jeudi 2 février 2017

NINETY MILE BEACH / TE ONEROA A TOHE - Sous les roues, la plage !


Ninety Mile Beach était inscrite depuis déjà pas mal de temps sur notre liste des endroits à voir et lorsque nous nous sommes installés à Auckland, c'est un peu pour elle que notre choix de voiture s'est porté sur une Jeep 4x4, seul type de véhicule adapté à cette highway néo-zélandaise un peu particulière.
Bordant la mer de Tasman à la pointe nord de l'île du nord, Ninety Mile Beach est en effet une longue autoroute de sable blanc accessible à marée basse, bornée par deux promontoirs volcaniques rocheux, Scott Point au nord et Reef Point près d'Ahipara au sud.

Photo de Te Aki 90 Miles Beach Nouvelle-Zélande
Accès nord par le lit de Te Aki, au pied des dunes - ©SM

Ne mesurant en réalité que 55 miles, soit environ 90 kilomètres, l'origine du nom de cette "plage de 90 miles qui n'en fait que 55" reste finalement assez mystérieuse comme choisit de l'indiquer l'encyclopédie néo-zélandaise de référence, Te Ara. Un blog d'une part et wikitravel d'autre part apportent toutefois une explication plausible à l'origine du nom que je rapporte ici pour l'anecdote mais avec toutes réserves compte tenu de l'absence de sources qui la corroborent : Ninety Miles Beach serait le résultat d'une estimation erronée de la distance de la plage, mesurée par des missionnaires à cheval dans un cas, des fermiers menant leur bétail au marché dans l'autre. Dans les deux cas, l'histoire raconte qu'il fallait trois jours pour effectuer le trajet et que les protagonistes se déplaçant habituellement de 30 miles par jour en conclurent logiquement que la plage faisait un total de 90 miles; cette opération valide en terrain normal aurait finalement été faussée par le sable ralentissant le train, une variable non prise en compte par nos quidams.


Photo de 90 Mile beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - ©SM
Pas sûre que cela simplifie les choses mais l'anomalie de ce nom peut être évitée en adoptant celui qui lui est donné par les Maoris : Te Oneroa a Tohe signifiant "la longue plage de Tohe*". Un changement qui semble justifié après plusieurs décennies de plaintes et de procédures présentées par 5 Iwi représentant une communauté de 40'000 membres des tribus maori du nord de la Nouvelle-Zélande et la recherche d'un accord sous l'égide du tribunal de réconciliation de Waitangi proposant des dédomagements sous forme d'indemnités compensatoires, des transferts de propriété de terrains rendus aux maoris par la couronne ainsi que la co-gouvernance de la plage et de ses eaux avec les communautés locales indigènes. 
Si la signification historique et symbolique de la plage a été reconnue et légitimise le nom maori, son accessibilité demeure inchangée et n'est pas remise en cause par ces décisions.  

Mais à quoi faut-il s'attendre ?

Ninety Mile Beach n'est rien d'autre qu'un long désert de sable en bord de mer, vierge de tout équipement et de quasiment toutes traces humaines en dehors de celles, éphémères, laissées par les quelques véhicules qui passent. Cette immense autoroute de sable forme un arc, tracé entre mer de Tasman et dunes. Celles-ci ceinturent entièrement le parcours, soumises aux éléments, variables en taille, en profondeur et en présentation même si les changement sont presque imperceptibles, avalés par la distance : énormes piles de sables nues au nord où elles culminent à 150 mètres de haut (pour mémoire, la dune du Pilat c'est 110 mètres) avant de décroître progressivement en direction du sud; elles se couvrent d'abord discrètement d'une végétation fragile insuffisante pour les maintenir avant qu'elles ne deviennent plus solides, fixées au sud par une végétation plus variée et plus dense. En profondeur, elle peuvent s'enfoncer jusqu'à 6 kilomètres dans les terres cachant alors entièrement l'arrière pays mais elles laissent aussi deviner par endroit des collines aux allures de dévastation (au nord) ou des zones plus boisées (plutôt vers le sud).

Photo de 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - Seuls au monde : des dunes, la mer, la plage, le ciel et nous ! ©SM

Côté mer, peu de variations : juste un grand rocher percé que l'on aperçoit au départ de Te Paki suivi un peu plus loin d'une excroissance rocheuse appelée The Bluff. Il s'agit en fait d'une coulée de lave d'origine sous-marine avec des bandes de quartz, reliée au continent à marée basse par une plateforme de sable et couverte de plantes apportant quelques touches de couleur dans ce monde en bleu et sable.

Photo de The Bluff 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
The Bluff - 90 Mile Beach - ©SM


À savoir :

D'un point de vue pratique, il vaut tout de même mieux prendre quelques précautions avant de se lancer sur Ninety Mile Beach / Te Oneroa a Tohe :

1- Circuler avec un véhicule adapté et équipé parce qu'en cas de panne ou d'enlisement, on est seul au monde et on risque de se sentir vite dépassé. Il faut savoir que les agences de location n'autorisent pas leurs clients à prendre cette highway, même avec un 4x4. La plupart des touristes utlisent donc les services d'un tour organisé au départ de Kaitaia ou de Paihia qui comprennent en général la visite du cap Reinga, un arrêt aux dunes géantes de Te Paki pour surfer sur les pentes et le parcours sur la plage avec des bus 4x4 adaptés. Toutefois et comme nous avons pu le constater au départ en dépassant une voiture et un bus enlisés au pied des dunes de Te Paki, même les bus professionnels peinent parfois sur les zones difficiles de sable sec : l'excursion touristique se pimente alors d'un peu d'exercice quand le chauffeur fait descendre tous ses passagers, installe un cable et leur demande de tirer pour dégager et faire eux-mêmes avancer le bus !
Quant aux voitures de modèles standard, il y en a toujours qui arrivent à s'engager comme nous avons pu le voir et comme nous  l'ont indiqué plusieurs conducteurs locaux mais il faut alors être super prudents et conscients des risques; les recommandations sont alors d'accéder à la plage par la zone la plus sûre et la moins sableuse (celle de Wapapakauri) et une fois sur la plage, de respecter quelques règles de circulation pour éviter l'enlisement (là encore, nous en avons vu qui se sont retrouvés coincés et vraiment bien bêtes) avec un peu de matériel pour se tirer d'affaire au cas où (cartons ou planches à placer derrière les roues pour sortir du sable, corde pour se faire tracter, etc.)
 
