samedi 2 décembre 2017

Gibb's Farm - Terrain d'expression de l'art moderne

Repérée un peu par hasard au bord de la route par une copine en vadrouille et par des articles de presse, il y a bien longtemps que j'avais envie d'aller découvrir la ferme de Gibb (Gibb's Farm).
 
Photo de Horizons de Neil Dawson à Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Horizons de Neil Dawson (1994)
Photos d'emeu et de Horizons de Neil Dawson à Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
De plus loin, avec un émeu dans le décor, Horizons de Neil Dawson (1994)

Mais cette "ferme" d'un genre spécial est une propriété privée et il faut être persévérant et réactif pour avoir une chance de réserver une date de visite sur le site de Gibb's Farm où elles sont proposées de façon sporadique avec un statut presque immédiatement "fully booked" (épuisées).

Photo de 88.5º ARCx8 de Bernard Venet à Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
De près .... 88.5º ARCx8 de Bernar Venet (2012)
Photo de lamas et de Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
De loin ... Lamas ... avec les oeuvres de George Rickey, Marijke de Goey et Bernar Venet en arrière-plan
Avec un peu d'anticipation ou de chance, on finit par y arriver et c'est ainsi qu'à la fin du mois de septembre, j'avais pu réserver deux entrées pour la journée du jeudi 23 novembre ... une visite en semaine certes mais quand on n'a pas le choix, on est bien content et en plus, on ne va pas se plaindre, l'entrée est gratuite.

Photo de Arches par Andy Goldsworthy Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Arches (ici, à marée basse) par Andy Goldsworthy (2005)

Au jour dit, le temps était avec nous ... et bien d'autres visiteurs aussi : deux parkings pleins de voitures et quelques bus, même si, à vrai dire, la "foule" n'est pas vraiment un problème quand on voit la taille de la propriété.

Photo de Wind Wand de Len Lye à Gibb'S Farm Nouvelle-Zélande
Wind Wand de Len Lye (2003) - Frère jumeau de celui vu à New Plymouth ...

Nous y étions à 10 heures, à l'ouverture du créneau de visite autorisé (10-14h) sachant qu'il faut bien compter 2 à 3 heures de marche pour faire le tour du domaine.

Photo de Pyramid (Keystone NZ) de Sol Lewitt à Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Pyramid (Keystone NZ) de Sol LeWitt (1997)

À l'entrée, une brochure à jour (version 2017) est remise à tous les visiteurs; elle contient toutes les informations nécessaires avec l'histoire de Gibb's Farm, le plan et un détail de chacune des oeuvres modernes monumentales qui agrémentent le parc (nom de l'oeuvre / nom de l'artiste/ année + quelques détails variés).

Photo de The Mermaid de Marijke de Goev à Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
The Mermaid de Marijke de Goey (1999)

Ensuite, c'est visite libre dans toutes les parties ouvertes au public (parties privées à observer de loin ... pas mal non plus !), dans le sens qu'on veut, chacun à son rythme : yapluka !

Photo de Sea/Sky de Graham Bennett à Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Sea / Sky Kaipara de Graham Bennett (1994)

Mais Gibb's Farm c'est quoi ?
Comme son nom l'indique, c'est "la ferme de Monsieur Gibb", Alan de son prénom, un touche-à-tout néo-zélandais qui a réussi dans les affaires et dont une partie de la fortune, qui se compte par millions, est investie dans cette propriété et les oeuvres s'y déployant*.

Photo de Easy K de Kenneth Snelson à Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Easy K de Kenneth Snelson (2005)

Le projet a commencé en 1991 avec l'achat des 400 hectares de terrains au bord du golfe de Kaipara à 50 kilomètres / une heure de route au nord d'Auckland.

Photo de A Fold in the Field de Maya Lin Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
A Fold in the Field de Maya Lin (2013) - Green and White Fence de Daniel Buren (1999-2011) 

À l'époque, le millionnaire grand amateur d'art comptait déjà plus de trente ans d'expérience en tant que collectionneur si bien que l'idée de faire réaliser des oeuvres spécialement commanditées couvait en lui depuis longtemps et que l'acquisition de ce nouveau domaine était un magnifique prétexte à sa mise en oeuvre.

