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samedi 9 septembre 2017

Le coeur d'or de Coromandel (1) - Waihi Gold Discovery Center

Proche d'Auckland, la péninsule de Coromandel est réputée pour ses plages, ses paysages, ses sentiers de randonnée ou encore ses artisans mais son histoire et l'exploitation qui a été faite de ses ressources illustrent d'autres facettes tout aussi intéressantes à explorer.
Ainsi, c'est la fièvre de l'or qui est à l'origine de l'établissement des villages de Coromandel au nord-ouest (la première découverte d'or en 1852 attira 300 prospecteurs) ou de Thames au sud-ouest (l'or trouvé en 1867 attira plus de 5'000 hommes dans le sillage desquels la ville compta,  à son apogée, jusqu'à 18'000 habitants). Vers 1870, ces filons commençant à s'épuiser, l'intérêt se déplaça au sud-est de la péninsule, sur Waihi et les gorges de Karangahake constituant un "coeur d'or" aujourd'hui altéré mais toujours bien vivant.

Mine d'or de Martha à Waihi - Vue prise du sud, près de la Pumphouse    ©SM

En plein centre du village de Waihi, la mine "historique" de Martha est une béance monumentale et spectaculaire en attente de reconversion. Avant que l'or y soit découvert en 1878, c'était un éperon rocheux - Pukewa spur -servant d'étape et de cimetière aux maoris qui ne se réjouirent évidemment pas de l'arrivée des prospecteurs faisant peu cas de leurs protestations. En 1900, il ne restait plus rien de la colline, complètement arasée pour récupérer un or qui se mérite, celui qu'il faut extraire du quartz qui le renferme. La mine employait alors une large communauté et en 1908, Waihi était la ville de la province d'Auckland qui connaissait la plus forte croissance avec une population trois fois supérieure à celle d'Hamilton.

Photo proportion d'or extrait d'un rocher Waihi Nouvelle-Zélande
De l'or qui se mérite, quelques milligrammes seulement pour un rocher de la taille représentée par la structure métallique

L'histoire des mines de Waihi couvre ainsi trois siècles, de ses débuts au 19ème siècle - au pic, à la pioche et à la dynamite- jusqu'à l'exploitation moderne qui continue à en être faite deux siècles plus tard. Depuis les glissements de terrains 2015 de son mur nord, la mine "historique" a toutefois été fermée mais l'exploitation minière n'a pas cessée, elle s'est déplacée de quelques centaines de mètres au sud-est de Waihi où elle génère chaque semaine une production valorisée à 2-3 millions de NZD.

Pour le visiteur lancé sur les traces de l'or, le parcours initiatique commence au Gold Discovery Center situé sur Seddon Street, la rue principale de Waihi. Récent (2014) et primé (i-site innovation Award Winner 2015), c'est le centre d'accueil touristique qui fourni les informations aux visiteurs de passage, sert de guichet pour l'entrée du musée et/ou la visite guidée des mines, à faire de façon indépendante ou combinée.

Photo du Gold Discovery Center à Waihi Nouvelle-Zélande
Gold Discovery Center Waihi   ©SM

Il abrite dans ses sous-sol un musée tout neuf, savamment baptisé  Waihi Gold Experience, à voir absolument.
Les premières salles sont dédiées à l'histoire et aux premières époques de la mine de Martha, nom de la nièce favorite de celui qui découvrit le filon. On apprend énormément de choses, on manipule, on observe, on participe, tout est très bien présenté, de façon plutôt ludique pour tout savoir sur les moyens et techniques d'exploitation et d'extraction de l'or aux différentes époques, la naissance du village et les conditions de vie des mineurs, leurs origines, les conflits sociaux de 1912 qui marquent les débuts du Labor Party actuel, la production, l'étendue des tunnels, etc.

Photos du musée de Waihi Gold Discovery Center Nouvelle-Zélande
Gold Discovery Center de Waihi - Ludique et informatif   ©SM

Après les salles de l'époque héroïque, on passe aux temps modernes par un couloir donnant quelques généralités sur les attraits et les spécificités de l'or. Là encore beaucoup d'explications pertinentes et instructives, illustrées d'interviews et de films, l'ensemble toujours très abordable pour présenter les techniques et méthodes d'exploitation actuelles, les engins utilisés, les conséquences et précautions prises pour l'environnements, le stockage, le transport, la protection de l'or, les projets de reconversion du puits de Martha, etc.

Une visite idéale par temps de pluie, mais à ne surtout pas négliger par beau temps car elle permet d'aborder tous les autres sites de cette région avec une vision "éduquée", très utile pour comprendre l'origine de toutes les "ruines" de la gorge de Karangahake où la nature cherche sans encore y réussir totalement à reprendre ses droits sur l'histoire et le passage de l'homme.

Voir aussi :
Le coeur d'or de Coromandel (2) - Waihi Martha Pit Rim Walk  ICI

Infos pratiques :
Gold Discovery Center  ICI
Adresse : 126, Seddon Street - Waihi
+64 (7) 863 9015
Ouvert tous les jours de 9:00 à 16:00 l'hiver (jusqu'à 17:00 l'été)
Waihi Gold Mine Tour (visite guidée de la mine) : 10:30 et 12:30 l'hiver (une visite supplémentaire l'après-midi en été)
   Prix adulte : 36 NZD
Waihi Gold Experience (accès au musée)
   Prix adulte :  25 NZD
Waihi Gold Rush Encounter (combinaison des deux, musée + visite guidée de la mine)
   Prix adulte : 55 NZD

Plus d'infos :
Waihi Gold Discovery Center ICI
Waihi - Te Ara ICI

mercredi 16 août 2017

Nature avec l'exposition Wildlife Photographer of the Year au musée d'Auckland

Il mouille à Auckland ? Bon prétexte pour faire un tour au Musée Mémorial de la ville avec à l'affiche actuellement, la magnifique exposition de photos de nature dans tous ses états en provenance directe du musée d'histoire naturelle de Londres, celle de la 52ème édition du concours Wildlife Photographer of the Year (2016).  

Photo du musée d'Auckland Nouvelle-Zélande- Wildlife Photographer of the year 2016
Wildlife Photographer of the year (2016) à l'affiche au musée d'Auckland  ©SM

L'exposition présente en grand format les photographies finalistes et primées sélectionnées dans les différentes catégories de ce concours annuel prestigieux :
- Le concours des jeunes de 17 ans et moins, avec trois classes d'age différentes (- de 10 ans / 11-14 ans et 15-17 ans) pour les photographes en herbe qui comptent de beaux espoirs quand on voit la qualité des images présentées.
- Le concours adulte qui attribue 16 prix pour couvrir le large spectre des espèces du règne animal (reptiles et amphibiens, oiseaux, invertébrés, mammifères), les plantes et les champignons, le monde sous-marin, la vie sauvage en milieu urbain, l'environnement ainsi que des domaines plus artistiques (photos noir et blanc, visions créatives) ou journalistiques (image simple ou histoire en plusieurs clichés), etc.   

