lundi 12 décembre 2016

Long Bay Regional Park

C'est par un temps couvert et sous une bruine intermitente que nous avons découvert le parc régional de Long Bay situé à 25 kilomètres au nord du centre d'Auckland dans le golfe d'Hauraki. Un espace nature et loisirs appartenant au réseau des 26 parcs régionaux gérés par le Auckland Council, comme toujours parfaitement aménagé et couplé ici à la réserve Marine d'Okura* placée sous la responsabilité du ministère l'environnement pour en sauvegarder le monde sous-marin. Établie en novembre 1995, la réserve marine protège une diversité d'habitats et la faune qui en dépend : plage de sable et récifs rocheux, vasières estuariennes et mangrove. 

Plage de Long Bay - ©SM
Connus des Maoris sous le nom d'Oneroa signifiant "longue étendue de sable",  le groupe tribal Ngati Kahu avait la jouissance principale des lieux avant l'arrivée des européens au milieu du 19ème siècle. 

En 1862, la famille Vaughan dont on retrouve le nom à plusieurs endroits du parc acheta 600 hectares le long de la côte pour y exploiter un élevage de moutons qui perdura 100 ans, jusqu'à la vente de la propriété aux autorités régionales d'Auckland en 1965. En complément à ses revenus agricole, la famille avait déjà développé une activité de loisir avec la gestion d'un terrain de camping situé au bord de la plage, sur la zone de pique-nique et de loisirs actuelle.
Cet achat marque le début de l'histoire des parcs régionaux qui fêtaient leurs 50 ans cette année.


Inclue dans le rachat des terres, la maison de la ferme ("Vaughan Homestead") a été restaurée dans sa forme actuelle par la Torbay Historical Society qui en détient la license d'exploitation et que l'on peut contacter pour une visite, voir le musée ou louer les salles de conférences. Construite en 1863 par George Vaughan, agrandie et modifiée au fil du temps, c'est un exemple rare sur la côte nord d'une construction "d'époque" en bois de puriri et de kauri qu'on peut voir au bout de la plage, au bord du ruisseau Vaughan dans un renfort protégé à l'abri des falaises.
À cet élément patrimonial s'ajoute deux rotondes "historiques", blocs de bétons avec leur meutrières, l'une située un peu avant le premier parking et l'autre en haut de la première falaise, faisant partie de la ligne de fortification développée  pendant la deuxième guerre mondiale pour la défense d'Auckland contre l'invasion japonaise qui n'est jamais venue.

Le parc régional de Long Bay, plus petit que la propriété Vaughan d'origine, couvre la bande côtière de 160 hectares allant du Sir Peter Blake Education Center près du ruisseau d'Awaraku* au sud jusqu'à l'embouchure de la rivière Okura au nord.

En se garant au premier parking près de l'arrêt de bus, la balade commence le long de la grande plage de sable bordée de dunes. On peut aussi choisir de traverser la zone de loisirs aménagée derrière les dunes, par les chemins ou des pelouses agrémentées de beaux et vieux arbres, avec un bureau de rangers, des toilettes, une grande aire de jeu, des zones de pique-nique abritées qu'il est possible de réserver et apparemment amplement utilisées pour des anniversaires et fêtes diverses pouvant accomoder jusqu'à 500 personnes pour la plus importante. Les pohutukawa ont évidemment la part belle parmi les essences d'arbres représentées et se faisaient remarquer en ce mois de décembre avec leurs couronnes cramousies, bouquets géants parmi lequels quelques hybrides se singularisaient avec des fleurs de couleur jaune et d'autres, couleur abricot.

Pohutkawa & autres arbres de Long Bay - ©SM

A noter que pour accompagner la visite, deux brochures bien faites sont disponibles à l'entrée du parc et à la station de rangers :
- Long Bay Regional Park publiée par le Auckland Council avec toutes les informations pratiques et historiques ainsi que des cartes détaillées de ce parc,
- Long Bay - Okura Marina Reserve publiée par le Department of Conservation (ministère de l'environnement) qui couvre une zone plus importante, fait le lien entre le parc régional, la Okura Estuary scenic reserve et la reserve marine en donant par ailleurs beaucoup d'informations sur les différents habitats et leurs locataires.     

Plage et arbres de Long Bay - ©SM
Après la longue zone plate sur la plage ou l'aire de loisir, on traverse le ruisseau Vaughan : soit par le pont qui mène directement au Vaughan Homestead, soit en trouvant un passage par la plage à marée basse. Dans ce cas, il est possible de poursuivre le long de la côte, sinon il faut monter sur la falaise, soit par le chemin qui passe derrière la maison, soit en grimpant par un escalier au milieu de la forêt permettant d'accéder par un détour à la rotonde défensive. L'ensemble du chemin n'est pas très difficile, bien balisé, avec un peu de dénivelé : des montées et des descentes douces qui permettent d'accéder aux baies de Granny, Pohutukawa et la rivière Okura en bout de course où il faut faire demi-tour et revenir sur ses pas.  Certaines sections à bord de falaise ont été fermées parce que trop fragilisées et dangereuses.


Sur les hauteurs, l'activité agricole reste importante avec de grands champs fraîchement labourés et quelques vaches qui paissent en toute tranquilité alors que le panorama offre de belles vues sur le golfe d'Hauraki, la péninsule du parc Shakespear, le Rangitoto et une ouverture sur le Pacifique. 
Outre la végétation champêtre et les pohutukawas, des parties de forêt ou des zones avec de plantes de rivières indigènes, revégétalisées, laissent apprécier une flore variée.

Long Bay Coastal Track - ©SM
 


Dans l'estuaire que l'on ne peut encore une fois parcourir qu'à marée basse, il faut éviter de s'enfoncer dans les zones boueuses en marchant sur les parties rocheuses, parfois un peu glissantes mais cela permet de passer sous les branches des arbres. On découvre alors leurs racines tentaculaires qui semblent se dérouler sur les marches d'un temple disparu du fait des strates du relief. Polis par le passage de l'eau, les rochers font apparaitre leurs couleurs variées et toutes sortes de formes évocatrices, parfois étonnantes, presque "construites" comme une voie romaine.  



