mercredi 15 février 2017

À Auckland le multiculturalisme se partage avec le festival des lanternes

2017 - Année du coq - ©SM

Dans le monde chinois, 
le festival des lanternes marque la fin 
des célébrations du nouvel an 
et dans une ville multi-culturelle 
comme Auckland
où la population d'origine asiatique 
représente une part de plus en plus importante 
de la communauté*, 
c'est un événement qui a trouvé sa place 
au calendrier des festivités de la ville. 
Drainant chaque année des milliers de visiteurs dans son sillage
 (plus de 200'000 en 2016), 
c'est une manifestation désormais bien ancrée,
 très populaire et très appréciée des familles qui y affluent.


Organisé sous l'égide du Auckland Tourism, Events & Economic Development (ATEED) en partenariat avec Asia New Zealand Foundation, ce festival a été introduit en 2'000 au Albert Park qui l'a accueilli pendant 15 ans avant qu'il ne soit transféré en 2016 au prestigieux parc du Domain, mieux à même d'accomoder sa croissance.
Le succès du festival a été immédiat, dès sa première édition organisée avec des lanternes d'occasion importées de Singapour, parfois défaillantes, et il ne s'est pas démenti depuis, renouvelé sans cesse par l'importation de containers entiers pour assurer la féérie de la fête (20 containers de lanternes pour l'édition 2016 installée pour la première fois au Domain !).

Photos du festival des lanternes d'auckland 2017
Festival des lanterne d'Auckland 2017 - ©SM

Illuminé comme il se doit par la pleine lune, le festival s'est ouvert cette année le jeudi 9 février pour se terminer dimanche 12 février. Chaque soir pendant quatre jours, les plus de 800 lanternes chinoises traditionnelles formaient l'ossature de la fête, illustrant des thèmes multiples comme des scènes de vie en Chine ou en Nouvelle-Zélande, les signes du zodiaque chinois, des animaux ou encore des fêtes et traditions chinoises. Mises en scène dans le cadre exceptionnel des jardins du Domain, ceux-ci prennent une nouvelle dimension quand sous le ciel nocturne un dragon majestueux se refléte dans les eaux d'un bassin ou que la canopée des vieux arbres s'éclaire des scintillements produits par les guirlandes de lanternes aux formes et aux couleurs variées posées sur ses branches.

Photos du festival des lanterne d'Auckland 2017 - Scènes de vie traditionnelles chinoises
Festival des lanternes d'Auckland - Scènes de vie traditionnelles en Chine - ©SM

Le premier soir est le plus calme parce qu'il est consacré à "l'appréciation des lanternes" pour ceux qui veulent en profiter sans trop de bousculade.
Les autres soirs sont plus festifs avec plusieurs types d'animations qui viennent s'y ajouter :
- un Noodle Night Market propose de la nourriture de rue variée sur une grande allée,
- un marché de bric-à-brac en tous genres avec beaucoup d'objets lumineux made in China assez inutiles mais sur lesquels se précipitent les badauds offre une touche marchande un peu forraine,
- des spectacles variés présentent différentes facettes de la culture chinoise avec des musiciens, des danseurs, des danses du lion, des démonstrations d'arts martiaux etc.
- des stands d'animation permettent de participer avec par exemple un karaoké ou la fabrication de lanternes.
Pas de doute, c'est une grande fête, tous les éléments y sont, et elle se cloture traditionnellement par un feu d'artifice.


Festival des lanternes d'Auckland 2017
 

Cette année, le Musée d'Auckland qui domine ces événements tout en haut du Domain était lui aussi sous des spots, rouges, couleur du bonheur et de la fête en Chine. Outre les ateliers qu'il proposait en nocturne pendant le festival, le musée a lancé à cette occasion une grande exposition de photos intitulée Being Chinese in Aotearoa : a photogaphic Journey consacrée à 175 ans de présence des Chinois en Nouvelle-Zélande.

Photos d'animaux au festival des lanternes d'Auckland 2017
Zodiaque chnois et animaux divers - Festival des lanternes d'Auckland 2017 - ©SM

Et pour l'anecdote, je n'ai pu m'empêcher de noter vers l'entrée, la scène consacrée à Hong Kong avec skyline, jonque et dim sum, à proximité de laquelle plusieurs panneaux présentaient les différentes facettes de cette ville ainsi mise à l'honneur, avec des photos et informations préparées par le Hong Kong Tourism Board. Il faut dire que la Chine est le deuxième marché export pour Auckland et qu'elle garde un fort potentiel de croissance qu'il faut cultiver, justifiant l'organisation d'un forum de rencontres en marge du festival. Il est l'occasion de tisser des liens entre délégués chinois (200 cette année), élus, migrants et représentants du monde des affaires avec à l'ordre du jour, des discussions sur les liens économiques, les investissements, la politique gouvernementale et les ouvertures commerciales.

 
Une dimension dont les galeries et les commerçants du quartier de Parnell ont bien perçu les bénéfices potentiels puisqu'ils organisent eux aussi, et depuis plusieurs années maintenant, des expositions en lien avec le nouveau signe du zodiaque à ce moment opportun du calendrier. 


Alors c'est officiel, Auckland aussi est entré dans l'année du coq ! 

Nota :
* Auckland est la ville la plus peuplée et la plus cosmopolite de Nouvelle-Zélande puisqu'on y recensait 1,4 millions d'habitants en 2013 soit 33% du total du pays. Sa population d'origine asiatique - toutes origines confondues - enregistrait alors 307'000 individus soit une part de 22% du total, en très forte croissance par rapport au recensement de 2001 aussi bien en nombre - qui a doublé - qu'en proportion (chiffres 2001: 151'650 et 13%).

Infos pratiques : 
Exposition Being Chinese in Aotearoa : a photogaphic Journey
Auckland War Memorial Museum
Du 10 février 2017 au 10 février 2018
Ouvert tous les jours de 10h à 17h
Gratuit avec le ticket d'entrée du musée
Voir la présentation de l'exposition par le musée - ICI

Sources et plus d'infos :
Lantern festival ready to light up Auckland Domain to celebrate Year of the Rooster - NZ Herald 8/2/2017 - ICI
Auckland Lantern Festival & Fireworks 2017 - Auckland ICI
Auckland Lantern Festival lighs-up Domain for first time - Stuff 18/02/2016 - ICI

lundi 13 février 2017

LIVRES - Getting rooted in New Zealand - Jamie Baywood



Ce livre je l'ai lu et j'en fait donc une revue rapide mais je ne vais pas m'étaler dessus parce qu'à part la couverture un peu mignonne du skyline d'Auckland, il n'a pas un très grand intérêt.


Getting rooted in New Zealand de Jamie Baywood
Pas de traduction française
Genre : biographie / récit d'expérience
Première publication : 2013
Autopublication (Createspace)
 




J'avais repéré ce bouqin sur le site de goodreads où il avait globalement d'assez bonnes revues (3,5/5). Le livre se présente sous forme de journal et décrit la vie au jour le jour d'une jeune californienne partie sur un coup de tête à Auckland en Nouvelle-Zélande avec un visa d'un an ne lui ouvrant que des emplois précaires à la limite de l'absurde. Non sans dérision, cette jeune femme un peu naïve nous fait part de sa petite vie, de ses états d'âme et de ses relations avec la gent masculine. Beaucoup d'introspection et une approche qui rappelle un peu le  Eat, Pray, Love (Mange, Prie, Aime) d'Elizabeth Gilbert, mais alors de très très très très très loin !
Le livre comporte très peu de descriptions de la Nouvelle-Zélande et le seul point qui m'a finalement un peu amusé ce sont les différences linguistiques constatées par l'auteur qui comprend que l'anglais n'est pas si universel que ça et qu'il peut comporter des non-sens ou des contre-sens d'un pays à l'autre. Ainsi, après l'avoir beaucoup utilisé à mauvais escient, elle comprend par exemple qu'en argot néo-zélandais, le "getting rooted" qu'elle a repris dans son titre ne signifie pas "poser/planter ses racines" comme on pourrait s'y attendre mais plutôt "se faire culbuter"... tout est dit !


vendredi 10 février 2017

De Russell à Whangarei par la "coastal scenic route"






Lundi 30 janvier, 
dernier jour de notre escapade au Northland 
pour le grand week-end d'Auckland's Day:
retour au sud, 
de 
Russell
à 
Whangarei
en passant par la côte.