Photo de 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach, il y a le ciel, le soleil et la mer ... ©SM

2 - Avoir fait le plein avant de s'engager au nord d'Awanui et de Kaitaia sachant qu'il n'y a plus de station service au nord de ces bourgades servant de base touristique pour les visites à la péninsule du cap Reinga et Ninety Mile Beach. Il faut donc prendre ses précautions et remplir suffisemment le réservoir parce qu'un parcours complet pour Ninety Mile Beach c'est quand même, en gros, 200 kilomètres sans re-approvisionnement.          

3 - Vérifier et définir son circuit en fonction des horaires des marées. Avant de prendre la plage, le panneau du ministère de l'environnement (Department of Conservation) indique que les conducteurs s'engagent à leur risques et périls, que Ninety Mile Beach est particulièrement dangereuse 2 heures avant et après la marée haute et que de nombreuses voitures ont été englouties par les marées. (sur Internet, on trouve des photos d'épaves englouties par le sable mais nous avons eu beau ouvrir les yeux, aucun cadavre de ce type en ce moment ... et c'est tant mieux...).
Certains sites recommandent de se caler par rapport à l'heure de marée basse pour circuler en utilisant une marge de 3 heures avant et/ou après. 
Pour s'aider, il existe plusieurs sites donnant les horaires des marées. Nous avons utilisé celui de Surf-Forecast.com (voir liens ci-après), pratique parce qu'il indique en temps réel, par un point rouge clairement visible sur le graphe qui dessine les marées, où on se situe exactement par rapport à la marée (ainsi qu'un compte à rebours en haut de page pour les prochaines marées, haute et basse).

4 - Respecter quelques règles de circulation :
- Conduire au plus près de l'eau où la surface est dure et au plus loin des dunes où le risque d'enlisement est le plus fort,
- La plage est considérée comme une highway où les règles de conduite habituelles s'appliquent, en particulier la limitation de vitesse à 100 km/h... Il est très tentant et assez grisant de laisser aller le pied sur le champignon mais attention, la plage est coupée les petits ruisseaux qui accidentent le terrain,
- Ralentir au niveau des ruisseaux qui sont généralement sans conséquence sur le relief mais se révèlent parfois assez traitres quand on s'y attend le moins.

5 - Repérer les accès d'entrée et de sortie de la plage sachant qu'il n'en existe que cinq plus ou moins difficiles et limité aux urgences pour celui de The Bluff. Elles sont détaillées dans le "motorist guide to 90 mile beach and Te Paki Stream" :


photo du lit de te Paki accès à 90 mile beach Nouvelle-Zélande
Au départ, dans le lit de Te Paki - ©SM

- Ruisseau de Te Paki*. C'est l'accès que nous avons pris après la visite du cap Reinga afin de parcourir la plage du nord au sud et nous caler sur les marées du jour.  La route venant du cap se termine au pied des immenses dunes de sable, utilisées comme toboggans géants pour faire des glissades (parking et location de planches possible sur place). Après le panneau d'avertissement indiquant Ninety Mile Beach, il faut s'engager dans le lit du ruisseau Te Paki dont il faut suivre le cours et "les traces" entre les dunes, avant de traverser une zone de sable sec pas évidente qui permet de rejoindre la plage (là où nous avons vu une voiture et un bus enlisés et bloqués). Un parcours de mise en bouche de 3 kilomètres représentant sans doute la partie la plus délicate du trajet du fait de la nature du terrain. Il est conseillé de traverser à petite vitesse, sans jamais s'arrêter dans le ruisseau.    


- The bluff (à Hauteur du village de Houhora). À 20 kilomètres de Te Paki, cette zone est facilement reconnaissable parce que c'est la seule section de la plage avec un espace rocheux sur la mer sur lequel on peut crapahuter et se dégourdir les jambes en regardant les vagues s'écraser. À cet endroit, il existe une route d'accès mais elle est privée et ne doit être utilisée qu'en cas d'extrême urgence sachant qu'elle nécessite par ailleurs de traverser une zone de sable sec délicate pour les véhicules inadaptés.

Photo de The Bluff à Ninety Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - The Bluff - ©SM

- Hukatere Hill (à hauteur du village de Pukenui). À 50 kilomètres de Te Paki, cet accès passe au pied d'une colline arrondie, facilement identifiable de la plage et relativement praticable.

- Waipapakauri ramp (à hauteur du village de Waipapakauri). Située à 70 kilomètres de Te Paki cette rampe goudronnée est l'accès le plus sûr à la plage, celui qu'utilisent les bus dans un sens ou l'autre. A noter que c'est aussi l'endroit de la plage qui concentre le plus de monde - tout est relatif - avec des pêcheurs, des familles qui ramassent des tuatua (coquillage local), etc.

- Ahipara. Pour aller tout au bout de la plage ... mais la sortie n'est pas la plus facile. On peut opter pour le passage au nord du village traversant une zone de sable sec difficile, heureusement courte, dans laquelle on s'enfonce même avec un 4x4 ou alors prendre le passage sud tout au bout de la plage, celui qui passe par une zone rocheuse accidentée, faisable avec de grandes roues et un chassis surélevé mais à éviter s'il est trop bas parce qu'alors ça racle de façon inquiétante.  

