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mardi 24 avril 2018

Les champs du souvenir d'ANZAC day - 100 ans

Pour ANZAC day et cette année 2018 un peu particulière qui marque le centenaire de la fin de la première guerre mondiale, des villes et des villages de Nouvelle-Zélande se sont encore couverts de "champs du souvenir" (Fields of Remembrance) composés de milliers de croix blanches érigées en mémoire des combattants néo-zélandais tombés sur les champs de batailles et dont les noms sont ainsi honorés.

Photo du champ du souvenir Auckland 2018 crois du soldat inconnu Nouvelle-Zélande
Champ du souvenir - Auckland 2018 - Croix du soldat inconnu   ©SM
Un moment toujours aussi fort et important du calendrier néo-zélandais, porté par les slogans du type "Lest we forget" équivalents à notre "Nous n'oublierons jamais" et auquel l'association des champs du souvenir (Fields of Remembrance Trust) s'est consacrée depuis quatre ans pour commémorer, cent ans après, la période 1914-1918 et la mémoire des soldats néo-zélandais qui lui sont à jamais attachée. Le programme des croix blanches est un projet national initié par cette association en 2015 sur une idée reprise d'un tout premier champ du souvenir créé en octobre 2009 à Auckland sur le site de Fort Takapuna où 5'000 croix symbolisaient 5'000 soldats qui trouvèrent la mort dans les Flandres ; un concept qui attira alors plus de 10'000 visiteurs et donna l'inspiration et l'impulsion à la création de cette association du "Fields of Remembrance Trust".

Photo du champ du souvenir d'Auckland 2018 pour ANZAC day Nouvelle-Zélande
Field of Remembrance Auckland 2018   ©SM
L'alignement des croix blanches portant chacune un nom a un impact visuel immédiat qui démontre l'aspect à la fois massif et inidviduel de cette guerre. Il faut rappeler qu'à l'époque de la première guerre mondiale, sur une population nationale d'1,1 million d'habitants, ce sont 103'000 jeunes néo-zélandais qui quittèrent leurs îles pour servir aux antipodes où 18'200 trouvèrent la mort et 41'300 furent blessés, des proportions dramatiques et les plus élevées au monde en termes de ratios. Associée aux célébrations qui ont duré quatre ans, avec de multiples expositions et manifestations un peu partout dans le pays, l'association des champs du souvenir avait pour objectif d'encourager et d'offrir des moyens pour honorer la mémoire de ces 18'200 néo-zélandais morts au combat afin notamment de sensibiliser les jeunes générations* aux sacrifices de leurs anciens.
Pour ce projet évolutif, l'association a donc fourni les croix nécessaires aux quatre centres urbains d'Auckland, Wellington, Christchurch et Dunedin : en 2015, les premiers champs étaient composés des croix portant les noms des hommes de la région morts en 1915. En 2016, les noms des disparus de 1916 furent ajoutés et les champs s'étendirent ainsi chaque année avec l'ajout des noms des trépassés enregistrés 100 ans plus tôt. 2018 marquant le centenaire de la fin des combats, ces commérations spécifiques y trouvent leur aboutissement**. 

Photo du champ du souvenir d'Auckland pour ANZAC day 2018 Nouvelle-Zélande
Champ du souvenir d'Auckland - 2018  ©SM
Les cérémonies seront particulièrement nombreuses et émouvantes demain dans toute la Nouvelle-Zélande pour marquer la fin d'un cycle. Elles seront réhaussées de rouge, marque des inévitables "poppies", les coquelicots dont l'origine est associée aux Flandres et qui symbolisent par leur couleur, le sang versé, et par leur repousse, le renouveau et l'espoir.

Nota :
* Pour la sensibilisation des jeunes générations, l'association a également travaillé avec le ministère de l'éducation et distribué plus de 80'000 croix dans les écoles.
**À l'issu des cérémonies, le public est encouragé à venir réclamer les croix des personnes de connaissance, amis ou famille, pour les conserver.