Parmi toutes ces images plus belles les unes que les autres, pleines d'émotions et de vie, parfois terribles et cruelles mais révélatrices de la richesse et de la diversité de la planète ainsi que des talents qu'elle recèle, le jury attribue le grand prix de l'année. Pour 2016, il s'agit d'une photo en vue plongeante d'un orang outang grimpant à un arbre dominant la canopée, prise par un photographe américain, Tim Laman. Alors que pour la catégorie jeune qui a également son grand prix, c'est un jeune anglais, Gideon Knight qui a été primé, pour un corbeau sur une branche se détachant au clair de lune.


Des explications et commentaires sont donnés pour chaque image sur la façon dont le photographe s'y est pris l'obtenir, le matériel utilisé, etc. si bien qu'il faut un peu de temps pour tout lire et faire le tour en plus de s'en prendre plein les yeux.

Beaucoup de talent, une bonne heure de plaisir, émerveillement garanti !

Infos pratiques : 
Wildlife Photographer of the Year
Auckland War Memorial Museum
Du 7 juillet 2017 au 3 décembre 2017
Ouvert tous les jours de 10h à 17h
Gratuit avec l'entrée du musée
Pop-up store à l'entrée de la galerie


Plus d'infos :
Auckland War Memorial Museum ICI
Natural History Museum - Londres ICI

lundi 19 juin 2017

Matariki : le Nouvel An Maori

Du 10 juin au 8 juillet 2017, Auckland célèbre le Nouvel An Maori(1) avec le Matariki Festival qui prend une ampleur considérable alors qu'il s'associe pour la deuxième année à une Iwi(2) (tribu) régionale jouant les hôtes sous la houlette du Auckland Council. L'idée est de distribuer ce rôle honorifique à un clan Maori différent chaque année, à ce moment particulier du calendrier où tous partagent une histoire commune.


Pour Auckland, le site du festival 2017 annonce pas moins de 89 événements dont 59 gratuits sur toute la région, dans les quartiers, les bibliothèques, les salles d'exposition, les parcs, les lieux publics ou privés offrant une grande variété d'activités, expositions, films, conférences, représentations - chant, danse, musique, arts visuels - concours photos, ateliers, plantations d'arbres, illuminations, etc.
Pendant le festival, Matakiri c'est un peu partout, pour tous les goûts, toutes les bourses et tous les âges. 

Les festivités ne sont d'ailleurs pas l'exclusivité d'Auckland et des manifestations similaires sont organisées un peu partout dans le pays, recensées sur le site du ministère de la culture et du patrimoine.
Ironie ou juste retour des choses, Matariki est devenu en quelques années un rendez-vous culturel important du calendrier néo-zélandais alors que les célébrations traditionnelles étaient totalement tombées en désuétude dans les années 1940. Elles n'ont refait surface qu'au début des années 2'000 sous l'impulsion de quelques adeptes d'abord peu nombreux et apportent aujourd'hui une touche culturelle identitaire source de fierté nationale.
 
Matariki n'a pas de jour férié inscrit au calendrier des congés officiels même si la possibilité est régulièrement évoquée, associée à la suggestion de le substituer au jour de la reine, Queen's Day, qui tombe plus ou moins à la même période et dont la légimitimité ne fait plus totalement l'unanimité.
 
Mais Matariki c'est quoi ?

Matariki, c'est d'abord le nom Maori d'un groupe d'étoile, celui de la Pléiade visible aux quatre coins du globe. Certains voient dans Matariki une mère entourée de ses six filles alors que d'autres pensent que l'étoile est plutôt une image masculine. Littéralement, Matariki signifie "l'oeil du dieu" ou "petits yeux". Un mythe y est associé : lorsque Ranginui (le père / le ciel) et Papatuanuku (la mère / la terre) furent séparés par leurs enfants(3), Tawhirimatea, le dieu des vents, fut tellement en colère qu'il s'arracha les yeux et les jeta au ciel.

Source : Brochure d'information Matariki / Maori Language Commission

En Nouvelle-Zélande, la constellation disparait derrière l'horizon en avril pour ne réapparaitre qu'un matin à l'aube à la fin du mois de mai ou le début du mois de juin. Pour les Maoris dont la vie était rythmée par le cycle de la nature et des indicateurs tels que la migration des oiseaux, la floraison des plantes ou la reproduction des poissons, l'observation du mouvement de ces étoiles - à l'est, avant le lever du soleil - constituait lui aussi un élément de référence important du calendrier annuel.
Ainsi, Matariki qui correspond plus ou moins au solstice d'hiver, marque le moment où le soleil, dans son mouvement de balancier, termine son voyage vers le nord et l'hiver avant de repartir au sud pour y rapporter la chaleur.

Matariki était le signal permettant de lancer les festivités, souvent célébrées au moment de la pleine lune suivant le retour du groupe étoilé. Les modalités pouvaient être très variables d'un clan à l'autre mais traditionnellement, Matariki était une période plutôt festive du début de l'hiver, quand les récoltes étaient rentrées et les greniers pleins, la pêche abondante, les fruits ramasssés. Un moment propice pour la réunion des familles afin de faire le point sur l'année écoulée et préparer la suivante en articulant les célébrations autour de trois axes :

1- Le deuil et la mémoire (4) qui renforcent les sentiments d'appartenance et les liens familiaux avec l'évocation des défunts de l'année écoulée, leur intégration dans la lignée et la transmission de cet héritage aux jeunes générations au travers de la tradition orale, des histoires et des chants,

2- La fête des récoltes et de l'abondance pour festoyer au moment où les réserves sont pleines avec repas de fête, chants et danses célébrant un cycle des saisons qui se termine avant de recommencer,

3- La fertilité et le calendrier de l'année agricole à venir déterminés par les signes accompagnant l'apparition de Matariki : plantations en septembre si le ciel est clair et net, présage d'une saison à venir favorable et productive ou alors décalées à octobre si les étoiles sont voilées et rapprochées, indications d'un hiver long et froid.

Fins observateurs des étoiles, les Maoris leur lançaient traditionnellement des cerf-volants pour s'en rapprocher au moment de Matariki.

Livre jeunesse - "les sept cerf-volants de Matariki"

Une fête traditionnelle qui a pris un coup de jeune et une touche de modernité, plus ou moins calée sur le solstice d'hiver, en symétrie avec les traditions occidentales en suivant la logique propre à l'hémisphère sud. 

Kia Ora ! (5)


Notes :
(1) Si Matariki marque le Nouvel An pour la majorité des tribus, il existe des exceptions pour lesquelles une autre constellation sert de marqueur (Puanga / Rigel).
(2) Cette année ce sont les Ngati Manuhiri qui assurent le leadership du festival d'Auckland, un clan originaire du nord-est de la région. 
(3) Dans la cosmologie Maorie, la séparation de Ranginui (le père / le ciel) et de Papatuanuku (la mère / la terre) par leurs enfants est le mythe fondateur de la création du monde.
(4) Les étoiles sont la manifestation de l'âme des défunts.
(5) "Kia Ora" est la formule de salutation Maorie passe-partout qui signifie littéralement "portez-vous bien/ en bonne santé" mais qui est utilisée un peu à toutes les sauces comme "salut / bonjour/ au revoir/ etc." 