Côté faune nous avons croisé nos premiers pukekos, très nombreux ce jour-là : des poules de marais à longues pattes, poitrail bleu roi, plumes noires avec du blanc sous la queue et une crête bien rouge. Un oiseau qui serait passé d'Australie en Nouvelle-Zélande il y a environ un millénaire préférant les zones de marécage, de lagunes et de roseaux mais qui s'est bien adapté au développement rural entamant ses territoires traditionnels. C'est une icone nationale qui a gagné le titre d'"oiseau de l'année" au concours 2011 "Forest & Birds" organisé chaque année depuis 2005.    

Une randonnée sympa malgré le temps. Evidemment, avec un peu de soleil, on se serait plû à la compléter d'un volet farniente et d'une baignade dans cette baie qui s'y prête.
Mais nous aurons surement l'occasion d'y revenir, notamment pour faire une autre randonnée sur la rive opposée de l'estuaire de l'Okura en suivant le walkway qui part de la marina située à Duck Creek

Long Beach en résumé : 
11 kilomètres aller-retour,
circuit bien balisé, 
très facile par le bord de mer (marée basse),
assez facile avec un peu de dénivelé en suivant le haut des falaises,
beaux arbres et paysages variés : plages, falaises, champs, rivières, 
vues sur le golfe d'Hauraki, la péninsule du parc Shakespear, Rangitoto,le Pacifique, l'estuaire de l'Okura, 
patrimoine : Vaughan Homestead et fortification,
3 heures de marche.
Aires de pique-nique proche des parkings, terrain de jeu, baignade.  






*Aujourd'hui, dans mon petit lexique Maori - Français :
Awaraku : rivière (awa) eraflure/rayure (raku)
Okura : endroit (de grès) rouge 
Oneroa : longue étendue de sable

Sources et plus d'infos : 
Vaughan Homestead - Torbay Historical Society  ICI
Forest & Bird - Bird of the Year  ICI
Long Bay Regional Park - Auckland Council  ICI
Long Bay - Okura Marine reserve - Department of conservation ICI

vendredi 9 décembre 2016

POHUTUKAWA - "Arbre de Noël" de Nouvelle-Zélande

S'il y a bien une chose qui m'émerveille depuis notre arrivée à Auckland - plus que les terrains de golf - ce sont les arbres, en particulier les specimens majestueux incroyablement emberlificotés qu'on trouve partout dans la région, accrochés tels des équilibristes aux flancs des falaises et au bord des plages : pohutukawa (et rata) surnommés "arbres de Noël de Nouvelle-Zélande" du fait de leur fleuraison rouge-flamboyant à cette période de l'année.

Pohutukawas - ©SM

L'apparition de ce vermillon serait d'ailleurs le signe annonçant avec certitude le début de l'été mais comme les arbres ne semblent pas tous d'accord, on revient au débat relatif aux dates de début d'été parce que si quelques arbres rayonnent et se sont parés de leurs premières fleurs depuis déjà une bonne quinzaine de jours, d'autres restent frileusement dans l'expectative et en sont encore totalement dépourvus.

Donné à l'arbre par les Maoris, le nom "pohutukawa" est en lien direct avec son panache rouge estival. Le mot est en effet composé de "hutukawa" signifiant "coiffure de plumes rouges" et de "po" placé au début du mot qui peut avoir plusieurs sens, celui de "nuit" mais aussi celui plus large du "monde souterrain" par lequel transitent les esprits au moment de la mort donnant ainsi un sens sacré à l'arbre.


Fleuraison - Pohutukawas - ©SM

D'ailleurs, chez les Maoris, certains pohutukawas se distinguent, plus vénérés que d'autres :
- Celui de Te Reinga à la pointe nord de l'île du nord est le plus important parce qu'il marquerait le lieu de départ des âmes par lequel elles transitent vers Haiwiki, l'île d'origine des Maori où ils doivent retourner au moment de la mort afin de rentrer en paix chez eux.
- Les racines de ceux de Tangi to korowhiti et de Kawhai renfermaient une cavité utilisée par les tohunga (sortes de guides sprirituels) pour conduire les cérémonies en lien avec la guerre. 
 - Celui de Nga-uri-apo est un arbre funéraire tapu (tabou) dans l'île de Tuhua (Mayor Island).

Mais sans être systématiquement sacré, le pohutukawa ordinaire était lui aussi un arbre important pour les Maoris pour de nombreuses raisons pratiques et symboliques. Ainsi, un pohutukawa, c'est :
- la première chose que l'on voit en s'approchant des côtes,
- le dernier repère en les quittant,
- utile pour la fabrication des armes, des outils et la construction de bateaux,
- un piège naturel qui attire les oiseaux alors faciles à attraper,
- un point d'amarrage au bord de l'eau pour y attacher les canots,
- le dernier repos des morts que l'on plaçait à l'abri de ses racines et de sa canopée,
- un symbole de sagesse du fait de son grand âge et de ses formes,
- une représentation de la force spirituelle par sa résistance et sa tenacité à s'accrocher aux falaises,
- la source de plusieurs légendes et un lien entre le ciel et la terre.

Fleuraison - Pohutukawas - ©SM

Selon une histoire de la tradition Arawa, le chef Tauninihi retira sa coiffe de plumes rouges en appercevant les fleurs rouges de la canopée et en pensant qu'il en trouverait une plus belle en arrivant sur cette nouvelle terre alors inconnue. Il découvrit ensuite son erreur.
Cette parabole serait une façon de montrer qu'Aotearoa est digne du pays d'où l'on venait et que pohatukawa est le signe d'identification marquant le lien entre les deux, la confirmation de la relation existante entre le pays qu'on a laissé et le nouveau qu'on investit. Elle montre aussi que pohutukawa et ses fleurs entrent dans la mythologie d'origine dès le moment de l'arrivée des Maoris sur leur nouveau territoire.