Voir aussi :
Nouvelle-Zéande, ANZAC day un moment fort du calendrier

Plus d'infos :
Fields of Remembrance - World War One Commemoration  ICI
Fields of Remembrance - The last post - Blog Ministry of culture and Heritage ICI

lundi 5 juin 2017

En Nouvelle-Zélande, Queen's day et Arbor day, doublé gagnant en 2017

En Nouvelle-Zélande, nous bénéficions d'un jour férié et d'un pont systématique le premier week-end de juin, grâce à Queen's Day fixé non pas à la date anniversaire de la reine mais le premier lundi de juin. La reine c'est évidemment Elizabeth II qui, indépendamment de son titre de reine d'Angleterre, est aussi reine de Nouvelle-Zélande.

En 2016 - Timbres néo-zélandais émis pour les 90 ans de la Reine Elizabeth II

Évidemment, ça peut paraître bizarre quand on sait que la date d'anniversaire de la reine n'est pas en juin mais le 21 avril ... Mais finalement, pas si étonnant puisque c'est la même chose en Angleterre où "l'anniversaire officiel" est célébré un samedi de juin avec le déploiement d'une grande parade militaire et la publication de listes de personalités recevant les honneurs de la reine à cette occasion. Une tradition qui, sans rentrer dans les détails, remonterait à 1748 et au roi George II depuis lequel l'anniversaire privé du suzerain serait dissocié de sa célébration officielle fixée au début de l'été.

Pas de défilé militaire en Nouvelle-Zélande à l'occasion de Queen's day, par contre c'est le moment de l'année où, comme en Angleterre, une Queen's Honours List est publiée afin de gratifier des personnalités et des citoyens pour leur contribution au bien public, dans tous les domaines.

... Et puis en Nouvelle-Zélande, ce premier week-end de juin marque le début de l'hiver si bien que Queen's Day est aussi traditionnellement plus ou moins associé à l'ouverture de la saison de ski !

Source : Pinterest

Cette année, du fait du calendrier, Queen's Day tombe en plus le 5 juin et lui donne une dimension symbolique supplémentaire puisqu'en Nouvelle-Zélande cette date est aussi celle de Arbor Day, le jour des arbres.
Un jour qui fit sa première apparition dans le calendrier néo-zélandais à la fin du 19ème siècle. Un décret de 1892 en avait fait un jour non travaillé pour les fonctionnaires*, fixé à l'époque au 4 août. Ce jour là, les écoliers, les fonctionnaires et les employés des services publics locaux qui prenaient une journée de congé pour participer, plantaient des milliers d'arbres, souvent des espèces exotiques. La pratique perdura ainsi chaque année de 1892 à 1914, jusqu'à ce que la première guerre mondiale détourne l'attention sur d'autres préoccupations.
La journée pour planter des arbres fut réintroduite en 1934 et c'est à partir de 1977 qu'elle fut avancée au 5 juin pour se caler sur la journée mondiale de l'environnement tout en se recentrant sur le reboisement d'espèces endémiques.

Source: Te Ara / New Zealand Forest Service (1950)

Ce 5 juin 2017 est donc  une journée chargée de symboles en Nouvelle-Zélande, tout à la fois Queen's Day, Arbor Day, journée internationale de l'environnement et débuts de la saison de ski ... mais à vrai dire, plus que tout encore, une journée de vacances et l'occasion de profiter d'un grand week-end en ce début d'hiver !  
 
Nota :
- En Australie, Queen's day est décalé d'une semaine par rapport à la Nouvelle-Zélande puisque leur "jour de la reine" est fixé au deuxième lundi de juin.
- *Le jour des arbres n'a jamais été un jour férié à part entière en Nouvelle-Zélande.

Plus d'infos :
Arbor Day - Te Ara  ICI
Celebrating Imperial Ties - Te Ara ICI
Arbor Day Events 2017 - NZArb / NZ Arboricultural Association - ICI 

dimanche 30 avril 2017

Nouvelle-Zélande, ANZAC Day un moment fort du calendrier

En Nouvelle-Zélande cette année, après le week-end de Pâques, nous avons eu la chance d'enchaîner avec un deuxième "pont" de quatre jours à l'occasion d'ANZAC Day qui tombait un mardi. Mais le 25 avril, ANZAC Day, ce n'est pas un simple jour férié, c'est surtout et avant tout un jour de commémoration particulièrement important en Nouvelle-Zélande comme en Australie, dédié aux soldats morts au combat sur les différents champs de batailles de la planète, une sorte de 11 novembre et de 8 mai réunis.

