mercredi 7 décembre 2016

LIVRES - Mister Pip - Lloyd Jones





Sur le chemin des découvertes littéraires en pays kiwi, j'ai déniché une pépite...

Mister Pip de Llyod Jones
Titre français : Mister Pip
Genre : roman
Première édition : 2006

 


L'histoire :
Au début des années 1990, la guerre fait rage à Bougainville (Papouasie-Nouvelle Guinée) et la vie s'arrête dans le petit village de pêcheurs où vit Mathilda et ses camarades à l'autre bout de l'île. L'école est fermée pendant des semaines. Tous les blancs sont partis sauf le curieux Mr Watts qui va s'improviser maître d'école pour offrir un semblant d'éducation aux enfants et les sortir de l'oisiveté. Il leur présente Monsieur Dickens et "Les grandes Espérances" dont la lecture quotidienne offre une échapatoire et nourrit les imaginations en transportant la petite classe dans le Londres du 19ème siècle. Dans cette école improvisée, les adultes du village sont invités à venir partager ce qu'ils savent, aussi modestes soient leurs connaissances et c'est ainsi qu'une certaine rivalité s'établie entre l'imaginaire de Dickens et les preceptes religieux défendus par la mère de Mathilda.
Malheureusement, si la vie reprend un certain cours, la guerre n'épargne pas le village pris entre deux camps et lorsqu'il n'y a plus rien, même plus un livre, il ne reste plus que l'imagination et l'esprit contre les armes alors que face à la violence aveugle, on en vient à évaluer ce que peuvent peser l'humanité et les valeurs de chacun.

Un livre un peu inhabituel,
qui se lit bien et ne laisse pas indifférent,
avec un côté voyage absurde en absurdie,
beaucoup d'humanité,
marquant, on ne peut pas l'oublier une fois la dernière page tournée, 
sur la survie et la résilience,
et l'influence qu'un simple livre et son partage peuvent avoir dans l'esprit et aussi la vie de ceux qui le reçoivent. 

Sur le livre et l'auteur :
Mister Pip est le best-seller de Llyod Jones pour lequel il a reçu notamment le prix du meilleurs écrivain du Commomwealth 2007 et une sélection au prix Man Booker 2007. Le livre a fait l'objet d'une adaptation cinématographique notée 7,2/10 sur IMDb, filmée à Bougainville en Papouasie-Nouvelle Guinée et en Nouvelle-Zélande, présenté en avant-première au festival international du film de Toronto en septembre 2012 avant sa diffusion en salles en 2013.
Son auteur Llyod Jones a de multiples cordes à son arc mais il se veut avant tout écrivain et sa bibliographie multi-primée qui démarre au début des années 1990 comprend des romans, des livres pour enfants ainsi qu'une collaboration avec le photographe Bruce Foster pour Last Saturday. Outre l'adaptation au cinéma de Mister Pip, un autre de ses livres, The Book of Fame, avait déjà été adapté pour le théâtre en 2003.
Formé aux sciences politiques à l'université Victoria de Wellington, Llyod Jones est également journaliste. Il s'est inspiré de son expérience de correspondant lors de la guerre à Bougainville pour la trame de fond finalement retenue dans son Mister Pip, un texte longuement travaillé, aboutissement d'une dizaine de versions d'abord situées dans une île imaginaire. 
Né en 1955, Llyod Jones est un Néo-Zélandais pur souche, né à Lower Hutt près de Wellington où il vit. L'auteur a eu l'occasion de voyager et de s'étalir plusieurs fois quelques mois hors des frontières, récipiendaire de prix et bourses littéraires qui l'ont ainsi amené à Menton, en France (bourse Katherine Mansfield 1988) ou à Berlin en Allemagne (Creative New Zealand Berlin Writers' Residency 2007).     


Nota : 
- depuis 1970, la bourse Katherine Mansfield permet à des auteurs néo-zélandais de vivre plusieurs mois (jusqu'à 6) à Menton en France. Ils ont alors accès au bureau de la Villa Isola Bella où vécu Katherine Mansfield, l'un des auteurs néo-zélandais les plus emblématiques dans le pays.  
- Placé sous l'égide du Art Council of New Zealand, le Creative New Zealand Berlin Writer' Residency est attribué tous les deux ans à un auteur néo-zélandais établi, pour travailler à Berlin pendant plusieurs mois (jusqu'à 11) sur un projet préalablement approuvé.  

