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mardi 27 mars 2018

Kumeu Show - Plongée dans la Nouvelle-Zélande profonde

Initié en 1921, le Kumeu Show fêtait en mars 2018 sa 96ième édition. Kumeu, c'est le nom d'une localité située à une trentaine de kilomètres au nord-ouest d'Auckland, aujourd'hui réputée pour ses vignobles dans une région gardant une orientation essentiellement agricole. Son grand show est un événement annuel organisé sur les deux jours d'un week-end, qui reste marqué par le mode de vie rural apporté par les colons européens. On paye à l'entrée (15 NZD le ticket adulte), on se gare et on n'a plus qu'à profiter de la journée (ou du week-end pour les afficionados).

Affiches du salon 2018 - The Kumeu Show 2018
Kumeu Show c'est d'abord une grosse "foire agricole" avec démonstrations et concours divers : concours de la plus grosse citrouille, concours d'éleveurs avec plusieurs catégories pour le bétail, la volaille, l'alpaca, compétitions équestres (montées ou tirées), de tondeurs de moutons, de bucherons, etc.

Ainsi, de toutes formes et couleurs, les citrouilles resssemblent à de gros ballons dégonflés, absolument monstrueuses et nécessitant un appareil de levage pour les déplacer quand on sait que cette année, le premier prix pesait presque 850 kg !

Photo du concours de citrouilles Kumeu Show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Kumeu Show - Concours de citrouilles géantes - Premier à droite : 850 kg   ©DM
Pour ce qui est des animaux , bichonnés et préparés par leurs propriétaires, ils sont parqués dans de grands hangars, par types de bêtes - vaches, chèvres, vollailles, alpacas - où le public peut venir les admirer quand elles ne sortent pas pour défiler, par sous-catégorie afin d'être jugées avant d'être classées et primées.

Photo du hangar des vaches Kumeu Show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Kumeu Show - Le hangar des vaches   ©DM
Photo d'alpagas Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Kumeu Show - Des lamas Alpacas, introduits et élevés depuis une trentaines d'années en Nouvelle-Zélande   ©DM
Côté chevaux, il existe au moins huit types d'épreuves qu'il faut parfois multiplier par les sous-catégories d'âges des cavaliers ou des dresseurs mais plus que les destriers, nous, ce qui nous a le plus intéressé, ce sont d'abord les concours de tonte des moutons.  Nous avions eu l'occasion de voir des films au Wool Shed [la Bergerie], le musée du mouton de Masterton, mais c'est la première fois que nous assistions à de véritables compétitions et c'est assez fascinant !

Photo du hangar du concours de tonte des moutons Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Hangar du concours de tonte des moutons ©DM
Les jeunes concouraient le matin, ils sont appliqués mais c'est parfois un peu laborieux, le concours les limite à deux moutons ...

Photo de tondeur de mouton catégorie jeune Kumeu show 2018  Auckland Nouvelle-Zélande
Sous le regard d'un juge, le jeune tondeur, champion du jour, à l'ouvrage   ©DM
... et l'après-midi, c'était au tour des adultes, des vétérans, des juges et enfin des champions capables de tondre 20 moutons en moins d'un quart d'heure, ça débite et ça ne rigole pas avec jusqu'à six concurrents travaillant en même temps. Nous avions même affaire aux champions du monde, de nationalité néo-zélandaise va sans dire (bon enfin ... c'est ce qu'on nous a dit, nous ne sommes pas vraiment allés vérifier !). Nous n'avons évidemment pas saisi toutes les subtilités des décomptes de points sachant que chaque tondeur est supervisé par un juge et que le score final combine des éléments de vitesse mais aussi et surtout de qualité de la tonte liée à un système de pénalités données par le juge (toison d'une seule pièce ou pas, coupe uniforme ou pas, rase ou pas, absence de blessure de l'animal, etc.).

Photo de tondeur de mouton champion Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Avec les champions, ça ne chôme pas : le juge, le tondeur et le (la) partenaire qui récupère la toison ©DM
Photo d'un sac de toisons de mouton Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Les toisons sont entassées dans ces grands sacs, toisons complètes d'un côté, les chutes ailleurs.   ©DM
L'autre concours qui nous a beaucoup plu, une autre "première" pour nous, celui des bûcherons (Timbersport) qui rappelle l'importance de l'industrie du bois (comme l'élevage des moutons) dans le développement sociaux-économique du pays. Des compétitions dans lesquelles les concurrents s'opposent en plusieurs manches, par paires avec plusieurs types d'épreuves : tronc à l'horizontale ou à la verticale, coupe à la tronçonneuse, à la scie ou à la hache sachant qu'il s'agit à chaque fois d'un concours de vitesse et que ça va vite, très vite. Des concurrents de nationalités néo-zélandaise, australienne, suisse ou tchèque permettent de parler d'une compétition "internationale", télévisée le deuxième jour des épreuves, il faut le dire, c'est du sérieux !

Photo du concours de bucherons Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Suisse contre Kiwi, concentration avant le départ d'une épreuve à la hâche, à l'"horizontale" (et sans chaussures de sécurité !) ©DM
Photo du concours de bucherons Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
En pleine action, de haut en bas, d'un côté puis de l'autre, à la hâche pour une coupe "à la verticale"  ©SM
Photo du concours de bucherons Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Épreuve de coupe "à l'horizontale" et à la scie  ©SM
L'aspect "foire agricole" est complétée par l'exposition de matériel parfaitement entretenu et parfois très ancien ainsi que par des démonstrations de toutes sortes, comme par exemple le filage de la laine.

Photo d'un vieux tracteur Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Exposition de tracteurs de toutes les époques - Vintage et parfaitement entretenu !   ©SM

Outre ses aspects agricoles, le Kumeu show développe toute une dimension commerciale avec un grand marché artisanal de producteurs locaux (chapeaux, tableaux, gadgets, bijoux, meubles, etc.) et des stands d'exposition "professionnels" et associatifs les plus variés permettant une représentation des acteurs locaux (parti politique, avocat, massages, matériel de filtrage, de plomberie, pisciniste, etc.)  ...