Photo à l'arrivée à Ahipara 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - Arrivé à Ahipara - ©SM

Ainsi bien préparés, on profite dans l'isolement le plus complet de ces paysages vierges du bout du monde. La plage de Ninety Mile Beach, parfois qualifiée de "mère de toutes les plages", est un espace de liberté absolu qui laisse une impression irréelle et magique et c'est finalement là tout l'intérêt de cette excursion hors temps !

Carte de ninety mile beach nouvelle-Zélande
Source : Ahipara motorist guide to 90 mile beach and Te Paki stream

Nota :
1 - Chaque année, fin février ou début mars, la plage est envahie quand elle sert d'arène à un grand concours de pêche se déroulant sur cinq jours, le snapper bonanza. L'édition 2017 aura lieu du 14 au 18 mars. (De belles photos et vidéo à voir sur leur site) 
2 - La Ninety Mile Beach de Nouvelle-Zélande apparait dans les classements des 10 plus longues plages du monde, en général autour de la 5ème place selon les sources ...mais pour alimenter une vieille rivalité, toujours après la plage homonyme d'Australie. 

*Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
A : appartenant à (particule indiquant la possession). 
One : plage, sable, terre, sol. 
Paki : le beau temps
Roa :  long, longueur, durée, délai.
Te : le/la (déterminant singulier)
Tohe : chef du peuple Ngati Kahu, un ancêtre important qui aurait nommé plus de 100 endroits de la côte ouest lors de son dernier voyage vers le sud pour aller voir sa fille.

Sources et plus d'infos :
Horaires et table des marées pour Ninety Mile Beach (en français) - Surf-Forecast.com  ICI
Motorist guide to 90 mile beach and Te Paki Sream - Ahipara - ICI 
New name for ninety Mile Beach possible under Treaty deal - NZ Herald 18/01/2010 ICI
Iwi deal to co-manage 90 Mile Beach - NZ Herald 27/01/2012 ICI
Snapper Bonanza Surf Casting competition - ICI
The longuest beaches in the world on which to take a really, really long walk - The Hufftington Post 18/02/2014 - ICI
Explications du nom :
Wikitravel Ninety Mile Beach - ICI
Blog Backpackingmatt - New Zealand's North : Cape Reinga and 90 Mile Beach - ICI

mardi 31 janvier 2017

AUCKLAND'S DAY - Un jour férié pour Auckland !

Alors que ce week-end marque la fin de l'année du singe et le début de celle du coq de feu dans le monde asiatique, ce sont de toutes autres festivités qui étaient célébrées localement de ce côté de la planète en cette fin janvier 2017 avec l'Auckland's Day.

Source : OfficeHolidays - Jours fériés régionaux 2017

Ce jour férié "régional" appartient à un calendrier d'événements définis dans l'Holiday Act de 1981 (loi de 1981 sur les fêtes) qui reconnait à chaque localité et/ou région de Nouvelle-Zélande le droit de célébrer le jour de fondation ou de débarquement des premiers colons dans les différentes provinces coloniales. Les dates correspondantes ne sont pas fixées par la loi mais laissées à l'appréciation des différentes localités/régions si bien que le calendrier varie d'un lieu et d'une année à l'autre selon les us et coutumes, la commodité et/ou la proximité d'événements ou jours fériés saisonniers.  



Pour ce qui est du Auckland's Anniversary Day (selon son appellation complète) il est fêté chaque année le lundi le plus proche du 29 janvier, à Auckland et sa région ainsi que dans toute la partie nord de l'île du nord correspondant à l'"ancienne province d'Auckland" abolie en 1876. Dans la pratique,  outre Auckland et le Northland, la zone couvre Waikato, les régions de Bay of Plenty et Gisborne ainsi que des parties de Manawatu-Wanganui et Hawkes's Bay au nord du 39ème parallèle sud. 

Même si son exactitude a fait couler beaucoup d'encre et alimenté pas mal de débat dans le temps, la date du 29 janvier qui sert de référence commémore l'anniversaire de l'arrivée de William Hobson dans la Bay of Island en 1840 marquant les débuts de la colonie.
Hobson joua un rôle capital dans l'histoire du pays, à la fois co-auteur du traité de Waitangi et premier Gouverneur de la Nouvelle-Zélande. C'est également lui qui établit en 1842 ce jour commémoratif pour marquer le deuxième anniversaire de la colonie et initiant alors une tradition qui dure toujours, bien avant qu'elle ne soit intégrée à la loi de 1981.
 
Nous avons profité de ce week-eend de trois jours pour prendre la route du nord et nous n'avons donc pas assisté aux nombreuses manifestations qui ne manquent pas d'être organisées chaque année par la ville mais cet article ne serait pas complet sans citer au moins les courses de bateaux de tous types coordonnées sous l'égide de l'Auckland Regatta, "la plus importante du monde dans la catégorie des régates courrues sur une seule journée". 
Historiquement, ces régates figurent parmi les plus anciennes; la première édition remonte à septembre 1840, 11 ans avant la coupe de l'America, avec trois courses de deux bateaux auxquelles Hobson aurait lui-même participé, organisées pour les célébrations du baptême de la toute nouvelle ville-capitale d'Auckland. La tradition de cette première régate s'est ensuite perpétuée, intégrée aux commémorations du Auckland's Day de janvier. 
Une façon finalement assez logique de fêter l'Auckland's Day dans la City of Sails (la ville des voiles) !


Somme toute, Auckland's Day est aussi et avant tout l'occasion pour beaucoup d'Aucklanders de profiter d'un dernier pont pour prendre le large avant la fin des vacances scolaires, un peu comme le Labor Day du premier lundi de septembre aux Etats-Unis... Et cette année nous sommes chanceux, ce sera coup double parce que le 6 février tombe un lundi et qu'il nous permettra d'enchaîner avec un autre pont de trois jours à l'occasion de la fête nationale* pour bien profiter de l'été ! Vive les jours fériés !


