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lundi 5 novembre 2018

La trilogie de l'arbre kauri de Sarah Lark




Après Les rives de la terre lointaine, volume 1 de la trilogie du kauri, la deuxième saga néo-zélandaise de Sarah Lark se poursuit avec toujours un peu les mêmes ficelles : des familles dont on suit les générations qui se croisent et se mèlent, une énorme dose de romantisme, des éléments historiques détaillés "in vivo" afin de découvrir quelques événements clés qui ont façonné la Nouvelle-Zélande.

Dans l'ombre de l'arbre Kauri/The kauri tree, il est ainsi question de la lutte des suffragettes qui se sont battues pour obtenir le droit de vote sachant qu'en la matière, le pays fut véritablement pionnier en accordant ce droit aux femmes (et aux maoris) dès 1893. Les motivations et les circonvolutions complexes liées à ce progrès sont bien abordées dans le livre, notamment la question de la "tempérance" et des mouvements religieux. Le volet maori est un autre grand sujet bien développé dans ce deuxième volume avec notamment l'expérience unique du village de Parihaka dans la région de Taranaki. Son guide sprirituel, Te Whiti o Rongomai, est parfois qualifié de "Gandhi" avant l'heure pour son approche pacifiste visant à contrer les blancs trop avides de récupérer les terres maories. On découvre également des éléments sur la côte ouest de l'île du sud avec ses mines de charbons ou sur les début des courses de chevaux, les paris et entourloupes qui les entourent.  
        
Avec les larmes de la déesse maorie / Flight of a Maori goddess, on poursuit la saga familiale et historique au tout début du XXème siècle. Une partie de la nouvelle génération va se porter volontaire pour renforcer les troupes qui partent combattre en Afrique du Sud dans la terrible guerre menée contre les Boers. On sort du territoire de la Nouvelle-Zélande mais cet épisode marque le début de ses engagements militaires avec ses premiers traumatismes. Il est également question d'un exploit aérien non enregistré officiellement mais qui aurait précédé celui des frères Wright ... 

Des livres faciles à lire, romantiques parfois à l'excès avec des destins de femmes malmenées mais réslientes. Des romans surtout très bien documentés ce qui en fait, pour moi, tout l'intérêt : une très bonne introduction au pays.

Nota : les deux sagas, celle du Pays du long nuage blanc et celle du kauri sont très complémentaires dans la mesure où elles creusent des aspects historiques différents (avec en guise de clin d'oeil quelques références à la première dans la deuxième). 

Voir aussi :
LIVRES - Les rives de la terre lointaine / Toward the sea of freedom de Sarah Lark (Saga du kauri)
LIVRES - Saga "Le pays du nuage blanc" - Sarah Lark


dimanche 17 juin 2018

LIVRES - Les âmes brisées / What becomes of the broken-hearted d'Alan Duff


Les âmes brisées est la suite de l'âme des guerriers, deuxième volume d'une trilogie.
Quelques années après le drame qui a brisé la famille Heke - le suicide de Grace, 13 ans, et la mort violente de Nig, le fils aîné - on retrouve Jake, Beth et leurs autres enfants qui ont grandit. Le couple brisé par l'alcool et la violence au moment de la tragédie n'a pas survécu. Beth a refait sa vie et trouvé une stabilité avec un ancien éducateur qui l'a prise sous son aile avec ses enfants en leur offrant son amour, de meilleures conditions de vie et de nouvelles perspectives. Jake, un temps soupçonné du viol qui a conduit sa fille Grace au suicide, a d'abord continué à dériver, boire et traîner mais finit par trouver le chemin de la rédemption par l'amour, l'amitié et le sport qui canalisent sa violence alors qu'il se construit de nouveaux repères et surtout, l'estime de soi. Quand aux enfants, ils font leur chemin, l'un est à l'université, l'autre s'engage dans la voie des gangs comme son grand frère qu'il admirait alors que la plus jeune fille, bonne écolière, subit la violence des autres filles de son âge qui ne comprennent pas son assiduité ...     

La violence des banlieues maories reste très présente mais elle ne forme plus la trame centrale brute du roman qui est plus axée sur les personnages, leur ressenti, leur transformation, leur rapport aux autres. Les protagonistes sont plus apaisés, plus matures et le récit s'élargit pour inclure notamment l'ancien voisin pakeha (non maori) qui se débat avec des difficultés financières qui l'amènent à vendre ses terrains petit à petit en entraînant une perte de son statut social.

Un bon livre qui permet d'aborder une partie de la Nouvelle-Zélande qui n'est pas la plus connue, dénoncée par un auteur qui sait de quoi il parle et qui arrive à donner une vision "de l'intérieur" d'une frange maorie en mal-être, se cherchant sans toujours se trouver.

À suivre.