Photo d'articles du marché artisanal Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Kumeu show - Un grand marché pour trouver tout et n'importe quoi !   ©SM
  ... sans oublier les baraques à frites et les stands alimentaires offrant un large choix pour se restaurer sur place, hot dog, fish & chips, hamburgers, crêpes, dumplings, brochettes, international, français, indien, chinois, thaï, etc. associés à des zones avec tables de piques-niques pour s'assoir et déjeuner en profitant d'animations toute la journée, sur une scène et/ou dans les allées (clowns, danses en ligne, musique, fabrication d'un hot-dog avec une pelleteuse, etc.).       

Photo de stand alimentaire Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Kumeu Show - Stand alimentaire   ©DM
Photo de stand alimentaire Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Kumeu Show - Stand alimentaire  ©DM
Pour finir, Kumeu Show c'est aussi une fête forraine avec ses manèges pour petits et grands, ses auto-tamponneuses, ses jeux d'adresse et leurs lots de grosses peluches, rien d'ultra moderne mais plutôt un ensemble décalé et bon enfant, un brin désuet.

Photo de stand de foire Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
Le stand "pêche" on gagne à tous les coups et ça marche toujours !  ©DM
Photos de stands et manèges de foire Kumeu show 2018 Auckland Nouvelle-Zélande

Une journée au Kemeu show ça passe vite parce qu'il y a plein de choses à faire et à découvrir. Le public est nombreux, familial et populaire mais c'est suffisamment grand pour qu'on n'y ait pas l'impression de foule. Une ambiance surannée assez reposante où chacun peut trouver son compte. Bon, on ne ferait pas ça trop souvent mais là, on a bien aimé !

Plan du Kumeu show 2018
Carte des festivités - Édition 2018 - Kumeu Show
Plus d'infos :
Kumeu show ICI
Page de l'historique - Kumeu Show ICI
Youtube - Kumeu 2017 International Timber Champs (1h23) ICI 

samedi 18 novembre 2017

À Auckland le Père-Noël est de retour sur Queen street

En arrivant l'année dernière au début du mois de novembre, j'avais déjà constaté qu'Auckland n'était pas en retard pour préparer les fêtes de Noël. Cette année, rebelotte, le 15 novembre les vitrines sont déjà toutes décorées, notre voisin a commencé à poser les premières guirlandes de son invraissemblable concours personnel d'illuminations qui durera tout le mois de décembre jusqu'à Noël et puis surtout, l'immense et emblématique Père-Noël de Queen street domine à nouveau la plus importante artère de la ville. Droit dans ses bottes, vêtu de son uniforme rouge, entouré de cadeaux et accompagné de ses deux rennes monumentaux, le géant à barbe blanche n'a pas pris une ride depuis l'année dernière et réaffirme sa position d'emblême débonnaire qu'il occupe depuis son apparition en 1960.

Fidèle au poste : le Père-Noël d'Auckland sur Queen Street - La saison des fêtes de fin d'année 2017 est lancée !  ©SM

Son histoire appartient au patrimoine national puisqu'elle figure - sans être tout à fait à jour - sur le site de NZ History (Histoire de la Nouvelle-Zélande) du ministère de la Culture et du Patrimoine, avec ses hauts et ses bas, des changements d'adresses et de propriétaires et les retouches émaillant sa saga. Ce Père-Noël avait été conçu au départ comme une attraction commerciale chargée d'attirer les clients dans le grand magasin Farmers qu'il surmontait à l'angle de Hobson street et de Wyndham street où il a d'abord officié chaque année pendant trente ans. La structure de 18 mètres pesant plus de cinq tonnes, en fibre de verre supportée par des tubes d'acier avait alors une partie automatisée composée d'un oeil clignotant et d'un doigt articulé. Ces deux gestes censés inciter les clients à entrer dans le magasin ont disparu en 2009 alors que l'aspect douteux et un peu pervers qu'ils donnaient au personnage lui avaient valu le surnom de "Creepy Santa".

L'icone n'en avait pas moins gagné le coeur des habitants, une première fois inquiets au moment de la mise en vente du magasin Farmer du centre ville dans les années 1990 coïncidant avec la décision de confier sa célèbre parade de Noël à une association indépendante. Le Père-Noël trouva alors refuge pendant quelques années au dessus d'un centre commercial où officiait un autre magasin Farmer, à Manukau, en périphérie d'Auckland. Décrépi et plus assez présentable, il disparut ensuite pendant deux ans à la fin des années 1990 avant d'être racheté pour 1 dollar symbolique par une agence de relations publiques. Celle-ci fit appel à toutes sortes de supporters et de sponsors pour restaurer Santa Claus et le ramener en centre ville au dessus de Whitcoulls sur Queen's street où il parque désormais ses rennes pour les fêtes de fin d'année.
Les coûts de stockage, de montage, de démontage et d'entretien n'en sont pas moins énormes si bien que la continuité de la tradition est régulièrement remise en cause, avec plusieurs coups de chaud dont le dernier, en 2014, a bien failli lui être fatal.
Bon an mal an, le bonhomme bienveillant s'accroche pourtant et continue de veiller au dessus de l'agitation citadine pour rappeler, d'une génération à l'autre, une certaine continuité de l'esprit de Noël.

Note :
À voir aussi sur Queen street : les très belles vitrines du grand magasin Smith and Caughey Ltd avec leurs automates et l'histoire qu'ils racontent, un peu dans la même veine que la tradition des Galeries Lafayettes à Paris. Le thème de cette année 2017 : les pirates. 
 
Vitrine de Noël Smith & Caughey sur Queen street (2017) - Les pirates à l'honneur.    ©SM

Voir aussi :
Farmers Santa Parade - Bientôt Noël (2016) ICI
Illuminations de Noël, Franklin road Christmas lights (2016) ICI
Pohutukawa, arbres de Noël de NZ  ICI

Plus d'infos :
Auckland's giant santa - NZ History ICI
Auckland miracle : Queen Street Santa's been saved - NZ Herald 23/10/2014 ICI

lundi 19 juin 2017

Matariki : le Nouvel An Maori

Du 10 juin au 8 juillet 2017, Auckland célèbre le Nouvel An Maori(1) avec le Matariki Festival qui prend une ampleur considérable alors qu'il s'associe pour la deuxième année à une Iwi(2) (tribu) régionale jouant les hôtes sous la houlette du Auckland Council. L'idée est de distribuer ce rôle honorifique à un clan Maori différent chaque année, à ce moment particulier du calendrier où tous partagent une histoire commune.