Photo de Te Tuhirangi Contour de Richard Serra à Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Te Tuhirangi Contour de Richard Serra (1999-2001)
Photo de Te Tuhirangi Contour de Richard Serra à Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Te Tuhirangi Contour de Richard Serra (1999-2001)

Depuis vingt-six ans, le vaste terrain en bord de mer avec ses vues majestueuses, son déroulé de collines, de creux et ses points d'eau artificiels est ainsi devenu le terrain d'expression d'artistes parmi les plus réputés de l'art contemporain, néo-zélandais ou étrangers, invités à créer dans la démesure une oeuvre s'intègrant au paysage.

Photo de sculptures de Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Sentinels d'Andrew Rogers (2017) - Untitled (Red Square / Black Square) de Richards Thompson (1994)

Alan Gibb indique dans sa brochure que "l'échelle du paysage constitue le défi le plus important pour les artistes; au départ ça leur fait peur et ça les oblige à donner quelque chose en plus".

Photo de Red Cloud confrontation in the landscape de Leon van den Eijkel Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Red Cloud Confrontation in Landscape de Leon van den Eijkel (1996)

Une des conséquences, même si elle n'était pas intentionnelle au départ, c'est que les oeuvres sont pour la plupart les plus grandes jamais réalisées par les artistes sollicités et que leur mise en place nécessite souvant la résolution de toutes sortes de problèmes d'ingénierie (...l'avantage, c'est qu'il n'y a aucun risque de se les faire voler !).

Photo de Rakaia de Peter Nicholls Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Rakaia de Peter Nicholls (1996-1997)

Avec plus ou moins une oeuvre commandité chaque année, Gibb's Farm est aujourd'hui un vrai musée à ciel ouvert avec presque une trentaine d'oeuvres référencées (et des travaux sur le terrain qui laissent entrevoir de nouvelles commandes ainsi que quelques frais d'entretien !).

Photo de Kapoor Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Dismemberment - Site 1 de Anish Kapoor (2009) - Les oeuvres aussi demandent de l'entretien ...

Pour ajouter au bain de nature, dénotant peut-être d'un petit côté extravagant légèrement mégalomaniaque du propriétaire, il faut aussi mentionner les animaux présents sur la ferme - bien que le terme de zoo serait presque plus approprié - avec des enclos à girafes et à zèbres auxquels s'ajoutent toutes sortes d'animaux plus ou moins exotiques en semi liberté, lachés au milieu des scuptures : lamas, émeus, moutons, dindons, etc.

Photo de giraffe à Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Girafes ... Une (même deux) vraie(s) au premier plan, et celle de Jeff Thomson (2011-12) à l'arrière plan sur la colline
Que l'on soit sensible à cette forme d'art ou pas, Gibb's Farm est un endroit vraiment unique et la balade tout simplement magnifique, insolite et vraiment inattendue dans un pays comme la Nouvelle-Zélande.

Photo de Floating Island of the Immortals de Zhan Wang Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Floating Island of the Immortals de Zhan Wang (2006)

D'autant que s'ajoutent à l'expérience, les changements de perspectives et la double échelle des pièces, réduites et absorbées par le paysage de loin alors qu'elles sont absolument monumentales de près.

Photo Gibb's Farm Nouvelle-Zélande
Une des zones privées au nord de la propriété, là, on regarde de loin seulement ...
On en viendrait presque à envier celui qui nous ouvre ses portes parce qu'il peut profiter de cet espace dans toutes ses dimensions et toutes ses variations de marées, de lumière, de saison ou de temps ... Mais à vrai dire, nous sommes surtout heureux et reconnaissants d'avoir pu faire cette visite, merci Mr.Gibb, c'était un privilège d'aller chez vous, nous avons beaucoup aimé votre "jardin" !

Nota : suivre les liens sous les photos pour accéder aux infos (en anglais) sur l'oeuvre et l'artiste, données sur le site de Gibb's Farm où figurent toutes les pièces et les biographies des artistes, complétées de photos et de vidéos. Les explications et les références à l'histoire locale ou à celle de Gibb dans la conception de certaines oeuvres y sont intéressantes.
* Un autre dada d'Alan Gibbs - né de la nature des marées dans le golfe devant sa propriété - c'est le développement de véhicules rapides amphibies.