Du même auteur :
L'âme des guerrier / Once were warriors

Titre original : What becomes of the broken hearted
Titre français : Les âmes brisées
Auteur : Alan Duff
Première édition : 1996

jeudi 24 mai 2018

LIVRES - Les rives de la terre lointaine / Toward the sea of freedom de Sarah Lark (Saga du kauri)


Au début du XIXème siècle, les conditions de vie sont difficiles en Irlande. Kathleen et Michael sont jeunes et amoureux et rêvent d'une vie meilleure mais le jeune homme qui cherche à financer leur immigration vers l'amérique est arrêté pour un vol de sacs de grains utilisés pour produire du whisky de contrebande, condamné et envoyé purger sa peine à l'autre bout de la terre, sur l'île de Van Damien (Tasmanie / Australie). Michael a promis de revenir mais la jeune femme, enceinte, se retrouve mariée à Ian Coltrane, un marchand de chevaux fourbe qui l'emmène vers la Nouvelle-Zélande où il lui fait payer le prix du nom qu'il donne au fils de Kathleen. Entre Tasmanie et Nouvelle-Zélande on va alors suivre le destin romanesque et aventureux de ces personnages qui passent par différents lieux marquant l'histoire de la région : la colonie pénitentiaire de Van Damien, la colonie de Christchurch, la station baleinière de Kaikoura, l'établissement de Dunedin dans l'Otago avant et après la ruée vers l'or, les relations avec les Maoris, etc.     

Après le succès de la saga du Pays du nuage blanc, Sarah Lark remet le couvert avec une nouvelle saga néo-zélandaise, celle du "kauri" (arbre emblématique de Nouvelle-Zélande) dont Les Rives de la Terre lointaine / Toward the sea of Freedom est le premier volume. Ses héroïnes ont le beau rôle même si elles subissent encore une fois les abus des hommes avant de révéler des capacités de résilience et d'adaptation extraordinaires leur permettant de rebondir et de tracer leur chemin dans un pays où tout est à faire. Une trame romanesque qu'on appreciera, ou pas, mais qui sert de mise en scène dans un décor et un contexte historique soigneusement documentés (et décortiqués dans la postface) sur la Nouvelle-Zélande, tout l'intérêt de cette lecture facile et divertissante.

Titre anglais : Toward the sea of Freedom
Titre français : Les rives de la terre lointaine
Premier volume de la saga du Kauri
Auteur : Sarah Lark (Christiane Gohl)
Première édition : 2010

Saga du Kauri :
Volume 2 : À l'ombre de l'Arbre Kauri / Beneath the kauri tree
Volume 3 : Les larmes de la déesse maorie (à paraitre 06/2018) 

vendredi 30 mars 2018

Mutukaroa - Hamlins Hill Regional Park - Le parc régional au bord de l'autoroute

Coincé entre une bretelle d'autoroute et une zone d'activité semi-industrielle, le parc régional de Mutukaroa - Hamlins Hill avec ses paysages ruraux de pâturages (vaches comprises) et de bush, apporte une touche de verdure un peu insolite dans la ville, à seulement 12 kilomètres du CBD*.

Photo de Mutukaroa / Hamlins Hill Regional Park Auckland Nouvelle-Zélande
Du sommet de Mutukaroa / Hamlins Hill, vue sur le Mt Wellington  ©SM
À force d'en voir le panneau au bord de l'autoroute à chacun de nos (fréquents) passages et de se faire la réfléxion qu'"il faudrait faire un tour dans ce parc un de ces jours", nous avons bien sûr fini par mettre cette intention à exécution, histoire de s'aérer un peu le temps d'une éclaircie un jour de pluie.

Photo de Mutukaroa / Hamlins Hill Regional Park Auckland Nouvelle-Zélande
Accès à Mutukaroa / Hamlins Hill RP dans la zone d'activité de Penrose   ©SM
Chose rare à Auckland, cette colline n'est pas d'origine volcanique, et c'est même la plus haute dont la géologie ne puisse être associée à un ancien cône. Le parc occupe tout le sommet et une bonne partie de ses flancs, sur 48 hectares pour en faire un sanctuaire de verdure ayant une importance "culturelle et archéologique" même si ces aspects sont finalement peu documentés [Aucun panneau sur place et il faut vraiment fouiller pour trouver quelques informations sur Internet].

Photo de Mutukaroa / Hamlins Hill Regional Park Auckland Nouvelle-Zélande
Mutukaroa / Hamlins Hills RP - Mix de pâturages et de busch reconstitué   ©SM
Vers 1400-1700, les tribus maoris locales y avaient développé l'un des établissements non fortifiés les plus importants de la région dont il ne reste, comme presque partout, que des trous, des terasses et des dépôts. La colline offrait une position stratégique dominant la voie de portage des canots d'Otahuhu sur la partie la plus étroite de l'isthme séparant Mangere (dans Manukau Harbor/Mer de Tasman) et Waitemata (la baie d'Auckland côté Pacifique). Les autochtones bénéficiaient en outre d'un approvisionnement en eau (sources aux environs) tout en profitant de la proximité de l'estuaire de la rivière Tamaki riche en fruits de mers.
Le site a ensuite été occupé par des colons européens qui y ont laissé un mur de pierre et une haie d'aubépine ... On trouve également les traces de deux réservoirs désaffectée appartenant à Watercare Services, signalés par des plaques sur des bancs installés près du sommet (les seules ainsi "documentées" sur place).

