Affichage des articles dont le libellé est Faune. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Faune. Afficher tous les articles

mardi 15 octobre 2019

Cape Farewell, le moins visité des caps cardinaux

La Nouvelle-Zelande est maintenant derrière nous mais pas les souvenirs que nous y avons laissés. Alors après un an d'absence sur ce blog, avant de le faire évoluer pour lui donner une orientation peut-être un peu différente, il est temps d'y revenir pour partager encore quelques unes de nos expériences et/ou découvertes en pays Kiwi en commençant par le moins visité des caps cardinaux du pays, le cap Farewell marquant la pointe nord de l'île du Sud.

Photo du cap Farewell Nouvelle-Zelande
Cape Farewell   ©SM
Sur une falaise, ce cap et son arche, qui évoque un peu celle d'Étretat, ont la particularité d'être prolongés vers l'est par une longue bande de sable, Farewell spit : quand on regarde une carte ou une photo aérienne, cette extrémité de l'île du sud semble dessiner une tête de kiwi dont le long bec plonge dans Golden Bay.

Source : Wikipedia commons - Vue satelite de cape Farewell / Farewell spit
Si l'endroit est un peu boudé des visiteurs ce n'est pas qu'il manque d'interêt mais du fait de son isolement en territoire maori, au bout d'une route en cul de sac qui va jusqu'à la petite localité de Collingwood, une impasse par laquelle il faut ensuite revenir pour pouvoir repartir vers d'autres directions. C'est un peu le bout du monde mais Collingwood est un village charmant, constitué essentiellement d'une grand-rue, de quelques bâtiments "historiques", d'une ou deux échoppes, de restos et de l'agence de Farewell Spit Eco Tours qui propose plusieurs types d'excursions pour découvrir la réserve voisine, protégée pour ses colonies d'oiseaux.

Photo de Court House cafe Collingwood Nouvelle-Zelande
Court House, un des bâtiments "historiques" de Collingwood aujourd'hui transformé en café   © SM
Toujours bien fait, le site du DOC (Department of Conservation) détaille toutes les balades et circuits VTT qu'il est possible de faire dans le coin, il n'en manque pas ... mais pour bien découvrir le "spit" nous avons opté pour l'Eco tour organisé, parce que leurs véhicules 4x4 sont les seuls autorisés à circuler sur la bande de sable et le seul moyen de s'y rendre. La contrainte : les marées qui imposent les horaires de visite lorsque la plage est praticable, avec des départs (1) parfois très matinaux, à marée descendante, retour 6 heures plus tard, à marée montante. Pour nous, les conditions étaient idéales avec un rendez-vous à 7h45 pour un départ à 8h15, au lever du jour, d'autant plus que notre visite, pendant l'hiver austral, s'est faite en tout petit comité constitué par notre couple, un autre couple et notre guide/chauffeur : un bus pour nous presque tous seuls, un traitement royal.

Photo de l'enseigne de Farewell Spit Eco Tours Nouvelle-Zelande
Enseigne de Farewell Spit Eco Tours / Collingwood

Une fois embarqués, le bus 4x4 quitte Collingwood en direction du nord par le chemin qui longe la Golden Bay, via Pakawau et Puponga. Par une route de sable un peu mou sur laquelle nous étions heureux de ne pas conduire nous mêmes, il faut ensuite traverser le spit dans sa largeur pour rejoindre la côte nord et la plage au bord de la mer de Tasman, qui constitue la "route" pour les prochaines heures.

Pour la visite, l'ordre des arrêts peut varier mais quatre au moins sont programmés :

-  "Fossil point" : dans la partie nord ouest, au pied de falaises qui regorgent de fossiles de coquillages incrustés dans la roche, un livre de géologie à ciel ouvert.

Photo de fossile a Fossil Point Farewell Spit Nouvelle-Zelande
Fossile incrusté sur le rocher à Fossil Point   ©SM
- "Lighthouse" : le phare et les installations à la presque (2) pointe de la bande de sable où les participants bénéficient d'un snack (muffins) et d'une boisson chaude. L'arrêt est suffisamment long pour une petite balade en autonomie et avoir le temps de regarder les quelques photos, objets et ossements exposés sur place.

Photo du phare de Farewell Spit Nouvelle-Zelande
Lighthouse Farewell Spit   ©S
- "sand dune & panoramic view" : escalade de la dune pour admirer la vue entre Golden Bay et Tasman Sea et s'amuser à glisser/dégringoler à la descente.

- "Cape Farewell" : point le plus au nord de l'île du sud, au milieu des champs de la ferme de Puponga, gérée sous la supervision du Doc.

