien que la continuité de la tradition est régulièrement remise en cause, avec plusieurs coups de chaud dont le dernier, en 2014, a bien failli lui être fatal.
Bon an mal an, le bonhomme bienveillant s'accroche pourtant et continue de veiller au dessus de l'agitation citadine pour rappeler, d'une génération à l'autre, une certaine continuité de l'esprit de Noël.

Note :
À voir aussi sur Queen street : les très belles vitrines du grand magasin Smith and Caughey Ltd avec leurs automates et l'histoire qu'ils racontent, un peu dans la même veine que la tradition des Galeries Lafayettes à Paris. Le thème de cette année 2017 : les pirates. 
 
Vitrine de Noël Smith & Caughey sur Queen street (2017) - Les pirates à l'honneur.    ©SM

Voir aussi :
Farmers Santa Parade - Bientôt Noël (2016) ICI
Illuminations de Noël, Franklin road Christmas lights (2016) ICI
Pohutukawa, arbres de Noël de NZ  ICI

Plus d'infos :
Auckland's giant santa - NZ History ICI
Auckland miracle : Queen Street Santa's been saved - NZ Herald 23/10/2014 ICI

lundi 11 septembre 2017

L&P - World famous in New Zealand


"World famous in New Zealand" ... cette phrase qui ne manque pas d'humour est "mondialement connue en Nouvelle-Zélande" et intimement associée à L& P,  "LA boisson gazeuse nationale" enregistrée comme telle à la liste des "kiwiana"*, les choses typiquement néo-zélandaises qui déclenchent un réflexe nationaliste et nostalgique pavlovien pour tout kiwi bien né qui se respecte, où qu'il se trouve.


Photo de publicité L&P world Famous in New Zealand Paeroa Nouvelle-Zélande
World Famous in New Zealand - Publicité L&P    ©DM 

L&P, est l'abbréviation de Lemon & Paeroa, pour "Citron et Paeroa" du nom d'une petite ville située au sud de la péninsule de Coromandel un peu en amont de la vallée de l'or de Karangahake. Il y coule une source d'eau minérale naturellement gazeuze, sorte de Perrier ou de Vichy local dont les premières analyses/expertises furent établies en 1904 par Arthur Wohlman, fonctionnaire balnéologue, qui attribua le goût particulier de l'eau de Paeroa à sa forte concentration en bicarbonate de potassium, à partir de laquelle fut longtemps produit L&P avec le simple ajout d'un peu de citron.

Photo de bouteilles L&P au supermarché Nouvelle-Zélande
Dans mon supermarché, L&P en différentes versions : originale, "float" ou "sans sucre"    ©SM   

Un peu d'histoire entreprenariale ...

La source de Paeroa coulait sur un terrain privé qui changea plusieurs fois de mains entre 1889 et 1908 mais elle était connue de la population locale qui y avait accès et venait régulièrement s'y approvisionner. Les choses changèrent en 1908 avec son rachat par deux beaux-frères qui débutèrent la mise en bouteille à des fin commerciales et établirent la Paeroa Natural Mineral Water Company enregistrée en 1910. L'entreprise s'appuya sur le transport fluvial pour développer une clientèle importante couvrant un large rayon géographique de distribution comprenant Auckland. Dès 1908, son offre incluait le célèbre "Paeroa and Lemon" concocté par l'ajout de citron à l'eau mise en bouteille.

Entête du papier à lettre de Paeroa Natural Mineral Water Company - Source : Ohinemuri.org.nz

En 1915, la société fut rachetée par Grey and Menzies Limited, une entreprise locale de production d'eau gazeuse née en 1902 de la fusion de John Grey & Sons, société d'Auckland avec un comptoir sur Coromandel et Menzies Ltd qui avait son siège sur Thames (Coromandel) et des usines à Paeroa, Waihi et Te Aroha. Les années qui suivirent ce rachat furent florissantes et amenèrent de nouveaux investissement à Paeroa qui vit l'ouverture d'une nouvelle usine en 1926.
Populaire, le produit "Paeroa and Lemon" continua lui aussi sa progression, un temps "assemblé et distribué" à partir de l'usine d'Auckland avec l'eau brute venue de Paeroa avant d'être de nouveau préparé directement à l'usine de Paeroa (après 1934). Progressivement, le nom de cette boisson s'est transformée pour passer de "Paeroa & Lemon" à "Lemon & Paeroa" sans qu'il soit possible de déterminer le moment exact où la transition s'est faite sachant qu'on trouve par exemple les deux noms dans une publicité publiée dans un journal local en 1947.