Photo de Mutukaroa / Hamlins Hill Regional Park Auckland Nouvelle-Zélande
Plaque rappelant la présence des anciens réservoirs    ©SM
Depuis que le parc est passé sous la gestion conjointe du Auckland City Council et du Auckland Regional Council au début des années 2'000, arbres et arbustes endémiques ont été replantées par dizaines de milliers dans les ravins et les parties basses du parc offrant des sentiers ombragés alors que les pâturages supportent encore les quelques têtes de bétail gardées sur place dont les paddocks sont proches de l'entrée de Great South Road / Penrose.

Photo de Mutukaroa / Hamlins Hill Regional Park Auckland Nouvelle-Zélande
Paddocks de Mutukaroa / Hamlins Hill RP   ©SM
Il n'est pas prévu de revégatiliser le sommet afin d'en préserver les points vues, sur la ville, le mont Wellington, l'estuaire de la Tamaki, Mangere et Manukau.  

Photo de Mutukaroa / Hamlins Hill Regional Park Auckland Nouvelle-Zélande
Vue sur les cônes de Mangere et la zone portuaire de Manukau Harbour  ©SM
Un endroit paisible et aujourd'hui préservé qui a fait l'objet de plusieurs batailles juridiques difficiles. Dans les années 1960, il résista à un projet prévoyant de raser la colline pour servir de remblai afin de créer de nouveaux terrains par poldérisation sur Manukau Harbour.
Dans les années 1990, il fut l'enjeu d'un bras de fer entre les instances locales et le gouvernement central qui se sont finalement mis d'accord sur la mise en place de ce parc régional même s'il semble que cette solution ne soit pas encore totalement "inaliénable".   

Photo de Mutukaroa / Hamlins Hill Regional Park Auckland Nouvelle-Zélande
Ciel menaçant sur les pâturages et les chemins du sommet de Mutukaroa / Hamlins Hill RP   ©DM
Pour le moment, la population d'Auckland peut profiter de cette verrue verte et ses deux ou trois chemins à travers bush et pâturages avec des vues plutôt sympas du sommet même s'il faut bien admettre que le site n'est pas à classer au hit parade des lieux inoubliables de la région. Les aménagements y sont minimaux, tout juste quelques places de parking, pas de panneaux explicatifs, deux bancs ... un parc régional qui semble peu fréquenté (nous étions seuls le jour de notre visite, un jour pluvieux certes mais la taille du parking - 6 places - est tout de même un bon indice ....) et il mériterait sans doute une meilleure mise en valeur.

Nous, au moins c'est fait, nous y sommes allés, avec désormais cette petite satisfaction à chaque fois que nous voyons son panneau dominant les hauteurs au bord de l'autoroute ! 

Notes :
* CBD : Central Business District, le quartier le plus central d'Auckland. 

Plus d'infos :
Hamlins Hill / Mutukaroa - Forest & Birds NZ  ICI
Hidden green oasis awaits discovery by city dwellers - NZ Herald 19/09/2001  ICI 

mardi 20 mars 2018

LIVRES - A hope at the end of the world Sarah Lark


Avec "A hope at the end of the world", Sarah Lark (Christiane Gohl) ajoute un nouveau volet à la saga "Le pays du nuage blanc" pour couvrir la période de la fin de la deuxième guerre mondiale et l'histoire d'une vague d'immigration vers la Nouvelle-Zélande un peu particulière.

On suit ainsi le destin alambiqué, cruel à souhait mais avec un inévitable "happy ending", d'une immigrante polonaise, Helena Grabowski qui va trouver refuge auprès de la famille de Gloria à Kinward Station dans les plaines du Canterburry. Déplacée avec sa famille vers la Sibérie au moment où Hitler et Staline se sont partagés la Pologne, plus tard orpheline réfugiée en Iran quand la Russie a changé de camp, son parcours la fait biffurquer vers la Nouvelle-Zélande où elle est convoyée avec un groupe d'orphelins dans un "village polonais" prêt à les accueillir en attendant la fin de la guerre...
On apprend au passage des petites choses comme par exemple les suspicions néo-zélandaises, frisant parfois l'absurde envers les personnes d'origine allemande, "ennemis étrangers" parqués et maintenus en quarantaine sur des îles pendant la seconde guerre mondiale, sur Somes Island près de Wellington ou Motuihe Island dans le golfe d'Hauraki près d'Auckland.