Nous quittons notre charmant motel de Kerikeri en tout début de matinée et repassons par Paihia pour prendre le ferry d'Opua/Baihia permettant de traverser la Bay of Island pour rejoindre Okiato/Russell en face, sans avoir à faire le long détour imposé par la voie terrestre. Les ferry partent toutes les dix minutes environ, pour une traversée d'une dizaine de minutes et un prix de 12,50 NZD pour une voiture, ce serait dommage de se priver.

Photos de Russell Nouvelle-Zélande
Russell - ©SM
Cette région superbe mériterait sans doute qu'on s'y arrête plus longtemps pour explorer les quelques 150 îles alentour au départ de Paihia ou de Russell, aujourd'hui deux stations balnéaires coquettes en bord de mer qui constituent l'une des bases de vacances et de loisirs les plus touristiques pour les néo-zélandais venant s'y ressourcer.

Cet aspect bien propret contraste avec la réputation sulfureuse que pouvait avoir Russell, alors appelée Kororareka*, au début du 19ème siècle quand cette station baleinière de la Bay of Islands était surnommée "the hell hole of the Pacific" (l'antre du diable du Pacifique) ou "bouge du Pacifique". Aventuriers, bordels, alcool, bagares et anarchie étaient alors les maitres mots de cette antichambre de l'enfer et c'est d'ailleurs pour essayer d'en contrôler les débordements que les maoris firent appel aux autorités britanniques constituant une de leurs démarches qui amena au traité de Waitangi.

Photo des plages de Russell Nouvelle-Zélande
Plages de Russell & Flagstaff - ©SM
Historiquement, toute cette région est importante parce que c'est là que se sont développés les échanges avec les maoris, là que les premiers européens se sont d'abord implantés, là qu'a été discuté et signé le traité de Waitangi et finalement là que se concentraient le pouvoir et l'économie pendant toute la première moitié du 19ème siècle. En témoignent l'implantation de la première maison du gouverneur britannique à Waitangi (Treaty House) mais aussi celle de la toute première capitale du pays dont Okiato/Old Russell porte le titre. Mais après la signature du traité en 1840 et la séparation de la colonie néo-zélandaise de celle du New South Wales (Australie) pour en faire une entité autonome en 1841, William Hobson transféra l'éphémère capitale plus au sud, à Auckland. Une décision qui envenima les relations avec les maoris de la région qui se sentirent très vite floués parce que ce transfert de pouvoir constituait une perte de prestige (et donc de leur propre pouvoir) et qu'il entraina avec lui le transfert économique et la perte de tous les droits que les maoris pouvaient percevoir jusqu'alors sur le trafic dans la baie.  

Hone Heke, un chef local réputé exprima son mécontentement en coupant à quatre reprises le mat sur lequel flottait le drapeaux britannique, installé sur une colline au dessus de Russell (aujourd'hui Flagstaff Hill Historic Reserve). En mars 1845, allié à deux autres tribus, il attaqua et gagna la bataille de Korareka à la suite de laquelle la ville fut presqu'entièrement brulée et détruite, à l'exception de Christ Church (la plus vieille église de Nouvelle-Zélande), Pompallier House (elle abrite toujours une imprimerie et est le plus ancien bâtiment industriel du pays) et quelques bâtiments le long de la plage.
Les européens s'enfuirent et ne revinrent que des années plus tard.

Photo de maisons de Russell Nouvelle-Zélande
Russell - ©SM

Outre ces vestiges et ce passé rappelé par des plaques apposées sur certains bâtiments, la découverte de Russell est agréable pour ses jolies maisons, son bord de mer bien aménagé et plaisant, bordé de cafés et de restaurants, des collines dont celle du drapeau où l'on apprécie la vue ainsi que des criques et des anses avec leurs plages colonisées par les vacanciers.
Nous ne l'avons pas visité mais Russell a aussi son musée (tout comme Paihia d'ailleurs).

Après Russell et pour rejoindre Whangarei, nous choisissons de ne pas prendre au plus court mais au plus pittoresque en passant par la coastal scenic route qui se tortille dans le relief pour émerger d'une baie à l'autre, une petite route très praticable et pas encombrée qui vaut le détour. La côte est peu fréquentée, pleine de petites baies plus charmantes les unes que les autres.

Photo de Coastal Scenic Drive Russell Nouvelle-Zélande
Coastal Scenic Drive - ©SM
Photo de Maunganui Bay sur Coastal Scenic Drive Russell Nouvelle-Zélande
Coastal Scenic drive - Maunganui Bay - ©SM

Photo de paysages sur Coastal Scenic Drive Russell Nouvelle-Zélande
Coastal Scenic Drive - Paysages - ©SM

Photo d'Helena Bay sur Coastal Scenic Drive Russell Nouvelle-Zélande
Coastal Scenic Drive - Helena Bay - ©SM

L'arrière pays est enclavé, sec et la densité y est très faible. On devine un peu d'activités agricoles et une population à dominante maori, sans doute à très faibles revenus; maisons et propriétés sont beaucoup plus modestes et pas aussi scrupuleusement entretenues que celles que nous avons laissées plus au nord, à Russell, le constrate est on ne peut plus net.

Dernière étape de la journée et de notre petit périple : Whangarei, la seule ville du Northland et la ville le plus septentrionale de Nouvelle-Zélande.

Nous commençons par aller voir ses célèbres chutes, au nord de la ville. Juste à côté du parking, un petit belvédère donne la meilleure vue sur la chute. Une boucle permet également d'en faire le tour en moins d'une demi-heure et ceux qui ont le temps auront sans doute plaisir à parcourir les différents sentiers aménagés pour profiter du parc autour des chutes mais aussi du Ah Reed Memorial Park (celui-ci dispose d'un "canopy walkway" en hauteur), Hatea River Walk et/ou Parihaka reserve.     
Pour la baignade, c'est possible dans le bassin au dessus de la chute ou en dessous.

Photo des chutes de whangarei Nouvelle-Zélande
Whangarei Falls - ©SM
Nous terminons ensuite par Whangarei Basin, le "vieux quartier" réhabilité dans un esprit colonial avec sa marina, ses cafés en terasse et ses boutiques. Une boucle aménagée, agrémentée d'oeuvres diverses, de bancs, etc. permet de faire le tour du basin avec beaucoup de panneaux explicatifs sur l'histoire de la ville qui présentent deux voix : les informations coloniales d'un côté et celles relatives aux populations maories de l'autre. 

Photo de whangarei Basin Nouvelle-Zélande
Whangarei Basin - Northland - ©SM

Pour les amateurs ou en cas de pluie, Whangarei a aussi deux musées, celui des montres et celui des poissons.
Nous, nous avons eu droit à quelques voitures anciennes sur le parking, elles faisaient étape à Whangarei dans le cadre d'un rallye et illustrent une passion que semblent partager beaucoup de néo-zélandais pour les voitures vintage et anciennes; ce jour là, c'était plutôt l'époque Ford modèle T avec des véhicules amoureusement et impeccablement entretenus, rutilants.

Photos de voitures anciennes Whangarei Nouvelle-Zélande
La voiture ancienne, une passion néo-zélandaise - ©SM
   
Le retour sur Auckland est rapide et sans embouteillages, environ deux heures, un vrai plaisir pour conclure cette jolie escapade qui nous a enchantés et garde un petit goût de "revenez-y" auquel nous succomberons dès que l'occasion se présentera !