Carte de la propriété extraite du site (les oeuvres 18 à 24 ne sont pas accessibles au public / zones privées tout comme la partie nord)

Infos pratiques :
Propriété privée
2421 Kaipara coast highway - Makarau 0984
Dates de visites aléatoires, à réserver des semaines à l'avance quand elles sont proposées sur la page "contact" du site de Gibb's Farm pour un créneau de visite de 10h-14h
Entrée gratuite
Brochure gratuite remise sur place
Compter 2-3 heures pour la visite complète
Toilettes près des parkings et à plusieurs endroits du site

Plus d'infos :
Site de Gibb's Farm ICI
Page d'inscription pour les visites (parfois sans aucune date / être patient et consulter régulièrement) ICI
Brochure de Gibb's Farm en version pdf (version 2012) ICI

mardi 28 novembre 2017

Les Tonguiens en fête à Auckland ce week-end

Bannière au fond rouge et croix de St George rouge sur canton blanc, le drapeau et les couleurs des Tonga paradaient un peu partout à Auckland ce week-end avec ballons, concerts de klaxons et tenues assorties. Malgré l'enthousiasme des fans, Les Tonga ont perdu le match de demi-finale de coupe du monde de rugby contre les anglais (20-18) mais ils n'en étaient pas moins à la fête depuis plusieurs jours et notamment dimanche en fin d'après-midi sur les quais du centre ville, dans une manifestation improvisée prenant le relais de la célèbre parade de Noël de Queen Street.

Voitures aux couleurs des Tonga sur les quais d'Auckland et concerts de klaxons - 26/11/2017   ©SM

Une ambiance plutôt bon enfant et sympathique sur laquelle nous sommes tombés après une excursion en mer. Une famille aux couleurs tonguiennes que nous avons interrogée nous a alors indiqué : "c'est l'Angleterre qui a gagné mais ce n'est pas grave d'avoir perdu, on fait la fête quand même"...

Source : NZ Herald / Photo Moana Tapaleao

De son côté, la presse a choisi d'adopter un ton méfiant pour rapporter l'événement, indiquant qu'au départ, la manifestation du CBD a été lancé via Facebook afin de protester et demander la révision d'une décision arbitrale jugée injuste, barrant l'équipe de la phase finale, mais, et même si nous ne sommes pas restés, il nous a semblé que le sentiment exprimé par les manifestants était plus de la joie pour le parcours de leur équipe de coeur que de la colère.

Source : NZ Herald / Photo Moana Tapaleao

Au final, pas de débordement ou d'incident mais une animation joyeuse assez inhabituelle un dimanche au centre ville d'Auckland de la part d'une communauté qui a tiré fierté de cette coupe du monde, véritablement portée par l'événement.

Nota : Pour la petite histoire, les Tonga sont le dernier royaume du Pacifique et le seul à n'avoir jamais été colonisé. En Nouvelle-Zélande, le recensement de 2013 fait état d'une communauté de 60'000 personnes originaires des Tonga, dont les deux-tiers sont établis à Auckland où ils font preuve d'une grande solidarité familiale et religieuse. Les premiers Tonguiens sont arrivés dans les années 1960 pour travailler comme ouvriers dans les usines et beaucoup sont restés, établis dans les années 1970 et 1980 si bien que 60% de la communauté actuelle est née sur le territoire néo-zélandais. Cette population reste globalement dans les groupes sociaux économiques les plus pauvres. Elle n'en est pas moins riche de l'attachement à son identité qui se maintien au travers de l'éducation, de ses églises méthodistes, de ses écoles maternelles et tout ce qui permet de transmettre et de garder la culture vivante. Les jeunes générations perdent toutefois la langue et tendent à s'identifier de plus en plus à la communauté plus large des peuples du Pacifique, particulièrement importante à Auckland.