Plus d'infos :
Auckland Matariki Festival 2017 - ICI
Matariki Festival - Te Papa Musée National de Wellington ICI 
Matariki : Maori New Year - Encyclopédie Te Ara ICI
Matariki : the Maori New Year - Ministry for culture & Heritage    ICI 
Matariki - Brochure d'information au format .pdf publiée par Maori Language Commission  ICI

vendredi 26 mai 2017

Le tourisme et l'art du poster, "Selling the dream"

Lors de ma visite de l'exposition The Body Laid Bare à l'Auckland Art Gallery, un peu frustrée de ne pouvoir en trouver le catalogue à la boutique, je me suis laissée séduire par une autre publication intitulée Selling the dream, classic New Zealand Tourism Posters de Peter Alsop.



Publié en 2016, ce livre reproduit des posters commerciaux vantant les atouts touristiques de la Nouvelle Zélande. Réalisées par des artistes kiwis tout au long du 19ème siècle, ces affiches publicitaires furent rassemblées en 2014 pour une exposition conçue par le Canterbury Museum de Christchurch où elle a été présentée avant de partir en tournée à travers le pays. J'ai alors découvert que l'exposition est non seulement toujours active mais qu'en plus, elle fait actuellement étape au musée Waikato d'Hamilton* où nous nous sommes rendus un beau dimanche de mai.

Établissant l'image du pays à l'international et contribuant indirectement à la construction d'une identité nationale cet art et cette industrie du poster sont nés d'une impulsion gouvernementale, une première au niveau mondial à l'époque avec la création en 1901 d'un ministère du tourisme qu'on peut assimiler à la toute première agence de promotion touristique nationale.

Exposition "selling the dream" - Waikato Museum d'Hamilton   ©SM

Colorées, épurées, stylisées, ces images soigneusement créées par les artistes jusqu'aux années 1980 imprégnent encore largement l'imaginaire associé au pays. Cette jolie exposition qui fait rêver est complétée sur place de documentaires et d'interviews de peintres, tirés des archives pour faire le tour de la question. Les affiches sont regroupées autour de plusieurs thèmes repris dans le livre et mettant en avant les richesses du pays :
- des paysages de rêves (Scenic Wonderland),
- un endroit pour la détente et les loisirs (Rest and Recreation),      
- un paradis pour les pêcheurs (Fisherman's Paradis),
- le pays des maoris (Maoriland),
- un secteur desservi par le train et l'avion (Trains and Planes),
- des moments importants (Landmarks) comme la mise en avant de l'exposition du centenaire de la Nouvelle-Zélande à Wellington en 1940.

Un livre et une exposition qui ont ce petit côté nostalgique souvent présent dans ce "jeune pays" par le soin apporté à la conservation et la mise en valeur de l'héritage, avec également des aspects pionniers très modernes ou intemporels qui caractérisent bien, eux aussi, ce pays du bout du monde qui ne cesse de nous surprendre.

* Note : 4ème et la plus "continentale" des grandes villes de Nouvelle-Zélande, Hamilton est située à 1h30 de route au sud d'Auckland.  

Informations pratiques :
Exposition Selling the dream, classic New Zealand Tourism Posters
Waikato Museum
Du 10 avril au 16 juillet 2017
1 Grantham Street - Hamilton
Ouvert tous les jours de 10h00 à 17h00
Gratuit

Plus d'infos :
Site Waikato Museum  ICI
Site Canterbury Museum / Selling the dream  ICI
 

mardi 21 février 2017

Musée d'Auckland - "Être chinois en Nouvelle-Zélande" en photos

Il pleut, il mouille, c'est la fête à la grenouille ...  mais j'ai beau être une froggie bien franchouillarde, moi je préfère rester bien au sec, alors pour changer d'air en évitant les gouttes pendant une semaine pluvieuse il n'y a rien de mieux que le Musée Mémorial d'Auckland. Un petit plaisir dont il ne faut surtout pas se priver quand on réside à Auckland parce qu'un simple justificatif de domicile permet l'obtention immédiate de la carte du musée avec accès gratuit à toutes les salles d'exposition, permanentes et temporaires, aussi souvent qu'on le souhaite. On peut même en faire bénéficier nos invités, ce qui relève du bon plan quand on sait qu'un touriste étranger doit débourser 25 NZD pour une entrée simple.

Objectif du jour : l'exposition Being Chinese in Aotearoa: a photographic Journey, un bon complément au festival des lanternes qui s'est tenu la semaine dernière.

Quelques difficultés pour se garer à l'extérieur et une effervescence de ruche à l'intérieur indiquent que je ne suis pas la seule à avoir eu cette idée de génie, le musée est un refuge ! Heureusement, il est grand et les groupes de touristes ou d'écoliers se dispersent vers les grandes salles des collections alors que moi, ce qui m'intéresse ce sont les deux salles de la galerie Sainsbury Horrocks au deuxième étage.


Une exposition qui peut paraitre modeste dans l'enceinte monumentale de ce musée mais qui n'en est pas moins majeure parce qu'au travers d'une centaine de photographies sélectionnées sous la houlette de la curatrice Phoebe H. Li - une sociologue néo-zélandaise qui étudie cette communauté depuis 2002 - est présenté pour la première fois en Nouvelle-Zélande un panorama historique de l'immigration chinoise sur une période de 175 ans et la façon discrète dont cette communauté a su s'intégrer pour contribuer à la vie locale sous tous ses aspects.
Un parti pris sciemment positif et constructif qui montre la persévérance de toute une communauté plus que l'amertume face à un ostracisme qui était pourtant la norme pendant très longtemps (1).

Non sans ironie, cette exposition est née à la suite d'un colloque auquel participait Phoebe H. Li en Chine, au cours duquel les participants furent étonnés de découvrir l'existance de néo-zélandais d'origine chinoise, implantés de longue date. C'est pour répondre aux questions alors suscitées en Chine que l'idée d'une exposition de photographies a pris forme, s'est affinée pour aboutir à l'Overseas Chinese History Museum of China de Beijing où elle a été inaugurée en octobre 2016.

Un timing parfait pour le musée d'Auckland qui cherchait à organiser un événement au moment du festival des lanternes . Cette exposition est un coup de projecteur sur un pan complet d'histoire jusqu'alors relativement inexploré et méconnu qui illustre un modèle d'intégration exemplaire dans un contexte d'immigration forte (2).

 
Des lieux emblématiques ...


Les photographies sont organisées par panneaux pour illustrer des moments ou des activités marquantes dans le temps : le premier immigrant chinois officiel en Nouvelle-Zélande, la première chinoise, la ruée vers l'or (New Gold Mountain au milieu/fin du 19ème, après celle des États-Unis et beaucoup de similitudes), les commerçants à Dunedin dans l'Otaga et ailleurs, les "cultivateurs", les entrepreneurs, les commerçants, les soldats de la première puis de la deuxième guerre mondiale, les mariages mixtes et le métissage, etc.

Toutes ces images ont fait l'objet d'un travail de sélection titanesque en collaboration avec John B Turner, historien de la photographie : il a fallu éditer et choisir parmi plus de 10'000 photos venant de 16 institutions publiques et de collections privées pour n'en retenir qu'une centaine qui soient à la fois parlantes historiquement mais aussi intéressantes esthétiquement.