* Fête nationale :  6 février / commémoration de la signature du traité de Waitangi en 1840
 
Nota : depuis 2011, Auckland's Day sert de référence pour l'établissement du calendrier scolaire néo-zélandais, l'année scolaire devant débuter entre Auckland's Day et le 7 février.
Alors Auckland's Day c'est parfois le dernier jour de vacances pour ceux qui bénéficient de ce jour férié mais aussi le jour de la rentrée des classes pour beaucoup d'écoliers et d'enseignants des autres régions. 

Jours fériés régionaux - Regional Holidays in New Zealand ICI
Auckland Anniversary events to watch out for - NZ Herald 28/01/2017  ICI
Auckland Anniversary Day - Wikipedia ICI
NZ Public Holiday 2017 - ICI

mercredi 25 janvier 2017

NOUVELLE-ZÉLANDE - Le bout du monde, c'est quand même loin ...

La Nouvelle-Zélande est souvent évoquée comme "le pays du bout du monde", la distance apportant une aura de mystère et d'inaccessibilité en guise d'exostisme. Et s'il est vrai que c'est une superbe destination de voyage offrant des paysages magnifiques et une formidable bouffée d'air et de liberté avec ses grands espaces, le rêve a aussi un prix pour celui qui se laisse séduire et choisit de s'y installer : celui de l'éloignement.


Détail - Table d'orientation Maungawhau - Mt Eden Auckland - ©SM

La table d'orientation de Maungawhau - Mont Eden indique des distances séparant Auckland d'autres villes du monde en affichant 18'550 km pour Paris. 
Alors quand on sait que la plus grande longueur terrestre est celle de l'équateur avec 40'075 km et que la plus grande distance séparant deux points sera au maximum de la moitié, c'est-à-dire plus ou moins 20'000 km, on y est presque !




Du reste, ce n'est pas sorcier, il suffit de se pencher sur un globe et de le faire tourner en imaginant l'axe passant par la France dans l'hémisphère nord pour ressortir à l'endroit diamétralement opposé dans l'hémisphère sud pour constater que la Nouvelle-Zélande est quasiment à l'antipode. Deux communes françaises* sont d'ailleurs officiellement diamétralement reliées à deux îles proches de la Nouvelle-Zélande et appartiennent au club très fermé des "4% de la surface du globe qui possède des points antipodaux situés tous les deux sur des terres émergées".
À l'inverse, on peut noter que l'antipode d'Auckland est situé en Espagne, à  Séville l'Andalouse, distante de 19'926 km.

Source wikipedia common - Cartes superposées inversées / superposition des antipodes
De France il est donc difficile de faire plus loin que la Nouvelle-Zélande et alors qu'il est facile de comprendre la notion d'antipode d'un point de vue théorique, ce n'est toutefois qu'une fois sur place qu'on réalise vraiment l'ampleur de ce qu'il représente, de façon très pratique quand en plus il faut cumuler :

- des saisons inversées ... ça c'est plutôt rigolo d'autant qu'en s'organisant bien on peut profiter de deux étés, skier en été (français) ou passer Noël à la plage pendant l'hiver (français),     

- 12 heures de décalage ... ça c'est déjà moins commode : quand la journée commence en France, elle se termine en Nouvelle-Zélande et quand elle s'achève en France, c'est déjà le lendemain chez les kiwis qui ont toujours un temps d'avance, le pays se positionnant juste après la ligne de changement de date,  

- 24 heures de vols au moins, en deux étapes minimum, sans compter les temps d'escales pour voyager d'Auckland à Paris (ou inversement) ... ça c'est déjà plus héroïque et du lourd ... parce qu'en pratique, on peut difficilement passer sous la barre des 28 heures de voyage sachant qu'il faut encore ajouter plusieurs heures à ce temps minimum pour peu qu'il faille se connecter à un point en province à l'arrivée et/ou au départ.

Le voyage est non seulement long (très long) et donc fatiguant mais il peut aussi se révéler extrêment coûteux quand on ne peut le programmer des mois à l'avance parce que la Nouvelle-Zélande n'est pas située sur les grands axes commerciaux où la concurrence et les volumes permettent de jouer sur le prix des vols.

La destination se révèle donc idéale pour ceux qui ont du temps ou qui cherchent à prende la tangente en maximisant le nombre de kilomètres avec la France mais il faut avoir conscience que les choses peuvent se compliquer une fois installés sur place lorsqu'une urgence survient et qu'il faut rentrer au plus vite, parce qu'alors le bout du monde c'est loin ... vraiment très très loin !


* Alzon/Gard antipode de Waitangi/île de Chatham au large de la Nouvelle-Zélande
   et Bouillé-Ménard/Maine-et-Loire antipode des îles Bounty appartenant à la Nouvelle-Zélande
   (source wikipédia / Point antipodal  ICI)

jeudi 12 janvier 2017

AEROPORT D'AUCKLAND / Jean Batten terminal : c'est quoi l'avion au plafond ?

Avec les fêtes de fin d'année, les occasions de se rendre au terminal international de l'aéroport d'Auckland se sont enchaînées et à force de patienter dans le hall des arrivées j'ai commencé à m'intéresser aux détails des éléments du décors, en particulier l'avion années 1930 suspendu au plafond avec cette question inscrite au mur pour interpeler les visiteurs :
 "pourquoi y-a-t-il un avion suspendu au plafond ?"

Percival Gull Monoplane de Jean batten - Aéroport Auckland - Arrivées Internationales - ©SM

La réponse ?