Dans une autre légende souvent reprise, les fleurs rouges du pohutukawa sont le sang d'un héro mythique appelé Tawhaki qui se répandit lorsqu'il tomba du ciel alors qu'il cherchait à l'atteindre pour y retrouver/venger l'un de ses ancêtres.
Avec ce type d'histoire, l'exemple des ancêtres établit des principes humains de conduite qui montrent ici leur capacité d'aller de la terre au ciel, un élément fondamental des croyances Maories. Que ce soit un lieu ou une chose, tout ce qui est attaché à Tawhaki est particulièrement prestigieux et cela souligne une fois de plus l'importance que les Maoris attachent au pohutukawa identifié comme arbre majeur.

Pour le côté un peu savant, pohutukawa (et rata) sont des arbres endémiques à feuillage persistant qui  appartiennent à la famille des myrtacées (Myrtaceae) regroupant environ 3'000 espèces dans le monde, souvent productrices d'huiles aromatiques, parfois de fruits comestibles, parmi lesquels on peut citer l'eucalyptus, le goyavier, la myrte du maquis méditerranéen ou le giroflier. Géographiquement, ce sont des plantes des régions tempérées, sub-tropicales à tropicales dont on trouve les plus grandes concentrations en Australie et en Amérique tropicale alors que la Nouvelle-Zélande compte 19 espèces dans cette famille, arbres, arbustes et plantes grampantes.

Pohutukawas - ©SM
Le pohutukawa développe généralement plusieurs troncs, peut atteindre 20 mètres de hauteur, se couvrir d'une couronne de 35 mètres et vivre 1'000 ans. Troncs et branches sont parfois festonnés de racines aériennes et leurs feuilles vertes foncées sur le dessus sont velues sur le dessous, couvertes de sortes de poils blancs épais. Ces arbres aiment l'air marin chargé de sel. On les trouve à l'état sauvage naturel sur tout le pourtour nord de l'île du nord* où ils constituent l'essentiel des forêts côtières mais il complémentent aussi les forêts intérieures de kauris. Les arbres rencontrés plus au sud de l'île du nord ont été plantés par l'homme et il est difficile de savoir si ceux qui poussent dans les terres près de Rotorua et du lac Taupo sont une occurence naturelle ou s'ils ont été plantés par les Maoris.

Capables de pousser sur des sols pauvres, les pohutukawas ont colonisé les flancs du Rangitoto dans le golfe d'Hauraki après sa dernière éruption il y a 600 ans, si bien qu'ils y constituent aujourd'hui la plus importante forêt de cette espèce.
Les racines et la plante dans son ensemble sont capables d'une grande flexibilité d'adaptation qui explique ses circonvolutions, se modelant au terrain pour aller chercher les poches d'humidité là où elles sont et selon les besoins. C'est cette adaptabilité aux conditions qui rend chaque arbre unique et magique, des êtres forts et massifs, complètement alambiqués et biscornus mais d'une solidité et d'une longévité redoutables. L'arbre prévient l'érosion et protège les sols mais gare au jour où il tombe après sa mort, il peut emporter avec lui tout un pan de falaise dont il assurait le maintien.

Vieux pohutukawas et nouvelles plantations - Project Crimson - ©SM

Son bois solide et durable, résistant à l'eau et aux insectes, extrêmement dur et noueux était difficile à travailler et c'est cette caractéristique qui le protégea de toute surexploitation. Les européens s'en servirent pour la construction navale, utilisant notamment les noeuds des racines et des branches à la fabrication de solides chevilles pour les coques des navires.
Comme beaucoup d'autres des espèces endémiques de Nouvelle-Zélande après des millénaires d'isolation, l'arbre possède toutefois peu de défenses naturelles contre des maladies ou les espèces apportées par l'arrivée des hommes. Menacé, il souffre particulièrement du grignotage incontrôlable des opposums qui peut lui être très rapidement fatal (Avec ce type d'exemple, on comprend rapidement le pourquoi de la psychose nationale avec ses lois de "biosécurité").  

Pohutukawas - ©SM
Avec la fleuraison, on remarque à leurs concerts de piallements de grandes concentrations d'oiseaux dans les arbres. Les fleurs qui resemblent à des pompons sont composées d'étamines rouges réparties en boule autour d'une sorte de coupe remplie d'un nectar qui les attirent de même que les insectes, lézards et chauve-souris afin qu'ils jouent leur rôle essentiel à la reproduction par polénisation des fleurs. Plus tard viendra le fruit, une capsule sèche remplie de centaines de petites graines qui ont besoin de lumière pour germer et peuvent le faire en terrain ouvert, dans les fissures et trous des falaises. Les pousses grandissent très rapidement les premières années, de l'ordre de 30 centimètres par an (5-10 cm pour le diamètre) mais la croissance ralentie avec l'âge pour ne plus ensuite gagner que 10 cm par an (2 mm de diamètre). 

Dans la famille des myrtacées, rata (R), qui compte plusieurs variétés, est un cousin proche de pohutukawa (P). Rata et Pohutukawa appartiennent à la même espèce (Métrosidéros / "coeur de fer"), ont beaucoup de points communs et peuvent s'hybrider, souvent confondus parce que difficiles à distinguer pour les néophytes. Mais en étant un peu pointilleux et un peu observateurs, quelques nuances permettent de les distinguer en se référant aux fiches du Project Crimson, par exemple :
- à la naissance, l'un pousse à partir de la graine dans le sol (P) alors que l'autre démarre souvent comme épiphyte (R) c'est-à-dire que la plante pousse en se servant d'une autre plante en support, 
- la couleur des fleurs est plutôt rouge-brun pour l'un (P), rouge écarlate pour l'autre (R),
- la taille des étamines de 4-7 cm est un peu plus longue pour (P) que pour (R) qui ne dépasse pas 3 cm,
- les fruits et graines forment un bouquet d'environ 30 gousses pour (P) contre un bouquet de 10-15 gousses pour (R)
- les feuilles sont sans doute l'élément le plus distinctif et le plus facile à observer. Elles font  4-7 cm et sont de forme arrondie ou pointue et velue pour (P), plus petite pour (R) à 2-4 cm avec une forme ronde légèrement dentelée.