S'y est également ajouté un travail de restauration qu'on devine dans l'exposition avec la photo d'une mère et de son enfant, avec sur une même planche un cliché en l'état d'origine associé à la version restaurée.

Si quelques personnages sont identifiés et documentés beaucoup d'autres sont des figurants anomymes. On découvre au passage quelques lieux emblématiques ou des paysages aujourd'hui disparus comme les jardins de Newmarket d'Auckland complètement urbanisés aujourd'hui.

Auckland Memorial Museum Exhition - Photo de famille en couleur - Cultivateurs en Nouvelle-Zéalnde


Des explications et anecdotes intéressantes et/ou amusantes et/ou émouvantes enrichissent ce panorama et ces parcours. Les premiers migrants par exemple, surtout des hommes, n'étaient pas là pour rester mais pour faire fortune avant de rentrer en Chine. On peut s'émouvoir de l'histoire du naufrage d'un navire au large de Dunedin qui ramenait des dépouilles pour qu'elles soient enterrées en Chine selon les usages et des cérémomies qui ont été organisées plus tard, avec des maoris, pour la paix des âmes après que l'épave aie été retrouvée il y a quelques années. Ou encore, au moment de la première guerre mondiale, quelques clichés évoquent les 55 soldats d'origine chinoise qui se sont engagés, un chiffre à la fois faible et important pour une communauté constituée alors essentiellement d'hommes trop âgés pour être soldats.

Du côté des personnage identifiés, Appo Hocton (Huang Heting), le premier migrant "officiellement" enregistré sur les registres néo-zélandais dont pas moins de 1'600 néo-zélandais revendiquent aujourd'hui l'ascendance. Hommes d'affaires ou entrepreneurs, certains ont bati des empires ou laissé leurs marques comme Chew Chong qui le premier utilisa les nouvelles techniques de réfrigération pour exporter la crème, considéré comme le père fondateur de l'industrie laitière néo-zélandaise. Un autre, ouvrit le tout premier supermarché du pays, un événement en son temps.
     
Quelques photos plus actuelles montrent que cette communauté excelle et s'intègre dans l'ensemble du tissu socio-économique et qu'elle a su se libérer des stéréotypes dans lesquels on l'avait obligée à se cantonner pendant longtemps, que ce soit du fait des préjugés extérieurs ou des obligations culturelles intrinsèques et propres à la communauté.


Une communauté active à Auckland - En bandes dessinées - Ant Song & Helene Wong

À ces très belles photos s'ajoutent
- quelques objets,
- un petit film sur un couple de cultivateur irrésistible et atendrissant qui, grâce à une espèce résistante qu'ils ont gracieusement partagée, a sauvé les cultures de patates douces du pays un temps menacées,
- des témoignages aussi,
- ainsi que des panneaux de bandes dessinées créés pour l'occasion, qui permettent une promenade à Auckland avec un jeune chinois accompagné de sa grand-mère sur les traces de personnages illustrants de multiples talents et facettes.





Une visite à faire, intéressante aussi bien pour l'aspect historique, reflet des époques, que pour le choix de photos, variées et très belles. 
Il est d'ailleurs dommage qu'il n'y ai pas de catalogue de l'exposition (sans doute trop coûteux / un sujet à creuser, l'édition semble chère en Nouvelle-Zélande) c'est mieux pour le porte-feuille même s'il y a toujours l'option d'acheter à la boutique du musée quelques reproductions sous forme de cartes postales ou alors le petit livret reprenant l'ensemble des planches de BD exposées. 




Nota :
(1) Comme le Canada, l'Australie ou les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande avait adopté dès 1881 des lois restrictives et discriminatoires contre l'immigration chinoise. Ce n'est qu'à l'issu de la deuxième guerre mondiale que cesse vraiment l'ostracisme anti-chinois pour lequel le premier ministre néo-zélandais, Helen Clarck à l'époque, s'est officiellement excusé en 2002.  
(2) Sur les 170'000 personnes d'origine chinoise recensées aujourd'hui dans le pays, seul un quart est né sur le sol national. Une immigration récente à la sociologie différente de celle du passé présentée dans l'exposition avec une population plus féminine et plus éduquée aujourd'hui.   

Infos pratiques :
Exposition Being Chinese in Aotearoa : a photographic Journey
Auckland War Memorial Museum 
Sainsbury Horrocks Gallery / 2ème étage
Du 10 février 2017 au 10 février 2018
Ouvert tous les jours de 10h à 17h
Gratuit avec l'entrée du musée
Présentation de l'exposition par le musée ICI 


Sources et plus d'infos :
The Chinese who made NZ home - Photos et Interview radio de Dr. Phoebe H. Li - RNZ 31/01/2017 ICI
Innovative market gardeners feature in exhibition showing hidden history of NZ Chinese - NZ Herald 28/01/2017 ICI
Portraits of perseverance - China Daily 25/10/2016 ICI

mercredi 8 février 2017

WAITANGI - Aux sources du mythe fondateur de la nation néo-Zélandaise




Dimanche 29 janvier, 
deuxième étape de notre excursion au Northland 
pour le week-end d'Auckland's Day :
journée consacrée à 
Kerikeri 
et 
Waitangi 
dans la Bay of Islands (Baie des îles), 
pour un bain historique 
aux sources du mythe fondateur 
de la Nouvelle-Zélande. 





C'est encore une belle journée ensoleillée qui commence quand nous quittons Mangonui par la route 10 en direction de Kerikeri Basin Historic Precinct (sur la liste provisoire mais non approuvée des sites du patrimoine de l'UNESCO) pour une première halte sur un lieu d'importance historique de la construction bi-culturelle de la Nouvelle-Zélande.

Les Maoris retracent en général leur lignée familiale jusqu'à l'une des grandes pirogues qui les ont amenés en Nouvelle-Zélande il y a environ un millier d'année. La grande tribu de Nga Puhi appartient ainsi à la lignée de Puhi, l'ancêtre arrivé à bord de la grande pirogue Mataatua.
Installée dans la région depuis une trentaine de génération, cette tribu prospérait et dominait les environs de la Bay of Islands au début du 19ème siècle et était l'une des plus puissantes du pays quand commencèrent à arriver des européens de tous poils, chasseurs de baleines ou de phoques et navires de passage en recherche d'approvisionnement.
Sous la houlette de Te Pahi, un chef éclairé, intéressé par l'acquisition d'objets et de techniques nouvelles, les maoris développèrent des activités commerciales avec ces nouveaux venus et le chef en vint à établir en 1802 le premier comptoir commercial pour répondre aux besoins de ces échanges.

En 1803, curieux de comprendre le monde, Te Pahi et ses fils voyagèrent et visitèrent la colonie australienne du New South Wales. C'est là qu'ils rencontrèrent et se lièrent d'amitié avec Samuel Marsden, le chapelin de la colonie pénitentière envoyé là par William Wilberforce (grand philantrophe progressiste ayant notamment persuadé le parlement anglais d'abolir l'escalavage). Une rencontre qui resta marquante pour Marsden et sans doute le moment où germa l'espoir de convertir ces nouvelles âmes au christianisme qui se matérialisa plus tard. En 1807, Ruatara, l'un des fils (ou neveu ?) de Te Pahi voyagea jusqu'en Angleterre et en rapporta des graines de blé et de maïs à l'origine des premières récoltes du pays puis des premières exportation de ces céréales vers l'Australie.