Il faut en outre ajouter les arrêts qui dépendent de la faune rencontrée en chemin, c'est plein de bêbêtes, que ce soient des animaux marins type phoques ou surtout volants, c'est ici le royaume des oiseaux, notamment les fous de Bassan (Gannets) selon la saison.
À Condition de bien maîtriser l'anglais, le chauffeur-guide est une source inépuisable et passionnante d'informations.

Photo de Farewell Spit plage et mer Nouvelle-Zelande
Plage et mer à perte de vue   ©SM

Quant aux impressions... C'est la magie et la liberté des grandes plages de la Nouvelle-Zélande, un peu comme à Muriwai (qui a aussi ses fous de Bassan), Pouto ou Ninety Miles Beach dans l'île du nord. Des kilomètres et des kilomètres à rouler sur le sable, les dunes d'un côté, la mer de l'autre et rien ni personne d'autre autour, que la nature grandiose à l'état pur.

Nous on a tout simplement adoré et on recommande cette excursion nature passionnante et si bien organisée.

... Avec juste un petit regret indépendant de l'agence, lié à nos obligations : ne pas être resté un peu plus longtemps pour aller découvrir la plage de Wharariki, en solo, à l'ouest du cap, il nous a manqué un peu de temps pour le faire.

Notes :
(1) Le tour est également soumis aux conditions de lumière et bien que l'agence essaye de proposer une excursion chaque jour, elle n'est pas toujours en mesure de le faire. Bien consulter leur site et se renseigner à l'avance pour éviter les déceptions. Par contre, il ne semble pas y avoir de "minimum" requis ; nous étions un peu inquiets sur ce point mais l'agence nous a assuré que le tour partait même si nous restions les seuls inscrits.
(2) Les véhicules n'ont pas l'autorisation d'aller dans la zone delà du phare, réservée aux oiseaux.

Liens utiles :
Brochure du DOC (Department of Conservation) : Farewell Spit et Puponga farm ICI
Farewell Spit Eco Tours ICI

J42-22/07/18

lundi 2 octobre 2017

Touche pas à mon mouton !

Au pays du mouton, un débat faisait rage ces derniers jours sur les ondes radiophoniques après que SAFE (Save Animals From Exploitation), l'association de défense des animaux, ait apporté son soutien à la campagne américaine PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) s'attaquant à la filière laine qui ne serait pas éthique et cruelle envers les ovins. Avec le support d'acteurs hollywoodiens emblématiques et de slogans rappelant des campagnes antérieures contre la fourrure, ce mouvement a en effet lancé une opération de boycott de la laine soutenue par des messages tels que "la cruauté ne me va pas (Joaquin Phoenix)"*  ...


... ou encore le classique "mieux vaut rester nu plutôt que porter de la laine (Alicia Silverstone)".


La Nouvelle-Zélande était donc en émoi avec de la consternation du côté de l'association des éleveurs parce que le mouton est tout de même un symbole national sur lequel une bonne partie de l'économie s'est construite.

Côté détracteurs, on dénonce des pratiques "systématiques et cruelles" avec par exemple des éleveurs de Queenstown qui auraient récemment tondus leurs moutons pour les "renvoyer dans le froid sans leur laine sur le dos". Au moment de la tonte, les pauvres bêtes seraient en outre "manipulées sans ménagement et coincées dans des positions inconfortables, du stress qui malgré le professionnalisme et la rapidité des gestes s'accompagne souvent d'entailles sur leur peau ... un véritable choc psychologique et thermique." Bref, "même si les signes de stress ne sont pas visibles - parce que l'évolution naturelle les en prévient pour les protéger des prédateurs - des recherches montreraient des montées hormonales attestant de l'inconfort des bêtes pendant qu'on les rase".
Plus que la tonte, c'est le "mulesling" et un ensemble de pratiques que dénonce l'association PETA. Mais le mulesling est employé surtout en Australie pour retirer des bouts de peau sur l'arrière train des animaux afin d'éviter que les excréments s'y accrochent avec dans leur sillage, les mouches et les parasites. Cette pratique est interdite en Nouvelle-Zélande qui préfère, pour les même raisons, celle du "lamb docking", le raccourcissement de la queue. PETA considère qu'elle pose aussi problème si elle n'est pas pratiquée avec l'emploi d'analgésiques. À la liste des doléances s'ajoutent encore "la castration", "la peur infligée par les chiens de troupeaux qui menacent les ovins" ou "le froid imposé par l'agnelage en hiver" ...