Un ouvrage facile à lire, excessivement romantique et jouant toujours un peu sur les mêmes ressorts mais qui vaut pour les contextes historique et social soigneusement documentés, s'appuyant sur des faits avérés.

Voir aussi :
LIVRES - Saga "Le pays du nuage blanc" - Sarah Lark

Titre anglais : A Hope at the End of the World
Titre français : pas encore disponible
4ème volume de la sage "Le pays du nuage blanc"
Auteur : Sarah Lark (Christiane Gohl)
Première édition : mars 2017

lundi 29 janvier 2018

Motutapu - Les îles d'Auckland dans le golfe d'Hauraki (5)

Motutapu est l'île voisine de Rangitoto avec laquelle elle est reliée par une chaussée construite par l'homme. Mais alors que Rangitoto s'impose comme le plus jeune volcan du champ volcanique d'Auckland, Motutapu représente par contraste l'un des plus vieux blocs terrestre du golfe d'Hauraki, estimé à 178 millions d'années.

Photode Home Bay Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Motutapu - Home Bay  ©SM

L'île est accessible à partir de Rangitoto desservie par une navette quotidienne mais comme la carte annonce 2h30 de marche jusqu'à Islington Bay, le point permettant de rejoindre Motutapu, et qu'il faut ajouter le même temps pour le retour au quai de Rangitoto pour repartir, il ne reste plus beaucoup de temps et d'énergie sur une journée pour découvrir Motutapu ailleurs qu'aux abords de la jonction des deux îles, même si le coin est sympa et que les durées de marche estimées sont souvent surrévaluées.

Photo de Rangitoto vu de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Rangitoto vu de Motutapu - Les deux îles sont reliées par Islington Bay en contrebas.  ©SM

Pour se rendre à Motutapu, l'autre solution est de prendre un ferry direct mais il faut surveiller les dates sur le site de Fullers qui assure la traversée Central Auckland (Pier 4) - Home Bay au sud-est de l'île parce que les navettes sont comptées. Un habitué nous a indiqué qu'elles avaient été longtemps suspendues à cause de glissements de terrains mais qu'elles avaient repris depuis la fin du mois d'octobre 2017, le dimanche, une fois par quinzaine ; en réalité, c'est un peu moins régulier que ça puisqu'entre le 29 octobre et le 18 février, le trajet n'a été proposé que six fois avec un départ d'Auckland à 9h15 pour un retour à 16h15 de Home Bay. Sachant qu'il y a un arrêt à Devonport dans chaque sens, la traversée dure environ 45-55 minutes et le coût pour un aller-retour adulte s'élève à 35 NZD.

Photo du quai de Home bay sur Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Quai à l'arrivée sur Motutapu, à Home Bay   ©DM

Pour se guider, on ne trouve pas de brochure spécifique pour Motutapu aux comptoirs Fullers, il faut prendre celle de Rangitoto qui donne une carte des deux îles indiquant tous les sentiers et les points d'intérêts ainsi que quelques informations complémentaires sur l'île.
Motutapu signifie "l'île sacrée" pour les Maoris qui l'avaient colonisée et longuement occupée ; les archéologues y ont recensé 300 sites, pa (villages fortifiés), puits de stockage pour patates douces ou carrières. Au moment de la dernière éruption de Rangitoto (il y a environ 600 ans), Motutapu a été recouverte de plusieurs couches de cendres volcaniques dans lesquelles on a retrouvé des empreintes parfaitement préservées laissées par des humains et des chiens témoignant de leur implantation sur l'île à cette époque. 

Village maori à Motutapu - Source : Auckland Memorial Museum

1840 voit l'arrivée des premiers colons européens qui s'établissent sur les premiers terrains de l'île vendus par les Maoris. C'est ensuite Robert Graham, un homme d'affaires engagé en politique qui récupère en 1857 les droits de l'île dont il transforme de vastes zones en pâturages. En 1869, il cède ses droits aux frères Reid, des écossais qui construisent leurs nouvelles propriétés familiales à Home bay (aujourd'hui classée au patrimoine "historique") et Emu bay (démolie en 1976). Ils assurent avec un sens certain des affaires la promotion de l'île auprès de la population d'Auckland pour en faire un lieu d'excursion pour les loisirs dominicaux. La légende raconte qu'au début des années 1900, 14'000 personnes transitèrent en un seul week-end alors que la population de la ville n'enregistrait alors que 100'000 habitants !?