Kerikeri Basin - ©SM

Malgré ces bonnes relations, Te Pahi connu une fin tragique après le massacre du Boyd* en décembre 1809: son pa fut attaqué par une expédition punitive menée par des baleiniers européens furieux qui le méprirent pour le responsable du massacre. Beaucoup des guerriers de Te Pahi furent alors tués mais leur chef blessé parvint à s'échapper ... pour être finalement achevé peu après par la tribu ayant perpetré le massacre et profitant de cette opportunité pour éliminer un rival.    

Cet incident interrompit pendant plusieurs années toutes relations des européens avec la Nouvelle-Zélande et marqua cette région du monde du sceau de la sauvagerie.

L'arrivée des missionaires fut elle aussi repoussée mais se concrétisa lorsque le missionnaire Samuel Marsden fut invité - le jour de Noël 1814 selon la légende - par Ruatara qui était le nouveau chef et son ami, à établir la première église chrétienne chez lui à Rangihoua dans la Bay of Islands, entrainant dans son sillage la première école, la première charrue, le premier forgeron, le premier moulin et les premières récoltes de pommes-de-terre. Marsden avait une vision bienveillante et souhaitait préparer le terrain pour la formation du nouveau clergé en faisant accompagner sa mission d'artisans, des hommes pieux qu'il voulait ouverts et soucieux du bien-être des autochtones.

Samuel Marsden revint le 12 août 1819 à Rangihoua avec un deuxième groupe de missionnaires accompagnés de trois charpentiers et de leurs familles. L'établissement d'une deuxième mission attisa la rivalité de deux vieux ennemis de la Bay of Islands, Hongi Hika au nord et Korokoro au sud qui voulaient tous deux en bénéficier. Non pas tant pour la conversion religieuse de leurs ouailles mais parce qu'ils avaient compris que l'installation d'européens allait de pair avec l'augmentation du trafic maritime dans la baie et l'alimentation d'un commerce florissant permettant l'échange de cochons et de patates contre des marchandises européennes.    

Kemp House - Kerikeri Basin - ©SM
Hongi Hika agit donc rapidement et invita Marsden à Kerikeri Basin dès le 17 août pour lui proposer d'y établir sa nouvelle mission, une visite qui donna entière satisfaction au révérend si bien que le 14 septembre, missionnaires et charpentiers quittèrent Rangihoua avec une cargaison de bois sur un bateau à fond plat - le tout premier construit en Nouvelle-Zélande - pour s'y établir.

C'est ainsi que sur Kerikeri Basin Historic Precinct on retrouve aujourd'hui deux des plus vieux bâtiments européens de Nouvelle-Zélande, seuls témoins survivants de cette deuxième mission anglicane sur des terrains offerts par le puissant chef Hongi Hika au révérend Samuel Marsden:
- Kemp House - le plus vieux bâtiment européen du pays; résidence de la mission construite par le révérend John Care en 1821-1822. Elle a accueilli plusieurs générations de missionnaires et leurs familles jusqu'à sa fermeture en 1848. Elle fut rachetée par la famille Kemp dont les descendants y vécurent jusqu'en 1974 jusqu'à ce qu'Ernest Kemp transmette la maison au New Zealand Historic Places Trust. Jalon du parcours historique, elle abrite aujourd'hui un café. 
- Stone Store - la plus vieille maison de pierres du pays; construite en 1832-1836 pour servir d'entrepot, fut elle aussi reprise par la famille Kemp à la fermeture de la mission en 1848 puis louée à une succession de marchands. Elle a été rachetée à la famille en 1976 par le New Zealand Historic Places Trust qui l'a entièrement restaurée en 1996 et continue de l'exploiter comme boutique. 

Photo de Stone House Kerikeri Basin
Stone house - Kerikeri Basin - ©SM

Le circuit historique de Kerikeri Basin intègre également le site du Pa de Kororipo* ("eaux tourbillonantes") mais s'il n'y a aucun doute que cette colline terrassée fut un temps occupée par un village fortifié, c'était à une époque antérieure à la venue des européens. Dans les années 1820, les chefs Hongi Hika et Rewa des Ngai Tawake (sous-famille de la confédération des Nga Puhi) vivaient dans des villages non fortifiés et Kerikeri, situé sur le périmètre de leurs territoires, était leur port d'accès à la mer, l'endroit où ils venaient pêcher, ramasser des coquillages et entretenir leurs pirogues.

Dernière "curiosité" à voir au cours de cette agréable promenade, le village de Rewa (entrée payante) avec un petit musée, un sentier nature et un village de pêcheur maori reconstitué avec son marae (lieu de réunion), son pataka (entrepôt communautaire sur pilotis) et ses paillotes. Un effort de reconstitution certes appréciable dans le contexte de cette promenade mais pas vraiment une visite inoubliable.

Rewa's village - Kerikeri Basin - ©SM

Pour ceux qui ont le temps, Kerikeri a beaucoup d'autres cordes à son arc: des sentiers, une chute d'eau, des artisans-artistes, ses vergers et ses jardins mais pour nous, ce sera là encore pour une autre fois, parce que Kerikeri n'était qu'une étape avant notre objectif principal de la journée : Waitangi, situé à une vingtaine de kilomètres, à côté de Paihia, où nous arrivons en fin de matinée pour rester jusqu'à la fermeture vers 18h.

Panneau d'entrée à Waitangi Treaty Ground - ©SM
Waitangi Treaty Ground, c'est l'endroit où fut signé le traité du même nom entre les chefs maoris et William Hobson représentant de la couronne britannique, à la suite duquel la reine d'Angleterre étendit sa souveraineté à la Nouvelle-Zélande, ouvrant la voie à un vaste mouvement migratoire à l'origine de la société biculturelle d'aujourd'hui.
Il s'agit là d'un sujet pour le moins délicat qui reste ouvert à controverse et loin d'être simple. On pourrait presque dire qu'il existe deux traités si on considère que la version anglaise et la version maorie sont un peu différentes, les nuances de certains mots employés dans chaque langue pouvant paraitre mineures mais pas moins importantes parce qu'elles n'ont pas la même portée pour les différentes parties.
Historiquement, le traité passa un peu aux oubliettes à la fin du 19ème siècle quand les européens devenus majoritaires et dominants pensaient, après les avoir dépossédés d'une grande partie de leurs terres, que les maoris viendraient à disparaitre d'eux-mêmes, tout simplement.
Mais ce ne fut pas le cas et le traité fut remis à l'ordre du jour dans la deuxième moitié du 20ème siècle avec les différents mouvements contestataires maoris, l'émergence d'une fiertée retrouvée puis les efforts de réconciliation nationale mis en place avec le tribunal de Waitangi. En 1995, la reine d'Angleterre elle-même (et non son représentant) en vint à signer un acte d'excuses formelles pour les injustices causées aux maoris. 
Le pays s'est finalement réapproprié ce traité de Waitangi pour en faire l'acte fondateur d'une nation néo-zélandaise bi-culturelle, un document trop vague pour servir de constitution mais qui lui sert tout de même de fondement.