En savoir plus :
Profil complet de Llyod Jones - Book Council New Zealand  ICI
Katherine Mansfield Fellowship - ICI 
Creative New Zealand Berlin's Writer' Residency -  ICI

mardi 6 décembre 2016

Illuminations de Noël - Franklin road Christmas lights

Après la Farmers Christmas Parade et les vitrines des commerçants, d'autres signes annoncent que le compte à rebours pour les fêtes de fin d'année a bien commencé à Auckland et cette fois, c'est du côté des particuliers que ça se passe.

Pour certains, accrocher quelques boules et guirlandes sur un sapin de Noël posé près d'une fenêtre et suspendre des chaussettes à l'intérieur de la maison, ça ne suffit pas. Il faut s'ateler aussi à décorer l'extérieur, le palier, les murs et le toit de la maison sans oublier le jardin avec une profusion de décorations et de lumières pour que ça se voit bien et démontrer ainsi le sérieux que l'on porte à la question !


Les décorations de Noël, c'est du  sérieux !   ©SM

... Et croyez-moi, ce n'est pas une mince affaire comme nous avons pu le constater en observant  l'un de nos voisins à la tache depuis la mi-novembre (je n'exagère pas), chaque jour apportant un nouvelle élément de décoration toujours plus kitch : d'abord des guirlandes blanches lumineuses savamment disposées en pluie sur ses haies, puis quelques guirlandes bleues, un immense sapin lumineux sur la façade extérieure, un puits illuminé dans l'allée, un Père-Noël dans son traineau tiré par ses rennes au clair de lune sur le toit, un autre Père-Noël lumineux s'activant sur sa balançoire dans la cour, une mongolfière lumineuse sur un mât avec sa nacelle "Merry Christmas" le tout surmonté d'un ange et d'une étoile (un montage difficile, plusieurs journées de travail !), des cerfs lumineux dont l'un avec une tête mobile, d'autres Père-Noël versions gonflables se balançant au vent ou montant et descendant, un bonhomme de neige sur le balcon, etc. Un peu dubitatifs, un peu étonnés mais aussi admiratifs de cette ardeur, nous profitons chaque soir de ce spectacle privé.     

Ce voisin est toutefois un cas un peu unique dans notre quartier mais en allant du côté du centre ville sur Franklin Road, entre Victoria Park et Ponsoby Road, on peut assister à une même débauche de décorations et de lumières,  à l'échelle de toute une rue cette fois dans laquelle tous les voisins se prêtent au jeu, ou presque (de l'ordre de 105 maisons sur 115).

Franklin Road Christmas Lights -   ©SM
Initié il y a maintenant 23 ans par un comité de quartier, les Christmas Lights de la rue Franklin font maintenant partie des traditions de Noël d'Auckland pour l'émerveillement chaque année renouvelé des enfants qui viennent les admirer en famille mais aussi celui des grands, parents, touristes et photographes en tous genres. Un incontournable tel que les travaux d'amémagement d'Auckland Transport actuellement en cours dans le quartier sont complètement suspendus pendant tout le mois de décembre afin de ne pas perturber ce spectacle de rue gratuit et la centaine de millier de visiteurs qu'il attire entre le 1er décembre et le réveillon de Noël ... avec dans leur sillages, quelques bataleurs, vendeurs de bonbons ou de ballons et musiciens sans oublier un service spécial de nettoyage pour faire face à l'augnentation du passage des piétons sur cette rue essentiellement résidentielle comptant quelques professionnels (dentiste, architecte, etc.). 

Franklin Road Christmas Lights -  ©SM
C'est aussi l'occasion de voir quelques jolies maisons edwardiennes dans un quartier relativement aisé et proche du centre, habituellement très tranquille qui connecte le centre avec la rue commerçante de Ponsoby et ses restaurants. 
En bon citoyens soucieux de l'environnement, les illuminations ne sont pas prolongées au-delà de 23h avec le soucis d'économiser l'électricité (même si la note doit être déjà copieuse !) et peut être aussi celui de ménager la tranquilité du voisinage après le passage des hordes nocturnes qui ne se gènent pas et franchissent parfois sans complexe la limite des propriétés pour des photos in-situ. Les efforts des uns et des autres sont très variables, entre démesure et simplicité, excentricité (Pikachu au milieu des Père-Noël) et humour (sur une façade, "grand signe "ditto" dirigé vers le voisin), etc.

Bref, une orgie de lumières qui rappelle l'extravagance de certaines banlieues américaines avec lesquelles les néo-zélandais pourraient concourrir sans honte avec toutes leurs chances. 