Nota :
* Selon une légende, le nom de kororareka viendrait d'une boisson faite à base de petit pingouin qui avait été donnée à boire à un chef maori blessé au cours dd'une bataille. Il se serait exclamé "Ka reka te korora" (comme le pingouin est doux) expliquant le nom donné au site. Aujourd'hui, il est parait-il encore possible d'observer ces petits pingouins qui viennent nicher sur la plage à la nuit tombée ...


Sources et plus d'infos:
Infos pour Opua Vehicle Ferry ICI
Site du village de Russell ICI
Site de Northland New Zealand ICI

mercredi 8 février 2017

WAITANGI - Aux sources du mythe fondateur de la nation néo-Zélandaise




Dimanche 29 janvier, 
deuxième étape de notre excursion au Northland 
pour le week-end d'Auckland's Day :
journée consacrée à 
Kerikeri 
et 
Waitangi 
dans la Bay of Islands (Baie des îles), 
pour un bain historique 
aux sources du mythe fondateur 
de la Nouvelle-Zélande. 





C'est encore une belle journée ensoleillée qui commence quand nous quittons Mangonui par la route 10 en direction de Kerikeri Basin Historic Precinct (sur la liste provisoire mais non approuvée des sites du patrimoine de l'UNESCO) pour une première halte sur un lieu d'importance historique de la construction bi-culturelle de la Nouvelle-Zélande.

Les Maoris retracent en général leur lignée familiale jusqu'à l'une des grandes pirogues qui les ont amenés en Nouvelle-Zélande il y a environ un millier d'année. La grande tribu de Nga Puhi appartient ainsi à la lignée de Puhi, l'ancêtre arrivé à bord de la grande pirogue Mataatua.
Installée dans la région depuis une trentaine de génération, cette tribu prospérait et dominait les environs de la Bay of Islands au début du 19ème siècle et était l'une des plus puissantes du pays quand commencèrent à arriver des européens de tous poils, chasseurs de baleines ou de phoques et navires de passage en recherche d'approvisionnement.
Sous la houlette de Te Pahi, un chef éclairé, intéressé par l'acquisition d'objets et de techniques nouvelles, les maoris développèrent des activités commerciales avec ces nouveaux venus et le chef en vint à établir en 1802 le premier comptoir commercial pour répondre aux besoins de ces échanges.

En 1803, curieux de comprendre le monde, Te Pahi et ses fils voyagèrent et visitèrent la colonie australienne du New South Wales. C'est là qu'ils rencontrèrent et se lièrent d'amitié avec Samuel Marsden, le chapelin de la colonie pénitentière envoyé là par William Wilberforce (grand philantrophe progressiste ayant notamment persuadé le parlement anglais d'abolir l'escalavage). Une rencontre qui resta marquante pour Marsden et sans doute le moment où germa l'espoir de convertir ces nouvelles âmes au christianisme qui se matérialisa plus tard. En 1807, Ruatara, l'un des fils (ou neveu ?) de Te Pahi voyagea jusqu'en Angleterre et en rapporta des graines de blé et de maïs à l'origine des premières récoltes du pays puis des premières exportation de ces céréales vers l'Australie.

Kerikeri Basin - ©SM

Malgré ces bonnes relations, Te Pahi connu une fin tragique après le massacre du Boyd* en décembre 1809: son pa fut attaqué par une expédition punitive menée par des baleiniers européens furieux qui le méprirent pour le responsable du massacre. Beaucoup des guerriers de Te Pahi furent alors tués mais leur chef blessé parvint à s'échapper ... pour être finalement achevé peu après par la tribu ayant perpetré le massacre et profitant de cette opportunité pour éliminer un rival.    

Cet incident interrompit pendant plusieurs années toutes relations des européens avec la Nouvelle-Zélande et marqua cette région du monde du sceau de la sauvagerie.

L'arrivée des missionaires fut elle aussi repoussée mais se concrétisa lorsque le missionnaire Samuel Marsden fut invité - le jour de Noël 1814 selon la légende - par Ruatara qui était le nouveau chef et son ami, à établir la première église chrétienne chez lui à Rangihoua dans la Bay of Islands, entrainant dans son sillage la première école, la première charrue, le premier forgeron, le premier moulin et les premières récoltes de pommes-de-terre. Marsden avait une vision bienveillante et souhaitait préparer le terrain pour la formation du nouveau clergé en faisant accompagner sa mission d'artisans, des hommes pieux qu'il voulait ouverts et soucieux du bien-être des autochtones.

Samuel Marsden revint le 12 août 1819 à Rangihoua avec un deuxième groupe de missionnaires accompagnés de trois charpentiers et de leurs familles. L'établissement d'une deuxième mission attisa la rivalité de deux vieux ennemis de la Bay of Islands, Hongi Hika au nord et Korokoro au sud qui voulaient tous deux en bénéficier. Non pas tant pour la conversion religieuse de leurs ouailles mais parce qu'ils avaient compris que l'installation d'européens allait de pair avec l'augmentation du trafic maritime dans la baie et l'alimentation d'un commerce florissant permettant l'échange de cochons et de patates contre des marchandises européennes.    

Kemp House - Kerikeri Basin - ©SM
Hongi Hika agit donc rapidement et invita Marsden à Kerikeri Basin dès le 17 août pour lui proposer d'y établir sa nouvelle mission, une visite qui donna entière satisfaction au révérend si bien que le 14 septembre, missionnaires et charpentiers quittèrent Rangihoua avec une cargaison de bois sur un bateau à fond plat - le tout premier construit en Nouvelle-Zélande - pour s'y établir.

C'est ainsi que sur Kerikeri Basin Historic Precinct on retrouve aujourd'hui deux des plus vieux bâtiments européens de Nouvelle-Zélande, seuls témoins survivants de cette deuxième mission anglicane sur des terrains offerts par le puissant chef Hongi Hika au révérend Samuel Marsden:
- Kemp House - le plus vieux bâtiment européen du pays; résidence de la mission construite par le révérend John Care en 1821-1822. Elle a accueilli plusieurs générations de missionnaires et leurs familles jusqu'à sa fermeture en 1848. Elle fut rachetée par la famille Kemp dont les descendants y vécurent jusqu'en 1974 jusqu'à ce qu'Ernest Kemp transmette la maison au New Zealand Historic Places Trust. Jalon du parcours historique, elle abrite aujourd'hui un café. 
- Stone Store - la plus vieille maison de pierres du pays; construite en 1832-1836 pour servir d'entrepot, fut elle aussi reprise par la famille Kemp à la fermeture de la mission en 1848 puis louée à une succession de marchands. Elle a été rachetée à la famille en 1976 par le New Zealand Historic Places Trust qui l'a entièrement restaurée en 1996 et continue de l'exploiter comme boutique. 

Photo de Stone House Kerikeri Basin
Stone house - Kerikeri Basin - ©SM

Le circuit historique de Kerikeri Basin intègre également le site du Pa de Kororipo* ("eaux tourbillonantes") mais s'il n'y a aucun doute que cette colline terrassée fut un temps occupée par un village fortifié, c'était à une époque antérieure à la venue des européens. Dans les années 1820, les chefs Hongi Hika et Rewa des Ngai Tawake (sous-famille de la confédération des Nga Puhi) vivaient dans des villages non fortifiés et Kerikeri, situé sur le périmètre de leurs territoires, était leur port d'accès à la mer, l'endroit où ils venaient pêcher, ramasser des coquillages et entretenir leurs pirogues.

Dernière "curiosité" à voir au cours de cette agréable promenade, le village de Rewa (entrée payante) avec un petit musée, un sentier nature et un village de pêcheur maori reconstitué avec son marae (lieu de réunion), son pataka (entrepôt communautaire sur pilotis) et ses paillotes. Un effort de reconstitution certes appréciable dans le contexte de cette promenade mais pas vraiment une visite inoubliable.

