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jeudi 7 décembre 2017

Rangitoto - Les îles d'Auckland dans le golfe d'Hauraki (1)

Trait d'union entre la ville d'Auckland et l'océan Pacifique, le golfe d'Hauraki est un parc maritime parsemé de cinq réserves marines (pêche interdite) et d'une myriade d'îles (une cinquantaine) qui offrent de magnifiques objectifs d'excursions même si elles ne sont pas toutes accessibles au public*.

Quai du ferry à Rangitoto - L'objectif de l'excursion est le sommet derrière !

La plus évidente et la plus facile d'accès, c'est l'île de Rangitoto, landmark de la ville que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer dans un article à mon arrivée à Auckland. Aux éléments généraux déjà traités, je peux maintenant ajouter "l'expérience" puisque j'ai eu l'occasion de m'y rendre trois fois cette année. Il faut dire que lorsqu'on reçoit des visiteurs, Rangitoto est un peu l'incontournable et surtout l'excursion du golfe la plus facile à organiser du fait de la proximité de l'île et de sa desserte en ferry, tous les jours, toute l'année.

Le sommet, c'est tout droit, ça monte mais le chemin est bien aménagé avec pas mal de marches quand on s'approche de l'objectif

Il existe des variations de service en fonction des saisons et des jours de la semaine mais on peut être sûr d'avoir toujours la possibilité d'au moins un aller-retour dans la journée sachant qu'au départ d'Auckland l'été, on a en général le choix de trois départs en semaine pour cinq le week-end avec respectivement trois ou quatre options de retour (mais il ne faut surtout pas rater le dernière navette). Les quais sont situés en plein centre ville, au Pier 4 placé à gauche du bâtiment historique du terminal de ferry.
Il est également possible d'embarquer de Devonport.

Embarquement immédiat ! [mais il faut être là une demi-heure à l'avance]

À moins de se lever à l'aube pour partir à 7h30 le week-end et profiter du tarif "early-bird" à 20 NZD, il faut plutôt compter 60 NZD l'aller-retour pour un adulte. On peut réserver et imprimer les billets à l'avance à partir du site de Fuller, la company qui assure les navettes, ou acheter les billets sur place dans la cabane située sur le trottoir, à côté des départs. L'île est une réserve naturelle protégée, "pest-free" (sans animaux nuisibles) si bien qu'avant l'embarquement, les voyageurs sont priés de frotter leurs chaussures sur les brosses prévues à cet effet en plus de recevoir quelques consignes pour éviter notamment de transporter vers l'île (inintentionnellement) des animaux nuisibles pour la faune et la flore de l'île.

Prière de bien s'essuyer les pieds avant d'embarquer !

Les excursionnistes doivent prévoir leurs propres provisions d'eau et de nourriture car il n'y a absolument aucun équipement sur l'île à cet effet (au pire, le ferry dispose d'un bar où l'on peut effectuer quelques achats). Pas de poubelles non plus sur place, tout le monde est prié de récupérer et de rapporter ses déchets pour garder l'île propre et tout jeter au retour (poubelles sur le ferry ou à terre au retour). les seuls équipements sont des toilettes (mais on peut aussi prendre ses précautions sur le ferry avant de descendre). La traversée avec l'arrêt à Devonport prend 35 minutes et c'est déjà un plaisir rien que pour la navigation et les points de vues qu'elle donne sur la ville et ses environs, Devonport et Rangitoto.

Des champs de lave, de la végétation qui s'accroche tant bien que mal, une route tracée sans beaucoup d'ombre !

Il existe des tours organisés avec à l'arrivée sur l'île des wagonnets tirés par un tracteur; ceux-ci permettent de bénéficier des explications d'un guide et de faire la boucle qui traverse les champs de lave mais ne dispensent pas complètement de la grimpette jusqu'au sommet ... À moins d'être un inconditionnel des visites guidées, il n'y a vraiment pas besoin de passer par un tour organisé pour se rendre à Rangitoto : la brochure, gratuite, contient une carte et des informations et sur place, les chemins sont bien balisés et agrémentés de panneaux informatifs. Pour ceux qui veulent en savoir plus, les abris proches des quais et des toilettes exposent ainsi quelques panneaux sur l'histoire de l'île, sa faune et sa flore auxquels s'ajoutent, à plusieurs endroits de la montée au sommet, des informations complémentaires relatives à l'origine volcanique de l'île et la géologie ... pas bête, ils sont stratégiquement positionnés pour faire des pauses pendant "l'ascension".