Le mouton, partie intégrante du paysage néo-zélandais   ©SM
Autant de griefs qui paraissent absurdes aux éleveurs néo-zélandais qui se veulent des spécialistes soucieux de leurs bêtes et non des brutes. Après tout le mouton c'est leur capital et leur gagne pain. Et pour ce qui est des accusations de maltraitance, ils justifient toutes les pratiques :

- la tonte peut être comparée à une simple "coupe de cheveux". La laine pousse naturellement sur le dos des animaux où elle finit par peser si bien que ne pas y toucher exposerait au contraire les bêtes à des risques sanitaires, notamment l'été quand les mouches et les parasites viennent s'y nicher,
- quant au choc thermique de la tonte, les ciseaux et les pratiques sont ajustés à la saison afin de laisser une épaisseur adaptée aux températures : plus épais à la fin de l'hiver, plus ras le plein été venu.
- pas besoin de donner des analgésiques aux animaux pour le lamb docking avec l'utilisation d'anneaux qui font le même office en engourdissant la queue, pour endormir la douleur,
- pour ce qui est de l'agnelage en hiver, il dépend moins des éleveurs que du cycle de reproduction des brebis qui démarre naturellement en mars avec pour corollaire des premières mises bas en août (hiver),

La Nouvelle-Zélande c'est aujourd'hui 27 millions* de moutons. Sur ce total, 26 millions sont de races croisées tondues plus pour le confort des animaux que pour la laine dont les revenus couvrent à peine les frais de tonte. À l'heure actuelle, l'aspect économique dominant de cet élevage ce n'est plus la laine mais la viande et la raison pour laquelle le nombre de bêtes s'est considérablement réduit au cours des dernières décennies si on le rapporte aux plus de 60 millions de bêtes de la "grande époque". Le mouton s'est fait dépasser par les bovins et l'industrie laitière mais s'il fait moins recette, il reste un symbole auquel sont attachés les néo-zélandais. C'est un peu dans leurs gènes comme le montrent les réactions du grand public qui laissent penser que la campagne américaine de boycott de la laine ne trouvera pas de véritable écho chez eux .
Il me vient alors en tête un autre slogan qui aurait sans doute ici plus de succès : "touche pas à mon mouton" !

*Notes :
- Si on y regarde bien et c'est tout de même un peu ironique : les moutons de l'affiche PETA avec Joaquin Phoenix sont bien nets et proprets, un si joli manteau n'est sûrement pas une "toison laissée libre" parce que si l'homme n'y met pas sa patte - et on le voit bien dans les champs à la fin de l'hiver - ça peut devenir plutôt lourd et encombrant pour la bête ...
- Pour mémoire, le nombre de 27 millions de moutons est à rapprocher de celui de la population néo-zélandaise estimée à 4,5 millions environ, soit désormais une moyenne de 6 moutons par habitant alors que le record avait été établi en 1982, avec 72 millions de moutons et un ratio de 22 moutons/hab.

Source : The Weekly Times - The ratio of person to sheep in NZ has dropped - 21/08/2014  
Plus d'infos :
(Re-)écouter :
- Newstalk ZB Chris Lynch "Farmers rely on their animals for income so to suggest they are mistreating them is nonsense"- 28/09/2017    ICI
- Newstalk ZB Christ Lynch "SAFE backing PETA over wool boycott" - 28/09/2017 ICI
- sur Radio New Zealand "Sheep farmers up against PETA on wool clothing" - 28/09/2017  ICI
SAFE (Save Animals From Exploitation) New Zealand  ICI
PETA (People for the Ethical Treatment of Animals)    ICI
NZ Wool - Promotion de la laine NZ   ICI
NZ Sheepbreeders association  ICI

mercredi 10 mai 2017

Waitomo, la grotte aux étoiles !


À 190 kilomètres et environ 2h30 de route au sud d'Auckland, les grottes de Waitomo ont marqué la première étape de notre périple de trois semaines sur les routes de Nouvelle-Zélande et tant qu'à s'y arrêter, nous avons choisi "la totale"* avec la visite des trois grottes (Glowworms - Ruakuri et Aranui) dans lesquelles nous nous sommes engouffrés pendant une bonne demi-journée.

Photo grottes de Waitomo Accueil Nouvelle-Zélande
Grottes de Waitomo - D'abord passer à la caisse au centre d'accueil ...   ©DM


Ces grottes "humides" de Waitomo appartiennent à un dédale de dizaines de kilomètres de galeries creusées par l'eau de pluie et des rivières se frayant un passage dans les couches de calcaire ayant jusqu'à 100 mètres d'épaisseur. Cette région est un vrai Gruyère et le nom maori composé de wai (l'eau) et de tomo (trou / puits / tunnel) qu'on pourrait traduire par "de l'eau passant par un trou" en est un bon qualificatif.


