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mardi 2 octobre 2018

Les boîtes à livres, une idée qui fait son chemin en Nouvelle-Zélande

C'est dans mon quartier de Bucklands beach à Auckland que j'ai découvert ma première boîte à livres néo-zélandaise...

Photo de mini-bibliothèque pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Book Stop - Boîte à livres à Bucklands Beach : vous voulez un livre ? servez-vous !
Photo de mini-bibliothèque pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Free Library - C'est gratuit !
Ma curiosité ainsi aiguisée, ces boîtes se sont faites tout d'un coup de plus en plus visibles et nombreuses pour finalement constituer, au fil de nos voyages, un début de collection.

 Photo de mini-bibliothèque pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Tiny Wee Library, devant la boutique d'un coiffeur à Kaikoura
Dans ce registre, il y a d'abord les initiatives individuelles et isolées des amoureux des livres qui installent devant chez eux (ou devant une boutique ou près d'une école ou n'importe où !) ces boîtes à livres que les passants peuvent emprunter et partager ensuite à leur tour.

Photo de mini-bibliothèque pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Free Library en plein centre ville à Christchurch
Outre ces initiatives individuelles, il existe plusieurs programmes organisés repérés dans l'île du sud de la Nouvelle-Zélande.
Le premier s'appelle "Lilliput Libraries" et s'est développé dans la ville de Dunedin* attachée depuis son origine à son développement culturel, au travers de l'éducation, de l'édition et de la promotion du livre ainsi que par ses actions de soutien multiples favorisant la créativité et l'art sous toutes ses formes.

Photo de mini-bibliothèque pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Boîte à livres Lilliput Library nº76 - Région de Dunedin

Les Lilliput Libraries ont été lancées en 2015 par une bénévole engagée cherchant à initier régulièrement de nouveaux projets communautaires. Avec le support d'une bourse de Creative New Zealand Creative Communities (CCS - Creative Communities Scheme), le projet a démarré avec une dizaine de boîtes et des livres récupérés à droite et à gauche.

Photo de mini-bibliothèque Lilliput Library pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Lilliput Library Dunedin - Déco inspirée par le monde de "Roald Dahl"
Photo de mini-bibliothèque Lilliput Library pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Lilliput Library Dunedin - Déco d'inspiration "Harry Potter"
Au départ, l'association de Dunedin proposait aux "gardiens de boîtes" de leur fournir le matériel (boîtes fabriquées de façon standard mais toutes peintes/décorées de façon différente sur un thème adapté à l'environnement immédiat ou inspiré d'un livre / d'un auteur) mais le projet a pris une telle ampleur que ce service n'est plus fourni. Le nombre de bénévoles continue de croître et le site de Lilliput Libraries référence aujourd'hui 180 boîtes à travers la ville et ses environs avec pour devise : take a book now, leave a book later (Prenez un livre maintenant, laissez un livre plus tard).      


Photo de mini-bibliothèque Lilliput Library pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Lilliput Library Dunedin - Déco d'une boîte en bord de mer
Photo de mini-bibliothèque Lilliput Library pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Lilliput Library Dunedin - Déco folklore Russe
Photo de mini-bibliothèque Lilliput Library pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Lilliput Library Dunedin - Autre boîte proche du bord de mer
Photo de mini-bibliothèque Lilliput Library pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Lilliput Library Dunedin

Il est plus difficile de trouver des informations sur l'autre "réseau" de bibliothèques découvert dans l'île du sud, celui qui utilise de vieux réfrigérateurs pour proposer l'échange des livres sur le bord des routes. Il semble que l'initiative soit en lien avec "books on the bus" cherchant à favoriser la lecture dans les transports en commun et les bus pour de plus longs trajets.
Le contenant est original mais le choix astucieux parce que les frigos sont hermétiques et donc adaptés à cette région par endroits très pluvieuse (300 jours de pluie par an). Chaque "boîte" est redécorée et donc unique, avec le même but ultime que Lilliput Library, celui de favoriser le partage des livres. 

Photo de frigo-bibliothèque pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Sur le frigo proche du centre visiteurs de Paparoa NP, plan du "réseau" des frigos-bibliothèques de la côte ouest
Photo de frigo-bibliothèque pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Ici, une bibliothèque pas très bien rangée et sentant un peu le renfermé ...
Photo de frigo-bibliothèque pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Devant une école à Dunedin
Photo de frigo-bibliothèque pour partager les livres Nouvelle-Zélande
Frigo-bibliothèque de la côte ouest ...
Photo de frigo-bibliothèque pour partager les livres Nouvelle-Zélande
... mieux ordonné et organisé celui-là !
Des boîtes à livres qui sont autant d'images à collectionner pour les amateurs et qu'il ne faut surtout pas hésiter à utiliser au cours d'un voyage en Nouvelle-Zélande : on prend ici, on remet là, on laisse un bouquin, c'est à l'envie, celle de partager les livres, une idée à suivre et qui fait son chemin dans ce beau pays ! 

Nota :

* Nombreux organismes et manifestations culturelles à Dunedin, par exemple :
- Dunedin City of Litterature  ICI
- Words in the Wood - Dunedin Litterary Festival ICI
- Dunedin Writers & Readers Festival  ICI
- Poems in the Waiting Room (NZ) ICI

À savoir :
Pour les amateurs, ce type de boîtes est aussi largement développé en Australie notamment au travers de l'association Little Free Libraries Australia.