Rewa's village - Kerikeri Basin - ©SM

Pour ceux qui ont le temps, Kerikeri a beaucoup d'autres cordes à son arc: des sentiers, une chute d'eau, des artisans-artistes, ses vergers et ses jardins mais pour nous, ce sera là encore pour une autre fois, parce que Kerikeri n'était qu'une étape avant notre objectif principal de la journée : Waitangi, situé à une vingtaine de kilomètres, à côté de Paihia, où nous arrivons en fin de matinée pour rester jusqu'à la fermeture vers 18h.

Panneau d'entrée à Waitangi Treaty Ground - ©SM
Waitangi Treaty Ground, c'est l'endroit où fut signé le traité du même nom entre les chefs maoris et William Hobson représentant de la couronne britannique, à la suite duquel la reine d'Angleterre étendit sa souveraineté à la Nouvelle-Zélande, ouvrant la voie à un vaste mouvement migratoire à l'origine de la société biculturelle d'aujourd'hui.
Il s'agit là d'un sujet pour le moins délicat qui reste ouvert à controverse et loin d'être simple. On pourrait presque dire qu'il existe deux traités si on considère que la version anglaise et la version maorie sont un peu différentes, les nuances de certains mots employés dans chaque langue pouvant paraitre mineures mais pas moins importantes parce qu'elles n'ont pas la même portée pour les différentes parties.
Historiquement, le traité passa un peu aux oubliettes à la fin du 19ème siècle quand les européens devenus majoritaires et dominants pensaient, après les avoir dépossédés d'une grande partie de leurs terres, que les maoris viendraient à disparaitre d'eux-mêmes, tout simplement.
Mais ce ne fut pas le cas et le traité fut remis à l'ordre du jour dans la deuxième moitié du 20ème siècle avec les différents mouvements contestataires maoris, l'émergence d'une fiertée retrouvée puis les efforts de réconciliation nationale mis en place avec le tribunal de Waitangi. En 1995, la reine d'Angleterre elle-même (et non son représentant) en vint à signer un acte d'excuses formelles pour les injustices causées aux maoris. 
Le pays s'est finalement réapproprié ce traité de Waitangi pour en faire l'acte fondateur d'une nation néo-zélandaise bi-culturelle, un document trop vague pour servir de constitution mais qui lui sert tout de même de fondement.

Photo de Waitangi Treaty Ground Treaty House et Marae
Waitangi Treaty Ground - Treaty House & Marae - ©SM

Ce traité a fait couler beaucoup d'encre et reste sujet à interprétation, raison pour laquelle, à une semaine de la fête nationale du 6 février qui commémore sa signature, nous tenions à consacrer du temps à Waitangi.

Il est par contre difficile de relater une telle visite en un seul article tant elle est riche d'informations et d'enseignements alors je me contenterai d'en décrire ici un déroulé rapide pour reprendre ultérieurement certains points qui m'ont particulièrement intéressés sachant qu'avec le "pass" Treaty Ground Day Pass que nous avons pris, nous avons pu profiter:

1 - D'une visite guidée d'une cinquantaine de minutes avec un guide maori très compétant et passionnant qui nous a fourni beaucoup d'informations en nous emmenant sur les différents lieux du site. Les visites se font en anglais, partent de l'accueil toutes les 30 minutes en été avec des groupes plus ou moins importants selon l'heure d'arrivée. Nous avons constaté que tous les guides étaient maoris le jour de notre visite (mais ce n'est peut-être pas une règle d'or ?!?).   

2 - Un spectacle culturel d'une trentaine de minutes présenté devant et dans le marae (la maison commune) avec l'accueil traditionnel, des chants et danses maoris (dont une hakka bien sûr), une présentation des armes avec une démonstration de leur utilisation, le salut, etc. C'est exactement le même genre de spectacle que ceux présentés dans les villages ouverts aux touristes à Roturoa et dont nous ne lassons pas encore.  
À noter que cette maison commune est une construction récente et atypique pour mettre les maoris sur une sorte de pied d'égalité à côté de la Treaty House du site qui explique son orientation particulière (face à Treaty House au lieu d'être face à la mer d'où sont venus les ancêtres) et ses ornements d'influences variées représentants les différentes tribus de Nouvelle-Zélande.

3- Un film de présentation d'une vingtaine de minutes, intitulé "Birthplace of a Nation".

4 - L'accès illimité au site, un vaste terrain avec une superbe vue sur la Bay of Islands, la Treaty House ("maison du traité", première résidence du gouverneur, restaurée et dans laquelle sont présentées plusieurs expositions), de magnifiques pirogues de guerre protégées sous un abri au bord de la plage dont la plus grande, longue de 35 mètres est taillée dans trois troncs de kauris et peut accueillir 120 guerriers.
  
Photo de pirogues de guerre Waitangi Treaty Ground
Pirogues de guerre Waitangi Treaty Ground - ©SM

5 - L'accès au musée de Waitangi/Te Kongahu, de construction et de conception moderne, inauguré le jour de la fête nationale en février 2016 et donc ouvert au public depuis un an. Un très bel espace d'exposition qui met en perspective les éléments entourant le traité dans le contexte historique plus général de l'histoire du pays, avec notamment des détails intéressants sur des différences culturelles qui ont pu conduire à des incompréhensions de part et d'autre.    

Une visite en contexte qui prend du temps mais vaut vraiment le déplacement. On y apprend d'ailleurs au passage, dans l'une des expositions de Treaty House, qu'il est presque miraculeux de pouvoir le faire car le terrain était dans des mains privées pendant de nombreuses années, au grand dam des Maoris. Un couple philantropique du nom de Bledisloe le rachèta en 1932, sauva et restaura la première maison du gouverneur qui tombait en déliquescence et fit don de l'ensemble à la nation.    
 
La tête bien remplie, nous sommes allés digérer toutes ces informations en bord de mer dans la petite ville voisine de Paihia, agréable, très touristique et très fréquentée en ce grand week-end d'été.Et pour conclure la journée, retour sur Kerikeri où nous avions réservé une chambre dans un motel tranquille et où nous avons choisi de diner dans l'un des nombreux restaurants du centre du village moderne.
 

*Nota :
1 - Le Boyd était un navire qui transite en décembre 1809 dans la baie de Whangaroa (entre Doubtless Bay et Bay of Islands, un peu au sud de Mangonui), entre deux escales. Il ramenait à son bord plusieurs maoris, dont le fils d'un chef qui avait reçu plusieurs coups de fouets en punition d'un acte commis à bord conformément aux règles anglaises en usage sur les navires mais constituant un outrage demandant vengeance aux yeux du Maori au statut d'intouchable. La vengeance fut terrible puisqu'un traquenard concocté par le maori outragé conduisit au massacre de 66 à 70 européens qui étaient à bord pour en faire le massacre d'européens le plus important exécuté par des maoris au cours d'un incident isolé, associé à l'acte de cannibalisme le plus sanglant jamais enregistré.     
2 - Kororipo: selon les récits tribaux enregistrés par Jeffrey Sissons, les terrains autour de Kerikeri auraient appartenu pendant plusieurs centaines d'années à d'autres tribus avant qu'elles ne soient attaquées et chassées par les Nga Pahi, sans doute à l'époque du grand-père de Hongi Hika vers 1770. À partir de cette époque les Nga Pahi menèrent des guerres intermittantes avec les tribus plus au sud de Bay of Island jusqu'à leur infliger une défaite définitive en 1826 qui leur permis alors d'atteindre leur apogée et de dominer l'ensemble de la région. 