Photo du musée mémorial d'Auckland Nouvelle-Zélande
Musée Mémorial d'Auckland, monument aux morts et fontaine du souvenir   ©SM

Ce jour garde et porte en lui des traumatismes profonds et plus particulièrement celui de la première guerre mondiale à laquelle la Nouvelle-Zélande a payé un lourd tribu. Le pays détient en effet le triste record du plus grand nombre d'hommes envoyés à la guerre et celui du plus grand nombre de tués, en pourcentage de sa population. En valeur absolue, le nombre est certes noyé dans la masse des combattants de la "grande guerre" mais ramené à sa population totale, la cicatrice fut effroyable pour ce pays. On la "voit" clairement par la simple observation des pyramides des âges, en 1911 et 1916, avec toute une génération de jeunes hommes fauchée par ce conflit:

Pyramide des âges Nouvelle-Zélande - 1911 et 1916  Source : Stats NZ

On a beau être aux antipodes, les monuments aux morts et les plaques commémoratives sont tout aussi présents qu'en France, partout, dans toutes les villes et les villages de Nouvelle-Zélande, le plus impressionnant restant le Musée Mémorial d'Auckland, un rappel solennel à la fois marquant, glaçant et émouvant de la dimension mondiale et absurde de ce qu'a pu être ce conflit.


Photo du monument aux morts d'Havelock Nouvelle-Zélande
Un monument aux morts - Village d'Havelock (Ile du Sud)   ©SM

ANZAC c'est l'acronyme de Australian and New Zealand Army Corp adopté fin 1914 en Égypte par le maréchal W.R.Birdwood quand il prit le commandement des bataillons de soldats australiens et néozélandais de l'armée britannique.


Photo fresque mural ANZAC Motueka Nouvelle-Zélande
Fresque murale montée pour les 100 ans d'ANZAC - Motueka (Ile du Sud)   ©SM

Quant à la date du 25 avril, elle commémore le débarquement d'ANZAC Beach le 25 avril 1915 qui lança la désastreuse campagne de Gallipoli dans le détroit des Dardanelles au cours de laquelle les troupes alliées enregistrèrent 33'532 morts, 78'518 blessés et 7'689 disparus parmi lesquels 2'721 morts et 4'752 blessés néozélandais. Pour la Nouvelle-Zélande, Gallipoli devint le symbole des pertes de guerres et le 25 avril celui de tous les soldats tombés au combat, de la guerre des Boers à nos jours.

Photo poster reforestation dédiée aux soldats Coromandel Nouvelle-Zélande
Coromandel - Reforestation : 25$, un arbre, un soldat ...  ©SM


Cette journée est l'occasion de cérémonies officielles solennelles avec dépose de gerbes devant les monuments aux morts dans tout le pays, des fanfares et de bien d'autres manifestations plus variées (par exemple, plantation de plantes ou d'arbres dédiés individuellement à des soldats). L'une des commémorations les plus emblématique semble toutefois rester le Dawn Service rendu à l'aube au Musée Mémorial d'Auckland qui malgré l'heure matinale attire énormément de monde.  


Photos vitrine de livres ANZAC Auckland Nouvelle-Zélande
Vitrine d'une librairie au moment d'ANZAC day - Auckland    ©SM

À noter : cette année, le dépot d'une gerbe (disparue depuis) à Wellington par quelques activistes pacifistes, à la mémoire de civils afghans tués lors de bombardements, qui a alimenté une controverse dans la population et les médias. Un geste qui choque ceux qui défendent le côté sacré de cette journée et qui dénoncent l'opportunisme des pacifistes choisissant ce jour plutôt que l'un des 364 autres de l'année afin d'attirer la couverture médiatique à eux. 

À voir : magnifique exposition "Gallipoli, the scale of our war" au musée national Te Papa de Wellington (Jusqu'à avril 2018 - Entrée gratuite).