Chant de Noël et cartes de voeux
 
Pohutukawa ou rata, peu importe, ce sont des arbres iconiques de la Nouvelle-Zélande particulièrement mis à l'honneur en cette saison estivale / période de Noël qu'ils symbolisent. Mais je n'ai pas eu besoin d'attendre leur fleuraison pour les remarquer; bon pied bon oeil, leur pouvoir de séduction est irrésistible et s'amplifie avec l'âge si bien que je me devais de dédier un article à ces augustes vieillards qui ne cessent de me fasciner, avec pour finir, un peu de poésie ...


Pohutukawa 
(Jan Kemp / en hommage au poète néo-zélandais Curnow)
old pohutukawa
still living
fedgings scrapping
in his branches
he grapples
the isthmus of two harbours
(Dont on peut faire la traduction approximative suivante : Vieux pohutukawa, toujours en vie, oisillons piaillants, en ses branches, ancrage, de l'isthme aux deux ports)


*la zone de Taranaki à l'ouest jusqu'à la péninsule de Mahia à l'est 

Nota :
Project Crimson est une association créée en 1990 en partenariat avec le ministère de l'environnement à une époque où 90% des pohutkawas côtiers avaient disparus, L'association travaille à la défense et à la protection des ratas et pohutukawas de Nouvelle-Zélande. Depuis sa création, les bénévoles ont planté des centaines de milliers d'arbres, plus de 300'000 au compteur.  

Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
Aetearoa : pays du nuage blanc
Hutukawa : coiffe de plumes rouges
Po : nuit - monde souterrain
Tapu : tabou - interdit
Tohunga : guide spirituel

Sources et plus d'infos :
Pohutukawa and biodiversity - Department of conservationICI
Pohutukawa - The Encyclopedia of New Zealand - ICI
Site du Crimsom project (voir en particulier les Fact-sheet de la page ressources) - ICI
Pohutukawa - Department of Conservation - ICI
Department of conservation - Fiche Rata and Pohutukawa : Native Plants ICI 
Pohutukawa trees - NZ History - ICI

mercredi 7 décembre 2016

LIVRES - Mister Pip - Lloyd Jones





Sur le chemin des découvertes littéraires en pays kiwi, j'ai déniché une pépite...

Mister Pip de Llyod Jones
Titre français : Mister Pip
Genre : roman
Première édition : 2006

 


L'histoire :
Au début des années 1990, la guerre fait rage à Bougainville (Papouasie-Nouvelle Guinée) et la vie s'arrête dans le petit village de pêcheurs où vit Mathilda et ses camarades à l'autre bout de l'île. L'école est fermée pendant des semaines. Tous les blancs sont partis sauf le curieux Mr Watts qui va s'improviser maître d'école pour offrir un semblant d'éducation aux enfants et les sortir de l'oisiveté. Il leur présente Monsieur Dickens et "Les grandes Espérances" dont la lecture quotidienne offre une échapatoire et nourrit les imaginations en transportant la petite classe dans le Londres du 19ème siècle. Dans cette école improvisée, les adultes du village sont invités à venir partager ce qu'ils savent, aussi modestes soient leurs connaissances et c'est ainsi qu'une certaine rivalité s'établie entre l'imaginaire de Dickens et les preceptes religieux défendus par la mère de Mathilda.
Malheureusement, si la vie reprend un certain cours, la guerre n'épargne pas le village pris entre deux camps et lorsqu'il n'y a plus rien, même plus un livre, il ne reste plus que l'imagination et l'esprit contre les armes alors que face à la violence aveugle, on en vient à évaluer ce que peuvent peser l'humanité et les valeurs de chacun.

Un livre un peu inhabituel,
qui se lit bien et ne laisse pas indifférent,
avec un côté voyage absurde en absurdie,
beaucoup d'humanité,
marquant, on ne peut pas l'oublier une fois la dernière page tournée, 
sur la survie et la résilience,
et l'influence qu'un simple livre et son partage peuvent avoir dans l'esprit et aussi la vie de ceux qui le reçoivent. 

Sur le livre et l'auteur :
Mister Pip est le best-seller de Llyod Jones pour lequel il a reçu notamment le prix du meilleurs écrivain du Commomwealth 2007 et une sélection au prix Man Booker 2007. Le livre a fait l'objet d'une adaptation cinématographique notée 7,2/10 sur IMDb, filmée à Bougainville en Papouasie-Nouvelle Guinée et en Nouvelle-Zélande, présenté en avant-première au festival international du film de Toronto en septembre 2012 avant sa diffusion en salles en 2013.
Son auteur Llyod Jones a de multiples cordes à son arc mais il se veut avant tout écrivain et sa bibliographie multi-primée qui démarre au début des années 1990 comprend des romans, des livres pour enfants ainsi qu'une collaboration avec le photographe Bruce Foster pour Last Saturday. Outre l'adaptation au cinéma de Mister Pip, un autre de ses livres, The Book of Fame, avait déjà été adapté pour le théâtre en 2003.
Formé aux sciences politiques à l'université Victoria de Wellington, Llyod Jones est également journaliste. Il s'est inspiré de son expérience de correspondant lors de la guerre à Bougainville pour la trame de fond finalement retenue dans son Mister Pip, un texte longuement travaillé, aboutissement d'une dizaine de versions d'abord situées dans une île imaginaire. 
Né en 1955, Llyod Jones est un Néo-Zélandais pur souche, né à Lower Hutt près de Wellington où il vit. L'auteur a eu l'occasion de voyager et de s'étalir plusieurs fois quelques mois hors des frontières, récipiendaire de prix et bourses littéraires qui l'ont ainsi amené à Menton, en France (bourse Katherine Mansfield 1988) ou à Berlin en Allemagne (Creative New Zealand Berlin Writers' Residency 2007).     