Pour Auckland, le site du festival 2017 annonce pas moins de 89 événements dont 59 gratuits sur toute la région, dans les quartiers, les bibliothèques, les salles d'exposition, les parcs, les lieux publics ou privés offrant une grande variété d'activités, expositions, films, conférences, représentations - chant, danse, musique, arts visuels - concours photos, ateliers, plantations d'arbres, illuminations, etc.
Pendant le festival, Matakiri c'est un peu partout, pour tous les goûts, toutes les bourses et tous les âges. 

Les festivités ne sont d'ailleurs pas l'exclusivité d'Auckland et des manifestations similaires sont organisées un peu partout dans le pays, recensées sur le site du ministère de la culture et du patrimoine.
Ironie ou juste retour des choses, Matariki est devenu en quelques années un rendez-vous culturel important du calendrier néo-zélandais alors que les célébrations traditionnelles étaient totalement tombées en désuétude dans les années 1940. Elles n'ont refait surface qu'au début des années 2'000 sous l'impulsion de quelques adeptes d'abord peu nombreux et apportent aujourd'hui une touche culturelle identitaire source de fierté nationale.
 
Matariki n'a pas de jour férié inscrit au calendrier des congés officiels même si la possibilité est régulièrement évoquée, associée à la suggestion de le substituer au jour de la reine, Queen's Day, qui tombe plus ou moins à la même période et dont la légimitimité ne fait plus totalement l'unanimité.
 
Mais Matariki c'est quoi ?

Matariki, c'est d'abord le nom Maori d'un groupe d'étoile, celui de la Pléiade visible aux quatre coins du globe. Certains voient dans Matariki une mère entourée de ses six filles alors que d'autres pensent que l'étoile est plutôt une image masculine. Littéralement, Matariki signifie "l'oeil du dieu" ou "petits yeux". Un mythe y est associé : lorsque Ranginui (le père / le ciel) et Papatuanuku (la mère / la terre) furent séparés par leurs enfants(3), Tawhirimatea, le dieu des vents, fut tellement en colère qu'il s'arracha les yeux et les jeta au ciel.

Source : Brochure d'information Matariki / Maori Language Commission

En Nouvelle-Zélande, la constellation disparait derrière l'horizon en avril pour ne réapparaitre qu'un matin à l'aube à la fin du mois de mai ou le début du mois de juin. Pour les Maoris dont la vie était rythmée par le cycle de la nature et des indicateurs tels que la migration des oiseaux, la floraison des plantes ou la reproduction des poissons, l'observation du mouvement de ces étoiles - à l'est, avant le lever du soleil - constituait lui aussi un élément de référence important du calendrier annuel.
Ainsi, Matariki qui correspond plus ou moins au solstice d'hiver, marque le moment où le soleil, dans son mouvement de balancier, termine son voyage vers le nord et l'hiver avant de repartir au sud pour y rapporter la chaleur.

Matariki était le signal permettant de lancer les festivités, souvent célébrées au moment de la pleine lune suivant le retour du groupe étoilé. Les modalités pouvaient être très variables d'un clan à l'autre mais traditionnellement, Matariki était une période plutôt festive du début de l'hiver, quand les récoltes étaient rentrées et les greniers pleins, la pêche abondante, les fruits ramasssés. Un moment propice pour la réunion des familles afin de faire le point sur l'année écoulée et préparer la suivante en articulant les célébrations autour de trois axes :

1- Le deuil et la mémoire (4) qui renforcent les sentiments d'appartenance et les liens familiaux avec l'évocation des défunts de l'année écoulée, leur intégration dans la lignée et la transmission de cet héritage aux jeunes générations au travers de la tradition orale, des histoires et des chants,

2- La fête des récoltes et de l'abondance pour festoyer au moment où les réserves sont pleines avec repas de fête, chants et danses célébrant un cycle des saisons qui se termine avant de recommencer,

3- La fertilité et le calendrier de l'année agricole à venir déterminés par les signes accompagnant l'apparition de Matariki : plantations en septembre si le ciel est clair et net, présage d'une saison à venir favorable et productive ou alors décalées à octobre si les étoiles sont voilées et rapprochées, indications d'un hiver long et froid.

Fins observateurs des étoiles, les Maoris leur lançaient traditionnellement des cerf-volants pour s'en rapprocher au moment de Matariki.

Livre jeunesse - "les sept cerf-volants de Matariki"

Une fête traditionnelle qui a pris un coup de jeune et une touche de modernité, plus ou moins calée sur le solstice d'hiver, en symétrie avec les traditions occidentales en suivant la logique propre à l'hémisphère sud. 

Kia Ora ! (5)


Notes :
(1) Si Matariki marque le Nouvel An pour la majorité des tribus, il existe des exceptions pour lesquelles une autre constellation sert de marqueur (Puanga / Rigel).
(2) Cette année ce sont les Ngati Manuhiri qui assurent le leadership du festival d'Auckland, un clan originaire du nord-est de la région. 
(3) Dans la cosmologie Maorie, la séparation de Ranginui (le père / le ciel) et de Papatuanuku (la mère / la terre) par leurs enfants est le mythe fondateur de la création du monde.
(4) Les étoiles sont la manifestation de l'âme des défunts.
(5) "Kia Ora" est la formule de salutation Maorie passe-partout qui signifie littéralement "portez-vous bien/ en bonne santé" mais qui est utilisée un peu à toutes les sauces comme "salut / bonjour/ au revoir/ etc." 