Photo panneau explicatif Waitomo Nouvelle-Zélande
Panneau explicatif du Aranui Bush Walk - Waitomo, un Gruyère !  ©SM

Avec une fréquentation annuelle d'environ un demi-million de visiteurs, les grottes de Waitomo sont "les grottes les plus visitées de l'hémisphère Sud". Elles doivent leur popularité à Waitomo Glowworm Cave ("grotte des vers luisants"), la plus célèbre et la plus fréquentée des trois grottes pour sa voute étoilée spectaculaire, présentée depuis sa découverte comme une des "merveilles du monde".

Pour la petite histoire, la cavité par la rivière était connue des Maoris mais sa première exploration, par un anglais et un chef maori local ne remonte qu'à 1887. Ils y pénétrèrent avec une embarcation, éclairés à la bougie par ce qui constitue aujourd'hui la sortie de la visite. Ils furent d'abord émerveillés en  découvrant la voute scintillante, comme un ciel sans lune illuminé de milliers d'étoiles. Ils revinrent ensuite à de multiples reprises pour explorer les galeries attenantes tout aussi fascinantes, s'étageant sur trois niveaux et c'est le chef maori qui découvrit seul le niveau supérieur ainsi que l'entrée utilisée de nos jours.    

Posters promotionnels de Waitomo, plusieurs époques.

Dès 1889, le chef et sa femme ouvrirent la grotte aux visiteurs et y guidèrent les premiers groupes contre une petite contribution mais après 1906, sous prétexte de la protéger contre un vandalisme grandissant, l'administration fut reprise par le gouvernement qui investit dans la première structure hotelière de Waitomo  ...
...  en 1989, les terres et les grottes ont finalement été rendues aux descendants du chef. Désormais, ses héritiers perçoivent un pourcentage des revenus, ils sont impliqués dans la gestion et le développement touristique et composent une bonne partie du personnel employé sur le site.

Pour la visite, il est recommandé de réserver à l'avance et le conseil n'est pas inutile car c'est l'un des rares endroits de Nouvelle-Zélande où nous avons vu des touristes débarquer en masse, par bus entiers (la bonne nouvelle c'est qu'à Waitomo, ils ne visitent souvent que cette seule grotte).
Les tickets sont associés à une heure de visite donnée et il faut se présenter à l'entrée un quart d'heure avant pour rejoindre le guide qui accompagne le groupe, plutôt important dans notre cas.

Photos grotte de Ruakuri Waitomo Nouvelle-Zélande
Waitomo / Formations de Ruakuri  ©SM

La visite guidée passe par les trois niveaux de salles, en commençant par le haut et les catacombes (des sépultures de notables maoris ont été retrouvées dans plusieurs grottes de la région). Les différents niveaux sont reliés par le tomo qui les relie, un tunnel de 16 mètres de hauteur.

Le niveau intermédiaire est appelé "la salle du banquet" parce que c'est l'endroit où les premiers visiteurs s'arrêtaient pour une collation. De là, on fait un crochet par la salle des orgues, lorsque c'est possible, car rançon du succès oblige et pour l'anecdote, les taux de CO2 mesurés sont parfois trop importants et nécessitent une fermeture temporaire de la salle ou de la grotte pour laisser le temps à l'air de se renouveler, une occurence qui s'est produite à cinq reprises au moins cet été ! 

Au niveau le plus bas, on passe dans "la cathédrale", une immense salle sous un plafond de 18 mètres, avec une belle accoustique, régulièrement utilisée pour des concerts et où certains guides et visiteurs ne manquent pas d'essayer leurs voix. Au fond, une plateforme permet de voir la rivière en ayant une première approche des vers luisants (qui n'en sont pas). On rejoint finalement l'embarcadère et les barques permettant de passer par le clou de la visite : la grande voute illuminée dans le noir de millions de points lumineux vivants, magique !

Pour ce qui est des "glowworms" qu'on traduit par "vers luisants" en français,  il s'agit en réalité de larves d'une sorte de mouche et le terme d'"asticots" ("maggots" en anglais) serait plus approprié.
Le cycle de cette mouche des cavernes humides est maintenant bien connu mais il est inutile de casser la magie en changeant des mots qui font rêver pour les remplacer par d'autres à portée moins heureuse... d''autant moins que si l'on en croit l'un de nos guides qui ne manquait pas d'humour, ce phénomène de bioluminescent n'est finalement rien d'autre que de la "crotte d'asticots", un résumé tout de même pas très vendeur sur les brochures touristiques !  