Exposition "Gallipoli, the scale of our war" - Te Papa Museum Wellington 

... Et aussi une petite vidéo youtube (en anglais / production australienne) qui explique ce qu'est ANZAC Day en donnant le "ton" sur son importance :




Sources et plus d'infos:
ANZAC day - Encyclopédie Te Ara  ICI
NZ Herald - ANZAC Day coverage ICI
Newshub 29/04/2017 - Anzac Day is our day - RSA tells protesters "not on our Cenotaphs" ICI
Newshub 29/04/2017 - Conroversial Anzac Day wreath vanishes from Cenotaph   ICI

mercredi 8 février 2017

WAITANGI - Aux sources du mythe fondateur de la nation néo-Zélandaise




Dimanche 29 janvier, 
deuxième étape de notre excursion au Northland 
pour le week-end d'Auckland's Day :
journée consacrée à 
Kerikeri 
et 
Waitangi 
dans la Bay of Islands (Baie des îles), 
pour un bain historique 
aux sources du mythe fondateur 
de la Nouvelle-Zélande. 





C'est encore une belle journée ensoleillée qui commence quand nous quittons Mangonui par la route 10 en direction de Kerikeri Basin Historic Precinct (sur la liste provisoire mais non approuvée des sites du patrimoine de l'UNESCO) pour une première halte sur un lieu d'importance historique de la construction bi-culturelle de la Nouvelle-Zélande.

Les Maoris retracent en général leur lignée familiale jusqu'à l'une des grandes pirogues qui les ont amenés en Nouvelle-Zélande il y a environ un millier d'année. La grande tribu de Nga Puhi appartient ainsi à la lignée de Puhi, l'ancêtre arrivé à bord de la grande pirogue Mataatua.
Installée dans la région depuis une trentaine de génération, cette tribu prospérait et dominait les environs de la Bay of Islands au début du 19ème siècle et était l'une des plus puissantes du pays quand commencèrent à arriver des européens de tous poils, chasseurs de baleines ou de phoques et navires de passage en recherche d'approvisionnement.
Sous la houlette de Te Pahi, un chef éclairé, intéressé par l'acquisition d'objets et de techniques nouvelles, les maoris développèrent des activités commerciales avec ces nouveaux venus et le chef en vint à établir en 1802 le premier comptoir commercial pour répondre aux besoins de ces échanges.

En 1803, curieux de comprendre le monde, Te Pahi et ses fils voyagèrent et visitèrent la colonie australienne du New South Wales. C'est là qu'ils rencontrèrent et se lièrent d'amitié avec Samuel Marsden, le chapelin de la colonie pénitentière envoyé là par William Wilberforce (grand philantrophe progressiste ayant notamment persuadé le parlement anglais d'abolir l'escalavage). Une rencontre qui resta marquante pour Marsden et sans doute le moment où germa l'espoir de convertir ces nouvelles âmes au christianisme qui se matérialisa plus tard. En 1807, Ruatara, l'un des fils (ou neveu ?) de Te Pahi voyagea jusqu'en Angleterre et en rapporta des graines de blé et de maïs à l'origine des premières récoltes du pays puis des premières exportation de ces céréales vers l'Australie.

Kerikeri Basin - ©SM

Malgré ces bonnes relations, Te Pahi connu une fin tragique après le massacre du Boyd* en décembre 1809: son pa fut attaqué par une expédition punitive menée par des baleiniers européens furieux qui le méprirent pour le responsable du massacre. Beaucoup des guerriers de Te Pahi furent alors tués mais leur chef blessé parvint à s'échapper ... pour être finalement achevé peu après par la tribu ayant perpetré le massacre et profitant de cette opportunité pour éliminer un rival.    

Cet incident interrompit pendant plusieurs années toutes relations des européens avec la Nouvelle-Zélande et marqua cette région du monde du sceau de la sauvagerie.

L'arrivée des missionaires fut elle aussi repoussée mais se concrétisa lorsque le missionnaire Samuel Marsden fut invité - le jour de Noël 1814 selon la légende - par Ruatara qui était le nouveau chef et son ami, à établir la première église chrétienne chez lui à Rangihoua dans la Bay of Islands, entrainant dans son sillage la première école, la première charrue, le premier forgeron, le premier moulin et les premières récoltes de pommes-de-terre. Marsden avait une vision bienveillante et souhaitait préparer le terrain pour la formation du nouveau clergé en faisant accompagner sa mission d'artisans, des hommes pieux qu'il voulait ouverts et soucieux du bien-être des autochtones.