Sources et plus d'infos :
Site de Lilliput Libraries ICI
Lilliput Libraries go big in Dunedin - Stuff 20/01/2016  ICI
Creative Communities Scheme NZ  ICI
Cool new book swap fridge-library open for book lovers - Stuff 21/03/2017  ICI
Books on the bus NZ ICI 

dimanche 17 juin 2018

LIVRES - Les âmes brisées / What becomes of the broken-hearted d'Alan Duff


Les âmes brisées est la suite de l'âme des guerriers, deuxième volume d'une trilogie.
Quelques années après le drame qui a brisé la famille Heke - le suicide de Grace, 13 ans, et la mort violente de Nig, le fils aîné - on retrouve Jake, Beth et leurs autres enfants qui ont grandit. Le couple brisé par l'alcool et la violence au moment de la tragédie n'a pas survécu. Beth a refait sa vie et trouvé une stabilité avec un ancien éducateur qui l'a prise sous son aile avec ses enfants en leur offrant son amour, de meilleures conditions de vie et de nouvelles perspectives. Jake, un temps soupçonné du viol qui a conduit sa fille Grace au suicide, a d'abord continué à dériver, boire et traîner mais finit par trouver le chemin de la rédemption par l'amour, l'amitié et le sport qui canalisent sa violence alors qu'il se construit de nouveaux repères et surtout, l'estime de soi. Quand aux enfants, ils font leur chemin, l'un est à l'université, l'autre s'engage dans la voie des gangs comme son grand frère qu'il admirait alors que la plus jeune fille, bonne écolière, subit la violence des autres filles de son âge qui ne comprennent pas son assiduité ...     

La violence des banlieues maories reste très présente mais elle ne forme plus la trame centrale brute du roman qui est plus axée sur les personnages, leur ressenti, leur transformation, leur rapport aux autres. Les protagonistes sont plus apaisés, plus matures et le récit s'élargit pour inclure notamment l'ancien voisin pakeha (non maori) qui se débat avec des difficultés financières qui l'amènent à vendre ses terrains petit à petit en entraînant une perte de son statut social.

Un bon livre qui permet d'aborder une partie de la Nouvelle-Zélande qui n'est pas la plus connue, dénoncée par un auteur qui sait de quoi il parle et qui arrive à donner une vision "de l'intérieur" d'une frange maorie en mal-être, se cherchant sans toujours se trouver.

À suivre.

Du même auteur :
L'âme des guerrier / Once were warriors

Titre original : What becomes of the broken hearted
Titre français : Les âmes brisées
Auteur : Alan Duff
Première édition : 1996

vendredi 8 juin 2018

L'art des relais utilitaires en Nouvelle-Zélande - Une alliance harmonieuse

En ville, dans les quartiers ou à la campagne, les coffres-relais utilitaires métalliques constituent des éléments familiers du paysage néo-zélandais, des objets essentiels pour assurer la gestion des cables des réseaux électriques et de télécommunications ainsi que l'alimentation des bâtiments en tous genres. Depuis quelques années, ces boîtes aux couleurs  traditionnellement "vert militaire" apportent une palette de couleurs plus variées au paysage parce que, nouvelle corde à leur arc, elles ont commencé à servir de support d'expression aux artistes locaux*. Alors évidemment comme l'un de mes dadas à moi ce sont les collections, leur aspect récurrent sans cesse renouvelé a forcément attiré mon attention et elles ont intégré mon carnet de chasse des sujets photographiques que j'accumule : j'adore !
J'aime d'autant plus que ce sont souvent des éléments typiquement néo-zélandais qui sont représentés ... le nationalisme à travers l'art urbain, en voilà un sujet !!!   

Photo de cabinet chorus peint Auckland Nouvelle-Zélande
Lorikeets in Green Bay / 250 Godley avenue / Auckland - Artiste : Cliff Uepa - [Chorus cabinet]
Dans ce domaine de l'art urbain, Chorus, un des fournisseur d'accès de broadband semble le plus impliqué avec environ 450 de ses coffres-relais [DSL Cabinet (Digital Subscriber Line)] déjà décorés un peu partout sur le territoire. Ils sont d'ailleurs référencés sur un blog dédié du site du fournisseur où sont donnés, le nom de chaque représentation (et/ou l'adresse), celui de l'artiste, plusieurs vues et parfois l'interprétation de l'oeuvre.

Photo de cabinet chorus peint Auckland Nouvelle-Zélande
Noo Zillun / Auckland - Artiste : Paul Walsh [Chorus Cabinet]
Artiste local d'Auckland, Paul Walsh a déjà signé plusieurs de ces peintures qui lui donnent pas mal de visibilité en ville. Il explique sur son blog que ces boîtes sont mises à la disposition des artistes qui doivent d'abord faire une demande d'autorisation auprès du fournisseur dont l'implication ne va pas plus loin, sachant qu'il ne peut pas rénumérer les artistes pour des questions de propriété et de droits et que les peintres doivent trouver seuls le financement pour la réalisation de leurs projets.
 