Plus d'infos : 
Inside the Tongan red army - NZ Herald 24/11/2017 ICI 
Tonga fans descend on central Auckland after league loss - NZ Herald 26/11/2017  ICI
Tongan league fans march in Auckland, angry over semifinal loss to England - Stuff 26/11/2017  ICI
Thousands of Tongan fans take to Auckland streets to protest their side's controversial loss in RLWC semi-final - TVNZ  ICI
Tongan (La communauté des Tonga en Nouvelle-Zélande) - Te Ara ICI

samedi 25 novembre 2017

LIVRES - Les nouvelles de Katherine Mansfield

Katherine Mansfield : en Nouvelle-Zélande, elle figure au panthéon national et le plus prestigieux des prix littéraires porte son nom, avec sa bourse permettant de financer le séjour des écrivains récompensés dans son ancienne résidence de Menton en France. Au plan international, dans les manuels scolaires locaux et britanniques, elle est restée pendant très longtemps - et reste sans doute encore - la plus emblématique des auteurs néo-zélandais même si dans son pays de naissance, sa légitimité de "kiwi" a longtemps été ambivalente, remise en cause parce qu'elle vécut presque toute sa vie adulte en Europe.
À la lecture de Witi Ihimaera*, j'avais noté quelques critiques à son encontre, sur l'influence qu'elle a pu avoir en véhiculant une vision erronée et romantique des maoris.

Portrait de katherine Mansfield par Anne Rice - Cornwall 1918 - Source : Te Papa Museum of NZ

Ces éléments mis bout à bout, il me paraissait inévitable d'aborder à un moment ou un autre cet auteur phare pour m'en faire ma propre idée. Je me suis donc attaquée à la lecture de ses oeuvres complètes, en version originale. Elles regroupent l'ensemble des recueils de nouvelles publiées au début du 20ème siècle dont une bonne partie à titre posthume.
Comme la nouvelle est loin d'être mon genre favori, j'y suis allée par touches, en prenant mon temps, en butinant ces histoires courtes par-ci par-là.


Ce que j'en ai retiré, c'est d'abord une écriture parfaitement maitrisée, très aboutie et très efficace : en quelques mots Katherine Mansfield est capable de transmettre et de faire ressentir une atmosphère, de faire visualiser un décor ou des situations en ouvrant les portes de l'imagination, en donnant des clés mais en laissant au lecteur la liberté de conclure ou de poursuivre comme il l'entend. Même si le cadre d'époque n'est souvent plus d'actualité, l'intemporalité de beaucoup de ces nouvelles demeure, on sent une capacité hors du commun à capter et à transcrire ce "petit quelque chose" qui traverse l'espace et le temps. Les thèmes abordés sont nombreux, très divers et révèlent une grande capacité d'observation des gens et de la société : l'excitation d'un premier bal, une garden-party, le voyage d'un femme de chambre naïve, la solitude et la fatigue d'un père, une échappée à la plage ... des descriptions, des sentiments, des tranches et des scènes de vie, à la maison, dans la rue, en voyage, en société, au travail, des enfants, des parents, des adultes, des personnes âgées, des riches, des pauvres, des hommes, des femmes ... Autant de petits moments, parfois sans queue ni tête ou laissé en suspens mais toujours finement observés et subtilement transcrits.       

Pour ce qui est de la connaissance de la Nouvelle-Zélande - un aspect qui m'intéressait peut-être un peu plus que d'autres - il ne faut par contre pas trop compter sur ces nouvelles pour découvrir la société néo-zélandaise de l'époque sachant pas ailleurs que les allusions aux Maoris y sont on ne peut plus limitées.
Il semble en fait reconnu que la "kiwi-itude" de Katherine Mansfield se manifeste avant tout dans son écriture, dans son emploi d'un vocabulaire et de certaines tournures coloniales ainsi que dans sa vision particulière du monde issue de sa position "entre-deux". Alors finalement, le plus intéressant dans cette découverte, c'est aussi et d'abord celle de la biographie de Katherine Mansfield qui est, en elle, un véritable roman et ensuite l'impact littéraire qu'elle a pu avoir à son époque, inspirant l'envie et la jalousie d'un auteur tel que Virginia Woolf à qui elle est souvent comparée.