Photo de Waitangi Treaty Ground Treaty House et Marae
Waitangi Treaty Ground - Treaty House & Marae - ©SM

Ce traité a fait couler beaucoup d'encre et reste sujet à interprétation, raison pour laquelle, à une semaine de la fête nationale du 6 février qui commémore sa signature, nous tenions à consacrer du temps à Waitangi.

Il est par contre difficile de relater une telle visite en un seul article tant elle est riche d'informations et d'enseignements alors je me contenterai d'en décrire ici un déroulé rapide pour reprendre ultérieurement certains points qui m'ont particulièrement intéressés sachant qu'avec le "pass" Treaty Ground Day Pass que nous avons pris, nous avons pu profiter:

1 - D'une visite guidée d'une cinquantaine de minutes avec un guide maori très compétant et passionnant qui nous a fourni beaucoup d'informations en nous emmenant sur les différents lieux du site. Les visites se font en anglais, partent de l'accueil toutes les 30 minutes en été avec des groupes plus ou moins importants selon l'heure d'arrivée. Nous avons constaté que tous les guides étaient maoris le jour de notre visite (mais ce n'est peut-être pas une règle d'or ?!?).   

2 - Un spectacle culturel d'une trentaine de minutes présenté devant et dans le marae (la maison commune) avec l'accueil traditionnel, des chants et danses maoris (dont une hakka bien sûr), une présentation des armes avec une démonstration de leur utilisation, le salut, etc. C'est exactement le même genre de spectacle que ceux présentés dans les villages ouverts aux touristes à Roturoa et dont nous ne lassons pas encore.  
À noter que cette maison commune est une construction récente et atypique pour mettre les maoris sur une sorte de pied d'égalité à côté de la Treaty House du site qui explique son orientation particulière (face à Treaty House au lieu d'être face à la mer d'où sont venus les ancêtres) et ses ornements d'influences variées représentants les différentes tribus de Nouvelle-Zélande.

3- Un film de présentation d'une vingtaine de minutes, intitulé "Birthplace of a Nation".

4 - L'accès illimité au site, un vaste terrain avec une superbe vue sur la Bay of Islands, la Treaty House ("maison du traité", première résidence du gouverneur, restaurée et dans laquelle sont présentées plusieurs expositions), de magnifiques pirogues de guerre protégées sous un abri au bord de la plage dont la plus grande, longue de 35 mètres est taillée dans trois troncs de kauris et peut accueillir 120 guerriers.
  
Photo de pirogues de guerre Waitangi Treaty Ground
Pirogues de guerre Waitangi Treaty Ground - ©SM

5 - L'accès au musée de Waitangi/Te Kongahu, de construction et de conception moderne, inauguré le jour de la fête nationale en février 2016 et donc ouvert au public depuis un an. Un très bel espace d'exposition qui met en perspective les éléments entourant le traité dans le contexte historique plus général de l'histoire du pays, avec notamment des détails intéressants sur des différences culturelles qui ont pu conduire à des incompréhensions de part et d'autre.    

Une visite en contexte qui prend du temps mais vaut vraiment le déplacement. On y apprend d'ailleurs au passage, dans l'une des expositions de Treaty House, qu'il est presque miraculeux de pouvoir le faire car le terrain était dans des mains privées pendant de nombreuses années, au grand dam des Maoris. Un couple philantropique du nom de Bledisloe le rachèta en 1932, sauva et restaura la première maison du gouverneur qui tombait en déliquescence et fit don de l'ensemble à la nation.    
 
La tête bien remplie, nous sommes allés digérer toutes ces informations en bord de mer dans la petite ville voisine de Paihia, agréable, très touristique et très fréquentée en ce grand week-end d'été.Et pour conclure la journée, retour sur Kerikeri où nous avions réservé une chambre dans un motel tranquille et où nous avons choisi de diner dans l'un des nombreux restaurants du centre du village moderne.
 

*Nota :
1 - Le Boyd était un navire qui transite en décembre 1809 dans la baie de Whangaroa (entre Doubtless Bay et Bay of Islands, un peu au sud de Mangonui), entre deux escales. Il ramenait à son bord plusieurs maoris, dont le fils d'un chef qui avait reçu plusieurs coups de fouets en punition d'un acte commis à bord conformément aux règles anglaises en usage sur les navires mais constituant un outrage demandant vengeance aux yeux du Maori au statut d'intouchable. La vengeance fut terrible puisqu'un traquenard concocté par le maori outragé conduisit au massacre de 66 à 70 européens qui étaient à bord pour en faire le massacre d'européens le plus important exécuté par des maoris au cours d'un incident isolé, associé à l'acte de cannibalisme le plus sanglant jamais enregistré.     
2 - Kororipo: selon les récits tribaux enregistrés par Jeffrey Sissons, les terrains autour de Kerikeri auraient appartenu pendant plusieurs centaines d'années à d'autres tribus avant qu'elles ne soient attaquées et chassées par les Nga Pahi, sans doute à l'époque du grand-père de Hongi Hika vers 1770. À partir de cette époque les Nga Pahi menèrent des guerres intermittantes avec les tribus plus au sud de Bay of Island jusqu'à leur infliger une défaite définitive en 1826 qui leur permis alors d'atteindre leur apogée et de dominer l'ensemble de la région. 

Infos pratiques:
Kerikeri:
Accès libre et public à Kerikeri Basin Historic Precinct
Prix du ticket d'entrée Rewa's Village : 10 NZD - Ouvert de 10h à 16h
Waitangi :
Day Pass : 20NZD pour les résident (40 NZD pour les touristes)
Ouvert tous les jours (sauf Noël)
De 9h à 18h pendant la saison haute (26 décembre au 29 février)
De 9h à 17h le reste de l'année
Chaque année pour Waitangi Day (6 février), tous les bâtiments sont fermés pour la journée mais le terrain est ouvert gratuitement au public pour partager les festivités du jour.

Sources et plus d'infos :
Site de Kerikeri  ICI
Site de Rewa's Village ICI
Site de Waitangi Treaty Grounds and Te Kongahu Museum of Waitangi ICI

vendredi 6 janvier 2017

HOWICK HISTORICAL VILLAGE - Plongeon dans le passé "colonial"

Notre quartier de résidence au sud d'Auckland appartient au village d'Howick où se niche un site patrimonial homonyme, le "Howick Historical Village". Signalé au bord des routes que nous fréquentons par des panneaux de couleur marron spécifiques aux curiosités touristiques, leurs messages se répétant à chaque passage de façon subliminale, nous avons fini par les suivre pour une petite visite de voisinage.

Howick Historical Village - ©SM

Installé dans un havre de verdure entre Lloyd Elsmore Park et Bell Park, Howick Historical Village est un village "reconstitué" composé d'une trentaine de maisons coloniales "d'époque" (1840-1880) récupérées un peu partout dans les environs d'Auckland pour témoigner de l'installation des migrants européens en Nouvelle-Zélande et évoquer l'histoire de la fin du 19ème siècle, en particulier celle des "fencibles". Une histoire soigneusement documentée par la "Howick Historical Society" officiellement créée en 1962 dont les bénévoles passionnés assurent restauration des maisons et animations. 