Plus d'infos :
Auckland Matariki Festival 2017 - ICI
Matariki Festival - Te Papa Musée National de Wellington ICI 
Matariki : Maori New Year - Encyclopédie Te Ara ICI
Matariki : the Maori New Year - Ministry for culture & Heritage    ICI 
Matariki - Brochure d'information au format .pdf publiée par Maori Language Commission  ICI

lundi 5 juin 2017

En Nouvelle-Zélande, Queen's day et Arbor day, doublé gagnant en 2017

En Nouvelle-Zélande, nous bénéficions d'un jour férié et d'un pont systématique le premier week-end de juin, grâce à Queen's Day fixé non pas à la date anniversaire de la reine mais le premier lundi de juin. La reine c'est évidemment Elizabeth II qui, indépendamment de son titre de reine d'Angleterre, est aussi reine de Nouvelle-Zélande.

En 2016 - Timbres néo-zélandais émis pour les 90 ans de la Reine Elizabeth II

Évidemment, ça peut paraître bizarre quand on sait que la date d'anniversaire de la reine n'est pas en juin mais le 21 avril ... Mais finalement, pas si étonnant puisque c'est la même chose en Angleterre où "l'anniversaire officiel" est célébré un samedi de juin avec le déploiement d'une grande parade militaire et la publication de listes de personalités recevant les honneurs de la reine à cette occasion. Une tradition qui, sans rentrer dans les détails, remonterait à 1748 et au roi George II depuis lequel l'anniversaire privé du suzerain serait dissocié de sa célébration officielle fixée au début de l'été.

Pas de défilé militaire en Nouvelle-Zélande à l'occasion de Queen's day, par contre c'est le moment de l'année où, comme en Angleterre, une Queen's Honours List est publiée afin de gratifier des personnalités et des citoyens pour leur contribution au bien public, dans tous les domaines.

... Et puis en Nouvelle-Zélande, ce premier week-end de juin marque le début de l'hiver si bien que Queen's Day est aussi traditionnellement plus ou moins associé à l'ouverture de la saison de ski !

Source : Pinterest

Cette année, du fait du calendrier, Queen's Day tombe en plus le 5 juin et lui donne une dimension symbolique supplémentaire puisqu'en Nouvelle-Zélande cette date est aussi celle de Arbor Day, le jour des arbres.
Un jour qui fit sa première apparition dans le calendrier néo-zélandais à la fin du 19ème siècle. Un décret de 1892 en avait fait un jour non travaillé pour les fonctionnaires*, fixé à l'époque au 4 août. Ce jour là, les écoliers, les fonctionnaires et les employés des services publics locaux qui prenaient une journée de congé pour participer, plantaient des milliers d'arbres, souvent des espèces exotiques. La pratique perdura ainsi chaque année de 1892 à 1914, jusqu'à ce que la première guerre mondiale détourne l'attention sur d'autres préoccupations.
La journée pour planter des arbres fut réintroduite en 1934 et c'est à partir de 1977 qu'elle fut avancée au 5 juin pour se caler sur la journée mondiale de l'environnement tout en se recentrant sur le reboisement d'espèces endémiques.

Source: Te Ara / New Zealand Forest Service (1950)

Ce 5 juin 2017 est donc  une journée chargée de symboles en Nouvelle-Zélande, tout à la fois Queen's Day, Arbor Day, journée internationale de l'environnement et débuts de la saison de ski ... mais à vrai dire, plus que tout encore, une journée de vacances et l'occasion de profiter d'un grand week-end en ce début d'hiver !  
 
Nota :
- En Australie, Queen's day est décalé d'une semaine par rapport à la Nouvelle-Zélande puisque leur "jour de la reine" est fixé au deuxième lundi de juin.
- *Le jour des arbres n'a jamais été un jour férié à part entière en Nouvelle-Zélande.

Plus d'infos :
Arbor Day - Te Ara  ICI
Celebrating Imperial Ties - Te Ara ICI
Arbor Day Events 2017 - NZArb / NZ Arboricultural Association - ICI 

dimanche 30 avril 2017

Nouvelle-Zélande, ANZAC Day un moment fort du calendrier

En Nouvelle-Zélande cette année, après le week-end de Pâques, nous avons eu la chance d'enchaîner avec un deuxième "pont" de quatre jours à l'occasion d'ANZAC Day qui tombait un mardi. Mais le 25 avril, ANZAC Day, ce n'est pas un simple jour férié, c'est surtout et avant tout un jour de commémoration particulièrement important en Nouvelle-Zélande comme en Australie, dédié aux soldats morts au combat sur les différents champs de batailles de la planète, une sorte de 11 novembre et de 8 mai réunis.

Photo du musée mémorial d'Auckland Nouvelle-Zélande
Musée Mémorial d'Auckland, monument aux morts et fontaine du souvenir   ©SM

Ce jour garde et porte en lui des traumatismes profonds et plus particulièrement celui de la première guerre mondiale à laquelle la Nouvelle-Zélande a payé un lourd tribu. Le pays détient en effet le triste record du plus grand nombre d'hommes envoyés à la guerre et celui du plus grand nombre de tués, en pourcentage de sa population. En valeur absolue, le nombre est certes noyé dans la masse des combattants de la "grande guerre" mais ramené à sa population totale, la cicatrice fut effroyable pour ce pays. On la "voit" clairement par la simple observation des pyramides des âges, en 1911 et 1916, avec toute une génération de jeunes hommes fauchée par ce conflit:

Pyramide des âges Nouvelle-Zélande - 1911 et 1916  Source : Stats NZ

On a beau être aux antipodes, les monuments aux morts et les plaques commémoratives sont tout aussi présents qu'en France, partout, dans toutes les villes et les villages de Nouvelle-Zélande, le plus impressionnant restant le Musée Mémorial d'Auckland, un rappel solennel à la fois marquant, glaçant et émouvant de la dimension mondiale et absurde de ce qu'a pu être ce conflit.


Photo du monument aux morts d'Havelock Nouvelle-Zélande
Un monument aux morts - Village d'Havelock (Ile du Sud)   ©SM

ANZAC c'est l'acronyme de Australian and New Zealand Army Corp adopté fin 1914 en Égypte par le maréchal W.R.Birdwood quand il prit le commandement des bataillons de soldats australiens et néozélandais de l'armée britannique.