Photo des batiments à l'arrière de Home Bay Motutapu Auckland Nouvelle-zélande
Au démarrage du sentier, sur Home bay   ©DM

Avec la montée de la menace japonaise à l'orée de la seconde guerre mondiale, et du fait de l'importance de sa position stratégique dans le golfe d'Hauraki, Motutapu fut rachetée par le gouvernement néo-zélandais à des fins de défense nationale. 1936 y voit la construction de routes, celle d'une batterie d'artillerie sur trois positions avec l'installation de canons lourds capables de tirer à 30 km des côtes. À l'apogée de cette période militaire, près d'un millier d'hommes et de femmes étaient stationnés à Motutapu pour assurer la défense maritime et aérienne d'Auckland. La base fut rapidement abandonnée après la guerre mais il en reste aujourd'hui une multitude de bâtiments en béton ouverts aux quatre vents enregistrés au patrimoine, soigneusement documentés par des plaques commémoratives et quelques tableaux d'informatifs malgré leur apparence négligée.

Photo d'anciens batiments militaires Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo d'anciens batiments militaires Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo d'anciens batiments militaires Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
 
Photo d'anciens batiments militaires Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Reste de bâtiment militaire à Billy Goat Point  ©SM

Actuellement, l'île a le statut de "réserve naturelle" gérée par le Department Of Conservation qui suit les recommandations d'un "plan de conservation" approuvé de façon conjointe par le Auckland Conservation Board et Nga Mana Whenua (tribus maories qui ont voix au chapitre sur ce qui se passe sur cette région). L'ambitieux programme de restauration lancé en 1992 nécessitera et prévoit un engagement sur 50 ans pour être mené à terme. Pendant plusieurs années, un énorme travail d'éradication des animaux nuisibles* (chats, lapins, hermines, souris, rats et hérissons), a par exemple été mené à Rangitoto et Motutapu qui ont été officiellement déclarées "pest free" en 2011. Pour éviter que de nouveaux prédateurs indésirables y reviennent, les visiteurs sont comme toujours informés et invités à respecter un certain nombre de consignes avant et pendant toute excursion et on peut encore voir des pièges disposés un peu partout, à titre préventif.

Photo sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

Ces actions permettent la réintroduction et le retour d'oiseaux natifs chers aux néo-zélandais (tieke, tui, tomtit, popokatea, korimiko, karikari, takahe, kiwi ou kokopu) mais elles doivent être complétées de la reconstituation d'habitats appropriés.

Photo d'oiseaux sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo de panneau de passage de Takehe sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

Ainsi, côté végétation, si les paturages constituent pour le moment la dominante de l'île, un vaste projet mené par les bénévoles du Motutapu Restoration Trust prévoit, à terme, d'y replanter plus de 500'000 arbres endémiques. Le jour de notre visite, pas mal des passagers du ferry se rendaient dans l'île pour participer à cette entreprise. Outre les paturâges - dont de grandes zones seront conservées pour leur valeur historique et dans lesquelles paissent encore vaches et moutons appartenant aux quelques fermes présentes dans l'île - et les quelques zones en cours de replantation, l'île compte quelques beaux vieux pohutukawas le long des côtes ainsi que des zones humides qui représentent 6% des surfaces subsistantes de la région, en cours de protection par la construction de plusieurs kilomètres de barrières pour éviter que les animaux d'élevage s'y aventurent et y causent des dommages.
Avec ses 15 kilomètres carrés, l'île est grande, même très grande quand on décide d'en faire le tour en suivant le chemin circulaire. En poussant jusqu'à la pointe nord de Billy Goat point, nous avons ainsi marché presque non-stop de 10h00 à 16h00 avec juste une pause déjeuner sur Adminsitration Bay pour parcourir les 16,5 km de notre randonnée du jour, une marche à travers champs et collines parsemés ici et là de vaches et de moutons (avec leurs odeurs et rejets associés) ...

Photo sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

...des baies et leurs plages, Sandy bay, Administration bay, Pig bay  ...

Photo de plage sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Sandy bay - Motutapu  ©DM
Photo de plage sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Administration bay- Motutapu  ©DM
Photo sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Pig bay - Motutapu   ©SM

... avec le centre éducatif pour la jeunesse d'Admisnistration bay (Motutapu Outdoor Education Camp) ...

Photo Education Camp sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo Education Camp sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

... et puis aussi des vues, vers l'île de Rakino au nord de la pointe de Billy Goat...

Photo de vue sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

 ... sur les plages de la côte avec Sandy Bay au premier plan et Rangitoto à l'arrière plan ...

Photo de vue sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

... ou vers le sud, vers l'île de Motuihe à gauche, Brown Island et la pointe de Bucklands beach au large de la falaise d'Emu bay à droite.

Photo de vue sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

Il faut en principe toujours suivre les balisages jaunes. Nous, on les as perdus au niveau de Pig Bay et nous avons fini par couper à travers champs et collines pour rejoindre la route traversière nous ramenant finalement au sentier circulaire. Quelques panneaux indiquent parfois la direction mais ils sont peu nombreux ...

 Photo de panneau sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande Photo de panneau sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

... et les sentiers sont pour la plupart exposés et sans ombre si bien que les quelques arbres solitaires qui s'y déploient semblent apporter une touche incongrue et décorative dans le paysage où ils attirent le regard. 

