lundi 6 février 2017

TOP OF NEW-ZEALAND - Les hauts de Nouvelle-Zélande !

Profitant des trois jours du week-end d'Auckland's Day et du beau temps de l'été austral, nous avons pris la route vendredi 27 janvier en milieu d'après-midi pour une visite improvisée dans la région du Northland. Un peu de circulation au départ mais pas trop, 330 kilomètres environ au départ de Bucklands Beach et 5 heures de route via la state highway 1 nous permettent de rejoindre à la nuit tombée le Bed & Breakfast réservé à Kaitaia avant de partir.



Samedi 28 janvier - Première étape : la péninsule d'Aupouri (du nom d'un des peuples qui l'habitaient) à l'extrême pointe nord, au nord de l'île du nord, le district du Far North. On l'appelle aussi top of NZ et pour placer l'endroit facilement sur la carte, c'est toute la partie au nord de Kaitaia où la péninsule du North Auckland passe d'un coup de 60 kilomètres de large à une bande de 10 kilomètres de large sur 100 kilomètres de long en formant une sorte de doigt dressé pointant vers le nord ... 



Kaitaia, ce n'est pas très grand, 5'600 habitants en 2015, mais c'est suffisant pour trouver hébergement, approvisionnement, station service et même un musée ("architecture et objets exposés très intéressants" selon nos compagnons de petit-déjeuner même si nous avons passé pour cette fois).
Sachant qu'il y a que deux façons de parcourir les 100 kilomètres de la péninsule pour rejoindre le cap Reinga situé tout au bout,
- la Highway 1, goudronnée*, traversant le centre de la péninsule,
-  la plage de 90 Mile Beach sur la façade ouest, praticable à marée basse avec une voiture 4x4,
notre circuit s'est organisé en fonction de la marée qui était haute autour de midi et basse vers 16h30 si bien que nous avons commencé par la route en dur pour revenir par la plage.
Départ un peu avant 9h00.   

Photo Gumdiggers Park Northland Nouvelle-Zélande
Gumdiggers Park - Discovery Trail - ©SM
À 25 kilomètres de Kaitaia, un peu après Waipapakauri, premier crochet en dehors de la "1" pour suivre les panneaux du Gumdiggers Park Ancient Buried Kauri Forest. Peu fréquenté au moment de notre passage, nous n'y croiserons que l'employé de service à l'accueil et un seul couple de visiteurs (des français !), l'endroit ne manque pourtant pas d'intérêt. La visite de ce petit parc est composée d'une boucle "nature" (Eco-Trail) et d'une boucle "historique" (Gumdiggers Discovery Trail) ayant chacune de nombreux panneaux explicatifs. Les deux boucles se rejoignent au niveau du Gumdiggers Village qui reconstitue un village et les conditions relativement précaires des chercheurs d'ambre de kauri. Le "clou" du parc est le tronc d'un kauri géant dégagé du marécage qui l'a conservé pendant des milliers d'années (Ancient Giant Kauri Log). En prenant son temps pour lire, voir la vidéo proposée et passer par tous les endroits du circuit, il faut compter environ une heure de visite.

Brochure pour la visite du Gumdiggers Park - Plan du site (recto)
On y apprend qu'il y a environ 220 millions d'année, cette région s'est couverte de forêts de kauris qui disparurent ensuite brutalement et mystérieusement : météorite ? super-typhon ? méga-tsunami? Autant d'hypothèses plus ou moins plausibles mais non corroborées alors que des poches de ces forêts originelles furent admirablement préservées, pendant des dizaines de milliers d'années, dans les marécages du Northland grâce au cocktail chimique unique qui les composent. Quel que soit l'événement qui a provoqué la destruction des arbres, leur état de préservation est tel, certains ont conservé écorces et feuilles, que leur disparition ne peut être due qu'à une catastrophe soudaine et cataclysmique plutôt qu'à un processus de destruction lente.
Photo Gumdiggers Parks Eco-Trail Northland Nouvelle-Zélande
Gumdiggers Park - Eco Trail - ©SM

Dans certaines poches, ce n'est pas une seule couche de troncs qui a été retrouvée mais plusieurs strates successives attestant que jusqu'à 3 ou 4 forêts de kauris sont ainsi arrivées à maturité avant de mourrir et d'être ensevellies, suivant la même séquence catastrophique mystérieuse mais dont la répétation joue en faveur des hypothèses d'événements climatiques hors normes. 

L'intérêt suscité à la fin du 19ème siècle par ces poches de kauris en plein marécages est lié au processus de cicatrisation de ces arbres qui, lorsqu'ils sont blessés, produisent de grandes quantités de sève résineuse pour fermer leurs plaies et protéger la gaine intérieure du tronc. La sève se fige ensuite en formant des boules de gommes qui durcissent puis tombent sur le sol où elles se concentrent et s'enfouissent avec le temps; après des milliers d'années, elles se fossilisent et se transforment en ambre de Nouvelle Zélande.     