Infos pratiques:
Kerikeri:
Accès libre et public à Kerikeri Basin Historic Precinct
Prix du ticket d'entrée Rewa's Village : 10 NZD - Ouvert de 10h à 16h
Waitangi :
Day Pass : 20NZD pour les résident (40 NZD pour les touristes)
Ouvert tous les jours (sauf Noël)
De 9h à 18h pendant la saison haute (26 décembre au 29 février)
De 9h à 17h le reste de l'année
Chaque année pour Waitangi Day (6 février), tous les bâtiments sont fermés pour la journée mais le terrain est ouvert gratuitement au public pour partager les festivités du jour.

Sources et plus d'infos :
Site de Kerikeri  ICI
Site de Rewa's Village ICI
Site de Waitangi Treaty Grounds and Te Kongahu Museum of Waitangi ICI

lundi 6 février 2017

TOP OF NEW-ZEALAND - Les hauts de Nouvelle-Zélande !

Profitant des trois jours du week-end d'Auckland's Day et du beau temps de l'été austral, nous avons pris la route vendredi 27 janvier en milieu d'après-midi pour une visite improvisée dans la région du Northland. Un peu de circulation au départ mais pas trop, 330 kilomètres environ au départ de Bucklands Beach et 5 heures de route via la state highway 1 nous permettent de rejoindre à la nuit tombée le Bed & Breakfast réservé à Kaitaia avant de partir.



Samedi 28 janvier - Première étape : la péninsule d'Aupouri (du nom d'un des peuples qui l'habitaient) à l'extrême pointe nord, au nord de l'île du nord, le district du Far North. On l'appelle aussi top of NZ et pour placer l'endroit facilement sur la carte, c'est toute la partie au nord de Kaitaia où la péninsule du North Auckland passe d'un coup de 60 kilomètres de large à une bande de 10 kilomètres de large sur 100 kilomètres de long en formant une sorte de doigt dressé pointant vers le nord ... 



Kaitaia, ce n'est pas très grand, 5'600 habitants en 2015, mais c'est suffisant pour trouver hébergement, approvisionnement, station service et même un musée ("architecture et objets exposés très intéressants" selon nos compagnons de petit-déjeuner même si nous avons passé pour cette fois).
Sachant qu'il y a que deux façons de parcourir les 100 kilomètres de la péninsule pour rejoindre le cap Reinga situé tout au bout,
- la Highway 1, goudronnée*, traversant le centre de la péninsule,
-  la plage de 90 Mile Beach sur la façade ouest, praticable à marée basse avec une voiture 4x4,
notre circuit s'est organisé en fonction de la marée qui était haute autour de midi et basse vers 16h30 si bien que nous avons commencé par la route en dur pour revenir par la plage.
Départ un peu avant 9h00.   

Photo Gumdiggers Park Northland Nouvelle-Zélande
Gumdiggers Park - Discovery Trail - ©SM
À 25 kilomètres de Kaitaia, un peu après Waipapakauri, premier crochet en dehors de la "1" pour suivre les panneaux du Gumdiggers Park Ancient Buried Kauri Forest. Peu fréquenté au moment de notre passage, nous n'y croiserons que l'employé de service à l'accueil et un seul couple de visiteurs (des français !), l'endroit ne manque pourtant pas d'intérêt. La visite de ce petit parc est composée d'une boucle "nature" (Eco-Trail) et d'une boucle "historique" (Gumdiggers Discovery Trail) ayant chacune de nombreux panneaux explicatifs. Les deux boucles se rejoignent au niveau du Gumdiggers Village qui reconstitue un village et les conditions relativement précaires des chercheurs d'ambre de kauri. Le "clou" du parc est le tronc d'un kauri géant dégagé du marécage qui l'a conservé pendant des milliers d'années (Ancient Giant Kauri Log). En prenant son temps pour lire, voir la vidéo proposée et passer par tous les endroits du circuit, il faut compter environ une heure de visite.

Brochure pour la visite du Gumdiggers Park - Plan du site (recto)
On y apprend qu'il y a environ 220 millions d'année, cette région s'est couverte de forêts de kauris qui disparurent ensuite brutalement et mystérieusement : météorite ? super-typhon ? méga-tsunami? Autant d'hypothèses plus ou moins plausibles mais non corroborées alors que des poches de ces forêts originelles furent admirablement préservées, pendant des dizaines de milliers d'années, dans les marécages du Northland grâce au cocktail chimique unique qui les composent. Quel que soit l'événement qui a provoqué la destruction des arbres, leur état de préservation est tel, certains ont conservé écorces et feuilles, que leur disparition ne peut être due qu'à une catastrophe soudaine et cataclysmique plutôt qu'à un processus de destruction lente.
Photo Gumdiggers Parks Eco-Trail Northland Nouvelle-Zélande
Gumdiggers Park - Eco Trail - ©SM

Dans certaines poches, ce n'est pas une seule couche de troncs qui a été retrouvée mais plusieurs strates successives attestant que jusqu'à 3 ou 4 forêts de kauris sont ainsi arrivées à maturité avant de mourrir et d'être ensevellies, suivant la même séquence catastrophique mystérieuse mais dont la répétation joue en faveur des hypothèses d'événements climatiques hors normes. 

L'intérêt suscité à la fin du 19ème siècle par ces poches de kauris en plein marécages est lié au processus de cicatrisation de ces arbres qui, lorsqu'ils sont blessés, produisent de grandes quantités de sève résineuse pour fermer leurs plaies et protéger la gaine intérieure du tronc. La sève se fige ensuite en formant des boules de gommes qui durcissent puis tombent sur le sol où elles se concentrent et s'enfouissent avec le temps; après des milliers d'années, elles se fossilisent et se transforment en ambre de Nouvelle Zélande.     

Les maoris utilisaient la gomme de kauris de différentes façons, ils la machaient, s'en servaient pour les tatouages ou encore pour allumer les feux. Les européens qui commerçaient avec eux lui trouvèrent un nouveau débouché dans la production de vernis de très grande qualité si bien que l'exploitation de la gomme se développa pour alimenter cette industrie. Mais à la fin des années 1860 en même temps que les forêts de kauris se raréfiaient, le ramassage de la gomme en surface se fit lui aussi plus difficile alors que la demande était croissante et c'est là que s'est développée la pratique du "Gum digging" pour récupérer la gomme conservée dans les marécages; une pratique florissante entre 1870 et 1920 et constituant la source principale de revenue du Northland sur toute cette période ainsi qu'un des plus importants produits export du pays. De nombreux fermiers des environs s'y consacrèrent pour y tirer des compléments de revenu, à temps partiel ou complet.
Dans la région, cette activité fut étroitement liée à la communauté des immigrants dalmates (région de l'ancienne Yougoslavie) qui s'y consacrèrent, un travail dur pour se faire une place dans leur nouvelle patrie d'adoption. Des photographies, des reconstitutions, les éléments du terrain, une vidéo, etc. permettent d'en savoir plus et d'imaginer une époque et une industrie maintenant révolues; une visite riche d'enseignements que nous avons appréciée.

En sortant du parc, une boucle permet de rejoindre la highway 1 un peu plus au nord que là nous l'avions quittée et nous poursuivons notre trajet en direction du cap Reinga. À noter que les deux accès sud à 90 miles beach sont indiqués par les panneaux touristique de couleur marron sur le bord de la route.
Le paysage est légèrement valloné, peu arboré et relativement sec. À mi-péninsule, le Mont Camel qui s'élève au dessus de la côte Pacifique donne un point de repère un peu plus élevé et du relief.

Nous faisons un second détour/arrêt un peu après Ngataki pour aller voir la plage de sable blanc de Rarawa ouverte sur le Pacifique. Encore un petit coin de rêve avec des étendues de plage à perte de vue, un océan nous offrant ses plus belles déclinaisons sous le soleil d'été et une impression d'espace sans pareil alors que les visiteurs se comptent sur les doigts d'une main, quelques baigneurs et un pêcheur tout au plus qui n'hésitent pas à se garer sur la plage plutôt que sur le parking. À part les cocotiers, tout y comme sur une île de paradis !    