Photo de cabinet chorus peint Auckland Nouvelle-Zélande
Green Bay - Pohutukawas - Artiste : Heathermeg Sampson [Chorus cabinet]
Au départ, Paul Walsh avait donc lancé une souscription participative mais il est désormais possible de faire appel à un autre intermédiaire, Keep New Zealand Beautiful, qui propose des bourses de financement dédiées. Né à la fin des années 1960, cet organisme s'est d'abord occupé des campagnes d'éducation pour développer le civisme afin de garder propre la Nouvelle-Zélande où on ne jette pas n'importe quoi n'importe où ("be a tidy kiwi"). Progressivement ses missions en sont venues à englober la question des graffitis et de l'embellissement qui trouvent ainsi une mise en application idéale avec ce projet au travers des bourses. 

Photo de cabinet chorus peint Napier Nouvelle-Zélande
1 Hornsey Road / Napier - Artiste : Christie Wright [Chorus cabinet]
Photo de cabinet chorus peint Auckland Nouvelle-Zélande
Honey Bee - Artiste : Tamara Kogler [Chorus cabinet]
Photo de cabinet chorus peint Auckland Nouvelle-Zélande
Highland Park - Artiste : Mark Balute [Chorus cabinet]
Ce projet Chorus est le mieux documenté et celui qui est le plus relayé sur Internet et dans la presse mais ce n'est pas le seul. Avec un peu d'attention, on s'aperçoit que d'autres coffres-relais servent de support même si pour eux, il est difficile de trouver des informations, elles sont donc quasi-inexistantes pour toute une partie de ma collection. J'y ai toutefois quelques chouchous, dont ces coffres décorés en harmonie avec les autres éléments environnants, ici, les toilettes publiques de Rotorua à proximité du lac ...

Photo de peinture Urban Art Rotorua Nouvelle-Zélande

... là, un ensemble avec le mur de façade d'une poste à proximité de Green Bay/Auckland :


Photo de peinture murale Auckland Nouvelle-Zélande

... ou encore, un mur de brique à Auckland abritant un relais électrique proche de Silo Park :

Photo  Urban Art Auckland Nouvelle-Zélande

Là, deux boites assorties sur le trottoir de la grande rue de Newmarket :

Photo Urabn Art Auckland Nouvelle-Zélande

Et puis ça fonctionne aussi sur d'autres type de boites, les grosses :

Photo urban Art Auckland Nouvelle-Zélande

... ou les citadines plus menues et coquettes sur lesquelles toutes les faces comptent, ethnico-rigolo-flashy à Wellington :

Photo de cabinet relais peint Wellington Nouvelle-Zélande
Photo de cabinet relais peint Wellington Nouvelle-Zélande

 ... ou toute en finesse et en légèreté pour évoquer le ballet près d'une salle de spectacle à Napier :

Photo de cabinet relais peint Napier Nouvelle-Zélande

L'art de la boîte, une façon approuvée "d'embellir" la Nouvelle-Zélande. 
"Yaka" ouvrir l'oeil et l'objectif !

Nota :
* Même s'il est bien développé, l'art des relais utilitaires n'est pas une spécificité néo-zélandaise, il existe dans d'autres pays et villes, notamment en Corée du Sud et en Suisse où nous l'avions déjà observé et photographié.

Plus d'infos :
Chorus - Cabinet Art Gallery   ICI     
Keep New Zealand Beautiful - Chorus Cabinet - Funding Grants ICI
The Chorus Cabinet Project - Blog de Paul Walsh ICI

jeudi 24 mai 2018

LIVRES - Les rives de la terre lointaine / Toward the sea of freedom de Sarah Lark (Saga du kauri)


Au début du XIXème siècle, les conditions de vie sont difficiles en Irlande. Kathleen et Michael sont jeunes et amoureux et rêvent d'une vie meilleure mais le jeune homme qui cherche à financer leur immigration vers l'amérique est arrêté pour un vol de sacs de grains utilisés pour produire du whisky de contrebande, condamné et envoyé purger sa peine à l'autre bout de la terre, sur l'île de Van Damien (Tasmanie / Australie). Michael a promis de revenir mais la jeune femme, enceinte, se retrouve mariée à Ian Coltrane, un marchand de chevaux fourbe qui l'emmène vers la Nouvelle-Zélande où il lui fait payer le prix du nom qu'il donne au fils de Kathleen. Entre Tasmanie et Nouvelle-Zélande on va alors suivre le destin romanesque et aventureux de ces personnages qui passent par différents lieux marquant l'histoire de la région : la colonie pénitentiaire de Van Damien, la colonie de Christchurch, la station baleinière de Kaikoura, l'établissement de Dunedin dans l'Otago avant et après la ruée vers l'or, les relations avec les Maoris, etc.     

Après le succès de la saga du Pays du nuage blanc, Sarah Lark remet le couvert avec une nouvelle saga néo-zélandaise, celle du "kauri" (arbre emblématique de Nouvelle-Zélande) dont Les Rives de la Terre lointaine / Toward the sea of Freedom est le premier volume. Ses héroïnes ont le beau rôle même si elles subissent encore une fois les abus des hommes avant de révéler des capacités de résilience et d'adaptation extraordinaires leur permettant de rebondir et de tracer leur chemin dans un pays où tout est à faire. Une trame romanesque qu'on appreciera, ou pas, mais qui sert de mise en scène dans un décor et un contexte historique soigneusement documentés (et décortiqués dans la postface) sur la Nouvelle-Zélande, tout l'intérêt de cette lecture facile et divertissante.