Le village se veut en effet un "musée vivant" avec des mise en scènes périodiques en costumes d'époque (3ème dimanche de chaque mois) mais si nous avons bien été accueillis par deux matrones bonetées à l'entrée/caisse/boutique, le village était on ne peut plus calme lors de notre passage du 23 décembre, avant-veille de Noël : pendant deux-trois heures, nous étions pratiquement les seuls hôtes avec pour privilège l'usage quasi-exclusif du village jusqu'à sa fermeture, idéal pour faire des photos et prendre le temps de lire les très nombreux panneaux explicatifs.

Objets, mobilier et jardins - ©SM


Pour la petite histoire, après le traité de Waitangi et l'établissement d'Auckland comme capitale*, le gouverneur George Grey souhaitait encourager l'immigration mais il craignait plusieurs menaces pour l'installation des colons :
1-  celle des français qui venaient d'annexer la Nouvelle-Calédonie et Tahiti,
2 - celle des maori, en particulier Hone Heke, un chef qui avait coupé à cinq reprises le mat du drapeau anglais pour signifier clairement que les colons n'étaient pas les bienvenus...

Objets, mobilier et jardins - ©SM


Pour protéger la nouvelle capitale et assurer son développement, il fut alors décidé d'y envoyer d'anciens soldats retraités de l'armée britannique ayant combattu en Afghanistan, Inde, Malte ou ailleurs dans l'empire. La plupart avaient plus de vingt ans de service à leur actif quand ils furent invités à intégrer un nouveau corps d'armée baptisé Royal New Zealand Fencible Corps, créé spécialement pour assurer la défense d'Auckland en cas d'attaque.

Autorisés à émigrer avec femmes et enfants, le programme d'immigration des "fencibles" fut le plus important de l'époque. Il entraina l'installation de 2'500 migrants sur les quartiers actuels de Panmure, Otahuhu, Onehunga et Howick où vivent encore de nombreux descendants fiers de leurs origines et pour beaucoup à l'initiative du développement de Howick Historical Village. La liste des dix voiliers qui les ont transportés entre 1847 et 1852 ainsi que celles de leurs passagers sont exposées dans l'une des maisons du village où l'on apprend que le voyage durait de 3 à 4 mois, le transit se faisant dans de bonnes conditions pour l'époque. Seul le "Clifton" fit exception, surnommé "ship of sorrows" (le navire des larmes) parce que 46 de ses passagers trouvèrent la mort pendant la traversée, essentiellement des enfants venant d'Irlande où sévissait alors la famine. Il faut dire que ces conditions particulièrement difficiles en Irlande à l'époque expliquent l'origine irlandaise de plus de la moitié des "fencibles" avec une forte concentration de ceux-ci sur Panmure.

Howick Historical Village - ©SM

Selon les termes de leur engagement, les "fencibles" se voyaient offrir la traversée vers la Nouvelle-Zélande et un cottage de deux pièces avec un acre de terre à l'issu de sept années de service. Tout était parfaitement règlementé, par exemple la taille de la malle d'effets qu'ils étaient autorisés à prendre avec eux. Une fois sur place, on les encourageait à trouver un emploi complémentaire, leurs obligations militaires étant essentiellement réduites à parader chaque dimanche (il n'y eu qu'un seul appel pour raisons militaires, en avril 1851). Certains se voyaient offrir la possibilité de travailler pendant un an à la réalisation de travaux publics, employés à la construction des premières infrastructures, routes et ponts.

Howick Historical Village - ©SM

À l'arrivée des 4 premiers navires, il n'existait encore aucune construction et tout était à faire par/pour les premiers migrants. Ils furent d'abord logés dans des tentes, des cabanes ou dans deux longs hangars de la plage d'Howick, un pour les hommes et l'autres pour les femmes et les enfants. On peut se faire une idée de cet habitat tempotaire précaire (tente et cabane) dans Howick Historical Village, ces éléments ayant été intégrés à la mise en scène. Vinrent ensuite les différents types de constructions qui furent attribuées en fonction du rang : de la maison double pour les simples soldats aux plus grandes maisons pour les officiers. 

Après les sept années, les "fencibles" revenaient définitivement à la vie civile, propriétaires indiscutés de leur maison et de leur bout de terrain qu'ils pouvaient facilement agrandir, la terre étant alors disponible et vendue à bas prix. Le programme connu un grand succès puisque seulement 3 "fencibles" choisirent de retourner en Europe à la fin de leur service alors que tous les autres choisirent de rester sur leur nouvelle terre d'adoption pour y former cette nouvelle communauté bien particulière. 

Howick Historical Village - ©SM

Outre les exemples de maisons de pionniers de différents modèles et tailles avec l'histoire de leurs anciens propriétaires dont certains ont fait leur chemin (on retrouve par exemple une mention et un lien avec l'aviatrice Jean Batten), le village reconstitué compte plusieurs écoles, une cure, une église, un moulin, un tribunal, un atelier de forgeron, une scierie, une épicerie, un pub et quelques exemples de cabanes de Maori (histoire de ne pas oublier les indigènes dont l'un était ici le facteur). L'ensemble est organisé autour d'une pièce d'eau et d'une rue circulaire. Trois maisons étaient fermées lors de notre passage mais toutes les autres étaient accessibles, regorgeant d'objets et d'indications sur leur utilité et la façon de les fabriquer/utiliser, autant de témoignages de la vie passée : ruche, puits, mobilier, objets de tous les jours, savon, bougies, outils, jouets, etc. 

Une visite vraiment très intéressante pour plonger dans un passé colonial "grandeur nature" et cette histoire bien particulière des "fencibles". Cela permet en outre de comprendre l'origine des très très nombreux noms militaires associés aux lieux et rues du village d'Howick actuel (Stockade Hill, The Parade, Waterloo, etc.).

Howick Historical Village - ©SM

* Nota : Auckland a été capitale de la Nouvelle-Zélande de 1841 à 1865 avant qu'elle ne soit transférée à Wellington, plus centrale. 

Informations pratiques Howick Historical Village :
Adresse : Bells Road, Llyod Elsmore Park, Pakuranga, Auckland 2145
Ouvert tous les jours de 10h00 à 17h00 (dernière admission à 16h00)
[Fermé le 1er janvier, vendredi de Pâques, ANZAC day, Noël et 26 décembre]
"Live days" / Journées d'animations en costumes : 3ème dimanche de chaque mois (sauf décembre)
Prix ticket adulte : 16 NZD
Téléphone : (09) 576 9506
Lien website  ICI

Sources et plus d'infos :
Howick Historical Village ICI
Taking charge of treasured assets - Article Times 30/1/2015 ICI
Howick Historical Village - Te Ara - ICI

vendredi 25 novembre 2016

Devonport

Devonport est l'un des plus vieux quartiers d'Auckland situé à quelques encablures seulement du centre ville qui lui fait face de l'autre côté de la baie. 