Plage de sable blanc Rarawa Northland Nouvelle-Zélande
Plage de Rarawa - Northland - ©SM


Nous poursuivons ensuite jusqu'à Waitiki Landing où nous pouvons faire un dernier approvisionnement à la petite épicerie du coin pour compléter notre pique-nique avant le cap Reinga situé dans le parc de Te Paki (Te Paki Recreation Reserve) où nous arrivons en tout début d'après-midi. Nous laissons la voiture à l'un des deux parkings, tout au bout de la route, pour pouvoir rejoindre le phare, à pied, à quelques centaines de mètres. C'est ici, au cap Reinga que se concentrent le plus grand nombre de touristes parce que :
1 - l'endroit est accessible,
2 - il marque le point accessible le plus au nord de la Nouvelle-Zélande (géographiquement, ce n'est toutefois pas le point le plus septentrional, un titre revendiqué par d'autres caps alentour et généralement attribué à North Cape pour la partie terrestre et dans l'absolu, par Nugent Island dans le groupe des Kermadec, une île située un peu plus au large),
3 - les eaux et les courants de la mer de Tasman et ceux du Pacifique s'y mélangent,
4 - il a une importance culturelle importante dans la mythologie maori qui en font le point par lequel les âmes transitent au moment de la mort; elles passeraient notamment par un pohutukawa solitaire, accroché sur une falaise et vieux de 800 ans, point de transit permettant de retourner à l'île ancestrale d'Hawaiki. Un aspect mythique bien développé et évoqué dans le dernier volume de la saga "le pays du nuage blanc" de Sarah Lark auquel j'ai évidemment repensé en visitant le site.

Photo prises du cap Reinga Northland Nouvelle-Zélande
Vues du cape Reinga  - ©SM

Photo phare cap Reinga Northland Nouvelle-Zélande
Phare du cap Reinga - ©SM

Outre ses spécificités et la balade jusqu'au phare comprenant encore une fois pas mal de panneaux explicatifs, l'endroit vaut pour ses superbes vues.
L'un de nos regrets est de ne pas disposer d'un peu plus de temps pour randonner et parcourir les chemins aletour, nombreux pour aller vers le cap Nord ou vers le cap Maria van Diemen et les dunes de Te Paki par les falaises, ce sera peut-être pour une autre fois si l'occasion se présente.

Le reste de l'après-midi est consacré aux dunes de Te Paki et à 90 miles beach, déjà détaillés dans un autre article.

Alors que la fin de journée approche, nous faisons encore quelques kilomètres après Ahipara en prenant le chemin des écoliers pour aller jusqu'à Doubtless Bay et gagner Mangonui où nous avons réservé une chambre pour la nuit, au bord de l'eau. Station baleinière d'antant, cet ancien village de pêcheurs aujourd'hui très coquet s'étale tout en longueur au bord de l'eau et a reconverti ses "vieux" bâtiments de 150 ans (parmi les plus anciens du pays) pour le tourisme avec ses hotels, motels, cafés, restaurants et boutiques qui en font une étape agréable et "historique" pour la soirée. Pour se restaurer, plusieurs Fish & ships dont l'un, au bord de l'eau et sur piloti est plutôt connu et très fréquenté mais pour ceux qui ne raffolent pas de ce style de cuisine, on trouve de bonnes alternatives, du traditionnel, du thaï et un indien, il y a le choix. Ensuite, pour la soirée c'est quand même plutôt le grand calme, idéal pour recharger les batteries avant les visites du lendemain.

Nota :
* Jusqu'en 2010, les derniers 19 kilomètres de la Highway 1 menant au cap Reinga étaient encore une piste non goudronnée. Désormais, cette route ne présente plus aucune difficulté et il est facile de se rendre au cap mais elle draine aussi beaucoup de touristes et l'endroit est très fréquenté.

Gumdiggers Park :
171 Heath Road, Northland, Nouvelle-Zélande
Ouvert tous les jours (sauf Noël)
de 9h à 16h
Tarif adulte : 12,50 NZD

Sources et plus d'infos :
Site d'informations touristiques - Top of NZ - ICI
Site du Gumdiggers Park Ancient Buried Kauri Forest - ICI

samedi 4 février 2017

LIVRES - Pounamu Pounamu - Witi Ihimaera


La nouvelle n'est habituellement pas le genre littéraire que je préfère mais Witi Ihimaera et son Pounamu Pounamu m'ont séduite et réconciliée, chaque histoire formant un tout bien ficelé, efficace, riche en détails et en émotions. Ce livre est comme le pounamu de son titre, "le jade sacré des maoris, la matière la plus noble, celle qui insuffle la vie de son propriétaire, transcende le temps et relie les générations, une pierre toujours en mouvement"* ...


Pounamu Pounamu de Witi Ihimaera
Pas de traduction française
Genre : recueil de nouvelles
Première édition : 1972
Édition anniversaire 40 ans / mai 2012, en anglais.



Au moment de sa sortie en 1972, Pounamu Pounamu était le premier recueil de nouvelles écrit en langue anglaise par une plume maorie. D'abord publiées dans des journaux, ces nouvelles composent une oeuvre de fiction fortement  inspirée du vécu de l'auteur et elles illustrent, par touches, des moments marquants d'une enfance et d'une jeunesse passée dans l'île du nord de la Nouvelle-Zélande. Le livre baigne dans la culture maorie mais ne s'y limite pas parce que c'est un monde en interrelation avec ce qui l'entoure et que certaines valeurs sont universelles dès lors que l'on évoque des sujets comme la mort, les préjugés, la tradition, la transmission et la préservation de l'héritage culturel, etc.
Les néo-zélandais s'y reconnaissent, qu'ils soient maoris ou pakehas (non maoris) et le livre initalement publié à l'attention d'un public lycéen est un classique qui a imprégné toutes les générations qui s'y sont plongées sur les bancs de l'école où il est étudié.

L'édition du 40ème anniversaire enrichit les textes d'origine des commentaires de l'auteur. Il apporte ainsi, à la suite de chaque nouvelle, des anecdotes, des précisions intéressantes sur la façon dont il l'a écrite, comment elle a d'abord été publiée, l'aide qu'il a pu avoir, l'état d'esprit dans lequel il pouvait être, les difficultés rencontrées auxquelles peuvent aussi s'ajouter des remises en contexte pertinantes.     

Ce livre est un vrai coup de coeur et une porte qui s'ouvre sur l'oeuvre de Witi Ihimaera qui me réconciliera peut-être définitivement avec les nouvelles, son genre de prédilection.
Sa bibliographie compte une vingtaine de recueils de nouvelles et histoires courtes ainsi qu'une grosse dizaine de romans, pour des plublic variés (adultes, jeunesse et enfants, selon).
Pour ceux qui ne peuvent le lire en V.O., il n'existe malheureusement que très peu de traductions françaises de ses livres.