Noodle Night Markets - ©SM
Notons que cette année, le début des illuminations concordait avec la venue pour la première fois à Auckland du Noodle Night Markets, un concept venu d'Australie où ces marchés existent depuis 18 ans. Organisé dans le parc de Victoria, au bout de Franklin Road, il était facile de combiner et de profiter des deux événements sur une même soirée d'autant que le Noodle Night Market se veut une fête gastronomique avec quelques animations (danse du lion par exemple) proposant des plats des différents pays d'Asie (Chine, Thaïlande, Inde, Malaisie, etc.) sur le modèle des cuisines de rues de Hong Kong ou Singapour, avec des dumplings, dim sum, soupes de nouilles, curries, etc. Un événement qui a eu beaucoup de succès à Christchurch, Wellington et Queenstown où il est passé avant Auckland. Un programme a priori séduisant mais finalement assez décevant, certainement pas à la hauteur du battage médiatique qui l'a entouré : beaucoup monde donc de longues queue à tous les stands pour une nourriture assez bas de gamme, sans grande saveur, lourde et grasse.

La tour d'Auckland aux couleurs de Noël - ©SM



Infos pratiques Franklin Road Christmas Lights :
Franklin Road - Auckland
(entre Victoria Park et Ponsoby Road).
Du 1er au 24 décembre 
De 18h30 à 23h chaque soir.
(Mieux une fois la nuit tombée, après 21h). 


Pour en savoir plus :
Page Facebook - Franklin Road Christmas Lights  ICI
Projet de rénovations de Franklin Road par Auckland Transport - ICI
Auckland's top ten Christmas Light Display - Auckland for Kids   ICI

lundi 5 décembre 2016

Auckland Domain Wintergardens

En traversant The Domain, le plus vieux parc d'Auckland et de Nouvelle-Zélande (1845), j'ai été attiré il y a quelques jours par l'architecture victorienne fin 19ème / début 20ème des serres de Wintergardens où la curiosité m'a fait plonger dans un bain de couleurs, la floraison étant à son comble dans la serre tempérée à cette époque de l'année.

Wintergardens - Serre tempérée - ©SM
Wintergardens est composé de deux serres, la "cool house" tempérée avec les plantes en pot, annuelles et vivaces et la "tropical house*" chauffée pour atteindre des températures moyennes de 28ºC abritant les plantes tropicales, permanentes, palmiers, bananiers, arbre du voyageur, etc.
Entre les deux, une longue cour agrémentée d'un bassin et de statues néoclassiques représentant notamment les quatre saisons, délimitée de pergolas, galeries de briques ombragées de tonnelles.
Un peu moins classique, l'ensemble est complété d'un jardin de fougères, la "fernery" accessible par un des côtés de la cour et occupant l'enceinte d'une ancienne carrière dont les volatiles perchés, jouant à cache-cache au milieu des fougères sont des statues de bronze d'oiseaux indigènes réalisées par Greer Twiss, sculpteur néo-zélandais contemporain.

Wintergardens - Serre tropicale -  ©SM
À l'entrée puis à l'intérieur des Wintergardens, plusieurs plaques donnent quelques informations historiques. Ainsi, la serre tempérée fut construite en 1921 sur des fonds générés par l'exposition industrielle, agricole et minière organisée dans le Domain du 1er décembre 1913 au 18 avril 1914 afin d'en commémorer le succès : l'exposition avait attiré environ 870'000 visiteurs à une époque où la population totale de la Nouvelle-Zélande venait à peine de dépasser le million et où Auckland ne comptait pas plus de 100'000 habitants.
Déjà prévues à l'origine, les autres parties des jardins ne virent le jour qu'un peu plus tard, la serre tropicale construite en 1929, adjointe ensuite de la cour et de la fernery en 1931. En proposant un objectif de promenade pour les mois d'hiver dans cette partie du parc, les concepteurs avaient dans l'idée d'en améliorer la fréquentation qui y était jusqu'alors assez douteuse.

Wintergardens - Fernery - ©SM


La carrière occupée par la  fernery avait servie à fournir les gravats nécessaires à l'aménagement des allées de l'exposition 1913-1914. Reconvertie en 1930, elle abritait plus d'une centaine de variétés de fougères à son ouverture mais tombant en ruine à la fin des années 1940, elle fut ensuite fermée jusqu'à sa restauration au début des années 1990. Elle a rouvert ses portes le 29 avril 1994 pour "célébrer la flore et la faune propres à la Nouvelle-Zélande. Elle contient des fougères communes et des rares, y compris des restes de la collection de plantes indigènes ayant gagné le premier prix Loder**".