Photo fresque mural ANZAC Motueka Nouvelle-Zélande
Fresque murale montée pour les 100 ans d'ANZAC - Motueka (Ile du Sud)   ©SM

Quant à la date du 25 avril, elle commémore le débarquement d'ANZAC Beach le 25 avril 1915 qui lança la désastreuse campagne de Gallipoli dans le détroit des Dardanelles au cours de laquelle les troupes alliées enregistrèrent 33'532 morts, 78'518 blessés et 7'689 disparus parmi lesquels 2'721 morts et 4'752 blessés néozélandais. Pour la Nouvelle-Zélande, Gallipoli devint le symbole des pertes de guerres et le 25 avril celui de tous les soldats tombés au combat, de la guerre des Boers à nos jours.

Photo poster reforestation dédiée aux soldats Coromandel Nouvelle-Zélande
Coromandel - Reforestation : 25$, un arbre, un soldat ...  ©SM


Cette journée est l'occasion de cérémonies officielles solennelles avec dépose de gerbes devant les monuments aux morts dans tout le pays, des fanfares et de bien d'autres manifestations plus variées (par exemple, plantation de plantes ou d'arbres dédiés individuellement à des soldats). L'une des commémorations les plus emblématique semble toutefois rester le Dawn Service rendu à l'aube au Musée Mémorial d'Auckland qui malgré l'heure matinale attire énormément de monde.  


Photos vitrine de livres ANZAC Auckland Nouvelle-Zélande
Vitrine d'une librairie au moment d'ANZAC day - Auckland    ©SM

À noter : cette année, le dépot d'une gerbe (disparue depuis) à Wellington par quelques activistes pacifistes, à la mémoire de civils afghans tués lors de bombardements, qui a alimenté une controverse dans la population et les médias. Un geste qui choque ceux qui défendent le côté sacré de cette journée et qui dénoncent l'opportunisme des pacifistes choisissant ce jour plutôt que l'un des 364 autres de l'année afin d'attirer la couverture médiatique à eux. 

À voir : magnifique exposition "Gallipoli, the scale of our war" au musée national Te Papa de Wellington (Jusqu'à avril 2018 - Entrée gratuite).

Exposition "Gallipoli, the scale of our war" - Te Papa Museum Wellington 

... Et aussi une petite vidéo youtube (en anglais / production australienne) qui explique ce qu'est ANZAC Day en donnant le "ton" sur son importance :




Sources et plus d'infos:
ANZAC day - Encyclopédie Te Ara  ICI
NZ Herald - ANZAC Day coverage ICI
Newshub 29/04/2017 - Anzac Day is our day - RSA tells protesters "not on our Cenotaphs" ICI
Newshub 29/04/2017 - Conroversial Anzac Day wreath vanishes from Cenotaph   ICI

mercredi 15 février 2017

À Auckland le multiculturalisme se partage avec le festival des lanternes

2017 - Année du coq - ©SM

Dans le monde chinois, 
le festival des lanternes marque la fin 
des célébrations du nouvel an 
et dans une ville multi-culturelle 
comme Auckland
où la population d'origine asiatique 
représente une part de plus en plus importante 
de la communauté*, 
c'est un événement qui a trouvé sa place 
au calendrier des festivités de la ville. 
Drainant chaque année des milliers de visiteurs dans son sillage
 (plus de 200'000 en 2016), 
c'est une manifestation désormais bien ancrée,
 très populaire et très appréciée des familles qui y affluent.


Organisé sous l'égide du Auckland Tourism, Events & Economic Development (ATEED) en partenariat avec Asia New Zealand Foundation, ce festival a été introduit en 2'000 au Albert Park qui l'a accueilli pendant 15 ans avant qu'il ne soit transféré en 2016 au prestigieux parc du Domain, mieux à même d'accomoder sa croissance.
Le succès du festival a été immédiat, dès sa première édition organisée avec des lanternes d'occasion importées de Singapour, parfois défaillantes, et il ne s'est pas démenti depuis, renouvelé sans cesse par l'importation de containers entiers pour assurer la féérie de la fête (20 containers de lanternes pour l'édition 2016 installée pour la première fois au Domain !).

Photos du festival des lanternes d'auckland 2017
Festival des lanterne d'Auckland 2017 - ©SM

Illuminé comme il se doit par la pleine lune, le festival s'est ouvert cette année le jeudi 9 février pour se terminer dimanche 12 février. Chaque soir pendant quatre jours, les plus de 800 lanternes chinoises traditionnelles formaient l'ossature de la fête, illustrant des thèmes multiples comme des scènes de vie en Chine ou en Nouvelle-Zélande, les signes du zodiaque chinois, des animaux ou encore des fêtes et traditions chinoises. Mises en scène dans le cadre exceptionnel des jardins du Domain, ceux-ci prennent une nouvelle dimension quand sous le ciel nocturne un dragon majestueux se refléte dans les eaux d'un bassin ou que la canopée des vieux arbres s'éclaire des scintillements produits par les guirlandes de lanternes aux formes et aux couleurs variées posées sur ses branches.

Photos du festival des lanterne d'Auckland 2017 - Scènes de vie traditionnelles chinoises
Festival des lanternes d'Auckland - Scènes de vie traditionnelles en Chine - ©SM

Le premier soir est le plus calme parce qu'il est consacré à "l'appréciation des lanternes" pour ceux qui veulent en profiter sans trop de bousculade.
Les autres soirs sont plus festifs avec plusieurs types d'animations qui viennent s'y ajouter :
- un Noodle Night Market propose de la nourriture de rue variée sur une grande allée,
- un marché de bric-à-brac en tous genres avec beaucoup d'objets lumineux made in China assez inutiles mais sur lesquels se précipitent les badauds offre une touche marchande un peu forraine,
- des spectacles variés présentent différentes facettes de la culture chinoise avec des musiciens, des danseurs, des danses du lion, des démonstrations d'arts martiaux etc.
- des stands d'animation permettent de participer avec par exemple un karaoké ou la fabrication de lanternes.
Pas de doute, c'est une grande fête, tous les éléments y sont, et elle se cloture traditionnellement par un feu d'artifice.