Globalement peu d'ombre à Rangitoto mais des fois, comme ici, un petit moment de répit pour se protéger du soleil, magique !

Ah, oui, l'excursion à Rangitoto c'est avant tout de la marche pour accéder au sommet (220 mètres de dénivelé, ce n'est pas vraiment un exploit !) et ses vues à 360º. C'est aussi la découverte d'une île entièrement volcanique (la dernière éruption date d'il y a environ 600 ans et si le champ volcanique d'Auckland est toujours actif , il y a peu de chance que ce jeune cône volcanique crache de nouveau). En marchant tranquillement, il faut compter une bonne heure pour arriver au sommet en suivant la "main summit track". Pendant la montée, outre la lecture des panneaux, les pauses pour regarder la vue et le paysage de lave sur lequel s'accroche la végétation, on peut aussi faire un crochet jusqu'aux "lava caves", des grottes formées par le passage de la lave (ajouter vingt minutes/une demi-heure avec le crochet).

Lava caves - Les grottes de Rangitoto formées par les coulées de lave
Avant la dernière volée d'escaliers menant au sommet, un balcon permet d'observer le cratère dont on devine la forme plus ou moins engloutie par la végétation. Un sentier permet d'en faire le tour mais la végétation bouche pas mal la vue, aussi bien sur le cratère qu'à l'extérieur si bien qu'il n'a qu'un intérêt limité en dehors d'un peu d'exercice supplémentaire. 

L'intérieur du cratère de Rangitoto envahi par la végétation

Le plus chouette évidemment c'est le panorama du sommet à partir des vastes terrasses en bois qui y ont été aménagées. On domine tout le golfe d'Hauraki avec des vues splendides dans tous les sens. C'est l'endroit idéal pour pique-niquer, là où tout le monde pose son sac et sort ses sandwichs ... on y a même vu des épicuriens (français, of course !), avec verres à pieds et bouteille de vin, sirotant en profitant du paysage. Seul nuisance, surtout l'été : les guèpes attirées par la charcuterie ou les sucreries, attention !

Du sommet, vue nord-ouest vers Devonport, le centre d'Auckland et Waitakere Ranges

Un fois rassasiés et repus du paysage, il faut redescendre avec plusieurs options :

1 - Reprendre le même chemin, bien aménagé, le plus direct et le plus court. Facile à faire avec un départ à 10h30 d'Auckland pour un retour avec le ferry de 14h30 qui laisse ensuite le temps de faire autre chose dans la journée.

Beacon Lighthouse, au loin, sur son rocher (pas d'accès)

2 - Retour par McKenzie Bay et Beacon Lighthouse, le plus long. Pas de soucis de balisage mais le chemin (route) est dur et il est facile de déraper sur les gravillons. Les paysages sur les pentes du volcan sont peu variés et répétitifs, ce sont toujours les mêmes, partout dans l'île et comme il y a peu d'ombre il faut faire attention à la chaleur l'été. La plage de McKenzie (pas mal de plaisanciers les week-ends d'été) et le phare rouge et blanc offrent un peu de diversité. Une fois revenus sur le chemin qui longe la côte, une courte zone d'ombre, un peu de mangrove, une colonie d'oiseaux (black gulls) et quelques "baches" typiques apportent là encore un peu de variété. Option suivie en journée complète, départ d'Auckland à 9h15 pour un retour à 17h avec un choix de pique-niquer sur la plage de McKenzie plutôt qu'au sommet.  

Un peu de mangrove au sud de l'île, ça change un peu !

3 - Retour par Islington bay Road. Mêmes remarques que précédemment sur les paysages, l'exposition et la nature du sol sur le chemin. Option suivie avec un départ d'Auckland à 10h30, retour à 15h30. (Nota : en marchant vite - et sans tomber ! - il doit même être possible de prendre le ferry de retour 14h30).

Petite baie du sud de Rangitoto avec vue sur Devonport et derrière, le centre d'Auckland

À Rangitoto, à proximité du quai, il reste quelques "baches" privés dont certains peuvent être loués alors que le "numéro 38" sert de musée ouvert au public certains jours, de l'arrivée du premier ferry jusqu'au départ du dernier, le tout géré par le Rangitoto Island Historic Conservation Trust. Ce "bache" 38 (prononcer "bat-che") permet de voir en grandeur nature à quoi ressemblaient ces maisons de vacances si typiques de la Nouvelle-Zélande, des constructions montées de façon un peu sauvage, toutes simples, avec le minimum mais assez de confort pour profiter de la plage, de la famille et des copains. Intéressant quand le musée est ouvert et qu'on a encore un peu de temps avant d'embarquer.