Photo des fils des glowworms Waitomo Nouvelle-Zélande
Waitomo / Ruakuri - Fils des glowworms    ©DM

En gros et sans rentrer dans le détail, le cycle commence par un oeuf qui donne naissance à une larve qui se chrystalise avant de se métamorphoser en mouche. Les adultes ont alors quelques jours pour s'accoupler et pondre des centaines d'oeufs qui lancent un nouveau cycle, avant de mourrir ...
La forme larvaire est l'étape la plus longue, d'une durée variable de 6 à 12 mois qui dépend de la nourriture disponible. Ce sont ces multitudes de larves qui, accrochées au plafond dans leur nid pendant des mois, laissent filer des dizaines de fils de soie terminés par un goutte de mucus formant des filets dans lesquels elles attirent et capturent leurs proies (moustiques, mites, mille-pattes, escargots, etc.). Grace aux signaux lumineux qu'elles émettent, elles dupent leurs victimes qui croient sans doute être à l'extérieur, sous le ciel étoilé. La lumière est le résultat d'une réaction chimique produite dans les organes excrétaires de l'abdomen (des crottes quoi !) sachant que les larves les plus affamées brillent plus que celles qui sont rassasiées ... et si la nourriture vient à manquer ou que la colonie est surpeuplée, elle se régule par canabalisme.          

Peu de prédateurs menacent ces insectes endémiques de Nouvelle-Zélande si ce n'est l'homme qui vient interférer avec leur habitat naturel. Les larves sont sensibles à la lumière ou si l'on touche à leurs fils si bien que les photos sont strictement encadrées pendant la visite et interdites dans la grotte étoilée. 

Pour les photos, on peut se rattraper dans les deux autres grottes, Ruakuri et Aranui, que l'on visite là encore accompagnés d'un guide et à une heure donnée. 

Ruakuri est situé à 2 kilomètres environ de Glowworms Cave.
On accède à l'intérieur par une rampe circulaire construite pour rejoindre la grotte à la base d'un puits profond, creusé à distance suffisante de l'entrée naturelle inaccessible aux visiteurs parce que sacrée pour les Maoris qui y enterraient leurs morts. Avec 1,6 kilomètres de galeries qui demandent environ 1h30 d'explorations, c'est le parcours le plus long de Waitomo. On y découvre toutes sortes de formations, stalactites, stalacmites, colonnes, drapés, "popcorn" (formations particulières dont le nom se rapporte à son aspect !), une rivière, une chute d'eau souterraine avec bien sûr des glowworms que l'on peut observer d'un peu plus près. C'est tout simplement magnifique et la visite guidée ne manque pas d'intérêt puisqu'elle est émaillée de son lot d'anecdotes :

Photo grotte de Ruakuri Waitomo Nouvelle-Zélande
Grotte de Ruakuri - ©DM

Le nom de la grotte d'abord. Selon la tradition, cette grotte était connue des Maoris depuis au moins 400 ou 500 ans mais le nom de Ruakuri est beaucoup plus récent; il signifie la "tanière des chiens" par référence à des chiens sauvages qui s'y étaient installés, découverts par un chasseur lors d'une de ses expéditions.

Son fantôme ensuite. Pendant les travaux de construction de la rampe, des ouvriers auraient ressenti "une présence" qui laisserait penser que les galeries sont hantées, habitées par un fantôme dont la présence est expliquée par les plus cartésiens comme un phénomène naturel lié à l'eau qui circule dans les galeries ...     

Son bras de fer enfin... Les galeries "Holden" ont été découvertes et explorées par la famille propriétaire du terrain en surface. Elle en a ensuite assuré l'exploitation touristique de 1904 à 1988 en complément de ses revenus agricoles. Un long conflit légal et financier a commencé quand le gouvernement a voulu s'en méler et reprendre les rennes. Le propriétaire a alors préféré interdire l'accès aux grottes, qui sont restées fermées au public pendant 18 ans, plutôt que de céder quelque droit que ce soit au gouvernement.
Le propriétaire a finalement obtenu gain de cause, validé dans ses droits par le tribunal qui a confirmé qu'en Nouvelle-Zélande, la possession d'un terrain couvre aussi celle de son sous-sol. La grotte a été rouverte au public en 2005.

Quant à Aranui, elle est située tout à côté de Ruakuri et nous avons eu le temps d'effectuer une petite marche dans la réserve forestière qui la jouxte, une très jolie boucle d'une demi-heure environ qui part du parking et permet de découvrir combien le terrain est accidenté et sculpté par l'eau, tout en montées et en descentes, avec rivières et grottes.
 