Wintergardens - Statues - ©SM
Wintergardens - Cour - ©SM


















Les statues de la cour intérieure ont été ajoutées en 1945 et son bassin rénové et amélioré en 1954.

A noter également, une colonne surplombée d'un beau bronze représentant un chat jouant sur un globe, sans indication et dont personne ne semble être sûr de connaitre l'origine comme le rapporte le NZ Herald qui raconte deux versions possibles de son histoire (pas forcément incompatibles d'ailleurs) :
1 - La colonne du chat aurait été érigée en 1927 au moment de la construction de la cour conçue pour relier la nouvelle serre tropicale à la serre tempérée plus ancienne. Selon les plans originaux dessinés par les architectes Gummer et Ford, la colonne devait être surmontée d'un ours. Profondement anti-comministe, l'un des décideurs considéra toutefois que l'ours évoquait trop la Russie et donc le communisme et le fit changer en chat, moins équivoque.
2 - La statue serait une réalisation du sculpteur Richard Gross, un artiste renommé et fantaisiste, souvent commissionné pour la statuaire publique dont il était le précurseur. L'animal avec sa patte en l'air en haut de la colonne représenterait tout simplement le roi des chats dont la patte tendue serait un appel au roi des oiseaux pour que cessent les guerres incessantes entre les chats et les oiseaux.  

Wintergardens - Serre tempérée - ©SM

Ces magnifiques jardins, bien entretenus et chargés d'histoire font maintenant partie du patrimoine de la Nouvelle-Zélande, enregistrés depuis septembre 1989 comme monument de catégorie 1 (Historic Place Category 1). 
Intégrés aux circuits touristiques avec le passage des bus déversant leur lots de visiteurs, ces jardins n'en restent pas moins un havre de paix à savourer pleinement, en toutes saisons surement mais particulièrement en cette fin de printemps / début d'été pour l'explosion florale que réserve la serre tempérée, avec ses formes, ses couleurs et ses odeurs.
 
À apprécier sans modération !


Nota :
* La serre tropicale fit l'actualité il y a trois ans lorsque son amorphophallus titanium géant, qui ne "fleurit" que tous les dix ans environ avec des émanations putrides de cadavre, permis pour la toute première fois en Nouvelle-Zélande d'assister à ce genre de floraison sous serre. 
** Gérald Loder était un anglais fasciné par la flore de la Nouvelle-Zélande qu'il visita pour la première fois en 1886. Pendant de nombreuses années, il rassembla une grande sélection de plantes natives de l'hémisphère sud pour les rapporter et les planter dans son domaine du Surrey en Angleterre
En 1926, Gérald Loder fit don d'une coupe pour "encourager et honorer les Néo-Zélandais s'intéressant, favorisant, conservant et chérissant la flore indigène". Un prix qui a survécu à la mort en 1936 de son initiateur et qui continue d'être attribué chaque année sous l'égide du gouvernement. 
Site du prix Loder. ICI

Infos pratiques Wintergardens :
Avril à octobre : ouvert tous les jours de 9:00 à 16:30 
Novembre à mars : ouvert tous les jours de 9:00 à 17:30 (et jusqu'à 19:30 le dimanche) 
Gratuit
Bon à savoir : il est possible de louer les lieux pour des receptions privées.

Sources et infos complémentaires :
Domain Wintergardens - Heritage NZ   ICI
Cat Statue - Two tales - NZ Herald 7/7/2015  ICI
Cat designer couldn't bear alternative - NZ Herald 7/6/2011   ICI
Auckland's green heart - New Zealand Geographic ICI
Profil de Greer Twiss sur Whitespoace contemporary art- ICI
Profil de Richard Gross sur NZ History - ICI

vendredi 2 décembre 2016

Le phare de Bean Rock


Le phare de Bean Rock est une petite merveille située entre Mission Bay et Devenport dans le golfe d'Hauraki. On peut l'admirer à chaque passage quand on prend le ferry entre Half Moon Bay et Auckland et comme on ne peut pas le visiter, c'est sans doute l'une des meilleures façons de le voir et de le photographier.

Phare de Bean Rock - Novembre 2016 - ©SM

Construit en 1871 sur un récif visible à marée basse, balayé par la mer à marée haute, le phare couronne une structure de bois ouverte, de forme hexagonale sur laquelle repose un cottage d'habitation en bois entouré d'une véranda et coiffé d'un toit de tôle.