Samuel Marsden revint le 12 août 1819 à Rangihoua avec un deuxième groupe de missionnaires accompagnés de trois charpentiers et de leurs familles. L'établissement d'une deuxième mission attisa la rivalité de deux vieux ennemis de la Bay of Islands, Hongi Hika au nord et Korokoro au sud qui voulaient tous deux en bénéficier. Non pas tant pour la conversion religieuse de leurs ouailles mais parce qu'ils avaient compris que l'installation d'européens allait de pair avec l'augmentation du trafic maritime dans la baie et l'alimentation d'un commerce florissant permettant l'échange de cochons et de patates contre des marchandises européennes.    

Kemp House - Kerikeri Basin - ©SM
Hongi Hika agit donc rapidement et invita Marsden à Kerikeri Basin dès le 17 août pour lui proposer d'y établir sa nouvelle mission, une visite qui donna entière satisfaction au révérend si bien que le 14 septembre, missionnaires et charpentiers quittèrent Rangihoua avec une cargaison de bois sur un bateau à fond plat - le tout premier construit en Nouvelle-Zélande - pour s'y établir.

C'est ainsi que sur Kerikeri Basin Historic Precinct on retrouve aujourd'hui deux des plus vieux bâtiments européens de Nouvelle-Zélande, seuls témoins survivants de cette deuxième mission anglicane sur des terrains offerts par le puissant chef Hongi Hika au révérend Samuel Marsden:
- Kemp House - le plus vieux bâtiment européen du pays; résidence de la mission construite par le révérend John Care en 1821-1822. Elle a accueilli plusieurs générations de missionnaires et leurs familles jusqu'à sa fermeture en 1848. Elle fut rachetée par la famille Kemp dont les descendants y vécurent jusqu'en 1974 jusqu'à ce qu'Ernest Kemp transmette la maison au New Zealand Historic Places Trust. Jalon du parcours historique, elle abrite aujourd'hui un café. 
- Stone Store - la plus vieille maison de pierres du pays; construite en 1832-1836 pour servir d'entrepot, fut elle aussi reprise par la famille Kemp à la fermeture de la mission en 1848 puis louée à une succession de marchands. Elle a été rachetée à la famille en 1976 par le New Zealand Historic Places Trust qui l'a entièrement restaurée en 1996 et continue de l'exploiter comme boutique. 

Photo de Stone House Kerikeri Basin
Stone house - Kerikeri Basin - ©SM

Le circuit historique de Kerikeri Basin intègre également le site du Pa de Kororipo* ("eaux tourbillonantes") mais s'il n'y a aucun doute que cette colline terrassée fut un temps occupée par un village fortifié, c'était à une époque antérieure à la venue des européens. Dans les années 1820, les chefs Hongi Hika et Rewa des Ngai Tawake (sous-famille de la confédération des Nga Puhi) vivaient dans des villages non fortifiés et Kerikeri, situé sur le périmètre de leurs territoires, était leur port d'accès à la mer, l'endroit où ils venaient pêcher, ramasser des coquillages et entretenir leurs pirogues.

Dernière "curiosité" à voir au cours de cette agréable promenade, le village de Rewa (entrée payante) avec un petit musée, un sentier nature et un village de pêcheur maori reconstitué avec son marae (lieu de réunion), son pataka (entrepôt communautaire sur pilotis) et ses paillotes. Un effort de reconstitution certes appréciable dans le contexte de cette promenade mais pas vraiment une visite inoubliable.

Rewa's village - Kerikeri Basin - ©SM

Pour ceux qui ont le temps, Kerikeri a beaucoup d'autres cordes à son arc: des sentiers, une chute d'eau, des artisans-artistes, ses vergers et ses jardins mais pour nous, ce sera là encore pour une autre fois, parce que Kerikeri n'était qu'une étape avant notre objectif principal de la journée : Waitangi, situé à une vingtaine de kilomètres, à côté de Paihia, où nous arrivons en fin de matinée pour rester jusqu'à la fermeture vers 18h.