On la trouve sur le mur le plus proche de l'avion et la balustrade vitrée située à l'étage d'où l'on peut voir l'antique machine volante d'un peu plus près ... 
Le mur affiche un grand portrait de Jean Batten avec les mentions "1909-1982" et "World-famous New Zealand Aviatrix" (aviatrice mondialement connue).
Jean Batten ? A vrai dire, je n'en avais jamais entendu parler avant de m'installer à Auckland début novembre 2016 mais je me rattrape depuis car elle n'arrête pas de se manifester, dans différents contextes :
1 - D'abord au terminal international de l'aéroport qui porte son nom,
2 - ensuite lors du Auckland free Walking tour qui passait par la place portant son nom au pied d'un immeuble où elle a vécu, le guide nous a parlé de cette conquérante du ciel qui fait la fierté du pays,
3 - enfin, c'est moins "glamour", lors de la visite du Howick Historical Village qui présente des toilettes ayant appartenu à sa famille (oui, les toilettes, la petite cabine en bois qu'on plaçait autrefois au fond des jardins) ... mais ça prouve bien que quand on a une héroïne nationale on essaye de s'en approprier un bout quitte à la caser à n'importe qu'elle sauce ...


©SM


Quant à la balustrade surplombant le hall des arrivées, elle présente une sorte de frise chronologique sur la vie, les exploits et les caractéristiques de l'avion le plus important pour les conquêtes de Jean Batten.
C'est une sorte de jeu de piste éducatif dans l'aéroport, pas mal fait et dont l'idée est plutôt bonne, à deux réserves près :
- le manque de lisibilité des informations placées sur les vitres, 
- leur accessibilité restrainte du fait des tables du food-court qui s'y collent,
avec au final,
peu d'adeptes à ce petit jeu,
on ne vient pas à l'aéroport pour ça !



Il n'en reste pas moins que Jean Batten est une icône nationale, une femme qui a su se faire une place dans un monde d'hommes en battant ou en établissant de nombreux records de vols faisant d'elle une personnalité mondialement connue des années 1930 et à la suite desquels elle a reçu moultes distinctions honorifiques.

Statue de Jean Batten - Aéroport d'Auckland - ©SM

À son actif :

- En 1934 : vol en solo de l'Angleterre à l'Australie en 14 jours et 22 heures avec un Gipsy Moth (elle bat de plus de 4 jours le précédent record détenu par Amy Johnson, une aviatrice anglaise)

- En 1935 : vol Australie- Angleterre en 17 jours, première femme à effectuer ce "vol retour".

- En 1935 : record du monde Angleterre-Brésil, Jean Batten parcoure 5'000 miles en 61 heures avec le Percival Gull. Cet exploit établi également le record de vitesse de la traversée de l'Atlantique sud et permet d'inscrire la première femme à la liste des pilotes ayant réalisé la liaison aérienne Anleterre-Amérique du sud. Pour cette performance, elle est honorée de l'Ordre national de la Croix du Sud, première personne autre qu'un membre de la famille royale à être ainsi distinguée.

- En 1936 : elle est le tout premier pilote à avoir effectué le vol solo direct Angleterre-Nouvelle-Zélande (Auckland) soit 14'224 miles en 11 jours et 43 minutes avec son Percival Gull. C'est sans doute l'exploit qui reste le plus connu et le plus cher au coeur des néo-zélandais. Au passage, ce vol permis d'établir un nouveau record de vitesse pour la traversée Australie-Nouvelle-Zélande en 10 heures 30 minutes.
Son exploit fut honoré par les Maori de Roturoa, sa ville natale : ils lui donnèrent le nom d'Hine-o-te-Rangi (Fille du ciel) et lui offrirent une cape de plumes de chef. Elle fut également nommée Commandeur de l'ordre de l'Empire Britannique (CBE) et reçu la croix de chevalier de la Légion d'honneur française.

- En 1938, elle est la première femme à recevoir la médaille de la Fédération aéronatique internationale, la plus haute distinction de l'aviation.

Timbre de 1990, série "heritage"/"achievers" émise pour les 150 ans de la Nouvelle-Zélande
Toujours encouragée et soutenue par sa mère, Jean Batten était une femme douée, engagée, passionnée et volontaire qui a marqué son époque et l'histoire de l'aviation jusqu'à ce que la deuxième guerre mondiale change la donne et mette un terme à l'époque des pionniers du ciel.
Surnommée la "Garbo du ciel" par Ian Mackersey dans la biographie qu'il lui consacre, sa vie ferait un formidable roman balisé par les deux guerres mondiales, marqué par l'aventure et les voyages avec un volet amoureux jalonné de fiançailles mais jamais de mariage, une séductrice qui utilisait ses conquêtes pour servir ses desseins et obtenir le financement de ses cours de pilotage et de ses avions ... une pionnière du sponsoring aussi qui après la célébrité et la mort de sa mère en 1966, connu une fin de vie solitaire et une mort tragique, inhumée dans l'anonymat le plus complet au coeur d'une fosse commune des Baléares où elle repose.

Cette héroïne nationale a contribué à placer la Nouvelle-Zélande sur la carte du monde à son époque mais elle pourrait aussi illustrer le côté progressiste de son pays où les pionnières ont su très tôt s'imposer, se faire entendre et prendre leur place (la Nouvelle-Zélande est par exemple le premier pays à avoir accordé le droit de vote aux femmes, dès 1893)...

... Bref, une sacrée nana sur laquelle l'avion pendu de l'aéroport d'Auckland cherche à attirer l'attention et rappeler les exploits malgré l'indifférence ambiante ! 

15 septembre 2016 - Doodle Google pour le 107ème anniversaire de Jean Batten
Nota :
Le livre My Life de Jean Batten, publié en 1938 chez George G. Harrap & Company Limited est disponible en anglais, en version digitale sur le site de l'université Victoria de Wellington. Un témoignage accessible et une narration linéaire assez factuelle évoquant notamment les conditions des vols qui suivaient des  repères terrestres, passaient par l'enregistrement dans des stations de l'empire britannique, le tout avec des instruments et des moyens relativement rudimentaires.

Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
Hine : fille
Rangi : ciel, jour

Sources et plus d'infos :
Biographie Jean Batten - Te Ara - ICI
My Life de Jean Batten - Version digitale - Victoria University of Wellington - ICI
Jean Batten, "la fille du ciel" - page 114 / Portraits légendaires d'aviateurs, Hervé Gouinguenet ICI
Jean Batten Doodle - ICI

mardi 10 janvier 2017

KAURIS MENACÉS - Prière de s'essuyer les pieds avant d'entrer dans la forêt ...

Dans le plus grand parc régional d'Auckland, à Waitakere Ranges, les visiteurs sont priés de s'essuyer les pieds avant d'entrer dans la forêt afin de protéger les kauris, des arbres menacés ...

Waitakere Range Regional Park - ©SM

Pour les Maori, le kauri géant était le roi des forêts de Nouvelle-Zélande, un arbre endémique aujourd'hui menacé qui couvrait autrefois toute la latitude du 38º parallèle sud dans l'île du nord : la région d'Auckland, la péninsule de Coromandel et le Northland. Dans la famille des conifères, ce lointain cousin du séquoia appartient au club des arbres les plus grands et les plus vieux de la planète, capable de vivre plus de 1'000 ans et de produire un tronc de plus de 2 mètres de diamètre. Un tronc habituellement long, droit et blanc-grisâtre. Ses feuilles sont longues et vertes (couleur bronze pour un jeune arbre) et pour se reproduire, l'arbre produit des pommes de pins mâles (pollen) ou femelles (graînes).         

Kauri / Waitakere Range Regional Park - ©SM
Le kauri, Agathis Australis de son nom savant, vit dans des forêts mixtes avec d'autres espèces d'arbres. À maturité, il domine la canopée  et est parfois entièrement couvert de lianes; il est indispendable à certaines espèces de fougères, d'orchidées, de buissons et d'herbes qui ne vivent que sous son couvert. Le kauri pousse sur des sols pauvres sans rivaliser avec les arbres nécessitant des conditions plus fertiles.

Les Maori valorisaient les kauris pour leur taille et leur sève mais pour le bois, ils préféraient utiliser d'autres arbres alors que les européens les ont immédiatemment adoptés pour les mats des voiliers, la construction navale et courante. Surexploitées, les forêts se sont alors rapidement éclaircies et les zones survivantes ne doivent souvent leur salut qu'à leur inaccessibilité. Espèce menacée, le kauri est un arbre aujourd'hui scrupuleusement surveillé, protégé et il fait l'objet de programmes de replantations.       


Malheureusement une autre menace guette ces kauris : la maladie du dépérissement (dieback disease). Causée par une sorte de champignon dont les spores attaquent l'arbre par les racines, endommageant d'abord les tissus qui transportent les éléments nutritifs entrainant ensuite le jaunissiment des feuilles qui tombent, l'éclaircissement de la canopée, la mort des branches et des lésions à la base de l'arbre avec perte de résine jusquà ce que l'arbre n'y resiste plus et finisse par succomber. 
Observée pour la première fois dans les années 1970 sur l'île de Great Barrier au large d'Auckland, la maladie a été formellement identifiée en 2008 mais il n'existe aucun moyen de la traiter pour l'instant. Déjà présente dans plusieurs forêts de Nouvelle-Zélande, notamment dans le parc régional de Waitakere Range, elle se propage par le sol et les racines et des mesures sont prises pour essayer de contenir l'épidémie en informant le public et en l'invitant à participer à la prévention par :
- Des brochures et des panneaux d'information,
- la fermeture de certains sentiers de randonnées,
- des instructions et du matériel (paillassons, brosses, sprays desinfectants) pour que les marcheurs du dimanche et les randonneurs nettoient leurs chaussures AVANT d'entrer dans les forêts, qu'ils ne sortent pas des chemins et qu'ils nettoient encore une fois leurs chaussures en sortant...


Alors il ne faut pas trop s'étonner du travail de la "biosécurité" qui veille un peu obsessionnellement au maintien de la biodiversité de Nouvelle-Zélande, le visiteur est prié de montrer pate blanche en passant la douane et de faire ensuite comme tout le monde : s'essuyer les pieds en entrant et en sortant des forêts de kauris, des gestes simples pour essayer de contribuer à sauver ces arbres vénérables... 

En jaune, les forêts touchées - ©SM
©SM














Station de nettoyage à l'entrée d'un sentier - ©SM










Sources et plus d'infos :
Kauri - Te Ara encyclopedia of New Zealand - ICI
Auckland Council - Biosecurity - Kauri Dieback Disease - ICI

vendredi 6 janvier 2017

HOWICK HISTORICAL VILLAGE - Plongeon dans le passé "colonial"

Notre quartier de résidence au sud d'Auckland appartient au village d'Howick où se niche un site patrimonial homonyme, le "Howick Historical Village". Signalé au bord des routes que nous fréquentons par des panneaux de couleur marron spécifiques aux curiosités touristiques, leurs messages se répétant à chaque passage de façon subliminale, nous avons fini par les suivre pour une petite visite de voisinage.

Howick Historical Village - ©SM

Installé dans un havre de verdure entre Lloyd Elsmore Park et Bell Park, Howick Historical Village est un village "reconstitué" composé d'une trentaine de maisons coloniales "d'époque" (1840-1880) récupérées un peu partout dans les environs d'Auckland pour témoigner de l'installation des migrants européens en Nouvelle-Zélande et évoquer l'histoire de la fin du 19ème siècle, en particulier celle des "fencibles". Une histoire soigneusement documentée par la "Howick Historical Society" officiellement créée en 1962 dont les bénévoles passionnés assurent restauration des maisons et animations. 