Titre anglais : Toward the sea of Freedom
Titre français : Les rives de la terre lointaine
Premier volume de la saga du Kauri
Auteur : Sarah Lark (Christiane Gohl)
Première édition : 2010

Saga du Kauri :
Volume 2 : À l'ombre de l'Arbre Kauri / Beneath the kauri tree
Volume 3 : Les larmes de la déesse maorie (à paraitre 06/2018) 

mardi 17 avril 2018

LIVRES - Once were warriors / L'âme des guerriers d'Alan Duff


Années 1980, la chronique d'une famille maorie dans une banlieue sordide de Nouvelle-Zélande.
Une maison des services sociaux dans un quartier ghetto-isé. Un père satisfait de toucher ses allocations chomage, de boire et de conforter sa domination sur son territoire, le bar qu'il fréquente quotidiennement, grâce à sa puissance physique. Une mère prise dans la spirale de la violence et de l'alcool mais qui tente tout de même de maintenir une certaine dignité familiale. Un fils aîné attiré par les gangs qu'il cherche à intégrer. Un autre garçon, "plus faible", plus sensible, convoqué au tribunal et institutionalisé par les services sociaux. Dautres enfants plus jeunes dont la fille aînée qui va subir toute la violence de ce milieu, rouage implacable qui entraîne au drame ...

Un livre qui décrit un monde à la dérive, en perte de valeurs et sans perspectives, dominé par la violence sous toutes ses formes (verbale, physique, domestique, conjugale, sexuelle, viol, suicide, etc.), noyé dans l'alcool et la drogue. Une violence autodestructrice que les maoris s'infligent entre eux en restant confinés sur le terrain qu'ils occupent en marge des quartiers pakehas (ceux des blancs) pourtant tous proches mais comme irréels, protégés par une sorte de no-man's land infranchissable. Au milieu de toute cette noirceur, quelques éléments d'espoirs plus positifs avec la solidarité des anciens et les éléments identitaires associés au marae (lieux communautaires centraux pour les activités sociales dans les villages maoris).   

Un livre très dur qui contraste totalement avec l'image proprette de la Nouvelle-Zélande mais qui relate une réalité sociale du pays qui reste, presque trente ans après la sortie du livre, au coeur des questions d'actualité (voir par exemple la question des Maoris qui engorgent prisons).

Un "classique" qui a fait l'objet d'une adaptation cinématographique* ayant frappé la conscience nationale et parfois considéré comme le "meilleur film néo-zélandais jamais produit", une réalisation remarqués à Cannes en son temps, qui a fait le tour de la planète en choquant le monde.

Son auteur néo-zélandais, Alan Duff, est né d'une mère maorie et d'un père pakeha, des parents qui divorcent quand il a une dizaine d'années. Confié à un oncle et une tante maoris près de Rotorua, il se rebelle, est expulsé de l'école, fréquente une bande de jeunes délictueux et se retrouve en maison de redressement. Il dérive pas mal jusqu'à ce qu'il trouve sa voie dans l'écriture et la publication de l'âme des guerriers/Once were warriors en 1990, un livre puis un film qui rencontrent un succès phénoménal. Dans un essai très controversé publié en 1993 (The Crisis and the Challenge), il accuse les maoris de passivité et de trop attendre l'aide sociale plutôt que de se prendre en charge mais l'auteur plusieurs fois primé continue d'écrire enrichissant son arc de plusieurs cordes : éditorialiste, écrivain, militant et homme d'affaire. Quant à l'âme des guerriers / Once were warriors, c'est désormais le premier volume d'une trilogie qui s'est enrichie en 1996 de What Becomes of the Broken Hearted (Les âmes brisées) puis en 2002 de Jake's Long Shadow.

Un auteur engagé, emblématique de son pays, à la marge de deux mondes.
À découvrir.
À suivre. 

Nota :
* Le film de Lee Tamahori, L'âme des guerriers / Once were warriors, est une adaptation moins riche que le livre d'où il s'éloigne souvent. Elle n'en reste pas moins intéressante même si le film a déjà pas mal vieilli. On peut le visionner dans son intégralité sur Youtube ou en streaming. Une version HD est sortie en début d'année.

Titre original : Once Were Warriors
Titre français : L'âme des guerriers
Auteur : Alan Duff
Première édition : 1990

Plus d'infos :
Alan Duff - NZ book council ICI
Once Were Warriors Twenty Years On - New Zealand Herald 16/08/2014 ICI
New Zealand's top 8 films of all time - How many have you seen ? - Express 13/01/2017 ICI  

mardi 20 mars 2018

LIVRES - A hope at the end of the world Sarah Lark


Avec "A hope at the end of the world", Sarah Lark (Christiane Gohl) ajoute un nouveau volet à la saga "Le pays du nuage blanc" pour couvrir la période de la fin de la deuxième guerre mondiale et l'histoire d'une vague d'immigration vers la Nouvelle-Zélande un peu particulière.

On suit ainsi le destin alambiqué, cruel à souhait mais avec un inévitable "happy ending", d'une immigrante polonaise, Helena Grabowski qui va trouver refuge auprès de la famille de Gloria à Kinward Station dans les plaines du Canterburry. Déplacée avec sa famille vers la Sibérie au moment où Hitler et Staline se sont partagés la Pologne, plus tard orpheline réfugiée en Iran quand la Russie a changé de camp, son parcours la fait biffurquer vers la Nouvelle-Zélande où elle est convoyée avec un groupe d'orphelins dans un "village polonais" prêt à les accueillir en attendant la fin de la guerre...
On apprend au passage des petites choses comme par exemple les suspicions néo-zélandaises, frisant parfois l'absurde envers les personnes d'origine allemande, "ennemis étrangers" parqués et maintenus en quarantaine sur des îles pendant la seconde guerre mondiale, sur Somes Island près de Wellington ou Motuihe Island dans le golfe d'Hauraki près d'Auckland.