Photo d'arbre sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo d'arbre sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo d'arbre sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo d'arbre sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo d'arbre sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo d'arbre sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

Même si l'île n'est pas très haute puisqu'elle culmine à 115 mètres, il faut quand même compter sur le dénivelé avec une alternance permanente de montées et de descentes.

Photo sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

Une chose est sûre, c'est qu'en revenant à Home Bay nous étions heureux d'y trouver le Reid Homestead "historique" ouvert et proposant snacks et boissons fraîches à la vente, indispensables un jour de grande chaleur alors que nos réserves d'eaux étaient épuisées. Cette belle plage est le point de raliement des visiteurs en attendant le ferry, on peut s'y baigner, se rafraîchir et apprécier d'y passer un moment de repos bien mérité, agréable et convivial.

Photo de Home Bay sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo de Home Bay sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo de Home Bay Reaid Homestead sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo de Home Bay sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande
Photo de Home Bay Ferry sur les chemins de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

L'île n'est pas la plus belle du golfe d'Hauraki mais elle ne doit pas pour autant être négligée que ce soit pour ses aspects historiques ou ses paysages, champs, plages et vues. Compte tenu de sa taille, on ne peut pas aller partout en une seule visite et certains coins mériteraient sans doute qu'on y revienne et/ou s'y attarde plus, autour d'Islington Bay ou le crochet par Emu Bay, dominé par ses falaises, que nous n'avons pas pu faire.

Nota :
* Au plan mondial, il s'agit même du plus important programme d'éradication jamais mené à l'échelle d'une île.

Carte de Motutapu Auckland Nouvelle-Zélande

Voir aussi :
Tiritiri Matangi - Les îles d'Auckland dans le golfe d'Hauraki (3)
Rotoroa - Les îles d'Auckland dans le golfe d'Hauraki (4)

Plus d'infos :
Nature & History of Motutapu Island - Department of conservation ICI
Page Motutapu Island sur le site de Fullers Ferry (Horaires/tarif dans l'onglet en haut de page)  ICI

vendredi 29 décembre 2017

LIVRES - The Penguin History of New Zealand de Michael King


Le livre de Michael King publié chez Penguin sous le titre "The Penguin History of New Zealand" est un peu LE livre de référence quand on arrive en Nouvelle-Zélande et qu'on cherche une bonne introduction à l'histoire du pays. C'est un ouvrage en anglais très abordable pour se mettre rapidement à niveau avec pour seule réserve* la date de sa dernière édition, 2003, sans nouvelle mise à jour après le décès de son auteur historien en 2004 si bien qu'au large panorama historique donné par le livre, il manque les quinze dernières années.

Découpé en cinq parties et trente chapitres plus ou moins chronologiques, le livre commence par la préhistoire et enchaîne ensuite rapidement sur l'arrivée des premiers habitants, les ancêtres des Maoris, en essayant de faire la part des mythes et de la réalité. Les datations scientifiques attestent de migrations à compter du 13ème siècle, contredisant les 800 avant JC des sources plus mythiques. Des marqueurs génétiques leur donnent pour origines l'est de la Polynésie (îles de la Société et îles Cook, hors Marquises) dans ce qui est considéré comme le dernier flux migratoire du triangle polynésien. Dans ce dernier mouvement, ces peuples de grands navigateurs auraient sans doute colonisé Aotearoa en plusieurs vagues relativement rapprochées.




Ces premiers colonisateurs de la Nouvelle-Zélande ont alors trouvé un environnement bien différent de leurs îles de départ et ils ont du s'adapter pour transformer leur culture polynésienne en ce qui est devenu la culture maorie. L'historien détaille ainsi trois grandes phases :

1 - Une période de colonisation de 100 à 150 ans pendant laquelle les nouveaux arrivants ont probablement vécu sur les ressources du pays : moa (l'oiseau géant qui ne savait pas voler parce qu'il n'avait pas de prédateur avant l'arrivée des hommes), phoques, fruits de mers, collecte de minéraux ... En suivant un mode de vie sans doute mobile mais pas complètement nomade, autour d'un lieu de base où ils tentaient d'acclimater les plantes apportées avec eux (des 8 plantes et 11 arbres amenés, seulement 6 espèces se sont adaptées au pays du fait du climat).



2 - Une période de transition au moment de l'extinction de certaines espèces (les moas en particulier) où l'agriculture prend alors plus d'importance pour représenter jusqu'à la moitié des besoins alimentaires. C'est une période ou l'art évolue et se modifie, les populations croissent et se stabilisent, s'associent parfois alors que les territoires se définissent en marquant le démarrage de l'ère tribale.