Panneau d'entrée à Waitangi Treaty Ground - ©SM
Waitangi Treaty Ground, c'est l'endroit où fut signé le traité du même nom entre les chefs maoris et William Hobson représentant de la couronne britannique, à la suite duquel la reine d'Angleterre étendit sa souveraineté à la Nouvelle-Zélande, ouvrant la voie à un vaste mouvement migratoire à l'origine de la société biculturelle d'aujourd'hui.
Il s'agit là d'un sujet pour le moins délicat qui reste ouvert à controverse et loin d'être simple. On pourrait presque dire qu'il existe deux traités si on considère que la version anglaise et la version maorie sont un peu différentes, les nuances de certains mots employés dans chaque langue pouvant paraitre mineures mais pas moins importantes parce qu'elles n'ont pas la même portée pour les différentes parties.
Historiquement, le traité passa un peu aux oubliettes à la fin du 19ème siècle quand les européens devenus majoritaires et dominants pensaient, après les avoir dépossédés d'une grande partie de leurs terres, que les maoris viendraient à disparaitre d'eux-mêmes, tout simplement.
Mais ce ne fut pas le cas et le traité fut remis à l'ordre du jour dans la deuxième moitié du 20ème siècle avec les différents mouvements contestataires maoris, l'émergence d'une fiertée retrouvée puis les efforts de réconciliation nationale mis en place avec le tribunal de Waitangi. En 1995, la reine d'Angleterre elle-même (et non son représentant) en vint à signer un acte d'excuses formelles pour les injustices causées aux maoris. 
Le pays s'est finalement réapproprié ce traité de Waitangi pour en faire l'acte fondateur d'une nation néo-zélandaise bi-culturelle, un document trop vague pour servir de constitution mais qui lui sert tout de même de fondement.

Photo de Waitangi Treaty Ground Treaty House et Marae
Waitangi Treaty Ground - Treaty House & Marae - ©SM

Ce traité a fait couler beaucoup d'encre et reste sujet à interprétation, raison pour laquelle, à une semaine de la fête nationale du 6 février qui commémore sa signature, nous tenions à consacrer du temps à Waitangi.

Il est par contre difficile de relater une telle visite en un seul article tant elle est riche d'informations et d'enseignements alors je me contenterai d'en décrire ici un déroulé rapide pour reprendre ultérieurement certains points qui m'ont particulièrement intéressés sachant qu'avec le "pass" Treaty Ground Day Pass que nous avons pris, nous avons pu profiter:

1 - D'une visite guidée d'une cinquantaine de minutes avec un guide maori très compétant et passionnant qui nous a fourni beaucoup d'informations en nous emmenant sur les différents lieux du site. Les visites se font en anglais, partent de l'accueil toutes les 30 minutes en été avec des groupes plus ou moins importants selon l'heure d'arrivée. Nous avons constaté que tous les guides étaient maoris le jour de notre visite (mais ce n'est peut-être pas une règle d'or ?!?).   

2 - Un spectacle culturel d'une trentaine de minutes présenté devant et dans le marae (la maison commune) avec l'accueil traditionnel, des chants et danses maoris (dont une hakka bien sûr), une présentation des armes avec une démonstration de leur utilisation, le salut, etc. C'est exactement le même genre de spectacle que ceux présentés dans les villages ouverts aux touristes à Roturoa et dont nous ne lassons pas encore.  
À noter que cette maison commune est une construction récente et atypique pour mettre les maoris sur une sorte de pied d'égalité à côté de la Treaty House du site qui explique son orientation particulière (face à Treaty House au lieu d'être face à la mer d'où sont venus les ancêtres) et ses ornements d'influences variées représentants les différentes tribus de Nouvelle-Zélande.

3- Un film de présentation d'une vingtaine de minutes, intitulé "Birthplace of a Nation".

4 - L'accès illimité au site, un vaste terrain avec une superbe vue sur la Bay of Islands, la Treaty House ("maison du traité", première résidence du gouverneur, restaurée et dans laquelle sont présentées plusieurs expositions), de magnifiques pirogues de guerre protégées sous un abri au bord de la plage dont la plus grande, longue de 35 mètres est taillée dans trois troncs de kauris et peut accueillir 120 guerriers.
  