Nota : 
- depuis 1970, la bourse Katherine Mansfield permet à des auteurs néo-zélandais de vivre plusieurs mois (jusqu'à 6) à Menton en France. Ils ont alors accès au bureau de la Villa Isola Bella où vécu Katherine Mansfield, l'un des auteurs néo-zélandais les plus emblématiques dans le pays.  
- Placé sous l'égide du Art Council of New Zealand, le Creative New Zealand Berlin Writer' Residency est attribué tous les deux ans à un auteur néo-zélandais établi, pour travailler à Berlin pendant plusieurs mois (jusqu'à 11) sur un projet préalablement approuvé.  

En savoir plus :
Profil complet de Llyod Jones - Book Council New Zealand  ICI
Katherine Mansfield Fellowship - ICI 
Creative New Zealand Berlin's Writer' Residency -  ICI

mardi 6 décembre 2016

Illuminations de Noël - Franklin road Christmas lights

Après la Farmers Christmas Parade et les vitrines des commerçants, d'autres signes annoncent que le compte à rebours pour les fêtes de fin d'année a bien commencé à Auckland et cette fois, c'est du côté des particuliers que ça se passe.

Pour certains, accrocher quelques boules et guirlandes sur un sapin de Noël posé près d'une fenêtre et suspendre des chaussettes à l'intérieur de la maison, ça ne suffit pas. Il faut s'ateler aussi à décorer l'extérieur, le palier, les murs et le toit de la maison sans oublier le jardin avec une profusion de décorations et de lumières pour que ça se voit bien et démontrer ainsi le sérieux que l'on porte à la question !


Les décorations de Noël, c'est du  sérieux !   ©SM

... Et croyez-moi, ce n'est pas une mince affaire comme nous avons pu le constater en observant  l'un de nos voisins à la tache depuis la mi-novembre (je n'exagère pas), chaque jour apportant un nouvelle élément de décoration toujours plus kitch : d'abord des guirlandes blanches lumineuses savamment disposées en pluie sur ses haies, puis quelques guirlandes bleues, un immense sapin lumineux sur la façade extérieure, un puits illuminé dans l'allée, un Père-Noël dans son traineau tiré par ses rennes au clair de lune sur le toit, un autre Père-Noël lumineux s'activant sur sa balançoire dans la cour, une mongolfière lumineuse sur un mât avec sa nacelle "Merry Christmas" le tout surmonté d'un ange et d'une étoile (un montage difficile, plusieurs journées de travail !), des cerfs lumineux dont l'un avec une tête mobile, d'autres Père-Noël versions gonflables se balançant au vent ou montant et descendant, un bonhomme de neige sur le balcon, etc. Un peu dubitatifs, un peu étonnés mais aussi admiratifs de cette ardeur, nous profitons chaque soir de ce spectacle privé.     

Ce voisin est toutefois un cas un peu unique dans notre quartier mais en allant du côté du centre ville sur Franklin Road, entre Victoria Park et Ponsoby Road, on peut assister à une même débauche de décorations et de lumières,  à l'échelle de toute une rue cette fois dans laquelle tous les voisins se prêtent au jeu, ou presque (de l'ordre de 105 maisons sur 115).

Franklin Road Christmas Lights -   ©SM
Initié il y a maintenant 23 ans par un comité de quartier, les Christmas Lights de la rue Franklin font maintenant partie des traditions de Noël d'Auckland pour l'émerveillement chaque année renouvelé des enfants qui viennent les admirer en famille mais aussi celui des grands, parents, touristes et photographes en tous genres. Un incontournable tel que les travaux d'amémagement d'Auckland Transport actuellement en cours dans le quartier sont complètement suspendus pendant tout le mois de décembre afin de ne pas perturber ce spectacle de rue gratuit et la centaine de millier de visiteurs qu'il attire entre le 1er décembre et le réveillon de Noël ... avec dans leur sillages, quelques bataleurs, vendeurs de bonbons ou de ballons et musiciens sans oublier un service spécial de nettoyage pour faire face à l'augnentation du passage des piétons sur cette rue essentiellement résidentielle comptant quelques professionnels (dentiste, architecte, etc.). 

Franklin Road Christmas Lights -  ©SM
C'est aussi l'occasion de voir quelques jolies maisons edwardiennes dans un quartier relativement aisé et proche du centre, habituellement très tranquille qui connecte le centre avec la rue commerçante de Ponsoby et ses restaurants. 
En bon citoyens soucieux de l'environnement, les illuminations ne sont pas prolongées au-delà de 23h avec le soucis d'économiser l'électricité (même si la note doit être déjà copieuse !) et peut être aussi celui de ménager la tranquilité du voisinage après le passage des hordes nocturnes qui ne se gènent pas et franchissent parfois sans complexe la limite des propriétés pour des photos in-situ. Les efforts des uns et des autres sont très variables, entre démesure et simplicité, excentricité (Pikachu au milieu des Père-Noël) et humour (sur une façade, "grand signe "ditto" dirigé vers le voisin), etc.

Bref, une orgie de lumières qui rappelle l'extravagance de certaines banlieues américaines avec lesquelles les néo-zélandais pourraient concourrir sans honte avec toutes leurs chances. 