3 - L'aboutissement vers le 16ème siècle à la culture tribale indigène Te Ao Maori. Le mode de vie s'est transformé, les populations sont maintenant plus tournées vers la terre que la mer, sédentarisées. Désormais, la vie des gens est rythmée par les problèmes d'accès aux ressources, ceux du stockage des patates douces à la base de l'alimentation qu'il faut garder dans des puits à surveiller et protéger. C'est alors que se développent les pa (villages fortifiés) et une culture plus guerrière afin de se garder des razzias des voisins ou d'autres groupes plus lointains.

À ces grandes lignes, s'ajoutent des différences régionales de développement entre l'île du sud et celle du nord parce que le climat du sud ne permet de faire pousser la patate douce où les populations ne connaissent donc pas la même sédentarisation ... cette particularité explique aussi pourquoi, un peu plus tard, les colons européens ont pu s'approprier l'île du sud beaucoup plus vite que celle du nord, parce que la notion de territoire y était moins développée. 
Tout cela n'empêche pas l'épanouissement d'un ensemble de codes culturels communs, basés sur whakapapa (la parenté) définissant l'identité et la valeur d'un individu à l'intérieur de son cercle familial et/ou celui de sa tribu pour lesquels priment avant tout la lignée, les ancêtres et la terre d'appartenance. Globalement, il en résulte un système culturel complexe et une contrée divisée en territoires sur lesquels chaque famille/tribu exerce son propre contrôle : l'espace de chaque groupe est souvent délimité par la géographie ou des traits physiques du terrain (montagnes, rivières, vallées, forêts, etc.) alors que l'autorité y est établie et consolidée en fonction du temps d'occupation et/ou de l'exploitation des ressources et/ou encore par conquêtes.

Malgré le tribalisme, les concepts de base et les valeurs de la culture étaient donc acceptées et partagées d'un bout à l'autre du pays avec une même langue et l'acceptation des mêmes codes de conduite comprenant des notions essentielles telles que la "réciprocité", "l'équilibre des échanges" ou celle de "vengeance". Il n'existait pas de "Nation" Maorie en tant que telle mais une société tribale avec un sens de l'identité régionale très marqué n'excluant pas des relations commerciales et de coopération. Lorsque le code n'était pas respecté cela entrainait une réponse guerrière avec l'alternance de périodes de paix et de conflits, jamais rien de dramatique tant que les armes traditionnelles ont prévalues même si la culture maorie est considérée comme l'une des sociétés polynésiennes qui a le plus développé les aspects défensifs et guerriers.

Le livre apporte beaucoup d'informations sur tous les aspects de la société et de la culture maorie avant l'arrivée des européens. Les contacts établis avec ceux-ci commencent ensuite de façon sporadique et presque anecdotique* dans un mouvement à peine perceptible si bien que les Maoris n'ont pas eu de peine à y faire face et à contrôler le phénomène au début, profitant eux-même d'une (ré-)ouverture sur le monde comprenant l'accès à des produits inconnus (dont les armes à feu qui seront fatales à certaines familles/tribus lors des guerres des mousquets), des débouchés économiques et l'intégration de nouveaux venus dans leur tissu social : les Maoris collaborent, autorisent les choses, profitent et absorbent alors sans compromettre leur identité culturelle.

Gravure : marins Français et Maoris - Kororareka 1835
Avec le temps, les nouveaux venus se multiplient et semblent suivre un peu le même cycle que celui tracé précédemment par la colonisation polynésienne puisqu'ils commencent d'abord par (sur-)exploiter les ressources naturelles du pays (les phoques, puis les baleines, puis le bois) avant de se sédentariser petit à petit.

Pour les Maoris, les choses se gâtent à l'époque de la signature du traité de Waitangi, celle à laquelle des sociétés commerciales organisent et accélèrent une colonisation de masse vers ce qui est présenté comme un pays de cocagne dans un mouvement sortant du contrôle des autorités (il y aura longtemps cette dichotomie entre les "aventuriers" et les "autorités", assez caractéristique de "l'esprit libre" kiwi).

La New Zealand Company offre le transport gratuit pour les émigrants qualifiés

Le livre donne des éléments sur ce traité de Waitangi (même si là, pour le coup, j'ai trouvé les explications un peu rapides) et ses conséquences. On voit notamment bien la façon dont la Nouvelle-Zélande devient alors un pays à deux vitesses avec deux sociétés qui se côtoient, s'ignorent et ne se mélangent pratiquement plus/pas : chacun chez soit, les européens d'un côté, les Maoris de l'autre avec toutefois, parfois un certain niveau de collaboration pour complexifier tout ça.