Festival des lanternes d'Auckland 2017
 

Cette année, le Musée d'Auckland qui domine ces événements tout en haut du Domain était lui aussi sous des spots, rouges, couleur du bonheur et de la fête en Chine. Outre les ateliers qu'il proposait en nocturne pendant le festival, le musée a lancé à cette occasion une grande exposition de photos intitulée Being Chinese in Aotearoa : a photogaphic Journey consacrée à 175 ans de présence des Chinois en Nouvelle-Zélande.

Photos d'animaux au festival des lanternes d'Auckland 2017
Zodiaque chnois et animaux divers - Festival des lanternes d'Auckland 2017 - ©SM

Et pour l'anecdote, je n'ai pu m'empêcher de noter vers l'entrée, la scène consacrée à Hong Kong avec skyline, jonque et dim sum, à proximité de laquelle plusieurs panneaux présentaient les différentes facettes de cette ville ainsi mise à l'honneur, avec des photos et informations préparées par le Hong Kong Tourism Board. Il faut dire que la Chine est le deuxième marché export pour Auckland et qu'elle garde un fort potentiel de croissance qu'il faut cultiver, justifiant l'organisation d'un forum de rencontres en marge du festival. Il est l'occasion de tisser des liens entre délégués chinois (200 cette année), élus, migrants et représentants du monde des affaires avec à l'ordre du jour, des discussions sur les liens économiques, les investissements, la politique gouvernementale et les ouvertures commerciales.

 
Une dimension dont les galeries et les commerçants du quartier de Parnell ont bien perçu les bénéfices potentiels puisqu'ils organisent eux aussi, et depuis plusieurs années maintenant, des expositions en lien avec le nouveau signe du zodiaque à ce moment opportun du calendrier. 


Alors c'est officiel, Auckland aussi est entré dans l'année du coq ! 

Nota :
* Auckland est la ville la plus peuplée et la plus cosmopolite de Nouvelle-Zélande puisqu'on y recensait 1,4 millions d'habitants en 2013 soit 33% du total du pays. Sa population d'origine asiatique - toutes origines confondues - enregistrait alors 307'000 individus soit une part de 22% du total, en très forte croissance par rapport au recensement de 2001 aussi bien en nombre - qui a doublé - qu'en proportion (chiffres 2001: 151'650 et 13%).

Infos pratiques : 
Exposition Being Chinese in Aotearoa : a photogaphic Journey
Auckland War Memorial Museum
Du 10 février 2017 au 10 février 2018
Ouvert tous les jours de 10h à 17h
Gratuit avec le ticket d'entrée du musée
Voir la présentation de l'exposition par le musée - ICI

Sources et plus d'infos :
Lantern festival ready to light up Auckland Domain to celebrate Year of the Rooster - NZ Herald 8/2/2017 - ICI
Auckland Lantern Festival & Fireworks 2017 - Auckland ICI
Auckland Lantern Festival lighs-up Domain for first time - Stuff 18/02/2016 - ICI

mercredi 8 février 2017

WAITANGI - Aux sources du mythe fondateur de la nation néo-Zélandaise




Dimanche 29 janvier, 
deuxième étape de notre excursion au Northland 
pour le week-end d'Auckland's Day :
journée consacrée à 
Kerikeri 
et 
Waitangi 
dans la Bay of Islands (Baie des îles), 
pour un bain historique 
aux sources du mythe fondateur 
de la Nouvelle-Zélande. 





C'est encore une belle journée ensoleillée qui commence quand nous quittons Mangonui par la route 10 en direction de Kerikeri Basin Historic Precinct (sur la liste provisoire mais non approuvée des sites du patrimoine de l'UNESCO) pour une première halte sur un lieu d'importance historique de la construction bi-culturelle de la Nouvelle-Zélande.

Les Maoris retracent en général leur lignée familiale jusqu'à l'une des grandes pirogues qui les ont amenés en Nouvelle-Zélande il y a environ un millier d'année. La grande tribu de Nga Puhi appartient ainsi à la lignée de Puhi, l'ancêtre arrivé à bord de la grande pirogue Mataatua.
Installée dans la région depuis une trentaine de génération, cette tribu prospérait et dominait les environs de la Bay of Islands au début du 19ème siècle et était l'une des plus puissantes du pays quand commencèrent à arriver des européens de tous poils, chasseurs de baleines ou de phoques et navires de passage en recherche d'approvisionnement.
Sous la houlette de Te Pahi, un chef éclairé, intéressé par l'acquisition d'objets et de techniques nouvelles, les maoris développèrent des activités commerciales avec ces nouveaux venus et le chef en vint à établir en 1802 le premier comptoir commercial pour répondre aux besoins de ces échanges.

En 1803, curieux de comprendre le monde, Te Pahi et ses fils voyagèrent et visitèrent la colonie australienne du New South Wales. C'est là qu'ils rencontrèrent et se lièrent d'amitié avec Samuel Marsden, le chapelin de la colonie pénitentière envoyé là par William Wilberforce (grand philantrophe progressiste ayant notamment persuadé le parlement anglais d'abolir l'escalavage). Une rencontre qui resta marquante pour Marsden et sans doute le moment où germa l'espoir de convertir ces nouvelles âmes au christianisme qui se matérialisa plus tard. En 1807, Ruatara, l'un des fils (ou neveu ?) de Te Pahi voyagea jusqu'en Angleterre et en rapporta des graines de blé et de maïs à l'origine des premières récoltes du pays puis des premières exportation de ces céréales vers l'Australie.

Kerikeri Basin - ©SM

Malgré ces bonnes relations, Te Pahi connu une fin tragique après le massacre du Boyd* en décembre 1809: son pa fut attaqué par une expédition punitive menée par des baleiniers européens furieux qui le méprirent pour le responsable du massacre. Beaucoup des guerriers de Te Pahi furent alors tués mais leur chef blessé parvint à s'échapper ... pour être finalement achevé peu après par la tribu ayant perpetré le massacre et profitant de cette opportunité pour éliminer un rival.    

Cet incident interrompit pendant plusieurs années toutes relations des européens avec la Nouvelle-Zélande et marqua cette région du monde du sceau de la sauvagerie.