Noodle Night Markets - ©SM
Notons que cette année, le début des illuminations concordait avec la venue pour la première fois à Auckland du Noodle Night Markets, un concept venu d'Australie où ces marchés existent depuis 18 ans. Organisé dans le parc de Victoria, au bout de Franklin Road, il était facile de combiner et de profiter des deux événements sur une même soirée d'autant que le Noodle Night Market se veut une fête gastronomique avec quelques animations (danse du lion par exemple) proposant des plats des différents pays d'Asie (Chine, Thaïlande, Inde, Malaisie, etc.) sur le modèle des cuisines de rues de Hong Kong ou Singapour, avec des dumplings, dim sum, soupes de nouilles, curries, etc. Un événement qui a eu beaucoup de succès à Christchurch, Wellington et Queenstown où il est passé avant Auckland. Un programme a priori séduisant mais finalement assez décevant, certainement pas à la hauteur du battage médiatique qui l'a entouré : beaucoup monde donc de longues queue à tous les stands pour une nourriture assez bas de gamme, sans grande saveur, lourde et grasse.

La tour d'Auckland aux couleurs de Noël - ©SM



Infos pratiques Franklin Road Christmas Lights :
Franklin Road - Auckland
(entre Victoria Park et Ponsoby Road).
Du 1er au 24 décembre 
De 18h30 à 23h chaque soir.
(Mieux une fois la nuit tombée, après 21h). 


Pour en savoir plus :
Page Facebook - Franklin Road Christmas Lights  ICI
Projet de rénovations de Franklin Road par Auckland Transport - ICI
Auckland's top ten Christmas Light Display - Auckland for Kids   ICI

lundi 5 décembre 2016

Auckland Domain Wintergardens

En traversant The Domain, le plus vieux parc d'Auckland et de Nouvelle-Zélande (1845), j'ai été attiré il y a quelques jours par l'architecture victorienne fin 19ème / début 20ème des serres de Wintergardens où la curiosité m'a fait plonger dans un bain de couleurs, la floraison étant à son comble dans la serre tempérée à cette époque de l'année.

Wintergardens - Serre tempérée - ©SM
Wintergardens est composé de deux serres, la "cool house" tempérée avec les plantes en pot, annuelles et vivaces et la "tropical house*" chauffée pour atteindre des températures moyennes de 28ºC abritant les plantes tropicales, permanentes, palmiers, bananiers, arbre du voyageur, etc.
Entre les deux, une longue cour agrémentée d'un bassin et de statues néoclassiques représentant notamment les quatre saisons, délimitée de pergolas, galeries de briques ombragées de tonnelles.
Un peu moins classique, l'ensemble est complété d'un jardin de fougères, la "fernery" accessible par un des côtés de la cour et occupant l'enceinte d'une ancienne carrière dont les volatiles perchés, jouant à cache-cache au milieu des fougères sont des statues de bronze d'oiseaux indigènes réalisées par Greer Twiss, sculpteur néo-zélandais contemporain.

Wintergardens - Serre tropicale -  ©SM
À l'entrée puis à l'intérieur des Wintergardens, plusieurs plaques donnent quelques informations historiques. Ainsi, la serre tempérée fut construite en 1921 sur des fonds générés par l'exposition industrielle, agricole et minière organisée dans le Domain du 1er décembre 1913 au 18 avril 1914 afin d'en commémorer le succès : l'exposition avait attiré environ 870'000 visiteurs à une époque où la population totale de la Nouvelle-Zélande venait à peine de dépasser le million et où Auckland ne comptait pas plus de 100'000 habitants.
Déjà prévues à l'origine, les autres parties des jardins ne virent le jour qu'un peu plus tard, la serre tropicale construite en 1929, adjointe ensuite de la cour et de la fernery en 1931. En proposant un objectif de promenade pour les mois d'hiver dans cette partie du parc, les concepteurs avaient dans l'idée d'en améliorer la fréquentation qui y était jusqu'alors assez douteuse.

Wintergardens - Fernery - ©SM


La carrière occupée par la  fernery avait servie à fournir les gravats nécessaires à l'aménagement des allées de l'exposition 1913-1914. Reconvertie en 1930, elle abritait plus d'une centaine de variétés de fougères à son ouverture mais tombant en ruine à la fin des années 1940, elle fut ensuite fermée jusqu'à sa restauration au début des années 1990. Elle a rouvert ses portes le 29 avril 1994 pour "célébrer la flore et la faune propres à la Nouvelle-Zélande. Elle contient des fougères communes et des rares, y compris des restes de la collection de plantes indigènes ayant gagné le premier prix Loder**".





Wintergardens - Statues - ©SM
Wintergardens - Cour - ©SM


















Les statues de la cour intérieure ont été ajoutées en 1945 et son bassin rénové et amélioré en 1954.

A noter également, une colonne surplombée d'un beau bronze représentant un chat jouant sur un globe, sans indication et dont personne ne semble être sûr de connaitre l'origine comme le rapporte le NZ Herald qui raconte deux versions possibles de son histoire (pas forcément incompatibles d'ailleurs) :
1 - La colonne du chat aurait été érigée en 1927 au moment de la construction de la cour conçue pour relier la nouvelle serre tropicale à la serre tempérée plus ancienne. Selon les plans originaux dessinés par les architectes Gummer et Ford, la colonne devait être surmontée d'un ours. Profondement anti-comministe, l'un des décideurs considéra toutefois que l'ours évoquait trop la Russie et donc le communisme et le fit changer en chat, moins équivoque.
2 - La statue serait une réalisation du sculpteur Richard Gross, un artiste renommé et fantaisiste, souvent commissionné pour la statuaire publique dont il était le précurseur. L'animal avec sa patte en l'air en haut de la colonne représenterait tout simplement le roi des chats dont la patte tendue serait un appel au roi des oiseaux pour que cessent les guerres incessantes entre les chats et les oiseaux.  

Wintergardens - Serre tempérée - ©SM

Ces magnifiques jardins, bien entretenus et chargés d'histoire font maintenant partie du patrimoine de la Nouvelle-Zélande, enregistrés depuis septembre 1989 comme monument de catégorie 1 (Historic Place Category 1). 
Intégrés aux circuits touristiques avec le passage des bus déversant leur lots de visiteurs, ces jardins n'en restent pas moins un havre de paix à savourer pleinement, en toutes saisons surement mais particulièrement en cette fin de printemps / début d'été pour l'explosion florale que réserve la serre tempérée, avec ses formes, ses couleurs et ses odeurs.
 