En 1960, l'entreprise changea de propriétaire pour passer sous l'égide de New Zealand Brewery alors que Grey & Menzies continuait à en assurer la gestion. Plus tard, c'est une société locale d'Auckland qui en repris le contrôle, Schweppes Ltd pour former une nouvelle entitée appelée Contract Bottlers Ltd. Ce fut une période de changement pour  la ville de Paeroa qui passa alors par plusieurs étapes qu'on peut résumer en "grandeur et décadence" jusqu'à ce que cessent toutes les opérations de production avec la fermeture de la dernière usine en juillet 1980. La source est ensuite restée propriété de l'entreprise basée à Auckland jusqu'à ce qu'elle soit absorbée par le géant américain, Coca-Cola Amatil qui en a désormais le contrôle.

Différents logos de L&P  -  Source : Stuff.co.nz

Même si Paeroa ne produit plus de fameux L&P, la ville a gardé la fierté de l'avoir inventé en plus d'avoir été distinguée en 1969 par le prix de d'Excellence (Excellence Award) décerné par l'Institut des Embouteilleurs Britanniques (British Bottlers Institute) : L&P se targe ainsi d'être le seul produit non originaire des îles britanniques à avoir reçu une telle récompense de la part de cette honorable institution.

Une fierté qui se concrétise matériellement par une statue géante de bouteille de L&P,  point de pèlerinage obligatoire à Paeroa et icone figurant dans le top-ten national, photographiée des millions de fois et trouvant sa place jusque sur les timbres poste !

Photo de la bouteille L&P de Paeroa Nouvelle-Zélande
"LA" bouteille L&P, icone nationale de Paeroa - ©DM

Timbres Paeroa : séries 1998/Town Icons et 2014/Legendary Landmarks

La bouteille qui a déménagé à plusieurs reprises est immanquable, elle domine une placette aménagée au bord de la route principale à l'entrée est de Paeroa avec panneaux explicatifs et poubelle en forme de citron. Pour la petite histoire, la statue a été fusée avant d'être bouteille, déclinant d'abord le thème de la conquête spatiale en vogue pour la période promotionnelle des fêtes de Noël 1967. Avec quelques modifications et un bon coup de peinture aux couleurs de L&P, la bouteille fit son apparition l'année suivante, pérennisée sous l'égide de la maison mère de production de la boisson. Faite de blocs de béton recouverts de fibre de verre, la statue mesure 7 mètres de haut et 1,3 mètres de diamètre.

Photo du panneau the bottle rocket paeroa Nouvelle-Zélande
La fusée de Noël qui donna naissance à une bouteille ...   ©SM

Cette immense bouteille a un petit côté In Memmoriam parce que si la source coule toujours, elle est fermée au public et ne sert plus de matière première au L&P reconstitué artificiellement aujourd'hui en plus de décliner de nouvelles saveurs ou variétés, avec ou sans sucre. Dans le giron de Coca-Cola Amatil qui la commercialise, L&P reste toutefois une marque nationale historique et populaire contenue dans son slogan publicitaire "World famous in New Zealand" imaginé en 1993 par l'agence de publicité Saatch-Saatchi d'Auckland en contrat avec la firme américaine. Au gré des campagnes et des saveurs, la multi-nationale adapte parfois le slogan avec des variations amusantes comme par exemple "World Famous in New Zealand since AGES ago" (mondialement connu en Nouvelle-Zélande depuis des lustres) pour booster les bouteilles traditionnelles ou encore "World Famous in New Zealand since quite recently" (mondialement connu en Nouvelle-Zélande depuis peu) pour la version aspartam lancée en 2005.  

En 2009, ce slogan a fait l'objet d'une bataille juridique gagnée par Coca-Cola qui a pu finir d'en déposer la propriété au grand désarroi de celui qui soutenait que cette phrase, nom déposé de sa société et symbole kiwiana par excellence devait appartenir à tous les néo-zélandais et non à une société ...

Et le goût ? ...
... Très sucré... même pour la version aspartam, rappelant un peu le Canada Dry dont il a la couleur ... même si tout bon kiwi dira bien sûr que le goût est incomparable !


Quelques "kiwiana" !  





Notes :
* "kiwiana" est un "kiwi-isme" pour désigner des objets typiquement néo-zélandais dans lesquels toute la population se reconnait. "Kiwiana" a même sa capitale, la petite ville d'Otorohanga située à proximité des grottes de Waitomo.

Plus d'infos :
Histoire de Paeroa - Te Ara ICI
Lemon and Paeroa - Food & Beverage manufacturing Te Ara  ICI
The story of Lemon & Paeroa - Positive Paeroa ICI
L&P release new flavour Chilli&Lime, company rebrand - Stuff 03/10/216  ICI
World Famous in New Zealand - Newshub 15/12/2009 ICI
Otorohanga - Kiwiana Town  ICI

Sur youtube, à voir, quelques publicités L&P 100% kiwi :
L&P swimming pool bombs ICI
L&P Stubbies Ad (NZ) ICI
L&P Nothing much  ICI
L&P Ad ICI
Funny L&P Ad ICI