L'arrivée des missionaires fut elle aussi repoussée mais se concrétisa lorsque le missionnaire Samuel Marsden fut invité - le jour de Noël 1814 selon la légende - par Ruatara qui était le nouveau chef et son ami, à établir la première église chrétienne chez lui à Rangihoua dans la Bay of Islands, entrainant dans son sillage la première école, la première charrue, le premier forgeron, le premier moulin et les premières récoltes de pommes-de-terre. Marsden avait une vision bienveillante et souhaitait préparer le terrain pour la formation du nouveau clergé en faisant accompagner sa mission d'artisans, des hommes pieux qu'il voulait ouverts et soucieux du bien-être des autochtones.

Samuel Marsden revint le 12 août 1819 à Rangihoua avec un deuxième groupe de missionnaires accompagnés de trois charpentiers et de leurs familles. L'établissement d'une deuxième mission attisa la rivalité de deux vieux ennemis de la Bay of Islands, Hongi Hika au nord et Korokoro au sud qui voulaient tous deux en bénéficier. Non pas tant pour la conversion religieuse de leurs ouailles mais parce qu'ils avaient compris que l'installation d'européens allait de pair avec l'augmentation du trafic maritime dans la baie et l'alimentation d'un commerce florissant permettant l'échange de cochons et de patates contre des marchandises européennes.    

Kemp House - Kerikeri Basin - ©SM
Hongi Hika agit donc rapidement et invita Marsden à Kerikeri Basin dès le 17 août pour lui proposer d'y établir sa nouvelle mission, une visite qui donna entière satisfaction au révérend si bien que le 14 septembre, missionnaires et charpentiers quittèrent Rangihoua avec une cargaison de bois sur un bateau à fond plat - le tout premier construit en Nouvelle-Zélande - pour s'y établir.

C'est ainsi que sur Kerikeri Basin Historic Precinct on retrouve aujourd'hui deux des plus vieux bâtiments européens de Nouvelle-Zélande, seuls témoins survivants de cette deuxième mission anglicane sur des terrains offerts par le puissant chef Hongi Hika au révérend Samuel Marsden:
- Kemp House - le plus vieux bâtiment européen du pays; résidence de la mission construite par le révérend John Care en 1821-1822. Elle a accueilli plusieurs générations de missionnaires et leurs familles jusqu'à sa fermeture en 1848. Elle fut rachetée par la famille Kemp dont les descendants y vécurent jusqu'en 1974 jusqu'à ce qu'Ernest Kemp transmette la maison au New Zealand Historic Places Trust. Jalon du parcours historique, elle abrite aujourd'hui un café. 
- Stone Store - la plus vieille maison de pierres du pays; construite en 1832-1836 pour servir d'entrepot, fut elle aussi reprise par la famille Kemp à la fermeture de la mission en 1848 puis louée à une succession de marchands. Elle a été rachetée à la famille en 1976 par le New Zealand Historic Places Trust qui l'a entièrement restaurée en 1996 et continue de l'exploiter comme boutique. 

Photo de Stone House Kerikeri Basin
Stone house - Kerikeri Basin - ©SM

Le circuit historique de Kerikeri Basin intègre également le site du Pa de Kororipo* ("eaux tourbillonantes") mais s'il n'y a aucun doute que cette colline terrassée fut un temps occupée par un village fortifié, c'était à une époque antérieure à la venue des européens. Dans les années 1820, les chefs Hongi Hika et Rewa des Ngai Tawake (sous-famille de la confédération des Nga Puhi) vivaient dans des villages non fortifiés et Kerikeri, situé sur le périmètre de leurs territoires, était leur port d'accès à la mer, l'endroit où ils venaient pêcher, ramasser des coquillages et entretenir leurs pirogues.

Dernière "curiosité" à voir au cours de cette agréable promenade, le village de Rewa (entrée payante) avec un petit musée, un sentier nature et un village de pêcheur maori reconstitué avec son marae (lieu de réunion), son pataka (entrepôt communautaire sur pilotis) et ses paillotes. Un effort de reconstitution certes appréciable dans le contexte de cette promenade mais pas vraiment une visite inoubliable.

Rewa's village - Kerikeri Basin - ©SM

Pour ceux qui ont le temps, Kerikeri a beaucoup d'autres cordes à son arc: des sentiers, une chute d'eau, des artisans-artistes, ses vergers et ses jardins mais pour nous, ce sera là encore pour une autre fois, parce que Kerikeri n'était qu'une étape avant notre objectif principal de la journée : Waitangi, situé à une vingtaine de kilomètres, à côté de Paihia, où nous arrivons en fin de matinée pour rester jusqu'à la fermeture vers 18h.

Panneau d'entrée à Waitangi Treaty Ground - ©SM
Waitangi Treaty Ground, c'est l'endroit où fut signé le traité du même nom entre les chefs maoris et William Hobson représentant de la couronne britannique, à la suite duquel la reine d'Angleterre étendit sa souveraineté à la Nouvelle-Zélande, ouvrant la voie à un vaste mouvement migratoire à l'origine de la société biculturelle d'aujourd'hui.
Il s'agit là d'un sujet pour le moins délicat qui reste ouvert à controverse et loin d'être simple. On pourrait presque dire qu'il existe deux traités si on considère que la version anglaise et la version maorie sont un peu différentes, les nuances de certains mots employés dans chaque langue pouvant paraitre mineures mais pas moins importantes parce qu'elles n'ont pas la même portée pour les différentes parties.
Historiquement, le traité passa un peu aux oubliettes à la fin du 19ème siècle quand les européens devenus majoritaires et dominants pensaient, après les avoir dépossédés d'une grande partie de leurs terres, que les maoris viendraient à disparaitre d'eux-mêmes, tout simplement.
Mais ce ne fut pas le cas et le traité fut remis à l'ordre du jour dans la deuxième moitié du 20ème siècle avec les différents mouvements contestataires maoris, l'émergence d'une fiertée retrouvée puis les efforts de réconciliation nationale mis en place avec le tribunal de Waitangi. En 1995, la reine d'Angleterre elle-même (et non son représentant) en vint à signer un acte d'excuses formelles pour les injustices causées aux maoris. 
Le pays s'est finalement réapproprié ce traité de Waitangi pour en faire l'acte fondateur d'une nation néo-zélandaise bi-culturelle, un document trop vague pour servir de constitution mais qui lui sert tout de même de fondement.