Photo de pirogues de guerre Waitangi Treaty Ground
Pirogues de guerre Waitangi Treaty Ground - ©SM

5 - L'accès au musée de Waitangi/Te Kongahu, de construction et de conception moderne, inauguré le jour de la fête nationale en février 2016 et donc ouvert au public depuis un an. Un très bel espace d'exposition qui met en perspective les éléments entourant le traité dans le contexte historique plus général de l'histoire du pays, avec notamment des détails intéressants sur des différences culturelles qui ont pu conduire à des incompréhensions de part et d'autre.    

Une visite en contexte qui prend du temps mais vaut vraiment le déplacement. On y apprend d'ailleurs au passage, dans l'une des expositions de Treaty House, qu'il est presque miraculeux de pouvoir le faire car le terrain était dans des mains privées pendant de nombreuses années, au grand dam des Maoris. Un couple philantropique du nom de Bledisloe le rachèta en 1932, sauva et restaura la première maison du gouverneur qui tombait en déliquescence et fit don de l'ensemble à la nation.    
 
La tête bien remplie, nous sommes allés digérer toutes ces informations en bord de mer dans la petite ville voisine de Paihia, agréable, très touristique et très fréquentée en ce grand week-end d'été.Et pour conclure la journée, retour sur Kerikeri où nous avions réservé une chambre dans un motel tranquille et où nous avons choisi de diner dans l'un des nombreux restaurants du centre du village moderne.
 

*Nota :
1 - Le Boyd était un navire qui transite en décembre 1809 dans la baie de Whangaroa (entre Doubtless Bay et Bay of Islands, un peu au sud de Mangonui), entre deux escales. Il ramenait à son bord plusieurs maoris, dont le fils d'un chef qui avait reçu plusieurs coups de fouets en punition d'un acte commis à bord conformément aux règles anglaises en usage sur les navires mais constituant un outrage demandant vengeance aux yeux du Maori au statut d'intouchable. La vengeance fut terrible puisqu'un traquenard concocté par le maori outragé conduisit au massacre de 66 à 70 européens qui étaient à bord pour en faire le massacre d'européens le plus important exécuté par des maoris au cours d'un incident isolé, associé à l'acte de cannibalisme le plus sanglant jamais enregistré.     
2 - Kororipo: selon les récits tribaux enregistrés par Jeffrey Sissons, les terrains autour de Kerikeri auraient appartenu pendant plusieurs centaines d'années à d'autres tribus avant qu'elles ne soient attaquées et chassées par les Nga Pahi, sans doute à l'époque du grand-père de Hongi Hika vers 1770. À partir de cette époque les Nga Pahi menèrent des guerres intermittantes avec les tribus plus au sud de Bay of Island jusqu'à leur infliger une défaite définitive en 1826 qui leur permis alors d'atteindre leur apogée et de dominer l'ensemble de la région. 

Infos pratiques:
Kerikeri:
Accès libre et public à Kerikeri Basin Historic Precinct
Prix du ticket d'entrée Rewa's Village : 10 NZD - Ouvert de 10h à 16h
Waitangi :
Day Pass : 20NZD pour les résident (40 NZD pour les touristes)
Ouvert tous les jours (sauf Noël)
De 9h à 18h pendant la saison haute (26 décembre au 29 février)
De 9h à 17h le reste de l'année
Chaque année pour Waitangi Day (6 février), tous les bâtiments sont fermés pour la journée mais le terrain est ouvert gratuitement au public pour partager les festivités du jour.

Sources et plus d'infos :
Site de Kerikeri  ICI
Site de Rewa's Village ICI
Site de Waitangi Treaty Grounds and Te Kongahu Museum of Waitangi ICI

mardi 31 janvier 2017

AUCKLAND'S DAY - Un jour férié pour Auckland !

Alors que ce week-end marque la fin de l'année du singe et le début de celle du coq de feu dans le monde asiatique, ce sont de toutes autres festivités qui étaient célébrées localement de ce côté de la planète en cette fin janvier 2017 avec l'Auckland's Day.