Le village se veut en effet un "musée vivant" avec des mise en scènes périodiques en costumes d'époque (3ème dimanche de chaque mois) mais si nous avons bien été accueillis par deux matrones bonetées à l'entrée/caisse/boutique, le village était on ne peut plus calme lors de notre passage du 23 décembre, avant-veille de Noël : pendant deux-trois heures, nous étions pratiquement les seuls hôtes avec pour privilège l'usage quasi-exclusif du village jusqu'à sa fermeture, idéal pour faire des photos et prendre le temps de lire les très nombreux panneaux explicatifs.

Objets, mobilier et jardins - ©SM


Pour la petite histoire, après le traité de Waitangi et l'établissement d'Auckland comme capitale*, le gouverneur George Grey souhaitait encourager l'immigration mais il craignait plusieurs menaces pour l'installation des colons :
1-  celle des français qui venaient d'annexer la Nouvelle-Calédonie et Tahiti,
2 - celle des maori, en particulier Hone Heke, un chef qui avait coupé à cinq reprises le mat du drapeau anglais pour signifier clairement que les colons n'étaient pas les bienvenus...

Objets, mobilier et jardins - ©SM


Pour protéger la nouvelle capitale et assurer son développement, il fut alors décidé d'y envoyer d'anciens soldats retraités de l'armée britannique ayant combattu en Afghanistan, Inde, Malte ou ailleurs dans l'empire. La plupart avaient plus de vingt ans de service à leur actif quand ils furent invités à intégrer un nouveau corps d'armée baptisé Royal New Zealand Fencible Corps, créé spécialement pour assurer la défense d'Auckland en cas d'attaque.

Autorisés à émigrer avec femmes et enfants, le programme d'immigration des "fencibles" fut le plus important de l'époque. Il entraina l'installation de 2'500 migrants sur les quartiers actuels de Panmure, Otahuhu, Onehunga et Howick où vivent encore de nombreux descendants fiers de leurs origines et pour beaucoup à l'initiative du développement de Howick Historical Village. La liste des dix voiliers qui les ont transportés entre 1847 et 1852 ainsi que celles de leurs passagers sont exposées dans l'une des maisons du village où l'on apprend que le voyage durait de 3 à 4 mois, le transit se faisant dans de bonnes conditions pour l'époque. Seul le "Clifton" fit exception, surnommé "ship of sorrows" (le navire des larmes) parce que 46 de ses passagers trouvèrent la mort pendant la traversée, essentiellement des enfants venant d'Irlande où sévissait alors la famine. Il faut dire que ces conditions particulièrement difficiles en Irlande à l'époque expliquent l'origine irlandaise de plus de la moitié des "fencibles" avec une forte concentration de ceux-ci sur Panmure.

Howick Historical Village - ©SM

Selon les termes de leur engagement, les "fencibles" se voyaient offrir la traversée vers la Nouvelle-Zélande et un cottage de deux pièces avec un acre de terre à l'issu de sept années de service. Tout était parfaitement règlementé, par exemple la taille de la malle d'effets qu'ils étaient autorisés à prendre avec eux. Une fois sur place, on les encourageait à trouver un emploi complémentaire, leurs obligations militaires étant essentiellement réduites à parader chaque dimanche (il n'y eu qu'un seul appel pour raisons militaires, en avril 1851). Certains se voyaient offrir la possibilité de travailler pendant un an à la réalisation de travaux publics, employés à la construction des premières infrastructures, routes et ponts.

Howick Historical Village - ©SM

À l'arrivée des 4 premiers navires, il n'existait encore aucune construction et tout était à faire par/pour les premiers migrants. Ils furent d'abord logés dans des tentes, des cabanes ou dans deux longs hangars de la plage d'Howick, un pour les hommes et l'autres pour les femmes et les enfants. On peut se faire une idée de cet habitat tempotaire précaire (tente et cabane) dans Howick Historical Village, ces éléments ayant été intégrés à la mise en scène. Vinrent ensuite les différents types de constructions qui furent attribuées en fonction du rang : de la maison double pour les simples soldats aux plus grandes maisons pour les officiers. 

Après les sept années, les "fencibles" revenaient définitivement à la vie civile, propriétaires indiscutés de leur maison et de leur bout de terrain qu'ils pouvaient facilement agrandir, la terre étant alors disponible et vendue à bas prix. Le programme connu un grand succès puisque seulement 3 "fencibles" choisirent de retourner en Europe à la fin de leur service alors que tous les autres choisirent de rester sur leur nouvelle terre d'adoption pour y former cette nouvelle communauté bien particulière. 

Howick Historical Village - ©SM

Outre les exemples de maisons de pionniers de différents modèles et tailles avec l'histoire de leurs anciens propriétaires dont certains ont fait leur chemin (on retrouve par exemple une mention et un lien avec l'aviatrice Jean Batten), le village reconstitué compte plusieurs écoles, une cure, une église, un moulin, un tribunal, un atelier de forgeron, une scierie, une épicerie, un pub et quelques exemples de cabanes de Maori (histoire de ne pas oublier les indigènes dont l'un était ici le facteur). L'ensemble est organisé autour d'une pièce d'eau et d'une rue circulaire. Trois maisons étaient fermées lors de notre passage mais toutes les autres étaient accessibles, regorgeant d'objets et d'indications sur leur utilité et la façon de les fabriquer/utiliser, autant de témoignages de la vie passée : ruche, puits, mobilier, objets de tous les jours, savon, bougies, outils, jouets, etc. 

Une visite vraiment très intéressante pour plonger dans un passé colonial "grandeur nature" et cette histoire bien particulière des "fencibles". Cela permet en outre de comprendre l'origine des très très nombreux noms militaires associés aux lieux et rues du village d'Howick actuel (Stockade Hill, The Parade, Waterloo, etc.).

Howick Historical Village - ©SM

* Nota : Auckland a été capitale de la Nouvelle-Zélande de 1841 à 1865 avant qu'elle ne soit transférée à Wellington, plus centrale. 