À apprécier sans modération !


Nota :
* La serre tropicale fit l'actualité il y a trois ans lorsque son amorphophallus titanium géant, qui ne "fleurit" que tous les dix ans environ avec des émanations putrides de cadavre, permis pour la toute première fois en Nouvelle-Zélande d'assister à ce genre de floraison sous serre. 
** Gérald Loder était un anglais fasciné par la flore de la Nouvelle-Zélande qu'il visita pour la première fois en 1886. Pendant de nombreuses années, il rassembla une grande sélection de plantes natives de l'hémisphère sud pour les rapporter et les planter dans son domaine du Surrey en Angleterre
En 1926, Gérald Loder fit don d'une coupe pour "encourager et honorer les Néo-Zélandais s'intéressant, favorisant, conservant et chérissant la flore indigène". Un prix qui a survécu à la mort en 1936 de son initiateur et qui continue d'être attribué chaque année sous l'égide du gouvernement. 
Site du prix Loder. ICI

Infos pratiques Wintergardens :
Avril à octobre : ouvert tous les jours de 9:00 à 16:30 
Novembre à mars : ouvert tous les jours de 9:00 à 17:30 (et jusqu'à 19:30 le dimanche) 
Gratuit
Bon à savoir : il est possible de louer les lieux pour des receptions privées.

Sources et infos complémentaires :
Domain Wintergardens - Heritage NZ   ICI
Cat Statue - Two tales - NZ Herald 7/7/2015  ICI
Cat designer couldn't bear alternative - NZ Herald 7/6/2011   ICI
Auckland's green heart - New Zealand Geographic ICI
Profil de Greer Twiss sur Whitespoace contemporary art- ICI
Profil de Richard Gross sur NZ History - ICI

vendredi 2 décembre 2016

Le phare de Bean Rock


Le phare de Bean Rock est une petite merveille située entre Mission Bay et Devenport dans le golfe d'Hauraki. On peut l'admirer à chaque passage quand on prend le ferry entre Half Moon Bay et Auckland et comme on ne peut pas le visiter, c'est sans doute l'une des meilleures façons de le voir et de le photographier.

Phare de Bean Rock - Novembre 2016 - ©SM

Construit en 1871 sur un récif visible à marée basse, balayé par la mer à marée haute, le phare couronne une structure de bois ouverte, de forme hexagonale sur laquelle repose un cottage d'habitation en bois entouré d'une véranda et coiffé d'un toit de tôle.

Enregistré au patrimoine de la Nouvelle-Zélande en 1989 en tant que "monument historique de première catégorie" (Historic Place Category 1), outre son rôle à une époque où l'essentiel des communications se faisaient par la voie maritime, ce phare a surtout la prérogative d'être le plus vieux et le dernier représentant de son type en Nouvelle-Zélande, sans doute aussi au monde.
 

Phare de Bean Rock - Novembre 2016 - ©SM
Le récif sur lequel il repose était connu des Maori sous le nom de Te Toka o Kapetawa ou "rocher de Kapetawa" par référence à Kapetawa qui fut abandonné par son beau-frère sur le rocher* alors que son nom européen, Bean Rock, fait référence à un lieutenant Bean, membre d'équipage à bord du H.M.S. Herald** en 1840.

Caché à marée haute, l'éceuil représentait un danger important pour la navigation qu'on signala d'abord par un piquet rouge et une bouée noire jusqu'à ce que ces marqueurs se révélent insuffisants face au trafic croissant dans le port et que les autorités locales commanditent la construction du phare à la fin des années 1860.



Plans du phare de Bean Rock - Auckland Maritime Museum - ©SM

Les plans d'origine furent dessinés par James Balfour, ingénieur en chef du département de la marine également administrateur des phares. Influencé par des modèles utilisés au Canada, il préconisa l'utilisation du bois considérant que la nécessité de bâtir et d'éclairer rapidement la côte prenait précédence sur la solidité et la durabilité. Il n'en vit toutefois pas la réalisation puisqu'il se noya en 1869 et que la construction confiée à un entrepreneur local, William Cameron, débuta fin 1870 pour se terminer huit mois plus tard.


Mis en opération le 24 juillet 1871, le phare fonctionna d'abord au kérosène, sous le contrôle permanent d'un gardien qui vivait seul dans le cottage relativement exigu, aménagé de trois pièces avec chambre et cuisine, sans salle de bain mais avec toilettes, évacuées directement à la mer. Hugh Brown, le premier gardien, resta en poste 19 ans jusqu'à sa retraite imposée en 1890 pour raisons de santé et James Anderson qui l'opéra entre 1909 et 1911 fut sans doute l'un des derniers (Pour se faire une idée des conditions de vie dans le phare, on peut se référer au témoignage de son fils repris dans un article du Lighthouse Digest).
Le phare fut ensuite converti à un autre carburant ce qui permis d'en faire le tout premier phare automatisé de Nouvelle-Zélande en sonnant le glas d'une profession aux journées solitaires sur le rocher. Plusieurs fois encore converti au cours de son histoire, le phare fonctionne à l'énergie solaire depuis sa restauration de 1985.  

Maquette - Auckland Maritime Museum - ©SM
Passant en effet sous le contrôle successif de plusieurs administrations, gouvernement provincial, département de la marine pour être finalement placé sous l'autorité du Port d'Auckland, le phare a nécessité à plusieurs reprises de gros travaux. En très mauvais état au début des années 1970, il fut question de le remplacer par une construction moderne en béton mais devant l'opposition rencontrée, le projet fut abandonné et remplacé par une énorme et délicate restauration entreprise en 1985 sous l'égide du Auckland Harbour Board et du Historic Places Trust : le cottage fut récupéré par une grue et restauré à terre pendant 5 mois pendant que les piliers étaient remplacés par de nouveaux poteaux en bois résistant venus d'Australie, placés sur de nouvelles bases en béton sur le rocher (cf.article du Maritime Museum).