"Woman of words" - Statue commémorative de Katherine Mansfield dans Midland Park sur Lambton Quay à Wellington
 
En version courte : Katherine Beauchamp, pour l'état-civil, est née en 1888 à Wellington en Nouvelle-Zélande. La légende rapporte qu'elle écrit sa première histoire (primée) à l'âge de neuf ans. Elle quitte la colonie à l'âge de 15 ans pour étudier en Angleterre. Après un bref retour en Nouvelle-Zélande où elle commence à publier mais où elle s'ennuie et fait scandale dans la société coloniale puritaine, elle repart et s'installe en Europe où elle restera jusqu'à sa mort en 1923, à l'âge de 34 ans.
Très indépendante, elle essaye de mener sa vie comme elle l'entend, d'une façon parfois jugée outrancière et scandaleuse selon les conventions de l'époque. On lui attribut de multiples histoires amoureuses avec des partenaires des deux sexes. Mariée une première fois en 1909, elle abandonne son mari à peine la cérémonie terminée et s'enfuit vers l'Allemagne où elle fait une fausse couche d'un bébé conçu avec un autre homme avant son union. Elle rentre en Angleterre où ses nouvelles sont publiées dans un magazine, édite en 1911 son premier recueil de nouvelles inspirées de son expérience en Allemagne, Pension Allemande (In a German Pension). La même année, elle rencontre l'éditeur John Middleton Murry qu'elle épousera en deuxième noces sept ans plus tard (elle a divorcé de son premier mari en 1913). Elle est profondément marquée par la mort de son frère en 1915, pendant la première guerre mondiale. Diagnostiquée de la tuberculose en 1918, la recherche de traitements la conduit d'abord en Italie puis à Menton, ensuite en Suisse et enfin près de Fontainebleau où elle mourra. Prolixe, elle écrit sans cesse et jusqu'au bout sachant que son mari qui hérite finalement de tout, publiera plusieurs recueils à titre posthume en veillant à lisser et à donner un image impeccable de leur auteur pour en augmenter la valeur. 

Série de timbres NZ avec des auteurs néo-zélandais, une première en 1989 - Source : Te Ara

Plus largement que son héritage néo-zélandais auquel elle restait personellement attachée, Katherine Mansfield (ce nom de plume est emprunté à sa grand-mère) est finalement surtout considérée comme une figure moderniste de la littérature anglaise. Son rejet des conventions ne s'appliquait pas seulement au domaine privé mais aussi à sa façon d'écrire : ainsi, à l'écriture conformiste savamment structurée de l'époque, elle préférait inventer, surprendre, passer de la narration directe à l'indirecte avec des transitions rapides, opérer des changements de perspective... et finalement, c'est peut-être son modernisme qui a permis à son oeuvre de traverser le temps pour continuer à nous toucher presqu'un siècle plus tard.

Nota :
Célébrité oblige, elle a même son propre Google Doodle avec une petite vidéo publiée en 2013 sur youtube pour fêter l'anniversaire des 125 ans de sa naissance :  





En anglais :
The Collected Stories
Auteur : Katherine Mansfield
Réédition Penguin 2007
En français :
Les Nouvelles, l'intégrale, 10 nouvelles inédites
Traduction française Marie Desplechin
Réédition Stock 2006


Liste des différentes publications de Katherine Mansfield :
In a German Pension (Pension Allemande) 1911
Prelude (1918)
Bliss and other stories (Félicité) (1920)
The Garden Party and other stories (La garden-party) (1922)
Poems (1923)
The dove's nest and other stories (Le nid de colombe) (1923)
Something childish and other stories (Quelque chose d'enfant mais de très naturel) (1924)
The journal of Katherine Mansfield (Le journal de Katherine Mansfield) (1927 - Édition définitive 1954)
The letters of Katherine Mansfield (Les lettres de Katherine Mansfield) (1928-1929)

Notes :
Witi Ihimaera, voir aussi :
Livres - The Matriarch
Livres - Pounamu Pounamu 