Un ouvrage facile à lire, excessivement romantique et jouant toujours un peu sur les mêmes ressorts mais qui vaut pour les contextes historique et social soigneusement documentés, s'appuyant sur des faits avérés.

Voir aussi :
LIVRES - Saga "Le pays du nuage blanc" - Sarah Lark

Titre anglais : A Hope at the End of the World
Titre français : pas encore disponible
4ème volume de la sage "Le pays du nuage blanc"
Auteur : Sarah Lark (Christiane Gohl)
Première édition : mars 2017

mercredi 14 mars 2018

Chouette chasse aux hiboux à Auckland avec Big Hoot 2018

Depuis le 3 mars et jusqu'au 6 mai, plus d'une centaine de hiboux sont disséminés dans les rues et les quartiers d'Auckland, la chasse ouverte aux amateurs pour les dénicher.

Photo de Big Hoot Big Hoot 2018 Ackland Nouvelle-Zélande
The Big Hoot 2018 - The Big Hoot sur Vulcan Lane & High Street   ©SM
Sur le même modèle que la Cow Parade dont les vaches écument le monde depuis presque vingt ans, comme les lions de Lyon ou encore les ours de Berlin, Aukland se met à la page du street art animalier éphémère.

Photo de hibou The Big Hoot 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
The big Hoot 2018 - Kintsukuroi Auckland Warf et Queen's Street  ©SM
L'idée des hiboux a été reprise d'une action similaire menée en 2015 au Royaume Uni*, lancée pour lever des fonds à l'occasion des quarante ans de la Child Cancer Foundation qui soutient les familles des enfants touchés par le cancer tout en menant des campagnes de sensibilisation et d'information.

Photo de hibou The Big Hoot 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
The Big Hoot 2018 - X-Ray Vision - Auckland Viaduct  ©SM
Le volatile a été choisi parce qu'il est associé à "l'imaginaire de la narration dans lequel il symbolise la sagesse, la migration, la diversité, l'apprentissage et l'intelligence".

Photo de hibou The Big Hoot 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
The Big Hoot 2018 - Watchful One devant le monument aux suffragettes  ©SM
Avec l'aide de la société Haier qui sponsorise l'événement d'Auckland, des artistes ont été mis à contribution pour habiller les hiboux qui seront vendus aux enchères à la fin de l'exposition, les bénéfices reversés à l'association s'occupant de la cause du cancer des enfants.

Photo de hibou The Big Hoot 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
The Big Hoot 2018 - To the Land where the Ponga Tree Grows - Quais des ferrys  ©SM
Produits "nus" par une société anglaise d'événementiel, Wild in Art, les modèles ont été fabriqués en deux tailles - grande (1,6 mètre - 48 créations) et moyenne (90 centimètres - 61 spécimens).

Photo de hibou The Big Hoot 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
The Big Hoot 2018 - Enchanted Frosty River Owl - Quai 10    ©SM
Les oeuvres réalisées sont exposées en extérieur (lieux de passage, rues, places, etc.) ou en intérieur (bibliothèques, centres culturels, centres commerciaux, etc) avec la concentration d'une trentaine de sujets au centre ville, le reste dispersé un peu partout dans les quartiers d'Auckland.

Photo de hibou The Big Hoot 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
The Big Hoot 2018 - Making a Fuss - Auckland Art Galery  ©SM
La plupart des hiboux sont sponsorisés par des entreprises ou des organismes, les grands hiboux exécutés par des artistes plus ou moins reconnus alors que les modèles plus petits ont été confiés à des élèves, dans le cadre de projets scolaires.

Photo de hibou The Big Hoot 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
The Big Hoot 2018 - Athena, Te Ahorangi et We are 23 - Central City Library  ©SM
Un jeu de piste à travers la ville permettant de découvrir ou d'approfondir la connaissance des quartiers, des noms d'oeuvres amusants avec ou sans jeux de mots pour parfaire son anglais (Beach T'Owl, Owl Black, Mr Me-Owl, etc.), des oeuvres inspirées de la culture locale, autant d'éléments qui garantissent l'aspect ludique, éducatif et culturel de l'exposition.

Photo de hibou The Big Hoot 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
The Big Hoot 2018 - Mr Me-Owl - Auckland Viaduct  ©SM
Le site de l'événement donne pas mal d'informations, il existe également une App et une "Trail Map" avec informations et carte positionnant tous les hiboux de la ville* si on ne veut rien manquer mais on peut toujours laisser faire la chance et le hasard, surtout au centre ville.

Photo de hibou The Big Hoot 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
The Big Hoot 2018 - Life Cycle (fait avec des chambres à air) - Aotea Center  ©SM
Nota :
* Selon Child Cancer Foundation trois enfants sont diagnostiqués d'un cancer en Nouvelle-Zélande chaque semaine. À l'échelle nationale et à tout moment donné, l'association apporte une aide à 500 familles au travers d'un soutien individualisé à l'hôpital, la maison ou dans la communauté.   
* J'ai trouvé la Trail Map, gratuite, dans une galerie de la ville alors que l'office de tourisme n'avait pas d'informations, les employés ignorants de l'événement en cours et de peu d'aide.