Source : OfficeHolidays - Jours fériés régionaux 2017

Ce jour férié "régional" appartient à un calendrier d'événements définis dans l'Holiday Act de 1981 (loi de 1981 sur les fêtes) qui reconnait à chaque localité et/ou région de Nouvelle-Zélande le droit de célébrer le jour de fondation ou de débarquement des premiers colons dans les différentes provinces coloniales. Les dates correspondantes ne sont pas fixées par la loi mais laissées à l'appréciation des différentes localités/régions si bien que le calendrier varie d'un lieu et d'une année à l'autre selon les us et coutumes, la commodité et/ou la proximité d'événements ou jours fériés saisonniers.  



Pour ce qui est du Auckland's Anniversary Day (selon son appellation complète) il est fêté chaque année le lundi le plus proche du 29 janvier, à Auckland et sa région ainsi que dans toute la partie nord de l'île du nord correspondant à l'"ancienne province d'Auckland" abolie en 1876. Dans la pratique,  outre Auckland et le Northland, la zone couvre Waikato, les régions de Bay of Plenty et Gisborne ainsi que des parties de Manawatu-Wanganui et Hawkes's Bay au nord du 39ème parallèle sud. 

Même si son exactitude a fait couler beaucoup d'encre et alimenté pas mal de débat dans le temps, la date du 29 janvier qui sert de référence commémore l'anniversaire de l'arrivée de William Hobson dans la Bay of Island en 1840 marquant les débuts de la colonie.
Hobson joua un rôle capital dans l'histoire du pays, à la fois co-auteur du traité de Waitangi et premier Gouverneur de la Nouvelle-Zélande. C'est également lui qui établit en 1842 ce jour commémoratif pour marquer le deuxième anniversaire de la colonie et initiant alors une tradition qui dure toujours, bien avant qu'elle ne soit intégrée à la loi de 1981.
 
Nous avons profité de ce week-eend de trois jours pour prendre la route du nord et nous n'avons donc pas assisté aux nombreuses manifestations qui ne manquent pas d'être organisées chaque année par la ville mais cet article ne serait pas complet sans citer au moins les courses de bateaux de tous types coordonnées sous l'égide de l'Auckland Regatta, "la plus importante du monde dans la catégorie des régates courrues sur une seule journée". 
Historiquement, ces régates figurent parmi les plus anciennes; la première édition remonte à septembre 1840, 11 ans avant la coupe de l'America, avec trois courses de deux bateaux auxquelles Hobson aurait lui-même participé, organisées pour les célébrations du baptême de la toute nouvelle ville-capitale d'Auckland. La tradition de cette première régate s'est ensuite perpétuée, intégrée aux commémorations du Auckland's Day de janvier. 
Une façon finalement assez logique de fêter l'Auckland's Day dans la City of Sails (la ville des voiles) !


Somme toute, Auckland's Day est aussi et avant tout l'occasion pour beaucoup d'Aucklanders de profiter d'un dernier pont pour prendre le large avant la fin des vacances scolaires, un peu comme le Labor Day du premier lundi de septembre aux Etats-Unis... Et cette année nous sommes chanceux, ce sera coup double parce que le 6 février tombe un lundi et qu'il nous permettra d'enchaîner avec un autre pont de trois jours à l'occasion de la fête nationale* pour bien profiter de l'été ! Vive les jours fériés !


* Fête nationale :  6 février / commémoration de la signature du traité de Waitangi en 1840
 
Nota : depuis 2011, Auckland's Day sert de référence pour l'établissement du calendrier scolaire néo-zélandais, l'année scolaire devant débuter entre Auckland's Day et le 7 février.
Alors Auckland's Day c'est parfois le dernier jour de vacances pour ceux qui bénéficient de ce jour férié mais aussi le jour de la rentrée des classes pour beaucoup d'écoliers et d'enseignants des autres régions. 

Jours fériés régionaux - Regional Holidays in New Zealand ICI
Auckland Anniversary events to watch out for - NZ Herald 28/01/2017  ICI
Auckland Anniversary Day - Wikipedia ICI
NZ Public Holiday 2017 - ICI