Quelques mots sur l'auteur :
Witi Ihimaera est né en 1944 à Gisborne.
Il a grandit dans cette région, dans un milieu rural et pauvre près de Rongopai, à une époque où les communautés se vidaient, happées par l'exode rural. Sa maison ancestrale est réputée pour les peintures qu'elle contient.
Son éducation lui a permis de fréquenter l'université de Gisborne puis celle d'Auckland entre 1963 et 1966 mais, revenu à Gisborne sans valider son diplôme, il commence à travailler comme journaliste junior pour le  Gisborne Herald avant de devenir facteur en 1968 à Wellington. Il reprend alors ses études à mi-temps à l'université Victoria de Wellington et valide son BA en 1971. C'est à la même époque que celui qui a toujours eu envie d'écrire - il gribouillait des histoires sur les murs de sa chambre quand il était enfant - commence à écrire sérieusement et que sa première histoire est retenue par le NZ Listener.
Pounamu Pounamu parait en 1972.
Son livre est remarqué par le premier ministre de l'époque qui pense que l'auteur serait un atout pour le ministère des affaires extérieures qu'il intègre en 1973 et où il restera jusqu'en 1989. Une carrière entrecoupée de deux bourses universitaires qui l'amènent à l'université de l'Otago en 1975 et à l'université de Victoria en 1982. Employé pour écrire, il rédige la brochure "Maoris" en 1975 puis un script de film. Pendant sa carrière au sein du corps diplomatique, il aura aussi l'occasion de vivre à l'étranger, quatre ans à New York et Washington D.C.
Il connait plusieurs périodes intenses d'écriture et est publié mais il fait une pause au début des années 1980 qui durera 10 ans parce qu'il ne veut pas que ses descriptions figent le monde maori alors qu'il considère ses récits dépassés à un moment de sa vie où il souhaite s'engager plus dans les réalités politiques et sociales. Il est alors marié et père de deux filles.
En 1990, il a repris l'écriture et devient professeur de l'ittérature anglaise à l'université d'Auckland. Romancier, auteur de nouvelles et histoires courtes, auteur de livres pour enfants, anthropologue, script, il n'arrête plus de publier et son oeuvre est multi-primée. Comme Llyod Jones avant lui, il reçoit notamment la bourse littéraire Katherine Mansfield en 1993 qui lui permet de vivre un temps à Menton en France. En 1996, son Nights in the garden of Spain marque son coming-out révélant son homosexualité.
À la retraite depuis le début des années 2010, Witi Ihimaera vit à Auckland et travaille maintenant à ses mémoires. Relatant son enfance, son Maori Boy: A Memoir of Childhood publié en 2014 a reçu le prix Ockham New Zealand Book Award 2016.      


*Sur la piste du jade, pierre sacrée des Maoris - National Geographic 29/09/2014 

Sources et plus d'infos :
Biographie détaillées de Witi Ihimaera - New Zealand Book Council - ICI

jeudi 2 février 2017

NINETY MILE BEACH / TE ONEROA A TOHE - Sous les roues, la plage !


Ninety Mile Beach était inscrite depuis déjà pas mal de temps sur notre liste des endroits à voir et lorsque nous nous sommes installés à Auckland, c'est un peu pour elle que notre choix de voiture s'est porté sur une Jeep 4x4, seul type de véhicule adapté à cette highway néo-zélandaise un peu particulière.
Bordant la mer de Tasman à la pointe nord de l'île du nord, Ninety Mile Beach est en effet une longue autoroute de sable blanc accessible à marée basse, bornée par deux promontoirs volcaniques rocheux, Scott Point au nord et Reef Point près d'Ahipara au sud.

Photo de Te Aki 90 Miles Beach Nouvelle-Zélande
Accès nord par le lit de Te Aki, au pied des dunes - ©SM

Ne mesurant en réalité que 55 miles, soit environ 90 kilomètres, l'origine du nom de cette "plage de 90 miles qui n'en fait que 55" reste finalement assez mystérieuse comme choisit de l'indiquer l'encyclopédie néo-zélandaise de référence, Te Ara. Un blog d'une part et wikitravel d'autre part apportent toutefois une explication plausible à l'origine du nom que je rapporte ici pour l'anecdote mais avec toutes réserves compte tenu de l'absence de sources qui la corroborent : Ninety Miles Beach serait le résultat d'une estimation erronée de la distance de la plage, mesurée par des missionnaires à cheval dans un cas, des fermiers menant leur bétail au marché dans l'autre. Dans les deux cas, l'histoire raconte qu'il fallait trois jours pour effectuer le trajet et que les protagonistes se déplaçant habituellement de 30 miles par jour en conclurent logiquement que la plage faisait un total de 90 miles; cette opération valide en terrain normal aurait finalement été faussée par le sable ralentissant le train, une variable non prise en compte par nos quidams.


Photo de 90 Mile beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - ©SM
Pas sûre que cela simplifie les choses mais l'anomalie de ce nom peut être évitée en adoptant celui qui lui est donné par les Maoris : Te Oneroa a Tohe signifiant "la longue plage de Tohe*". Un changement qui semble justifié après plusieurs décennies de plaintes et de procédures présentées par 5 Iwi représentant une communauté de 40'000 membres des tribus maori du nord de la Nouvelle-Zélande et la recherche d'un accord sous l'égide du tribunal de réconciliation de Waitangi proposant des dédomagements sous forme d'indemnités compensatoires, des transferts de propriété de terrains rendus aux maoris par la couronne ainsi que la co-gouvernance de la plage et de ses eaux avec les communautés locales indigènes. 
Si la signification historique et symbolique de la plage a été reconnue et légitimise le nom maori, son accessibilité demeure inchangée et n'est pas remise en cause par ces décisions.  

Mais à quoi faut-il s'attendre ?

Ninety Mile Beach n'est rien d'autre qu'un long désert de sable en bord de mer, vierge de tout équipement et de quasiment toutes traces humaines en dehors de celles, éphémères, laissées par les quelques véhicules qui passent. Cette immense autoroute de sable forme un arc, tracé entre mer de Tasman et dunes. Celles-ci ceinturent entièrement le parcours, soumises aux éléments, variables en taille, en profondeur et en présentation même si les changement sont presque imperceptibles, avalés par la distance : énormes piles de sables nues au nord où elles culminent à 150 mètres de haut (pour mémoire, la dune du Pilat c'est 110 mètres) avant de décroître progressivement en direction du sud; elles se couvrent d'abord discrètement d'une végétation fragile insuffisante pour les maintenir avant qu'elles ne deviennent plus solides, fixées au sud par une végétation plus variée et plus dense. En profondeur, elle peuvent s'enfoncer jusqu'à 6 kilomètres dans les terres cachant alors entièrement l'arrière pays mais elles laissent aussi deviner par endroit des collines aux allures de dévastation (au nord) ou des zones plus boisées (plutôt vers le sud).

Photo de 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - Seuls au monde : des dunes, la mer, la plage, le ciel et nous ! ©SM

Côté mer, peu de variations : juste un grand rocher percé que l'on aperçoit au départ de Te Paki suivi un peu plus loin d'une excroissance rocheuse appelée The Bluff. Il s'agit en fait d'une coulée de lave d'origine sous-marine avec des bandes de quartz, reliée au continent à marée basse par une plateforme de sable et couverte de plantes apportant quelques touches de couleur dans ce monde en bleu et sable.

Photo de The Bluff 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
The Bluff - 90 Mile Beach - ©SM


À savoir :

D'un point de vue pratique, il vaut tout de même mieux prendre quelques précautions avant de se lancer sur Ninety Mile Beach / Te Oneroa a Tohe :

1- Circuler avec un véhicule adapté et équipé parce qu'en cas de panne ou d'enlisement, on est seul au monde et on risque de se sentir vite dépassé. Il faut savoir que les agences de location n'autorisent pas leurs clients à prendre cette highway, même avec un 4x4. La plupart des touristes utlisent donc les services d'un tour organisé au départ de Kaitaia ou de Paihia qui comprennent en général la visite du cap Reinga, un arrêt aux dunes géantes de Te Paki pour surfer sur les pentes et le parcours sur la plage avec des bus 4x4 adaptés. Toutefois et comme nous avons pu le constater au départ en dépassant une voiture et un bus enlisés au pied des dunes de Te Paki, même les bus professionnels peinent parfois sur les zones difficiles de sable sec : l'excursion touristique se pimente alors d'un peu d'exercice quand le chauffeur fait descendre tous ses passagers, installe un cable et leur demande de tirer pour dégager et faire eux-mêmes avancer le bus !
Quant aux voitures de modèles standard, il y en a toujours qui arrivent à s'engager comme nous avons pu le voir et comme nous  l'ont indiqué plusieurs conducteurs locaux mais il faut alors être super prudents et conscients des risques; les recommandations sont alors d'accéder à la plage par la zone la plus sûre et la moins sableuse (celle de Wapapakauri) et une fois sur la plage, de respecter quelques règles de circulation pour éviter l'enlisement (là encore, nous en avons vu qui se sont retrouvés coincés et vraiment bien bêtes) avec un peu de matériel pour se tirer d'affaire au cas où (cartons ou planches à placer derrière les roues pour sortir du sable, corde pour se faire tracter, etc.)
 