Les maoris utilisaient la gomme de kauris de différentes façons, ils la machaient, s'en servaient pour les tatouages ou encore pour allumer les feux. Les européens qui commerçaient avec eux lui trouvèrent un nouveau débouché dans la production de vernis de très grande qualité si bien que l'exploitation de la gomme se développa pour alimenter cette industrie. Mais à la fin des années 1860 en même temps que les forêts de kauris se raréfiaient, le ramassage de la gomme en surface se fit lui aussi plus difficile alors que la demande était croissante et c'est là que s'est développée la pratique du "Gum digging" pour récupérer la gomme conservée dans les marécages; une pratique florissante entre 1870 et 1920 et constituant la source principale de revenue du Northland sur toute cette période ainsi qu'un des plus importants produits export du pays. De nombreux fermiers des environs s'y consacrèrent pour y tirer des compléments de revenu, à temps partiel ou complet.
Dans la région, cette activité fut étroitement liée à la communauté des immigrants dalmates (région de l'ancienne Yougoslavie) qui s'y consacrèrent, un travail dur pour se faire une place dans leur nouvelle patrie d'adoption. Des photographies, des reconstitutions, les éléments du terrain, une vidéo, etc. permettent d'en savoir plus et d'imaginer une époque et une industrie maintenant révolues; une visite riche d'enseignements que nous avons appréciée.

En sortant du parc, une boucle permet de rejoindre la highway 1 un peu plus au nord que là nous l'avions quittée et nous poursuivons notre trajet en direction du cap Reinga. À noter que les deux accès sud à 90 miles beach sont indiqués par les panneaux touristique de couleur marron sur le bord de la route.
Le paysage est légèrement valloné, peu arboré et relativement sec. À mi-péninsule, le Mont Camel qui s'élève au dessus de la côte Pacifique donne un point de repère un peu plus élevé et du relief.

Nous faisons un second détour/arrêt un peu après Ngataki pour aller voir la plage de sable blanc de Rarawa ouverte sur le Pacifique. Encore un petit coin de rêve avec des étendues de plage à perte de vue, un océan nous offrant ses plus belles déclinaisons sous le soleil d'été et une impression d'espace sans pareil alors que les visiteurs se comptent sur les doigts d'une main, quelques baigneurs et un pêcheur tout au plus qui n'hésitent pas à se garer sur la plage plutôt que sur le parking. À part les cocotiers, tout y comme sur une île de paradis !    

Plage de sable blanc Rarawa Northland Nouvelle-Zélande
Plage de Rarawa - Northland - ©SM


Nous poursuivons ensuite jusqu'à Waitiki Landing où nous pouvons faire un dernier approvisionnement à la petite épicerie du coin pour compléter notre pique-nique avant le cap Reinga situé dans le parc de Te Paki (Te Paki Recreation Reserve) où nous arrivons en tout début d'après-midi. Nous laissons la voiture à l'un des deux parkings, tout au bout de la route, pour pouvoir rejoindre le phare, à pied, à quelques centaines de mètres. C'est ici, au cap Reinga que se concentrent le plus grand nombre de touristes parce que :
1 - l'endroit est accessible,
2 - il marque le point accessible le plus au nord de la Nouvelle-Zélande (géographiquement, ce n'est toutefois pas le point le plus septentrional, un titre revendiqué par d'autres caps alentour et généralement attribué à North Cape pour la partie terrestre et dans l'absolu, par Nugent Island dans le groupe des Kermadec, une île située un peu plus au large),
3 - les eaux et les courants de la mer de Tasman et ceux du Pacifique s'y mélangent,
4 - il a une importance culturelle importante dans la mythologie maori qui en font le point par lequel les âmes transitent au moment de la mort; elles passeraient notamment par un pohutukawa solitaire, accroché sur une falaise et vieux de 800 ans, point de transit permettant de retourner à l'île ancestrale d'Hawaiki. Un aspect mythique bien développé et évoqué dans le dernier volume de la saga "le pays du nuage blanc" de Sarah Lark auquel j'ai évidemment repensé en visitant le site.

Photo prises du cap Reinga Northland Nouvelle-Zélande
Vues du cape Reinga  - ©SM

Photo phare cap Reinga Northland Nouvelle-Zélande
Phare du cap Reinga - ©SM

Outre ses spécificités et la balade jusqu'au phare comprenant encore une fois pas mal de panneaux explicatifs, l'endroit vaut pour ses superbes vues.
L'un de nos regrets est de ne pas disposer d'un peu plus de temps pour randonner et parcourir les chemins aletour, nombreux pour aller vers le cap Nord ou vers le cap Maria van Diemen et les dunes de Te Paki par les falaises, ce sera peut-être pour une autre fois si l'occasion se présente.