Les Maoris perdront progressivement puis rapidement leur position dominante, du fait :
--> de guerres inter-tribales meurtrières avec l'introduction des armes à feu donnant à certains l'avantage pendant que d'autres se font massacrer,
--> de leur incapacité à se fédérer à temps face à une administration et une société coloniales bien organisées (et lorsqu'ils en réaliseront la nécessité avec le choix d'un roi Maori commun, ce sera trop tard, on leur mettra des battons dans les roues),
--> des guerres contre les Pakehas (les étrangers) déclenchées quand il est trop tard ou même parfois subies par des tribus "alliées" aux Pakehas, malgré les accords et échanges antérieurs,
--> et puis aussi et surtout, les ravages causés par les maladies apportées par la colonisation de masse, contre lesquelles les populations locales n'étaient pas immunisées. À la fin du 19ème siècle, les Maoris étaient considérés comme une "race en voie d'extinction" tant par les européens que par Maoris eux-même, réduits alors à 6% de la population totale alors qu'ils dominaient le pays moins de cinquante an plus tôt.

La Nouvelle-Zélande présentée comme un pays de cocagne ... où les immigrants apporteront maladies et dévastation auprès de la population locale.

Sans entrer dans tous les détails de l'histoire développée jusqu'à aujourd'hui sur un peu tous les plans - économique, politique, sociétal - je retiens plusieurs petites choses de cette lecture, dont, parmi tant d'autres :

D'abord ce monde à deux vitesses qui a perduré très longtemps entre européens et Maoris et qui explique bien des choses en matière d'inégalités de développement : l'autonomie des "poches maories", sans liens les unes avec les autres, les a par exemple empêchées de bénéficier des politiques suivies dans les autres zones "ouvertes aux occidentaux" que ce soit en matière de routes, d'infrastructures ou de prestations sociales. Ce n'est que vers le milieu du 20ème siècle, avec l'urbanisation progressive des Maoris que les choses changent et que l'appartenance tribale peut être transcendée pour favoriser l'émergence d'une identité maorie plus globale avec de nouvelles revendications et de nouveaux droits applicables à l'échelle du pays.
Parallèlement, j'ai été frappée - mais pas vraiment surprise - de l'attachement à l'Angleterre de la population d'origine européenne qui perdure même s'il commence à s'estomper : il explique par exemple les réticences à se fédérer au voisin Australien ou encore la ratification très tardive au sein des instances du Commonwealth des accords qui ont donné au pays son indépendance politique [ou même encore le choix plus récent de ne pas vouloir changer le drapeau].
Par ailleurs, pour l'anecdote, si on connait la force des All-Black néo-zélandais, je ne savais pas que le rugby est l'un des plus anciens éléments fédérateurs du pays (voire même le plus ancien), un peu le symbole de l'harmonie de deux populations qui se mélangent enfin pour créer une troisième voie avec à la clé l'émergence d'une identité néo-zélandaise dans laquelle chacun peut retrouver ses billes...

Autre point qui m'a amusé : la Nouvelle-Zélande est un pays qui apparait comme plutôt progressiste puisqu'il a réservé très tôt quatre sièges à l'assemblée pour les Maoris ou qu'il est le premier pays à avoir accordé le droit de vote aux femmes en 1893 ... l'histoire montre tout de même des motivations initiales pas toujours avouables et électoralistes par les responsables de ces "avancées" introduites parfois à leur corps défendant mais qu'ils n'ont ensuite jamais hésité à "récupérer". Ironie mise à part, il est vrai que le pays est un modèle sur bien des plans, par exemple l'un des premiers à avoir introduit des avancées sociales majeures bien avant tout le monde, comme la sécurité sociale dès le début du 20ème ...

Bref, une lecture dense et essentielle pour tout curieux cherchant à comprendre et enrichir son expérience chez les kiwis en y intégrant toutes ses dimensions historiques.

Notes :
* Pour mémoire : en matière de réserves, j'ai lu quelques critiques jugeant l'approche historique trop "européenne" de cette histoire. Sans être spécialiste, il m'a semblé que le texte était plutôt bien argumenté et équilibré, cassant certains mythes non étayés scientifiquement pour essayer autant que possible de s'en tenir aux faits ... Mais il ne peut sans doute pas être mauvais d'élargir ensuite cette base par d'autres lectures. The Matriarch de Witi Ihimaera par exemple est un livre intéressant - avec les limites d'un roman - parce qu'il couvre une large tranche d'histoire d'un point de vue maori.
* Tasman est le premier à avoir mis la Nouvelle-Zélande sur la carte du monde après son passage en 1642 (Elle lui doit d'ailleurs son nom, presque seul reste de ce voyage). Il n'y a ensuite plus aucun contact jusqu'au voyage de Cook en provenance de Tahiti, 126 ans plus tard. Cette partie de l'histoire est émaillée de quelques épisodes peu glorieux et d'un "raté historique" pour les français qui se sont fait griller au poteau par les anglais, plus rapides et plus malins pour récupérer la souveraineté du territoire auprès des Maoris ...

Voir aussi :
Waitangi - Aux sources du mythe fondateur de la Nation néo-zélandaise
The Matriarch de Witi Ihimaera

Titre : The Penguin history of New Zealand
Auteur : Michael King
Dernière édition : 2003