Enregistré au patrimoine de la Nouvelle-Zélande en 1989 en tant que "monument historique de première catégorie" (Historic Place Category 1), outre son rôle à une époque où l'essentiel des communications se faisaient par la voie maritime, ce phare a surtout la prérogative d'être le plus vieux et le dernier représentant de son type en Nouvelle-Zélande, sans doute aussi au monde.
 

Phare de Bean Rock - Novembre 2016 - ©SM
Le récif sur lequel il repose était connu des Maori sous le nom de Te Toka o Kapetawa ou "rocher de Kapetawa" par référence à Kapetawa qui fut abandonné par son beau-frère sur le rocher* alors que son nom européen, Bean Rock, fait référence à un lieutenant Bean, membre d'équipage à bord du H.M.S. Herald** en 1840.

Caché à marée haute, l'éceuil représentait un danger important pour la navigation qu'on signala d'abord par un piquet rouge et une bouée noire jusqu'à ce que ces marqueurs se révélent insuffisants face au trafic croissant dans le port et que les autorités locales commanditent la construction du phare à la fin des années 1860.



Plans du phare de Bean Rock - Auckland Maritime Museum - ©SM

Les plans d'origine furent dessinés par James Balfour, ingénieur en chef du département de la marine également administrateur des phares. Influencé par des modèles utilisés au Canada, il préconisa l'utilisation du bois considérant que la nécessité de bâtir et d'éclairer rapidement la côte prenait précédence sur la solidité et la durabilité. Il n'en vit toutefois pas la réalisation puisqu'il se noya en 1869 et que la construction confiée à un entrepreneur local, William Cameron, débuta fin 1870 pour se terminer huit mois plus tard.


Mis en opération le 24 juillet 1871, le phare fonctionna d'abord au kérosène, sous le contrôle permanent d'un gardien qui vivait seul dans le cottage relativement exigu, aménagé de trois pièces avec chambre et cuisine, sans salle de bain mais avec toilettes, évacuées directement à la mer. Hugh Brown, le premier gardien, resta en poste 19 ans jusqu'à sa retraite imposée en 1890 pour raisons de santé et James Anderson qui l'opéra entre 1909 et 1911 fut sans doute l'un des derniers (Pour se faire une idée des conditions de vie dans le phare, on peut se référer au témoignage de son fils repris dans un article du Lighthouse Digest).
Le phare fut ensuite converti à un autre carburant ce qui permis d'en faire le tout premier phare automatisé de Nouvelle-Zélande en sonnant le glas d'une profession aux journées solitaires sur le rocher. Plusieurs fois encore converti au cours de son histoire, le phare fonctionne à l'énergie solaire depuis sa restauration de 1985.  

Maquette - Auckland Maritime Museum - ©SM
Passant en effet sous le contrôle successif de plusieurs administrations, gouvernement provincial, département de la marine pour être finalement placé sous l'autorité du Port d'Auckland, le phare a nécessité à plusieurs reprises de gros travaux. En très mauvais état au début des années 1970, il fut question de le remplacer par une construction moderne en béton mais devant l'opposition rencontrée, le projet fut abandonné et remplacé par une énorme et délicate restauration entreprise en 1985 sous l'égide du Auckland Harbour Board et du Historic Places Trust : le cottage fut récupéré par une grue et restauré à terre pendant 5 mois pendant que les piliers étaient remplacés par de nouveaux poteaux en bois résistant venus d'Australie, placés sur de nouvelles bases en béton sur le rocher (cf.article du Maritime Museum).

Un petit souvenir ? Auckland Maritime Museum - ©SM



Pas de doute que Bean Rock est un chouchou,
 un "landmark" qui fait l'objet d'une mise en avant particulière dans la section des phares au très intéressant Auckland Maritime Museum.  



 Finalement, pour ceux que l'approche par bateau ne satisferait pas, je peux encore recommander un entrainement de natation sérieux afin de participer à la course à la nage  Bean Rock Swim organisée chaque année depuis 2011 pendant l'été, avec deux options, la course complète de 3'200 mètres ou la demi-course de 1'600 mètres...
Yapluka !
Prochaine course le 7 février 2017 !     