Photo de 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach, il y a le ciel, le soleil et la mer ... ©SM

2 - Avoir fait le plein avant de s'engager au nord d'Awanui et de Kaitaia sachant qu'il n'y a plus de station service au nord de ces bourgades servant de base touristique pour les visites à la péninsule du cap Reinga et Ninety Mile Beach. Il faut donc prendre ses précautions et remplir suffisemment le réservoir parce qu'un parcours complet pour Ninety Mile Beach c'est quand même, en gros, 200 kilomètres sans re-approvisionnement.          

3 - Vérifier et définir son circuit en fonction des horaires des marées. Avant de prendre la plage, le panneau du ministère de l'environnement (Department of Conservation) indique que les conducteurs s'engagent à leur risques et périls, que Ninety Mile Beach est particulièrement dangereuse 2 heures avant et après la marée haute et que de nombreuses voitures ont été englouties par les marées. (sur Internet, on trouve des photos d'épaves englouties par le sable mais nous avons eu beau ouvrir les yeux, aucun cadavre de ce type en ce moment ... et c'est tant mieux...).
Certains sites recommandent de se caler par rapport à l'heure de marée basse pour circuler en utilisant une marge de 3 heures avant et/ou après. 
Pour s'aider, il existe plusieurs sites donnant les horaires des marées. Nous avons utilisé celui de Surf-Forecast.com (voir liens ci-après), pratique parce qu'il indique en temps réel, par un point rouge clairement visible sur le graphe qui dessine les marées, où on se situe exactement par rapport à la marée (ainsi qu'un compte à rebours en haut de page pour les prochaines marées, haute et basse).

4 - Respecter quelques règles de circulation :
- Conduire au plus près de l'eau où la surface est dure et au plus loin des dunes où le risque d'enlisement est le plus fort,
- La plage est considérée comme une highway où les règles de conduite habituelles s'appliquent, en particulier la limitation de vitesse à 100 km/h... Il est très tentant et assez grisant de laisser aller le pied sur le champignon mais attention, la plage est coupée les petits ruisseaux qui accidentent le terrain,
- Ralentir au niveau des ruisseaux qui sont généralement sans conséquence sur le relief mais se révèlent parfois assez traitres quand on s'y attend le moins.

5 - Repérer les accès d'entrée et de sortie de la plage sachant qu'il n'en existe que cinq plus ou moins difficiles et limité aux urgences pour celui de The Bluff. Elles sont détaillées dans le "motorist guide to 90 mile beach and Te Paki Stream" :


photo du lit de te Paki accès à 90 mile beach Nouvelle-Zélande
Au départ, dans le lit de Te Paki - ©SM

- Ruisseau de Te Paki*. C'est l'accès que nous avons pris après la visite du cap Reinga afin de parcourir la plage du nord au sud et nous caler sur les marées du jour.  La route venant du cap se termine au pied des immenses dunes de sable, utilisées comme toboggans géants pour faire des glissades (parking et location de planches possible sur place). Après le panneau d'avertissement indiquant Ninety Mile Beach, il faut s'engager dans le lit du ruisseau Te Paki dont il faut suivre le cours et "les traces" entre les dunes, avant de traverser une zone de sable sec pas évidente qui permet de rejoindre la plage (là où nous avons vu une voiture et un bus enlisés et bloqués). Un parcours de mise en bouche de 3 kilomètres représentant sans doute la partie la plus délicate du trajet du fait de la nature du terrain. Il est conseillé de traverser à petite vitesse, sans jamais s'arrêter dans le ruisseau.    


- The bluff (à Hauteur du village de Houhora). À 20 kilomètres de Te Paki, cette zone est facilement reconnaissable parce que c'est la seule section de la plage avec un espace rocheux sur la mer sur lequel on peut crapahuter et se dégourdir les jambes en regardant les vagues s'écraser. À cet endroit, il existe une route d'accès mais elle est privée et ne doit être utilisée qu'en cas d'extrême urgence sachant qu'elle nécessite par ailleurs de traverser une zone de sable sec délicate pour les véhicules inadaptés.

Photo de The Bluff à Ninety Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - The Bluff - ©SM

- Hukatere Hill (à hauteur du village de Pukenui). À 50 kilomètres de Te Paki, cet accès passe au pied d'une colline arrondie, facilement identifiable de la plage et relativement praticable.

- Waipapakauri ramp (à hauteur du village de Waipapakauri). Située à 70 kilomètres de Te Paki cette rampe goudronnée est l'accès le plus sûr à la plage, celui qu'utilisent les bus dans un sens ou l'autre. A noter que c'est aussi l'endroit de la plage qui concentre le plus de monde - tout est relatif - avec des pêcheurs, des familles qui ramassent des tuatua (coquillage local), etc.

- Ahipara. Pour aller tout au bout de la plage ... mais la sortie n'est pas la plus facile. On peut opter pour le passage au nord du village traversant une zone de sable sec difficile, heureusement courte, dans laquelle on s'enfonce même avec un 4x4 ou alors prendre le passage sud tout au bout de la plage, celui qui passe par une zone rocheuse accidentée, faisable avec de grandes roues et un chassis surélevé mais à éviter s'il est trop bas parce qu'alors ça racle de façon inquiétante.  

Photo à l'arrivée à Ahipara 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - Arrivé à Ahipara - ©SM

Ainsi bien préparés, on profite dans l'isolement le plus complet de ces paysages vierges du bout du monde. La plage de Ninety Mile Beach, parfois qualifiée de "mère de toutes les plages", est un espace de liberté absolu qui laisse une impression irréelle et magique et c'est finalement là tout l'intérêt de cette excursion hors temps !

Carte de ninety mile beach nouvelle-Zélande
Source : Ahipara motorist guide to 90 mile beach and Te Paki stream

Nota :
1 - Chaque année, fin février ou début mars, la plage est envahie quand elle sert d'arène à un grand concours de pêche se déroulant sur cinq jours, le snapper bonanza. L'édition 2017 aura lieu du 14 au 18 mars. (De belles photos et vidéo à voir sur leur site) 
2 - La Ninety Mile Beach de Nouvelle-Zélande apparait dans les classements des 10 plus longues plages du monde, en général autour de la 5ème place selon les sources ...mais pour alimenter une vieille rivalité, toujours après la plage homonyme d'Australie. 

*Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
A : appartenant à (particule indiquant la possession). 
One : plage, sable, terre, sol. 
Paki : le beau temps
Roa :  long, longueur, durée, délai.
Te : le/la (déterminant singulier)
Tohe : chef du peuple Ngati Kahu, un ancêtre important qui aurait nommé plus de 100 endroits de la côte ouest lors de son dernier voyage vers le sud pour aller voir sa fille.

Sources et plus d'infos :
Horaires et table des marées pour Ninety Mile Beach (en français) - Surf-Forecast.com  ICI
Motorist guide to 90 mile beach and Te Paki Sream - Ahipara - ICI 
New name for ninety Mile Beach possible under Treaty deal - NZ Herald 18/01/2010 ICI
Iwi deal to co-manage 90 Mile Beach - NZ Herald 27/01/2012 ICI
Snapper Bonanza Surf Casting competition - ICI
The longuest beaches in the world on which to take a really, really long walk - The Hufftington Post 18/02/2014 - ICI
Explications du nom :
Wikitravel Ninety Mile Beach - ICI
Blog Backpackingmatt - New Zealand's North : Cape Reinga and 90 Mile Beach - ICI