Photo grotte d'Aranui Waitomo Nouvelle-Zélande
Grotte d'Aranui   ©DM

Nous n'avons vraiment pas été déçus par la visite d'Aranui, d'autant moins que, cerise sur le gateau, c'était la dernière visite de la journée, avec tout juste 4 ou 5 personnes, accompagnée d'un guide sympa pas pressé par le temps si bien qu'il nous a permis d'en profiter autant que nous voulions.
La grotte n'est pas très grande. Elle porte le nom de celui qui l'a découverte en 1910, un Maori appelé Ruruku Aranui. Pas d'eau, pas de glowworms à Aranui mais quelques wetas à l'entrée, des insectes endémiques affreux et puis surtout ... une salle pleine de stalactites et de formations délicates qui sont de pures perveilles. Aranui est un petit bijou à ne pas rater, qui clotûre magnifiquement cette journée de vacances. 

Nota :
* L'entrée pour la visite d'une seule grotte n'est pas particulièrement bon marché, du coup les tickets combinés ne sont pas une mauvaise affaire, d'autant que chaque grotte est différente avec ses particularités. Beaucoup de visiteurs se contentent de celle des glowworms alors que les autres sont au moins aussi intéressantes et d'autant plus appréciées et appréciables que les visiteurs y sont moins nombreux.
Il existe d'autres formules avec notamment un circuit "black water rafting" pour les plus aventureux (descente sur les rivières souterraines en flottant sur des chambres à air, combinaisons fournies).

Plus d'infos :
Site de Waitomo ICI
Waitomo Caves shut "five times" due to high CO2 - Radio NZ 25-01-2017  ICI
New Zealand glowworms - Te Ara ICI
Arachnocampa luminosa - wikipédia ICI
"Haunted" cave opens again to sightseers - NZ Herald 21/07/2005  ICI

Trois semaines sur les routes de Nouvelle-Zélande - Jour 1 (18/03/2017)

mercredi 4 janvier 2017

TE ARA - L'encyclopédie en ligne de la Nouvelle-Zélande

Lorsque je me lance dans la rédaction d'un article, je cherche en général à en savoir plus pour comprendre, enrichir et développer un sujet qui m'intéresse et c'est ainsi que j'ai découvert Te Ara, l'encyclopédie en ligne de la Nouvelle-Zélande.


Te Ara est un mot maori signifiant "le chemin" adopté pour ce projet gouvernemental lancé en 2002 par le ministère de la culture et du patrimoine afin de concevoir et mettre en ligne une encyclopédie officielle de la Nouvelle-Zélande, en version bilingue anglais-maori (même si tout n'est pas encore traduit). Le site a démarré en 2005 et sa première étape de construction s'est terminée en octobre 2014 après un enrichissement progressif de contenu.

Initialement, le comité éditorial placé sous la houlette d'un historien, Jock Phillips, avec un personnel dédié composé d'une équipe de concepteurs, écrivains, rédacteurs, chercheurs d'images et de ressources, a choisi de travailler par thèmes.

1 - Pour cette entreprise au long cours, le premier des thèmes a été consacré à l'"histoire des Néo-Zélandais" couvrant les migrations des peuples, leur implantation, des peuples maoris indigènes aux autres groupes d'immigrants.

2 - Le deuxième thème a été introduit en 2006 sous l'intitulé "Terre, Mer et Ciel" traitant de la faune et la flore marine, celles des rivages, les interractions entre les peuples et la mer ainsi que les forces façonnant le paysage : géologie, vulcanologie ou le climat.

3 - La section consacrée au "Bush" a été lancée peu après, en 2007 pour traiter des paysages, forêts, plantes et animaux endémiques, la façon dont ils ont été exploités et étudiés avec plus d'une centaine de sujets couvrant des points aussi variés que la cartographie, les forêts indigènes, le moa, le kiwi, les explorations maori, les espèces menacées, etc.

Le développement s'est ensuite poursuivi avec l'introduction progressive de six autres thèmes :
4 - Vie rurale ("The setlled landscape") : agriculture, vie rurale, impact des hommes sur le paysage (2008),
5 - Économie et villes : économie, entreprises / vie des affaires, espaces urbains (2010),
6 - Relations sociales : groupes sociaux, famillles et communautés (2010),
7 - Gouvernement et nation : système de gouvernement, symboles de l'identité nationale, (2012),
8 - Vie quotidienne, sports et loisirs : vie quotidienne, coutumes, sports et loisirs (2013),
9 - Arts et vie intellectuelle : art, culture, invention et innovations (2014).