Nota : 
Les phares de Nouvelle-Zélande sont pour la plupart opérés par Maritime New Zealand (MNZ) à l'exception de ceux qui ont été placés sous la responsabilité d'autorités portuaires, comme c'est le cas de Bean Rock à Auckland.
MNZ supervise 23 phares actifs et 74 balises lumineuses en Nouvelle-Zélande. 
Tous les phares sont automatisés et contrôlés par un poste de commandement centralisé situé à Wellington. 
Il n'existe aucune autorité en charge de la restauration des phares mais Heritage New Zealand est intervenu à plusieurs reprises pour en protéger certains après leur décommissionnement ou, dans le cas particulier de Bean Rock, lorsque c'était nécessaire.  
La plupart des phares de Nouvelle-Zélande ont été conçus par James Balfour et son successeur John Blackett.

Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori-Français :
Toka : rocher
Whare rama ou whare turama : phare

* On peut retrouver l'histoire détaillée de Te Toka o Kapetawa dans le paragraphe 2 (2.6 en particulier) du document .pdf ci-lié :  ICI

 ** le H.M.S. Herald a joué un rôle dans la signature du traité de Waitangi considéré comme acte fondateur de la Nouvelle-Zélande qui fut alors placée sous contrôle de la couronne britannique.

Sources et infos pour en savoir plus :
Bean Rock Lighthouse - Site des monument historiques   ICI
A light in Sparkling Waters: New Zealand's Bean Rock Lighthouse - Lighthouse Digest 02/2002 ICI
Bean Rock Lighthouse, first lit 24 july, 1871 - Auckland Maritime Museum 23/07/2015 ICI
Bean Rock Lighthouse, a beacon in the dark - Auckland War Memorial Museum  ICI
Throwing some light on Bean Rock beacon - NZ Herald 10/11/2009  ICI

Liste des phares de Nouvelle-Zélande : île du nord  ICI / île du sud  ICI
Course à la nage de Bean Rock  ICI

jeudi 1 décembre 2016

Boîtes à chats - Catcoalition














En allant prendre le ferry, j'ai remarqué sur le bord du chemin une grosse boite en bois blanche qui, de loin, ressemble un peu à une rûche. Evidemment, l'endroit ne s'y prêtant guère, je suis allée voir de plus près.





 La boîte est cadenassée à l'avant, ouverte à l'arrière avec de l'eau et couverte de plusieurs notifications qui permettent de comprendre qu'il s'agit d'une caisse pour nourrir les chats errants, appartenant à la "Cat Coalition d'Auckland" contrôlée par la SPCA (Society for the Prevention of Cruelty to Animals / SPA locale).
 Ils s'occupent ici "d'une colonie de chats [...] nourris quotidiennement, soignés, stérilisés et abrités."
Les autres avis sont une annonce (l'association a besoin de quatre bénévoles pour aider à nourrir les minets), des mises en gardes pour que la boîte - sous surveillance - ne soit pas touchée et une autre pour que les chats ne soient pas nourris indépendemment de l'association (les arrêtes des poissons qui leur seraient donnés n'étant pas sans dangers pour eux).




Une bonne occasion pour apprendre que la Cat Coalition Community Inc. (CCC) d'Auckland a été créée et officialisée en 2009 sous l'égide de la SPCA par le regroupement de bénévoles s'occupant à titre personnel et depuis plusieurs années dans leurs quartiers respectifs de groupes de chats errants souvent du fait d'un abandon par leurs anciens propriétaires qui n'en voulaient plus. "Le chat est l'animal de compagnie dont on se débarasse le plus facilemant" indiquait un responsable de la SPCA locale dans un article paru à l'époque dans le New Zealand Herald précisant qu'on enregistrait alors plus 11'000 chats et chatons abandonnés chaque année alors que les structures d'accueil avaient du mal à faire face.

Maintenant organisée, la CCC chapeaute une armée de l'ombre effectuant un véritable travail de service public non seulement pour venir en aide à ces animaux mais surtout pour en contrôler la population en évitant l'élimination, "stérilisation" étant le maître mot. Un autre aspect de leur travail est celui de la sensibilisation du public et de la recherche, car les chats peuvent faire aussi bien l'objet d'une adoration sans borne que d'une haine farouche avec des amalgames vis-à-vis de cette population féline mixte, composées d'une part des chats errants abandonnés et d'autre part de chats sauvages considérés comme "nuisibles" d'après les lois de Biosécurité.