"Baches" de Rangitoto - Certains à louer alors que le numéro 38 est un musée qui se visite
Il nous reste encore quelques chemins inexplorés à l'est de Rangitoto et sur l'île voisine de Motutapu avec sans doute encore quelques belles balades très "nature et volcan" en perspective.

Nota :
L'île est couverte de la plus importante forêt de pohutukawas. L'excursion est donc très populaire et particulièrement prisée au mois de décembre au moment de la floraison.

Fleurs de pohutwaka en décembre
Notes :
* Encore beaucoup d'îles appartenant au domaine privé + quelques îles et îlots protégés fermés, au statut de "Nature Reserve" (en rouge sur la carte) - (En vert sur la carte, les "Conservation Reserve" comme Rangitoto, ouvertes au public).

Golfe d'Hauraki avec les îles d'Auckland
Infos pratiques :
Rangitoto : des ferrys tous les jours, toute l'année, au départ d'Auckland ou de Devonport
Prix du ticket adulte - Aller-retour - 60 NZD
Achat du ticket sur place ou réservation en ligne auprès de Fuller
Prendre la brochure avec carte et infos dans la cabane qui vend les tickets
Prendre des provisions d'eau et un pique-nique (aucun magasin dans l'île)
Traversée de 25 minutes
Compter un minimum de 3-4 heures sur l'île

 
Voir aussi :
Waiheke - Les îles d'Auckland dans le golfe d'Hauraki (2) 

Plus d'infos :
Site du Rangitoto Island Historic Conservation Trust ICI
Page du site de Fuller Ferries sur Rangitoto - Horaires et infos tickets dans l'onglet en haut de page -  ICI

vendredi 9 décembre 2016

POHUTUKAWA - "Arbre de Noël" de Nouvelle-Zélande

S'il y a bien une chose qui m'émerveille depuis notre arrivée à Auckland - plus que les terrains de golf - ce sont les arbres, en particulier les specimens majestueux incroyablement emberlificotés qu'on trouve partout dans la région, accrochés tels des équilibristes aux flancs des falaises et au bord des plages : pohutukawa (et rata) surnommés "arbres de Noël de Nouvelle-Zélande" du fait de leur fleuraison rouge-flamboyant à cette période de l'année.

Pohutukawas - ©SM

L'apparition de ce vermillon serait d'ailleurs le signe annonçant avec certitude le début de l'été mais comme les arbres ne semblent pas tous d'accord, on revient au débat relatif aux dates de début d'été parce que si quelques arbres rayonnent et se sont parés de leurs premières fleurs depuis déjà une bonne quinzaine de jours, d'autres restent frileusement dans l'expectative et en sont encore totalement dépourvus.

Donné à l'arbre par les Maoris, le nom "pohutukawa" est en lien direct avec son panache rouge estival. Le mot est en effet composé de "hutukawa" signifiant "coiffure de plumes rouges" et de "po" placé au début du mot qui peut avoir plusieurs sens, celui de "nuit" mais aussi celui plus large du "monde souterrain" par lequel transitent les esprits au moment de la mort donnant ainsi un sens sacré à l'arbre.


Fleuraison - Pohutukawas - ©SM

D'ailleurs, chez les Maoris, certains pohutukawas se distinguent, plus vénérés que d'autres :
- Celui de Te Reinga à la pointe nord de l'île du nord est le plus important parce qu'il marquerait le lieu de départ des âmes par lequel elles transitent vers Haiwiki, l'île d'origine des Maori où ils doivent retourner au moment de la mort afin de rentrer en paix chez eux.
- Les racines de ceux de Tangi to korowhiti et de Kawhai renfermaient une cavité utilisée par les tohunga (sortes de guides sprirituels) pour conduire les cérémonies en lien avec la guerre. 
 - Celui de Nga-uri-apo est un arbre funéraire tapu (tabou) dans l'île de Tuhua (Mayor Island).

Mais sans être systématiquement sacré, le pohutukawa ordinaire était lui aussi un arbre important pour les Maoris pour de nombreuses raisons pratiques et symboliques. Ainsi, un pohutukawa, c'est :
- la première chose que l'on voit en s'approchant des côtes,
- le dernier repère en les quittant,
- utile pour la fabrication des armes, des outils et la construction de bateaux,
- un piège naturel qui attire les oiseaux alors faciles à attraper,
- un point d'amarrage au bord de l'eau pour y attacher les canots,
- le dernier repos des morts que l'on plaçait à l'abri de ses racines et de sa canopée,
- un symbole de sagesse du fait de son grand âge et de ses formes,
- une représentation de la force spirituelle par sa résistance et sa tenacité à s'accrocher aux falaises,
- la source de plusieurs légendes et un lien entre le ciel et la terre.