Photo de hibou The Big Hoot 2018 Auckland Nouvelle-Zélande
The Big Hoot 2018 - I'm Puzzled - Quai 10  ©SM
Plus d'infos :
The big hoot Auckland   ICI
Child Cancer Foundation NZ   ICI
Wild in Art   ICI
The Big Hoot Birmingham  ICI
Cow Parade ICI
Biennale des lions - Lyon ICI
Buddy Bears Berlin ICI 

mardi 6 mars 2018

LIVRES - Wake d'Elizabeth Knox


Par un beau matin de printemps, les habitants de la colonie de Kahukura s'entretuent subitement et sauvagement, saisis par une mystérieuse folie meurtrière. Une poignée de survivants se retrouve complètement coupée du reste du monde, isolée par un champ immatériel qui empêche toute communication ou circulation avec l'extérieur de la zone. Abasourdis, les rescapés vont se regrouper pour essayer de faire face à la situation et survivre : une policière, un adolescent, un infirmier, une vieille dame et sa fille, un avocat américain, un routier, un propriétaire de bateau, une championne de triathlon, une gardienne du sanctuaire d'oiseaux rares, une étrange jeune fille "double", etc.
Ils comprennent rapidement qu'ils sont pris au piège par quelque chose d'invisible qui les dépasse, qui joue des forces ou des faiblesses de chacun pour les manipuler et les mener à bout comme un chat jouant avec une souris ...  Miraculés après une situation extrême, la solidité, la solidarité, la compassion et l'héroïsme de ces personnages ordinaires est ainsi mise à l'épreuve au coeur même de leur indentité.

Un roman qu'on hésite à classer entre le rayon horreur et celui de la psychologie, sortant de ma zone de prédilection habituelle. Une lecture qui n'en est pas moins intéressante pour la façon dont le thème est abordé, le contexte néo-zélandais et l'introduction à un auteur kiwi contemporain qui a son importance au plan national et plus largement, dans la littérature anglo-saxonne. Publié en 2013, Wake est le roman le plus récent d'Élizabeth Knox, auteur néo-zélandais populaire qui en a publié une douzaine auxquels s'ajoutent trois nouvelles autobiographiques et des quelques essais.  

After Z-Hour, son premier roman, fut édité en 1987 par Victoria University Press, l'université de Wellington dans laquelle elle valida, la même année, son cursus de littérature anglaise (English Lit. BA). À partir de 1997 et avec déjà cinq livres à son actif, son succès lui permet de se consacrer uniquement à l'écriture et sa carrière est étayée de nombreux prix et bourses parmi les plus prestigieux, y compris le Katherine Mansfield Fellowship. En 1998, elle se fait connaitre en dehors du seul cadre national avec The Vintner's Luck (La vigne du vigneron) traduit en six langues dont le français, le seul de ses romans qui soit disponible dans notre langue. Il faut donc pouvoir lire dans le texte si on souhaite découvrir un peu plus cet auteur qui couvre a priori une large variété de sujets en faisant la part libre à l'imagination.

Un écrivain sur lequel je reviendrai sans doute à l'occasion.

Titre original : Wake
Pas de traduction française
Auteur : Elizabeth Knox
Première publication : 2013

Plus d'infos :
Elizabeth Knox - NZ Book Council ICI
Elizabeth Knox Personal Website ICI
Katherine Mansfield Menton Fellowship - The Arts Foundation ICI

vendredi 29 décembre 2017

LIVRES - The Penguin History of New Zealand de Michael King


Le livre de Michael King publié chez Penguin sous le titre "The Penguin History of New Zealand" est un peu LE livre de référence quand on arrive en Nouvelle-Zélande et qu'on cherche une bonne introduction à l'histoire du pays. C'est un ouvrage en anglais très abordable pour se mettre rapidement à niveau avec pour seule réserve* la date de sa dernière édition, 2003, sans nouvelle mise à jour après le décès de son auteur historien en 2004 si bien qu'au large panorama historique donné par le livre, il manque les quinze dernières années.

Découpé en cinq parties et trente chapitres plus ou moins chronologiques, le livre commence par la préhistoire et enchaîne ensuite rapidement sur l'arrivée des premiers habitants, les ancêtres des Maoris, en essayant de faire la part des mythes et de la réalité. Les datations scientifiques attestent de migrations à compter du 13ème siècle, contredisant les 800 avant JC des sources plus mythiques. Des marqueurs génétiques leur donnent pour origines l'est de la Polynésie (îles de la Société et îles Cook, hors Marquises) dans ce qui est considéré comme le dernier flux migratoire du triangle polynésien. Dans ce dernier mouvement, ces peuples de grands navigateurs auraient sans doute colonisé Aotearoa en plusieurs vagues relativement rapprochées.