Plus d'infos :
Biographie de Katherine Mansfield - Te Ara ICI
Maison natale de Katherine Mansfield à Wellington - NZ Heritage ICI
Katherine Mansfield Menton Fellowship - The art foundation ICI
Katherine Mansfield Society - ICI
Woman of words - Sculpture Katherine Mansfield à Wellington par Viriginia King ICI 

mardi 21 novembre 2017

Tahiti - Le street art en place de folklore

Quand on dit "Polynésie française", Tahiti ou Papeete, on pense tout de suite "îles, soleil, sable, chaleur, cocotiers, vahinés" ... rarement (jamais) "Street Art" ... mais pourquoi pas ? Après tout Papeete n'est pas une cité-musée figée hors du temps sur une image de carte postale. Bien au contraire, c'est LA "grande ville" française du Pacifique* où, n'en déplaise aux esprits chagrins qui reprochent à Tahiti "d'être trop francisée" et "de perdre de son âme dans la spirale de la mondialisation", le graffiti et le Street Art ont eux aussi trouvé une place.

Photo de la femme au fruit par Okuda à Papeete Ono'u 2017
La femme au fruit - Okuda - Ono'u 2017 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)

... Gauguin revisité - Source : Brooklyn Street Art

À Papeete, l'art urbain se matérialise par une trentaine de fresques venues habiller d'anciennes façades nues, plus ou moins monumentales et de styles variés formant aujourd'hui un parcours artistique de découvertes et une attraction touristique.

Photo de la tahitienne rouge par Seth à Papeete Ono'u 2015
La tahitienne rouge - Seth (Julien Malland) - Ono'u 2015 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)  

S'ajoutant aux nombreux graffitis envahissant les murs le long des routes aux abords de la capitale ...

Photo de graffiti à Papeete Tahiti
Les murs de Tahiti, terrain d'expression des graffeurs de tous acabits
Photo de graffiti à Papeete Tahiti
Partout, des murs graffés en expression libre ! 

... ces oeuvres spectaculaires ont commencé à fleurir il y a quatre ans sous l'égide de Sarah Roopinia alors agée de 25 ans, une jeune femme chef d'entreprise qui a créé Ono'u, le festival international de graffiti de Papeete.

Photo de la baleine bleue au coucher du soleil par seyb Papeete Ono'u 2014
La baleine bleue au coucher du soleil - Seyb - Ono'u 2014 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)
Photo de la Virgen made in France pat Inti à Papeete Ono'u 2014
La Virgen Made in France - Inti - Ono'u 2014 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)

Ce nom « ONO’U », est inspiré de la fusion des deux mots tahitiens « ONO » (action de joindre une chose à une autre) et « U » (couleurs) pour exprimer l’action de joindre une couleur à une autre et donc, par extension, « la rencontre des couleurs » à Tahiti à travers l’art du graffiti.

Photo de ia mana te nunaa par HTJ Designs à Papeete Ono'u 2015
ia mana te nunaa - HTJ Designs - Ono'u 2015 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)

Depuis son initiation en 2014, c'est devenu un événement annuel phare dont les médias locaux se font largement le relais, promu par l'office de tourisme de Tahiti qui en est sponsor et relayé par Tahiti Heritage - l'encyclopédie collaborative du patrimoine polynésien.

Photo de Illusion Cube Tahiti par Astro ODV à Papeete Ono'u 2017
Illusion Cube Tahiti - Astro ODV - Ono'u 2017 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)

Initialement programmé en mai (2014-2015), l'événement annuel avec ses festivités, animations, concours, ateliers, spectacles, s'est décallé dans le calendrier jusqu'à octobre (2016-2017), passant ainsi du début à la fin de la saison touristique.

Photo des tahitiennes de la Mennai par Kobra à Papeete Ono'u 2015
Les tahitiennes de la Mennais - Kobra - Ono'u 2015 (Plus d'infos : Tahiti Heritage)

Dans le cadre de cette manifestation, des artistes réputés de toutes nationalités sont invités à créer des tableaux à ciel ouvert s'inspirant de la culture et des couleur de la Polynésie.

Photo de la vahine aux yeux bleus par Soten et Soflen à Papeete Ono'u 2014
La Vahine aux yeux bleus - Soten & Soflen - Ono'u 2014 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)

C'est un moment mélant créativité et échanges artistiques entre public, artistes locaux, de métropole ou de l'étranger.