S'ajoutent à tous ces éléments thématiques, des informations sur 22 régions géographiques et un chapitre sur "la Nouvelle-Zélande en bref" qui permettent de compléter ce tableau encyclopédique.


Entièrement repensée, cette encyclopédie en ligne n'est toutefois pas la première version officielle pour la Nouvelle-Zélande puisqu'elle fait suite à "An Encylopaedia of New Zealand" publiée en 1966 dont la version digitalisée a été intégrée au site de Te Ara.
Un autre élément pré-existant à avoir été inséré dans Te Ara est le Dictionary of New Zealand Biography (Dictionnaire des biographies de la Nouvelle-Zélande) sachant toutefois que dans ce domaine, Te Ara ne traite en principe pas des personnalités vivantes.

Pour mémoire, la plus importante encyclopédie de la Nouvelle-Zélande publiée antérieurement, entre 1897 et 1908, était The Cyclopedia of New Zealand sachant qu'il s'agissait d'une entreprise commerciale privée dans laquelle les entreprises ou des particuliers finançaient les entrées qu'ils souhaitaient voir couvertes.  

Pour ce qui est de la partie maorie, les éditeurs du nouveau site indiquent que c'est un élément particulièrement important de Te Ara :
- Avec dans chaque section, la présentation de la perspective maori,
- une traduction en reo Maori (langue maori) de toutes les histoires ayant un contenu maori substantiel.

Histoire(s), biographies, géographie, les sujets comprennent en général une section concise avec les informations majeures puis des chapitres détaillés organisés un peu comme des fiches. Les articles sont datés avec mises à jour/révisions indiquées quand nécessaire et le site à fait peau neuve avec un tout nouveau design à la fin de l'année 2016.
Au final, Te Ara est une source d'informations bien documentée et étayée d'une présentation bien conçue avec la souplesse d'un site qui permet de faire des recherches par mots clés.

Te Ara, a évidemment intégré à ma liste de sites favoris et il est à connaitre par tous ceux qui veulent en savoir plus sur la Nouvelle-Zélande, "version officielle" ! 



Nota / Bon à savoir : Te Ara est également source et éditeur de livres de références qu'on trouve facilement dans les boutiques des musées, notamment au Auckland War Memorial Museum. (Voir Te Ara in Print ICI ) 

Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
Te Ara : le chemin
Reo Maori : le maori (langue)

Photos : extractions site Te Ara
Source et plus d'infos :
Site Te Ara   ICI

samedi 17 décembre 2016

Point View Reserve

Nous avons profité de la visite du temple de Fo Guang Shan pour faire un tour en voiture dans les nouveaux quartiers résidentiels environnants oscillants entre ruralité et nouvelles banlieues, avec un arrêt à Point View Reserve qui les domine, découvert un peu par hasard mais qui se révèle une agréable surprise.

Point View Reserve Auckland - ©SM

Une fois de plus géré par le Auckland Council, ce parc d'un peu moins de 12 hectares appartient à la catégorie des "Premier Parks" qui en compte 24 parmi lesquels Albert Park, Auckland Botanic Garden , Auckland Domain, Mt Eden, Musick Point ou encore One Tree Hill Domain.    

Riroriro (oiseau) track, Pekapeka (chauve-souris) track, Ruru (chouette) track,  Kereru (pigeon) track, Piwakawaka (pigeon-paon) track ou Koura (écrevisse) track sont les noms des chemins qui sillonent Point View Reserve. Ils traduisent à la fois la présence indigène sur cette colline occupée avant l'arrivée des européens par un pa (village fortifié) et celle d'une nature comblée par le règne animal.
  

Les Maori nommaient la colline "Puke Ariki" signifiant "colline des dieux" et il reste quelques traces de leur présence (puits de stockage de patates douces, terrassements ou empilement de coquillages et d'os) mais en 1836, les tribus locales se séparèrent d'une vaste zone de terrains incluant le parc actuel, vendue à un missionnaire, William Thomas Fairburn. Le traité de Waitangi de 1840 ouvrit ensuite encore plus largement la voie de la colonisation. Le terrain de Point View Reserve fut racheté par la ville de Manukau en 1975 avant qu'elle ne soit intégrée dans le Auckland Council.

Le parc d'un intérêt culturel, écologique et panoramique permet de parcourir et d'observer plusieurs type de paysages, pâturages, forêt de taillis sachant qu'il est couvert aux deux tiers de plantes endémiques matures ou reconstituées avec notamment d'incroyables fougères hautes comme des arbres.
Côté animaux, nous avons surtout vu passer des lapins, nuisibles et contre lesquels les autorités essayent de lutter en plaçant des pièges un peu partout ... Il faudrait sans doute y passer un peu de temps pour observer les espèces endémiques, en particulier celles dont les noms figurent sur les noms de sentiers.