Ces premiers colonisateurs de la Nouvelle-Zélande ont alors trouvé un environnement bien différent de leurs îles de départ et ils ont du s'adapter pour transformer leur culture polynésienne en ce qui est devenu la culture maorie. L'historien détaille ainsi trois grandes phases :

1 - Une période de colonisation de 100 à 150 ans pendant laquelle les nouveaux arrivants ont probablement vécu sur les ressources du pays : moa (l'oiseau géant qui ne savait pas voler parce qu'il n'avait pas de prédateur avant l'arrivée des hommes), phoques, fruits de mers, collecte de minéraux ... En suivant un mode de vie sans doute mobile mais pas complètement nomade, autour d'un lieu de base où ils tentaient d'acclimater les plantes apportées avec eux (des 8 plantes et 11 arbres amenés, seulement 6 espèces se sont adaptées au pays du fait du climat).



2 - Une période de transition au moment de l'extinction de certaines espèces (les moas en particulier) où l'agriculture prend alors plus d'importance pour représenter jusqu'à la moitié des besoins alimentaires. C'est une période ou l'art évolue et se modifie, les populations croissent et se stabilisent, s'associent parfois alors que les territoires se définissent en marquant le démarrage de l'ère tribale.

3 - L'aboutissement vers le 16ème siècle à la culture tribale indigène Te Ao Maori. Le mode de vie s'est transformé, les populations sont maintenant plus tournées vers la terre que la mer, sédentarisées. Désormais, la vie des gens est rythmée par les problèmes d'accès aux ressources, ceux du stockage des patates douces à la base de l'alimentation qu'il faut garder dans des puits à surveiller et protéger. C'est alors que se développent les pa (villages fortifiés) et une culture plus guerrière afin de se garder des razzias des voisins ou d'autres groupes plus lointains.

À ces grandes lignes, s'ajoutent des différences régionales de développement entre l'île du sud et celle du nord parce que le climat du sud ne permet de faire pousser la patate douce où les populations ne connaissent donc pas la même sédentarisation ... cette particularité explique aussi pourquoi, un peu plus tard, les colons européens ont pu s'approprier l'île du sud beaucoup plus vite que celle du nord, parce que la notion de territoire y était moins développée. 
Tout cela n'empêche pas l'épanouissement d'un ensemble de codes culturels communs, basés sur whakapapa (la parenté) définissant l'identité et la valeur d'un individu à l'intérieur de son cercle familial et/ou celui de sa tribu pour lesquels priment avant tout la lignée, les ancêtres et la terre d'appartenance. Globalement, il en résulte un système culturel complexe et une contrée divisée en territoires sur lesquels chaque famille/tribu exerce son propre contrôle : l'espace de chaque groupe est souvent délimité par la géographie ou des traits physiques du terrain (montagnes, rivières, vallées, forêts, etc.) alors que l'autorité y est établie et consolidée en fonction du temps d'occupation et/ou de l'exploitation des ressources et/ou encore par conquêtes.

Malgré le tribalisme, les concepts de base et les valeurs de la culture étaient donc acceptées et partagées d'un bout à l'autre du pays avec une même langue et l'acceptation des mêmes codes de conduite comprenant des notions essentielles telles que la "réciprocité", "l'équilibre des échanges" ou celle de "vengeance". Il n'existait pas de "Nation" Maorie en tant que telle mais une société tribale avec un sens de l'identité régionale très marqué n'excluant pas des relations commerciales et de coopération. Lorsque le code n'était pas respecté cela entrainait une réponse guerrière avec l'alternance de périodes de paix et de conflits, jamais rien de dramatique tant que les armes traditionnelles ont prévalues même si la culture maorie est considérée comme l'une des sociétés polynésiennes qui a le plus développé les aspects défensifs et guerriers.

Le livre apporte beaucoup d'informations sur tous les aspects de la société et de la culture maorie avant l'arrivée des européens. Les contacts établis avec ceux-ci commencent ensuite de façon sporadique et presque anecdotique* dans un mouvement à peine perceptible si bien que les Maoris n'ont pas eu de peine à y faire face et à contrôler le phénomène au début, profitant eux-même d'une (ré-)ouverture sur le monde comprenant l'accès à des produits inconnus (dont les armes à feu qui seront fatales à certaines familles/tribus lors des guerres des mousquets), des débouchés économiques et l'intégration de nouveaux venus dans leur tissu social : les Maoris collaborent, autorisent les choses, profitent et absorbent alors sans compromettre leur identité culturelle.

Gravure : marins Français et Maoris - Kororareka 1835
Avec le temps, les nouveaux venus se multiplient et semblent suivre un peu le même cycle que celui tracé précédemment par la colonisation polynésienne puisqu'ils commencent d'abord par (sur-)exploiter les ressources naturelles du pays (les phoques, puis les baleines, puis le bois) avant de se sédentariser petit à petit.

Pour les Maoris, les choses se gâtent à l'époque de la signature du traité de Waitangi, celle à laquelle des sociétés commerciales organisent et accélèrent une colonisation de masse vers ce qui est présenté comme un pays de cocagne dans un mouvement sortant du contrôle des autorités (il y aura longtemps cette dichotomie entre les "aventuriers" et les "autorités", assez caractéristique de "l'esprit libre" kiwi).

La New Zealand Company offre le transport gratuit pour les émigrants qualifiés

Le livre donne des éléments sur ce traité de Waitangi (même si là, pour le coup, j'ai trouvé les explications un peu rapides) et ses conséquences. On voit notamment bien la façon dont la Nouvelle-Zélande devient alors un pays à deux vitesses avec deux sociétés qui se côtoient, s'ignorent et ne se mélangent pratiquement plus/pas : chacun chez soit, les européens d'un côté, les Maoris de l'autre avec toutefois, parfois un certain niveau de collaboration pour complexifier tout ça.