Photo du chat studieux par Dabs et Myla à Papeete Ono'u 2015
Le chat studieux - Dabs et Myla - Ono'u 2015 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)

Photo des crocos roses de Dabs et Myla à Papeete Ono'u 2014
Les crocos roses - Dabs et Myla - Ono'u 2014 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)

Chaque édition tente d'apporter de nouvelles surprises au festival pour explorer et l'enrichir de toutes les facettes du graffiti et de l'art urbain, en alliant notamment créativité et prouesses techniques.

Photo du caméléon l'endormi par Kalouf et Lardanchet à Papeete Ono'u 2017
Le Caméléon l'endormi - Kalouf et Lardanchet - Ono'u 2017 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)

L'année 2016 a vu l'introduction de deux nouveautés : une délocalisation du festival sur l'île de Raiatea qui est désormais intégrée aux festivités et l'ouverture d'un musée du Street Art dans les anciens locaux du musée de la perle afin de localiser et de prolonger toute l'année les actions liées à la culture de l'art urbain. 

Photo de l'Otaha de Cherles et Janine Williams à Raiatea Ono'u 2017
L'otaha - Charles et Janine Williams - Ono'U 2017 à Raiatea - (Plus d'infos : Tahiti Heritage) 

Photo d'omama'o le monarque de Charles et Janine Williams à Papeete Ono'u 2016
Omama'o le monarque - Charles et Janine Williams - Ono'u 2016 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)

Quelques recherches montrent toutefois que le festival de Tahiti n'a pas complètement fait son entrée dans la cour des grands, pas encore cité sur la liste et le calendrier des festivals les plus prestigieux qui se développent et se concurrencent un peu partout dans le monde.

Photo de la mama du marché par Adnate et le portrait de Herenui par Askew à Papeete Ono'u 2015 et 2014
La Mama du marché par Adnate (2015) et le portrait de Herenui par Askew (2014)
Photo de la fresque d'Abuz et JObs près du marché de Papeete Ono'u 2016
Fresque de Abuz, HTJ et Jops au marché de Papeete - Ono'u 2016 - (plus d'infos : Tahiti Héritage)

En Polynésie, c'est plus le festival d'Hawaï - Pow! Wow! - qui sert de référence, celui qui est le plus souvent cité et donné en exemple du fait notamment d'une précédence d'ancienneté (Pow! Wow! existe depuis 2010) ...

Photo du gramaphone et le pu par Besok à Papeete Ono'u 2014
Le gramophone et le pu - Besok - Ono'u 2014 - (Plus d'infos : Tahiti Heritage)

Il ne fait toutefois aucun doute que le graffiti a su trouver une place à Tahiti avec plus de 10'000 m2 d'oeuvres murales disséminées dans Papeete (Source France Info/Polynésie 1ère - 2016) et que le dynamisme qui semble l'animer laisse entrevoir de beaux jours devant lui.

Photo du coq de Suiko à Papeete Ono'u 2014
Le coq - Suiko - Ono'u 2014
Ce n'est peut-être pas Tahiti comme nous l'avions imaginé mais nous, on a aimé se balader le nez en l'air, armés de nos appareils pour cette chasse aux trésors dans cette galerie urbaine ouverte à tous, combinant modernité, couleurs et culture locale.

Photo de trois fresques à Papeete
Trois fresques - Requin (Abuz/Berst/Nilko) - Island life (Scaf/Inkie/Mr Cenz) - Fresque (Gorey/Scred/Gent48)

Nota :
* Sur le site de la mairie de Papeete, la population de Papeete est de moins de 30'000 habitants au dernier recensement.

Montagne des affiches 2014 2015 2016 et  2017 du festival Ono'u de Tahiti
Affiches du festival de graffiti de Papeete - Ono'u 2014, 2015, 2016 et 2017

Voir aussi :
Tahiti et les îles sous le vent - Un rêve de Polynésie Française

Carte de Papeete avec la position des fresques Ono'u - 2017

Plus d'infos :
ONO'U - Festival International de Graffiti / Tahiti Festival Graffiti  ICI
ONO'U - Page Facebook ICI
Le meilleur du festival Ono'u en images - Polynésie 1ère  ICI
Un musée du Street Art ouvert à Papeete - Tahiti Infos 9/10/2016  ICI
Pow! Wow!  ICI