Esplanade hotel - Terminal de Ferry Devonport - ©SM
Du centre, on y accède facilement avec le ferry* qui transite plus ou moins souvent (tous les 1/4, 1/2 ou 3/4 d'heures) selon le moment de la journée pour une traversée de quinze minutes à 12 NZD (8 euros/65 HKD) aller-retour.  

Venant du sud, nous nous y sommes rendus en voiture. Le trajet est plus long qu'en ferry parce qu'il faut faire une grande boucle en passant par le Harbour Bridge, pont du port d'Auckland, pour remonter au nord avant de redescendre par Lake Road, l'unique route qui traverse la péninsule en direction de Devonport situé à la pointe. Mais le jeu en vaut la chandelle parce que Devonport, le "village nautique" (Marine village) a beaucoup à offrir : de jolies maisons victoriennes, des restaurants et boutiques sympas, des plages, une base navale, des fortifications, des musées, des parcs, des volcans, des vues, etc.
Bref une belle combinaison pour une journée complète d'excursion. 
     
Stanley Point - Auckland Skyline - ©SM
  
Tout est accessible à pied du terminal de ferry mais la voiture offre une certaine souplesse et permet d'en faire un peu plus. C'est ainsi que nous avons commencé notre journée au point de vue Cyril Bassett Lookout à la pointe de Stanley Point, un petit espace vert coincé entre deux maisons dans un joli quartier résidentiel. De là, on embrasse la vue sur le skyline d'Auckland, le Harbour Bridge et, côté péninsule, sur Stanley Bay et la base navale de la Royal New Zealand Navy. Après une promenade sur la jettée du ferry de Stanley Bay située à côté d'un parc et de grands terrains de sports, nous laissons la voiture près du terminal de ferry de Devonport pour un grand circuit découverte à pied, exposés au vent qui soufflait fort ce jour-là.  



La balade débute sur l'esplanade du terminal de ferry et le parc de Windsor où avait lieu l'exposition d'une multitude d'oiseaux piqués dans le sol, peints de multiples couleurs par des enfants dans le cadre d'une action de sensibilisation à la protection des oiseaux côtiers.


King Edward Parade et Torpedo Bay - ©SM
On longe ensuite toute la King Edward Parade bordant Torpedo Bay en passant par le Yacht club jusqu'au musée de la Navy. Autant de noms qui évoquent l'histoire militaire des lieux alors que les maisons victoriennes aux boiseries travaillées avec leurs jardins souvent ombragés de vieux arbres offrent plutôt une vitrine un peu huppée de cette banlieue résidentelle élégante.

Au bord du chemin, quelques plaques "mémoriales" et monuments évoquent des pages de la petite histoire où l'on apprend que cette zone fut pendant un temps celle des chantiers naval et la zone industrielle de Devenport. 
Une arche évoque les soldats tombés lors de la guerre des Boers, 
une plaque le lieu d'execution du premier européen condamné en Nouvelle-Zélande, 
une autre celle de l'arrivée des Tainui, l'une des sept wakas (canots) avec lesquelles les premiers Maori sont arrivés en Nouvelle-Zélande... 
... et aussi, COCORICO, devant le musée de la Navy, une plaque commémore le passage en 1827 de la corvette française l'Astrolabe et son capitaine Dumont d'Urville qui escalada le mont Victoria pour observer la baie.    


Northhead - ©SM
Après la visite du musée de la marine, il faut grimper pour accéder à Northhead, la pointe nord, ancien cone volcanique et ancien pa (village fortifié) Maori avant la colonisation européenne. En 1885, pour faire face à des menaces réelle ou imaginaires, les européens en ont fait une place forte militaire avec des tunnels et des emplacements pour les canons, l'une des plus importantes à l'époque pour le pays. A la fois site historique et réserve naturelle, il faut passer du temps pour découvrir les différentes zones abritant les pièces d'artilleries autour du cône, pour monter au sommet et voir un film explicatif dans l'un des bâtiments, pour parcourir les chemins sur différents niveaux qui offrent des vues superbes sur le golfe d'Hauraki, le Rangitoto, le centre d'Auckland, la péninsule de Devonport, la Pointe de Stanley et la plage de Cheltenham.
       
Plage de Cheltenham - ©SM


Communiquant directement avec la réserve/Northhead, cette plage de Cheltenham nous a permis de profiter du soleil à l'abri du vent pour la suite de nos découvertes. C'est une longue et belle plage de sable faisant face au pacifique, bornée par Northhead d'un côté et des falaises de l'autre. L'ambiance y était assez calme avec déjà quelques baigneurs en cette fin de printemps et les superbes maisons construites directement en bord de plage avec de vieux pohutukawa "classés" et numérotés dans leurs jardins attiraient presque autant le regard que le paysage marin...
Un très très beau quartier !  




Devenport Village - ©SM
En bout de plage, retour en direction du village de Devonport en traversant les zones résidentielles, les parcs de Devonport Domain et Cambria Reserve en passant près du musée de Devenport qui fera l'objet d'une visite une autre fois. A noter qu'à l'endroit du parc Cambria Reserve s'élevait un ancien cône volcanique qui a servi de carrière pour la construction, désormais presque complètement rasé et transformé en bel espace vert. En contournant ensuite le mont Victoria, on passe par le coeur du village de Devenport et sa rue principale, avec le vieux cimetière, les églises catholique et presbytérienne Saint François de Salle et Saint Paul, puis les façades des boutiques qui ont un petit côté "far-west" ...


Grande rue et centre de Devenport - ©SM





L'occasion de reprendre quelques forces dans une "bakery"- bar - salon de thé - restaurant avant que ce ne soit l'heure de la fermeture !












Vues du mont victoria - ©SM
Pour conclure la journée et parce que nous en avions quand même plein les pattes, nous sommes montés au Mont Victoria avec la voiture.
Comme sa voisine Northhead qu'elle domine, cette colline dont le sommet est à 87 mètre du niveau de la mer est un ancien cône volcanique, un ancien pa maori ainsi qu'une ancienne zone de défense militaire. 
     Les visiteurs sont nombreux parce qu'on y a une vue à 360º sur tous les environs : centre d'Auckland, Rangitoto, péninsule de Devonport, Northhead, golfe d'Hauraki, le pacifique. Le tout avec une belle plaque d'orientation pour se repérer.

A ne surtout pas manquer ! 




Devonport en résumé :
Environ 12,5  kilomètres pour notre circuit à pied, 
bord de mer sans dénivelé, un peu de grimpette pour Northhead et le mont Victoria, 
4 heures de marche, 
2 musées (Devonport museum et Torpedo Bay Navy museum), 
une jolie banlieue historique caractérisée par ses maisons victoriennes,
vues sur le golfe Hauraki, Auckland CBD, le pacifique, Rangitoto.
Prendre la journée pour en profiter tranquillement. 



Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
Pa : village fortifié
Waka : un canot maori (en général dans un tronc d'arbre) et/ou un groupe tribal descendant des premiers maoris arrivés en Nouvelle-Zélande

* D'autres ferrys permettent de rejoindre Stanley Bay ou Bayswater situés sur la même péninsule que Devenport.

Horaires et tarifs des ferrys sur le site de Fullers   ICI
Brochure du gouvernement pour la découverte de Northhead - Format .pdf   ICI