Les Maoris perdront progressivement puis rapidement leur position dominante, du fait :
--> de guerres inter-tribales meurtrières avec l'introduction des armes à feu donnant à certains l'avantage pendant que d'autres se font massacrer,
--> de leur incapacité à se fédérer à temps face à une administration et une société coloniales bien organisées (et lorsqu'ils en réaliseront la nécessité avec le choix d'un roi Maori commun, ce sera trop tard, on leur mettra des battons dans les roues),
--> des guerres contre les Pakehas (les étrangers) déclenchées quand il est trop tard ou même parfois subies par des tribus "alliées" aux Pakehas, malgré les accords et échanges antérieurs,
--> et puis aussi et surtout, les ravages causés par les maladies apportées par la colonisation de masse, contre lesquelles les populations locales n'étaient pas immunisées. À la fin du 19ème siècle, les Maoris étaient considérés comme une "race en voie d'extinction" tant par les européens que par Maoris eux-même, réduits alors à 6% de la population totale alors qu'ils dominaient le pays moins de cinquante an plus tôt.

La Nouvelle-Zélande présentée comme un pays de cocagne ... où les immigrants apporteront maladies et dévastation auprès de la population locale.

Sans entrer dans tous les détails de l'histoire développée jusqu'à aujourd'hui sur un peu tous les plans - économique, politique, sociétal - je retiens plusieurs petites choses de cette lecture, dont, parmi tant d'autres :

D'abord ce monde à deux vitesses qui a perduré très longtemps entre européens et Maoris et qui explique bien des choses en matière d'inégalités de développement : l'autonomie des "poches maories", sans liens les unes avec les autres, les a par exemple empêchées de bénéficier des politiques suivies dans les autres zones "ouvertes aux occidentaux" que ce soit en matière de routes, d'infrastructures ou de prestations sociales. Ce n'est que vers le milieu du 20ème siècle, avec l'urbanisation progressive des Maoris que les choses changent et que l'appartenance tribale peut être transcendée pour favoriser l'émergence d'une identité maorie plus globale avec de nouvelles revendications et de nouveaux droits applicables à l'échelle du pays.
Parallèlement, j'ai été frappée - mais pas vraiment surprise - de l'attachement à l'Angleterre de la population d'origine européenne qui perdure même s'il commence à s'estomper : il explique par exemple les réticences à se fédérer au voisin Australien ou encore la ratification très tardive au sein des instances du Commonwealth des accords qui ont donné au pays son indépendance politique [ou même encore le choix plus récent de ne pas vouloir changer le drapeau].
Par ailleurs, pour l'anecdote, si on connait la force des All-Black néo-zélandais, je ne savais pas que le rugby est l'un des plus anciens éléments fédérateurs du pays (voire même le plus ancien), un peu le symbole de l'harmonie de deux populations qui se mélangent enfin pour créer une troisième voie avec à la clé l'émergence d'une identité néo-zélandaise dans laquelle chacun peut retrouver ses billes...

Autre point qui m'a amusé : la Nouvelle-Zélande est un pays qui apparait comme plutôt progressiste puisqu'il a réservé très tôt quatre sièges à l'assemblée pour les Maoris ou qu'il est le premier pays à avoir accordé le droit de vote aux femmes en 1893 ... l'histoire montre tout de même des motivations initiales pas toujours avouables et électoralistes par les responsables de ces "avancées" introduites parfois à leur corps défendant mais qu'ils n'ont ensuite jamais hésité à "récupérer". Ironie mise à part, il est vrai que le pays est un modèle sur bien des plans, par exemple l'un des premiers à avoir introduit des avancées sociales majeures bien avant tout le monde, comme la sécurité sociale dès le début du 20ème ...

Bref, une lecture dense et essentielle pour tout curieux cherchant à comprendre et enrichir son expérience chez les kiwis en y intégrant toutes ses dimensions historiques.

Notes :
* Pour mémoire : en matière de réserves, j'ai lu quelques critiques jugeant l'approche historique trop "européenne" de cette histoire. Sans être spécialiste, il m'a semblé que le texte était plutôt bien argumenté et équilibré, cassant certains mythes non étayés scientifiquement pour essayer autant que possible de s'en tenir aux faits ... Mais il ne peut sans doute pas être mauvais d'élargir ensuite cette base par d'autres lectures. The Matriarch de Witi Ihimaera par exemple est un livre intéressant - avec les limites d'un roman - parce qu'il couvre une large tranche d'histoire d'un point de vue maori.
* Tasman est le premier à avoir mis la Nouvelle-Zélande sur la carte du monde après son passage en 1642 (Elle lui doit d'ailleurs son nom, presque seul reste de ce voyage). Il n'y a ensuite plus aucun contact jusqu'au voyage de Cook en provenance de Tahiti, 126 ans plus tard. Cette partie de l'histoire est émaillée de quelques épisodes peu glorieux et d'un "raté historique" pour les français qui se sont fait griller au poteau par les anglais, plus rapides et plus malins pour récupérer la souveraineté du territoire auprès des Maoris ...

Voir aussi :
Waitangi - Aux sources du mythe fondateur de la Nation néo-zélandaise
The Matriarch de Witi Ihimaera

Titre : The Penguin history of New Zealand
Auteur : Michael King
Dernière édition : 2003