Photo de Waitangi Treaty Ground Treaty House et Marae
Waitangi Treaty Ground - Treaty House & Marae - ©SM

Ce traité a fait couler beaucoup d'encre et reste sujet à interprétation, raison pour laquelle, à une semaine de la fête nationale du 6 février qui commémore sa signature, nous tenions à consacrer du temps à Waitangi.

Il est par contre difficile de relater une telle visite en un seul article tant elle est riche d'informations et d'enseignements alors je me contenterai d'en décrire ici un déroulé rapide pour reprendre ultérieurement certains points qui m'ont particulièrement intéressés sachant qu'avec le "pass" Treaty Ground Day Pass que nous avons pris, nous avons pu profiter:

1 - D'une visite guidée d'une cinquantaine de minutes avec un guide maori très compétant et passionnant qui nous a fourni beaucoup d'informations en nous emmenant sur les différents lieux du site. Les visites se font en anglais, partent de l'accueil toutes les 30 minutes en été avec des groupes plus ou moins importants selon l'heure d'arrivée. Nous avons constaté que tous les guides étaient maoris le jour de notre visite (mais ce n'est peut-être pas une règle d'or ?!?).   

2 - Un spectacle culturel d'une trentaine de minutes présenté devant et dans le marae (la maison commune) avec l'accueil traditionnel, des chants et danses maoris (dont une hakka bien sûr), une présentation des armes avec une démonstration de leur utilisation, le salut, etc. C'est exactement le même genre de spectacle que ceux présentés dans les villages ouverts aux touristes à Roturoa et dont nous ne lassons pas encore.  
À noter que cette maison commune est une construction récente et atypique pour mettre les maoris sur une sorte de pied d'égalité à côté de la Treaty House du site qui explique son orientation particulière (face à Treaty House au lieu d'être face à la mer d'où sont venus les ancêtres) et ses ornements d'influences variées représentants les différentes tribus de Nouvelle-Zélande.

3- Un film de présentation d'une vingtaine de minutes, intitulé "Birthplace of a Nation".

4 - L'accès illimité au site, un vaste terrain avec une superbe vue sur la Bay of Islands, la Treaty House ("maison du traité", première résidence du gouverneur, restaurée et dans laquelle sont présentées plusieurs expositions), de magnifiques pirogues de guerre protégées sous un abri au bord de la plage dont la plus grande, longue de 35 mètres est taillée dans trois troncs de kauris et peut accueillir 120 guerriers.
  
Photo de pirogues de guerre Waitangi Treaty Ground
Pirogues de guerre Waitangi Treaty Ground - ©SM

5 - L'accès au musée de Waitangi/Te Kongahu, de construction et de conception moderne, inauguré le jour de la fête nationale en février 2016 et donc ouvert au public depuis un an. Un très bel espace d'exposition qui met en perspective les éléments entourant le traité dans le contexte historique plus général de l'histoire du pays, avec notamment des détails intéressants sur des différences culturelles qui ont pu conduire à des incompréhensions de part et d'autre.    

Une visite en contexte qui prend du temps mais vaut vraiment le déplacement. On y apprend d'ailleurs au passage, dans l'une des expositions de Treaty House, qu'il est presque miraculeux de pouvoir le faire car le terrain était dans des mains privées pendant de nombreuses années, au grand dam des Maoris. Un couple philantropique du nom de Bledisloe le rachèta en 1932, sauva et restaura la première maison du gouverneur qui tombait en déliquescence et fit don de l'ensemble à la nation.    
 
La tête bien remplie, nous sommes allés digérer toutes ces informations en bord de mer dans la petite ville voisine de Paihia, agréable, très touristique et très fréquentée en ce grand week-end d'été.Et pour conclure la journée, retour sur Kerikeri où nous avions réservé une chambre dans un motel tranquille et où nous avons choisi de diner dans l'un des nombreux restaurants du centre du village moderne.
 

*Nota :
1 - Le Boyd était un navire qui transite en décembre 1809 dans la baie de Whangaroa (entre Doubtless Bay et Bay of Islands, un peu au sud de Mangonui), entre deux escales. Il ramenait à son bord plusieurs maoris, dont le fils d'un chef qui avait reçu plusieurs coups de fouets en punition d'un acte commis à bord conformément aux règles anglaises en usage sur les navires mais constituant un outrage demandant vengeance aux yeux du Maori au statut d'intouchable. La vengeance fut terrible puisqu'un traquenard concocté par le maori outragé conduisit au massacre de 66 à 70 européens qui étaient à bord pour en faire le massacre d'européens le plus important exécuté par des maoris au cours d'un incident isolé, associé à l'acte de cannibalisme le plus sanglant jamais enregistré.     
2 - Kororipo: selon les récits tribaux enregistrés par Jeffrey Sissons, les terrains autour de Kerikeri auraient appartenu pendant plusieurs centaines d'années à d'autres tribus avant qu'elles ne soient attaquées et chassées par les Nga Pahi, sans doute à l'époque du grand-père de Hongi Hika vers 1770. À partir de cette époque les Nga Pahi menèrent des guerres intermittantes avec les tribus plus au sud de Bay of Island jusqu'à leur infliger une défaite définitive en 1826 qui leur permis alors d'atteindre leur apogée et de dominer l'ensemble de la région. 

Infos pratiques:
Kerikeri:
Accès libre et public à Kerikeri Basin Historic Precinct
Prix du ticket d'entrée Rewa's Village : 10 NZD - Ouvert de 10h à 16h
Waitangi :
Day Pass : 20NZD pour les résident (40 NZD pour les touristes)
Ouvert tous les jours (sauf Noël)
De 9h à 18h pendant la saison haute (26 décembre au 29 février)
De 9h à 17h le reste de l'année
Chaque année pour Waitangi Day (6 février), tous les bâtiments sont fermés pour la journée mais le terrain est ouvert gratuitement au public pour partager les festivités du jour.

Sources et plus d'infos :
Site de Kerikeri  ICI
Site de Rewa's Village ICI
Site de Waitangi Treaty Grounds and Te Kongahu Museum of Waitangi ICI