Point View Reserve - Forêt de fougères - ©SM

Côté marche, les sentiers ne sont pas très longs et ne demandent pas plus d'une demi-heure chacun sachant qu'on peut les combiner. Le Riroriro track est tout en montée (ou en descente selon le sens où on le prend!) avec des escaliers mais il vaut vraiment l'effort tellement la forêt est belle et les fougères incroyables. Il permet de rejoindre le sommet qui vaut lui aussi le coup d'oeil pour la vue sur Manukau, le golfe d'Hauraki et son incontournable Rangitoto, Fo Guang Shan, la banlieue et les champs alentour, etc.

Un vrai coup de coeur !

Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori-Français :
Iwi : peuple, nation / plus grande unité sociale Maori 
Kereru : pigeon
Koura : écrevisse
Pekapeka : chauve-souris 
Piwakawaka : pigeon-paon
Puke Ariki : colline des dieux 
Riroriro : paruline grise (oiseau)
Ruru : chouette

Sources et infos complémentaires :
Brochure du parc en format .pdf - ICI
Point View Park - Auckland Council - ICI
Liste des Premier Parks - Auckland Council - ICI

jeudi 1 décembre 2016

Boîtes à chats - Catcoalition














En allant prendre le ferry, j'ai remarqué sur le bord du chemin une grosse boite en bois blanche qui, de loin, ressemble un peu à une rûche. Evidemment, l'endroit ne s'y prêtant guère, je suis allée voir de plus près.





 La boîte est cadenassée à l'avant, ouverte à l'arrière avec de l'eau et couverte de plusieurs notifications qui permettent de comprendre qu'il s'agit d'une caisse pour nourrir les chats errants, appartenant à la "Cat Coalition d'Auckland" contrôlée par la SPCA (Society for the Prevention of Cruelty to Animals / SPA locale).
 Ils s'occupent ici "d'une colonie de chats [...] nourris quotidiennement, soignés, stérilisés et abrités."
Les autres avis sont une annonce (l'association a besoin de quatre bénévoles pour aider à nourrir les minets), des mises en gardes pour que la boîte - sous surveillance - ne soit pas touchée et une autre pour que les chats ne soient pas nourris indépendemment de l'association (les arrêtes des poissons qui leur seraient donnés n'étant pas sans dangers pour eux).




Une bonne occasion pour apprendre que la Cat Coalition Community Inc. (CCC) d'Auckland a été créée et officialisée en 2009 sous l'égide de la SPCA par le regroupement de bénévoles s'occupant à titre personnel et depuis plusieurs années dans leurs quartiers respectifs de groupes de chats errants souvent du fait d'un abandon par leurs anciens propriétaires qui n'en voulaient plus. "Le chat est l'animal de compagnie dont on se débarasse le plus facilemant" indiquait un responsable de la SPCA locale dans un article paru à l'époque dans le New Zealand Herald précisant qu'on enregistrait alors plus 11'000 chats et chatons abandonnés chaque année alors que les structures d'accueil avaient du mal à faire face.

Maintenant organisée, la CCC chapeaute une armée de l'ombre effectuant un véritable travail de service public non seulement pour venir en aide à ces animaux mais surtout pour en contrôler la population en évitant l'élimination, "stérilisation" étant le maître mot. Un autre aspect de leur travail est celui de la sensibilisation du public et de la recherche, car les chats peuvent faire aussi bien l'objet d'une adoration sans borne que d'une haine farouche avec des amalgames vis-à-vis de cette population féline mixte, composées d'une part des chats errants abandonnés et d'autre part de chats sauvages considérés comme "nuisibles" d'après les lois de Biosécurité.

Résultat direct de la colonisation européenne qui les a apportés avec elle et selon des chiffres datant d'avant 2009, les chats néo-zélandais constitueraient une population duement recensée auprès de leurs propriétaires d'environ 1,2 millions d'individus auxquels il faut ajouter une estimation comprise entre 25 et 40% supplémentaire de minous errants et/ou sauvages (soit entre 250'000 à 400'000).

Compte tenu des taux de reproduction et du rapport au nombre d'habitants (environ 4 millions), on comprend qu'un peu d'humanité et de vigilance s'imposent d'autant plus que des matous, on en voit effectivement un peu partout !


Site de Catcoalition Auckland  ICI
Cause of the cat people - Article NZ Herald 7/03/2009 -    ICI