Résultat direct de la colonisation européenne qui les a apportés avec elle et selon des chiffres datant d'avant 2009, les chats néo-zélandais constitueraient une population duement recensée auprès de leurs propriétaires d'environ 1,2 millions d'individus auxquels il faut ajouter une estimation comprise entre 25 et 40% supplémentaire de minous errants et/ou sauvages (soit entre 250'000 à 400'000).

Compte tenu des taux de reproduction et du rapport au nombre d'habitants (environ 4 millions), on comprend qu'un peu d'humanité et de vigilance s'imposent d'autant plus que des matous, on en voit effectivement un peu partout !


Site de Catcoalition Auckland  ICI
Cause of the cat people - Article NZ Herald 7/03/2009 -    ICI

mercredi 30 novembre 2016

Demain, c'est l'été...

En bonne petite écolière française, j'ai appris il y a déjà bien longtemps que les quatre saisons changeaient en fonction du calendrier astronomique au moment des équinoxes et des solstices. Alors en passant dans l'hémisphère sud, je pensais que la règle serait certes inversée mais plus ou moins la même.

Quelle ne fut donc pas ma surprise ce matin d'entendre quelqu'un s'exclamer "on ne dirait pas que l'été commence demain"...

... mais ...
....mais...

..... demain c'est le 1er décembre ?!?! 

D'où la question : 
Quel est le calendrier officiel des saisons en Nouvelle-Zélande ? 

Les premières recherches mènent à des sites touristiques qui donnent des conseils aux voyageurs mettant en avant la meilleure saison pour découvrir la Nouvelle-Zélande, sans trop de détails et avec parfois des petites divergences d'une agence à l'autre. Ainsi, pour citer deux agences francophones, "Voyage en Nouvelle-Zélande" nous apprend que "l'été de décembre à février, c'est la saison haute" alors que chez "Frogs-in-NZ" il est question d'"un été qui s'éternise de janvier à mai"...  

J'ai donc continué à chercher en espérant trouver des sources plus "officielles" pour découvrir finalement ... 
...qu'il n'en existe pas !

Mais j'ai quand même trouvé un article répondant à mes interrogations, publié en 2011 sur un site d'actualités météorologiques "Weatherwatch.co.nz / New Zealand's Weather News Authority" qui nous apprend :

1- Les kiwis ne sont pas toujours d'accord sur le sujet qui fait l'objet de débats pour savoir si les saisons doivent commencer en début de mois calendaire ou en fonction du calendrier astrologique à l'inverse de celui de l'hémisphère nord comme le voudraient les puristes.

2 - Il n'existe pas de règle "officielle" : WeatherWatch.co.nz avait contacté le ministère de l'Intérieur en 2011 afin de comprendre pourquoi la Nouvelle-Zélande est décalée par rapport à l'hémisphère nord pour ses dates de changement de saisons. Selon le responsable de l'époque, il n'existe en fait aucun élément "officiel", aucune législation ou règlementation définissant le début et/ou la fin des saisons si bien que le cycle est "libre" : il n'est pas défini par l'État et il n'existe aucune agence ou autorité autre qui en aurait le contrôle.
   
3 - L'usage en Nouvelle-Zélande admet donc que les saisons commencent le 1er du mois, en mars, juin, septembre et décembre pour respectivement l'automne, l'hiver, le printemps et l'été, ces dates étant sans doute des "approximations" au début des mois d'equinoxes et solstices.


4 - C'est une pratique qui a peu de chance d'être changée ou de faire l'objet d'une legislation d'autant que si on en croit l'enquête menée par journal auprès de ses lecteurs :
- 38% pensaient que les saisons doivent commencer au début des mois
- 26% pensaient que les saisons doivent commencer au moment des équinoxes et des solstices
- 36% pensaient que les saisons ... n'ont pas de dates et arrivent ... quand elles arrivent !    

Ça c'est la cool attitude et le pragmatisme kiwi ! 
Alors pourquoi se poser de bêtes questions ? 
Chez les kiwis, on fait comme les kiwis, donc 
demain c'est l'été  ... 
le 21 décembre aussi ... 
et pareil quand il fait chaud !
De toute façon, moi j'vous l'dis, y'a pû d'saisons !


NZ's seasons out of sync with majority of world - Article WeatherWatch 10/09/2011  ICI

mardi 29 novembre 2016

AT HOP - Un ticket pour Auckland


Pour circuler avec les transports public dans Auckland, train, bus et ferry, j'ai investi dans une carte magnétique multimodale sans contact AT HOP (AT pour Auckland Transport) qui permet d'économiser au moins 20%* sur le prix des tickets traditionnels. 