Fleuraison - Pohutukawas - ©SM

Selon une histoire de la tradition Arawa, le chef Tauninihi retira sa coiffe de plumes rouges en appercevant les fleurs rouges de la canopée et en pensant qu'il en trouverait une plus belle en arrivant sur cette nouvelle terre alors inconnue. Il découvrit ensuite son erreur.
Cette parabole serait une façon de montrer qu'Aotearoa est digne du pays d'où l'on venait et que pohatukawa est le signe d'identification marquant le lien entre les deux, la confirmation de la relation existante entre le pays qu'on a laissé et le nouveau qu'on investit. Elle montre aussi que pohutukawa et ses fleurs entrent dans la mythologie d'origine dès le moment de l'arrivée des Maoris sur leur nouveau territoire.

Dans une autre légende souvent reprise, les fleurs rouges du pohutukawa sont le sang d'un héro mythique appelé Tawhaki qui se répandit lorsqu'il tomba du ciel alors qu'il cherchait à l'atteindre pour y retrouver/venger l'un de ses ancêtres.
Avec ce type d'histoire, l'exemple des ancêtres établit des principes humains de conduite qui montrent ici leur capacité d'aller de la terre au ciel, un élément fondamental des croyances Maories. Que ce soit un lieu ou une chose, tout ce qui est attaché à Tawhaki est particulièrement prestigieux et cela souligne une fois de plus l'importance que les Maoris attachent au pohutukawa identifié comme arbre majeur.

Pour le côté un peu savant, pohutukawa (et rata) sont des arbres endémiques à feuillage persistant qui  appartiennent à la famille des myrtacées (Myrtaceae) regroupant environ 3'000 espèces dans le monde, souvent productrices d'huiles aromatiques, parfois de fruits comestibles, parmi lesquels on peut citer l'eucalyptus, le goyavier, la myrte du maquis méditerranéen ou le giroflier. Géographiquement, ce sont des plantes des régions tempérées, sub-tropicales à tropicales dont on trouve les plus grandes concentrations en Australie et en Amérique tropicale alors que la Nouvelle-Zélande compte 19 espèces dans cette famille, arbres, arbustes et plantes grampantes.

Pohutukawas - ©SM
Le pohutukawa développe généralement plusieurs troncs, peut atteindre 20 mètres de hauteur, se couvrir d'une couronne de 35 mètres et vivre 1'000 ans. Troncs et branches sont parfois festonnés de racines aériennes et leurs feuilles vertes foncées sur le dessus sont velues sur le dessous, couvertes de sortes de poils blancs épais. Ces arbres aiment l'air marin chargé de sel. On les trouve à l'état sauvage naturel sur tout le pourtour nord de l'île du nord* où ils constituent l'essentiel des forêts côtières mais il complémentent aussi les forêts intérieures de kauris. Les arbres rencontrés plus au sud de l'île du nord ont été plantés par l'homme et il est difficile de savoir si ceux qui poussent dans les terres près de Rotorua et du lac Taupo sont une occurence naturelle ou s'ils ont été plantés par les Maoris.

Capables de pousser sur des sols pauvres, les pohutukawas ont colonisé les flancs du Rangitoto dans le golfe d'Hauraki après sa dernière éruption il y a 600 ans, si bien qu'ils y constituent aujourd'hui la plus importante forêt de cette espèce.
Les racines et la plante dans son ensemble sont capables d'une grande flexibilité d'adaptation qui explique ses circonvolutions, se modelant au terrain pour aller chercher les poches d'humidité là où elles sont et selon les besoins. C'est cette adaptabilité aux conditions qui rend chaque arbre unique et magique, des êtres forts et massifs, complètement alambiqués et biscornus mais d'une solidité et d'une longévité redoutables. L'arbre prévient l'érosion et protège les sols mais gare au jour où il tombe après sa mort, il peut emporter avec lui tout un pan de falaise dont il assurait le maintien.