Informations pratiques Howick Historical Village :
Adresse : Bells Road, Llyod Elsmore Park, Pakuranga, Auckland 2145
Ouvert tous les jours de 10h00 à 17h00 (dernière admission à 16h00)
[Fermé le 1er janvier, vendredi de Pâques, ANZAC day, Noël et 26 décembre]
"Live days" / Journées d'animations en costumes : 3ème dimanche de chaque mois (sauf décembre)
Prix ticket adulte : 16 NZD
Téléphone : (09) 576 9506
Lien website  ICI

Sources et plus d'infos :
Howick Historical Village ICI
Taking charge of treasured assets - Article Times 30/1/2015 ICI
Howick Historical Village - Te Ara - ICI

mercredi 4 janvier 2017

TE ARA - L'encyclopédie en ligne de la Nouvelle-Zélande

Lorsque je me lance dans la rédaction d'un article, je cherche en général à en savoir plus pour comprendre, enrichir et développer un sujet qui m'intéresse et c'est ainsi que j'ai découvert Te Ara, l'encyclopédie en ligne de la Nouvelle-Zélande.


Te Ara est un mot maori signifiant "le chemin" adopté pour ce projet gouvernemental lancé en 2002 par le ministère de la culture et du patrimoine afin de concevoir et mettre en ligne une encyclopédie officielle de la Nouvelle-Zélande, en version bilingue anglais-maori (même si tout n'est pas encore traduit). Le site a démarré en 2005 et sa première étape de construction s'est terminée en octobre 2014 après un enrichissement progressif de contenu.

Initialement, le comité éditorial placé sous la houlette d'un historien, Jock Phillips, avec un personnel dédié composé d'une équipe de concepteurs, écrivains, rédacteurs, chercheurs d'images et de ressources, a choisi de travailler par thèmes.

1 - Pour cette entreprise au long cours, le premier des thèmes a été consacré à l'"histoire des Néo-Zélandais" couvrant les migrations des peuples, leur implantation, des peuples maoris indigènes aux autres groupes d'immigrants.

2 - Le deuxième thème a été introduit en 2006 sous l'intitulé "Terre, Mer et Ciel" traitant de la faune et la flore marine, celles des rivages, les interractions entre les peuples et la mer ainsi que les forces façonnant le paysage : géologie, vulcanologie ou le climat.

3 - La section consacrée au "Bush" a été lancée peu après, en 2007 pour traiter des paysages, forêts, plantes et animaux endémiques, la façon dont ils ont été exploités et étudiés avec plus d'une centaine de sujets couvrant des points aussi variés que la cartographie, les forêts indigènes, le moa, le kiwi, les explorations maori, les espèces menacées, etc.

Le développement s'est ensuite poursuivi avec l'introduction progressive de six autres thèmes :
4 - Vie rurale ("The setlled landscape") : agriculture, vie rurale, impact des hommes sur le paysage (2008),
5 - Économie et villes : économie, entreprises / vie des affaires, espaces urbains (2010),
6 - Relations sociales : groupes sociaux, famillles et communautés (2010),
7 - Gouvernement et nation : système de gouvernement, symboles de l'identité nationale, (2012),
8 - Vie quotidienne, sports et loisirs : vie quotidienne, coutumes, sports et loisirs (2013),
9 - Arts et vie intellectuelle : art, culture, invention et innovations (2014).

S'ajoutent à tous ces éléments thématiques, des informations sur 22 régions géographiques et un chapitre sur "la Nouvelle-Zélande en bref" qui permettent de compléter ce tableau encyclopédique.


Entièrement repensée, cette encyclopédie en ligne n'est toutefois pas la première version officielle pour la Nouvelle-Zélande puisqu'elle fait suite à "An Encylopaedia of New Zealand" publiée en 1966 dont la version digitalisée a été intégrée au site de Te Ara.
Un autre élément pré-existant à avoir été inséré dans Te Ara est le Dictionary of New Zealand Biography (Dictionnaire des biographies de la Nouvelle-Zélande) sachant toutefois que dans ce domaine, Te Ara ne traite en principe pas des personnalités vivantes.

Pour mémoire, la plus importante encyclopédie de la Nouvelle-Zélande publiée antérieurement, entre 1897 et 1908, était The Cyclopedia of New Zealand sachant qu'il s'agissait d'une entreprise commerciale privée dans laquelle les entreprises ou des particuliers finançaient les entrées qu'ils souhaitaient voir couvertes.  

Pour ce qui est de la partie maorie, les éditeurs du nouveau site indiquent que c'est un élément particulièrement important de Te Ara :
- Avec dans chaque section, la présentation de la perspective maori,
- une traduction en reo Maori (langue maori) de toutes les histoires ayant un contenu maori substantiel.

Histoire(s), biographies, géographie, les sujets comprennent en général une section concise avec les informations majeures puis des chapitres détaillés organisés un peu comme des fiches. Les articles sont datés avec mises à jour/révisions indiquées quand nécessaire et le site à fait peau neuve avec un tout nouveau design à la fin de l'année 2016.
Au final, Te Ara est une source d'informations bien documentée et étayée d'une présentation bien conçue avec la souplesse d'un site qui permet de faire des recherches par mots clés.

Te Ara, a évidemment intégré à ma liste de sites favoris et il est à connaitre par tous ceux qui veulent en savoir plus sur la Nouvelle-Zélande, "version officielle" ! 



Nota / Bon à savoir : Te Ara est également source et éditeur de livres de références qu'on trouve facilement dans les boutiques des musées, notamment au Auckland War Memorial Museum. (Voir Te Ara in Print ICI ) 

Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
Te Ara : le chemin
Reo Maori : le maori (langue)

Photos : extractions site Te Ara
Source et plus d'infos :
Site Te Ara   ICI