Un petit souvenir ? Auckland Maritime Museum - ©SM



Pas de doute que Bean Rock est un chouchou,
 un "landmark" qui fait l'objet d'une mise en avant particulière dans la section des phares au très intéressant Auckland Maritime Museum.  



 Finalement, pour ceux que l'approche par bateau ne satisferait pas, je peux encore recommander un entrainement de natation sérieux afin de participer à la course à la nage  Bean Rock Swim organisée chaque année depuis 2011 pendant l'été, avec deux options, la course complète de 3'200 mètres ou la demi-course de 1'600 mètres...
Yapluka !
Prochaine course le 7 février 2017 !     


Nota : 
Les phares de Nouvelle-Zélande sont pour la plupart opérés par Maritime New Zealand (MNZ) à l'exception de ceux qui ont été placés sous la responsabilité d'autorités portuaires, comme c'est le cas de Bean Rock à Auckland.
MNZ supervise 23 phares actifs et 74 balises lumineuses en Nouvelle-Zélande. 
Tous les phares sont automatisés et contrôlés par un poste de commandement centralisé situé à Wellington. 
Il n'existe aucune autorité en charge de la restauration des phares mais Heritage New Zealand est intervenu à plusieurs reprises pour en protéger certains après leur décommissionnement ou, dans le cas particulier de Bean Rock, lorsque c'était nécessaire.  
La plupart des phares de Nouvelle-Zélande ont été conçus par James Balfour et son successeur John Blackett.

Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori-Français :
Toka : rocher
Whare rama ou whare turama : phare

* On peut retrouver l'histoire détaillée de Te Toka o Kapetawa dans le paragraphe 2 (2.6 en particulier) du document .pdf ci-lié :  ICI

 ** le H.M.S. Herald a joué un rôle dans la signature du traité de Waitangi considéré comme acte fondateur de la Nouvelle-Zélande qui fut alors placée sous contrôle de la couronne britannique.

Sources et infos pour en savoir plus :
Bean Rock Lighthouse - Site des monument historiques   ICI
A light in Sparkling Waters: New Zealand's Bean Rock Lighthouse - Lighthouse Digest 02/2002 ICI
Bean Rock Lighthouse, first lit 24 july, 1871 - Auckland Maritime Museum 23/07/2015 ICI
Bean Rock Lighthouse, a beacon in the dark - Auckland War Memorial Museum  ICI
Throwing some light on Bean Rock beacon - NZ Herald 10/11/2009  ICI

Liste des phares de Nouvelle-Zélande : île du nord  ICI / île du sud  ICI
Course à la nage de Bean Rock  ICI

jeudi 1 décembre 2016

Boîtes à chats - Catcoalition














En allant prendre le ferry, j'ai remarqué sur le bord du chemin une grosse boite en bois blanche qui, de loin, ressemble un peu à une rûche. Evidemment, l'endroit ne s'y prêtant guère, je suis allée voir de plus près.





 La boîte est cadenassée à l'avant, ouverte à l'arrière avec de l'eau et couverte de plusieurs notifications qui permettent de comprendre qu'il s'agit d'une caisse pour nourrir les chats errants, appartenant à la "Cat Coalition d'Auckland" contrôlée par la SPCA (Society for the Prevention of Cruelty to Animals / SPA locale).
 Ils s'occupent ici "d'une colonie de chats [...] nourris quotidiennement, soignés, stérilisés et abrités."
Les autres avis sont une annonce (l'association a besoin de quatre bénévoles pour aider à nourrir les minets), des mises en gardes pour que la boîte - sous surveillance - ne soit pas touchée et une autre pour que les chats ne soient pas nourris indépendemment de l'association (les arrêtes des poissons qui leur seraient donnés n'étant pas sans dangers pour eux).




Une bonne occasion pour apprendre que la Cat Coalition Community Inc. (CCC) d'Auckland a été créée et officialisée en 2009 sous l'égide de la SPCA par le regroupement de bénévoles s'occupant à titre personnel et depuis plusieurs années dans leurs quartiers respectifs de groupes de chats errants souvent du fait d'un abandon par leurs anciens propriétaires qui n'en voulaient plus. "Le chat est l'animal de compagnie dont on se débarasse le plus facilemant" indiquait un responsable de la SPCA locale dans un article paru à l'époque dans le New Zealand Herald précisant qu'on enregistrait alors plus 11'000 chats et chatons abandonnés chaque année alors que les structures d'accueil avaient du mal à faire face.

Maintenant organisée, la CCC chapeaute une armée de l'ombre effectuant un véritable travail de service public non seulement pour venir en aide à ces animaux mais surtout pour en contrôler la population en évitant l'élimination, "stérilisation" étant le maître mot. Un autre aspect de leur travail est celui de la sensibilisation du public et de la recherche, car les chats peuvent faire aussi bien l'objet d'une adoration sans borne que d'une haine farouche avec des amalgames vis-à-vis de cette population féline mixte, composées d'une part des chats errants abandonnés et d'autre part de chats sauvages considérés comme "nuisibles" d'après les lois de Biosécurité.

Résultat direct de la colonisation européenne qui les a apportés avec elle et selon des chiffres datant d'avant 2009, les chats néo-zélandais constitueraient une population duement recensée auprès de leurs propriétaires d'environ 1,2 millions d'individus auxquels il faut ajouter une estimation comprise entre 25 et 40% supplémentaire de minous errants et/ou sauvages (soit entre 250'000 à 400'000).

Compte tenu des taux de reproduction et du rapport au nombre d'habitants (environ 4 millions), on comprend qu'un peu d'humanité et de vigilance s'imposent d'autant plus que des matous, on en voit effectivement un peu partout !


Site de Catcoalition Auckland  ICI
Cause of the cat people - Article NZ Herald 7/03/2009 -    ICI