 J'ai fait cette acquisition à Britomart, la gare centrale, sachant qu'il existe d'autres façons toutes aussi simples d'y souscrire :
1- dans tous les centres de service AT de la société des transports d'Auckland,
2 - chez pas mal de commerçants dont la liste est disponible sur le site AT HOP,
3 - par commande et envoi postal à partir du site Internet AT HOP.

Son coût de 10 NZD (6,70 Euros / 55 HKD) est vite amorti avec la réduction qui s'applique sur les trajets.

Borne d'achat de tickets / rechargement carte HOP
Elle se charge et se recharge ensuite aux bornes des gares, chez certains commerçants ou directement en ligne en créant un compte sur le site AT HOP. L'enregistrement d'une ou plusieurs cartes sur le compte offre alors l'avantage d'une protection en cas de vol ou de perte et, le cas échéant, la possibilité de transférer le solde sur une nouvelle carte.

La carte doit être alimentée avec un minimum de 5 NZD mais il vaut mieux mettre plus, jusqu'à 300 NZD, sachant qu'il n'est pas permis de circuler avec une carte déficitaire.

Après, c'est simple, il faut "tag-on / tag-off", c'est-à-dire passer la carte sur un lecteur en début puis en fin de trajet afin de que le débit correspondant soit prélevé correctement, une procédure qui a fait l'objet de grandes campagnes promotionnelles du fait des nouvelles habitudes à adopter avec le "tag-off". 


Même s'il y a eu quelques ratés et des adaptations à faire, le système est super pratique et fonctionne maintenant si bien qu'Auckland Transport se félicitait début septembre d'avoir vendu sa millionième carte AT HOP en indiquant que selon une étude de juin 2016, 42% des adultes d'Auckland en étaient désormais détenteurs (contre 33% l'année d'avant).
En outre, mise en place en 2012, la carte HOP affiche déjà un taux d'utilisation de 85,5 % pour l'ensemble des trajets du réseau par rapport aux tickets traditionnels. Un taux de pénétration très satisfaisant après 4 ans d'existance seulement si on le compare aux résultats obtenus par le système équivalent mis en place à Londres auquel il a fallu 10 ans pour obtenir un taux similaire. 

Portails/lecteurs de cartes AT HOP / Terminal de ferry d'Auckland

Un petit cocorico au passage parce que la mise en place d'abord confiée à deux opérateurs (Snaper, une société néo-zélandaise et Thalès) a finalement été exclusivement donnée au français Thalès qui en a assuré la conception et le développement, implémentée pour les trains d'abord puis étendue aux ferrys et aux bus.
La carte AT HOP remplace un système de tarification antérieur complètement éclaté dans lequel chaque opérateur gérait son propre système de billetterie. Elle fait partie d'un plan plus général du Auckland Council dont l'objectif affiché est de faire d'Auckland "the most liveable city in the world" (La ville du monde où il fait le mieux à vivre) qui passe par la remise à plat complète du système de transport public et des investissements prioritaires massifs en infrastructures : il est ainsi prévu que le nombre de voyages annuels en transports en commun qui était de 70 millions en 2012, doublera à 140 millions à l'objectif 2022. 

Dans ce contexte, AT HOP est devenue la carte maligne indispensable pour se déplacer à Auckland ...
... La façon de se déplacer à Auckland (Way to move Auckland),
Votre ticket pour Auckland ( Your ticket to Auckland),
 si on en croit les slogans promotionnels adoptés par Auckland Transport !

Nota : la carte ne s'utilise que pour les transports publics et ne permet pas de faire de paiements comme c'est le cas dans d'autres villes (Octopus à Hong Kong ou T-Money à Séoul par exemple).

Site de la carte AT HOP  ICI

Et aussi, sources et infos pour compléter :
"La technologie billettique de Thales : la façon intelligente de se déplacer à Auckland"-Thalès 27/05/2013  ICI
 Auckland Transport sell millionth AT HOP card - Article du NZ Herald 1/9/2016  ICI
VIDEO YOUTUBE - Pub janvier 2016, AT Hop is here - ICI
VIDEO YOUTUBE - The Auckland Plan  ICI

 * Nota : la réduction de 20% ne s'applique pas pour les services de nuit NiteRider, ceux de liaison avec l'aéroport Skybus ni pour les ferrys reliant l'île de Waiheke.
Brochure du service NiteRider de nuit le WE - ICI
Skybus - Service de navette de l'aeroport d'Auckland - ICI