Vieux pohutukawas et nouvelles plantations - Project Crimson - ©SM

Son bois solide et durable, résistant à l'eau et aux insectes, extrêmement dur et noueux était difficile à travailler et c'est cette caractéristique qui le protégea de toute surexploitation. Les européens s'en servirent pour la construction navale, utilisant notamment les noeuds des racines et des branches à la fabrication de solides chevilles pour les coques des navires.
Comme beaucoup d'autres des espèces endémiques de Nouvelle-Zélande après des millénaires d'isolation, l'arbre possède toutefois peu de défenses naturelles contre des maladies ou les espèces apportées par l'arrivée des hommes. Menacé, il souffre particulièrement du grignotage incontrôlable des opposums qui peut lui être très rapidement fatal (Avec ce type d'exemple, on comprend rapidement le pourquoi de la psychose nationale avec ses lois de "biosécurité").  

Pohutukawas - ©SM
Avec la fleuraison, on remarque à leurs concerts de piallements de grandes concentrations d'oiseaux dans les arbres. Les fleurs qui resemblent à des pompons sont composées d'étamines rouges réparties en boule autour d'une sorte de coupe remplie d'un nectar qui les attirent de même que les insectes, lézards et chauve-souris afin qu'ils jouent leur rôle essentiel à la reproduction par polénisation des fleurs. Plus tard viendra le fruit, une capsule sèche remplie de centaines de petites graines qui ont besoin de lumière pour germer et peuvent le faire en terrain ouvert, dans les fissures et trous des falaises. Les pousses grandissent très rapidement les premières années, de l'ordre de 30 centimètres par an (5-10 cm pour le diamètre) mais la croissance ralentie avec l'âge pour ne plus ensuite gagner que 10 cm par an (2 mm de diamètre). 

Dans la famille des myrtacées, rata (R), qui compte plusieurs variétés, est un cousin proche de pohutukawa (P). Rata et Pohutukawa appartiennent à la même espèce (Métrosidéros / "coeur de fer"), ont beaucoup de points communs et peuvent s'hybrider, souvent confondus parce que difficiles à distinguer pour les néophytes. Mais en étant un peu pointilleux et un peu observateurs, quelques nuances permettent de les distinguer en se référant aux fiches du Project Crimson, par exemple :
- à la naissance, l'un pousse à partir de la graine dans le sol (P) alors que l'autre démarre souvent comme épiphyte (R) c'est-à-dire que la plante pousse en se servant d'une autre plante en support, 
- la couleur des fleurs est plutôt rouge-brun pour l'un (P), rouge écarlate pour l'autre (R),
- la taille des étamines de 4-7 cm est un peu plus longue pour (P) que pour (R) qui ne dépasse pas 3 cm,
- les fruits et graines forment un bouquet d'environ 30 gousses pour (P) contre un bouquet de 10-15 gousses pour (R)
- les feuilles sont sans doute l'élément le plus distinctif et le plus facile à observer. Elles font  4-7 cm et sont de forme arrondie ou pointue et velue pour (P), plus petite pour (R) à 2-4 cm avec une forme ronde légèrement dentelée.

Chant de Noël et cartes de voeux
 
Pohutukawa ou rata, peu importe, ce sont des arbres iconiques de la Nouvelle-Zélande particulièrement mis à l'honneur en cette saison estivale / période de Noël qu'ils symbolisent. Mais je n'ai pas eu besoin d'attendre leur fleuraison pour les remarquer; bon pied bon oeil, leur pouvoir de séduction est irrésistible et s'amplifie avec l'âge si bien que je me devais de dédier un article à ces augustes vieillards qui ne cessent de me fasciner, avec pour finir, un peu de poésie ...


Pohutukawa 
(Jan Kemp / en hommage au poète néo-zélandais Curnow)
old pohutukawa
still living
fedgings scrapping
in his branches
he grapples
the isthmus of two harbours
(Dont on peut faire la traduction approximative suivante : Vieux pohutukawa, toujours en vie, oisillons piaillants, en ses branches, ancrage, de l'isthme aux deux ports)


*la zone de Taranaki à l'ouest jusqu'à la péninsule de Mahia à l'est 

Nota :
Project Crimson est une association créée en 1990 en partenariat avec le ministère de l'environnement à une époque où 90% des pohutkawas côtiers avaient disparus, L'association travaille à la défense et à la protection des ratas et pohutukawas de Nouvelle-Zélande. Depuis sa création, les bénévoles ont planté des centaines de milliers d'arbres, plus de 300'000 au compteur.  

Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
Aetearoa : pays du nuage blanc
Hutukawa : coiffe de plumes rouges
Po : nuit - monde souterrain
Tapu : tabou - interdit
Tohunga : guide spirituel

Sources et plus d'infos :
Pohutukawa and biodiversity - Department of conservationICI
Pohutukawa - The Encyclopedia of New Zealand - ICI
Site du Crimsom project (voir en particulier les Fact-sheet de la page ressources) - ICI
Pohutukawa - Department of Conservation - ICI
Department of conservation - Fiche Rata and Pohutukawa : Native Plants ICI 
Pohutukawa trees - NZ History - ICI

jeudi 10 novembre 2016

RANGITOTO -"Landmark" naturel d'Auckland

Il domine l'île du même nom, Rangitoto est le plus grand et le plus jeune des volcans de la région d'Auckland. C'est un "landmark" (point de repère/marqueur/symbole) vite familier que l'on aperçoit de toute la façade est d'Auckland et, phénomène étrange du fait de sa symétrie, la physionomie de l'île semble rester la même qu'on la regarde du nord, du centre ou du sud de la ville.

Photo du Rangitoto Auckland Nouvelle-Zélande ©SM



Formé au cours des mille dernières années,  Rangitoto est un volcan "bouclier" parce que sa forme étendue - 5,5 km de large - et son sommet peu élevé - 260 mètres - évoquent celle d'un bouclier posé au sol. Il nous rappelle surtout qu'Auckland est situé sur un champ volcanique "dormant" composé d'une cinquantaine de volcans "éteints" aux formes diverses et variées.

Son nom complet est "Te Rangi i totongia te ihu a Tampa-te-kapua" qui signifie "le jour où le sang du nez de Tama-te-kapua a coulé" si bien que Rangitoto ou "ciel sanguin" n'en est qu'un raccourci. Les premiers colons occidentaux pensaient que l'évocation d'un ciel couleur de sang était une référence à la dernière éruption du volcan à laquelle les populations autochtones avaient assistée mais le sens véritable est donné par le nom complet qui a trait à un fait historique, une bataille entre deux tribus au cours de laquelle l'une fut vaincue (les Te Arawa menés par Tama-te-kapua) et dû céder pendant plusieurs siècle la jouissance de l'île à l'autre (les Tainui).

Quant à l'origine même de Rangitoto, elle serait le résultat d'une dispute domestique si on en croit la légende des Ngati Tai, les descendants de Tama-te-kapua.  Ainsi, à la place qu'occupe actuellement le lac Pupuke sur les rivages nord d'Auckland s'élevait une montagne où vivaient un couple de géants et son esclave. Un jour, le couple fut pris dans une telle querelle qu'ils laissèrent le feu de leur foyer s'éteindre et vinrent à maudire Mahuita, la déesse du feu, lorsqu'ils le constatèrent. Celle-ci voulu leur donner une leçon en faisant appel à Mataoho, le dieu des volcans. Il provoqua une explosion qui annihila la maison des géants, donna naissance au lac Pupuke et emprisonna le couple et l'esclave dans une nouvelle montagne à trois sommets au milieu de la mer ...

Achetée par les anglais en 1854, l'île de Rangitoto a été classée réserve naturelle dès 1890, peut-être épargnée du fait de la pauvreté des sols et du manque d'eau. Elle a été colonisée par les lichens, les mousses et les algues ainsi que par une flore endémique comptant plus de 250 espèces, fougères, orchidées, arbres dont la plus large forêt de pohutukawas* de Nouvelle-Zélande.

Rangitoto est une sorte d'icône locale et la plupart des kiwis que nous rencontrons nous la désignent en nous invitant à nous y rendre.  Endroit préservé, accessible en ferry mais sans infrastructures, il faut y apporter son pique-nique pour une excursion à la journée afin de monter au sommet et découvrir la vue sur Auckland et le golfe d'Hauraki. Un "must-do" inscrit sur notre "to-do-list" alors que Rangitoto fait déjà partie de notre quotidien, élément de la vue sur laquelle ouvrent nos fenêtres, choisi comme première image pour agrémenter le fond de ce blog.    

* Pohutukawa est surnommé "l'arbre de Noël de Nouvelle-Zélande" du fait de sa floraison rouge au début de l'été austral.

Les volcans d'Auckland, voir aussi :
Auckland - Collection de volcans sur poudrière

Devenport
Maungawhau - Mont Eden, un incontournable d'Auckland
Panmure Lagoon, petite balade sympa d'Auckland
Mount Albert / Owairaka - Volcan d'Auckland
Mangere Mountain, Mangere Lagoon & Puketutu island

Plus d'infos:
Source histoire et légende / Musée d'Auckland  ICI