Le reste de l'après-midi est consacré aux dunes de Te Paki et à 90 miles beach, déjà détaillés dans un autre article.

Alors que la fin de journée approche, nous faisons encore quelques kilomètres après Ahipara en prenant le chemin des écoliers pour aller jusqu'à Doubtless Bay et gagner Mangonui où nous avons réservé une chambre pour la nuit, au bord de l'eau. Station baleinière d'antant, cet ancien village de pêcheurs aujourd'hui très coquet s'étale tout en longueur au bord de l'eau et a reconverti ses "vieux" bâtiments de 150 ans (parmi les plus anciens du pays) pour le tourisme avec ses hotels, motels, cafés, restaurants et boutiques qui en font une étape agréable et "historique" pour la soirée. Pour se restaurer, plusieurs Fish & ships dont l'un, au bord de l'eau et sur piloti est plutôt connu et très fréquenté mais pour ceux qui ne raffolent pas de ce style de cuisine, on trouve de bonnes alternatives, du traditionnel, du thaï et un indien, il y a le choix. Ensuite, pour la soirée c'est quand même plutôt le grand calme, idéal pour recharger les batteries avant les visites du lendemain.

Nota :
* Jusqu'en 2010, les derniers 19 kilomètres de la Highway 1 menant au cap Reinga étaient encore une piste non goudronnée. Désormais, cette route ne présente plus aucune difficulté et il est facile de se rendre au cap mais elle draine aussi beaucoup de touristes et l'endroit est très fréquenté.

Gumdiggers Park :
171 Heath Road, Northland, Nouvelle-Zélande
Ouvert tous les jours (sauf Noël)
de 9h à 16h
Tarif adulte : 12,50 NZD

Sources et plus d'infos :
Site d'informations touristiques - Top of NZ - ICI
Site du Gumdiggers Park Ancient Buried Kauri Forest - ICI

samedi 4 février 2017

LIVRES - Pounamu Pounamu - Witi Ihimaera


La nouvelle n'est habituellement pas le genre littéraire que je préfère mais Witi Ihimaera et son Pounamu Pounamu m'ont séduite et réconciliée, chaque histoire formant un tout bien ficelé, efficace, riche en détails et en émotions. Ce livre est comme le pounamu de son titre, "le jade sacré des maoris, la matière la plus noble, celle qui insuffle la vie de son propriétaire, transcende le temps et relie les générations, une pierre toujours en mouvement"* ...


Pounamu Pounamu de Witi Ihimaera
Pas de traduction française
Genre : recueil de nouvelles
Première édition : 1972
Édition anniversaire 40 ans / mai 2012, en anglais.



Au moment de sa sortie en 1972, Pounamu Pounamu était le premier recueil de nouvelles écrit en langue anglaise par une plume maorie. D'abord publiées dans des journaux, ces nouvelles composent une oeuvre de fiction fortement  inspirée du vécu de l'auteur et elles illustrent, par touches, des moments marquants d'une enfance et d'une jeunesse passée dans l'île du nord de la Nouvelle-Zélande. Le livre baigne dans la culture maorie mais ne s'y limite pas parce que c'est un monde en interrelation avec ce qui l'entoure et que certaines valeurs sont universelles dès lors que l'on évoque des sujets comme la mort, les préjugés, la tradition, la transmission et la préservation de l'héritage culturel, etc.
Les néo-zélandais s'y reconnaissent, qu'ils soient maoris ou pakehas (non maoris) et le livre initalement publié à l'attention d'un public lycéen est un classique qui a imprégné toutes les générations qui s'y sont plongées sur les bancs de l'école où il est étudié.

L'édition du 40ème anniversaire enrichit les textes d'origine des commentaires de l'auteur. Il apporte ainsi, à la suite de chaque nouvelle, des anecdotes, des précisions intéressantes sur la façon dont il l'a écrite, comment elle a d'abord été publiée, l'aide qu'il a pu avoir, l'état d'esprit dans lequel il pouvait être, les difficultés rencontrées auxquelles peuvent aussi s'ajouter des remises en contexte pertinantes.     

Ce livre est un vrai coup de coeur et une porte qui s'ouvre sur l'oeuvre de Witi Ihimaera qui me réconciliera peut-être définitivement avec les nouvelles, son genre de prédilection.
Sa bibliographie compte une vingtaine de recueils de nouvelles et histoires courtes ainsi qu'une grosse dizaine de romans, pour des plublic variés (adultes, jeunesse et enfants, selon).
Pour ceux qui ne peuvent le lire en V.O., il n'existe malheureusement que très peu de traductions françaises de ses livres.

Quelques mots sur l'auteur :
Witi Ihimaera est né en 1944 à Gisborne.
Il a grandit dans cette région, dans un milieu rural et pauvre près de Rongopai, à une époque où les communautés se vidaient, happées par l'exode rural. Sa maison ancestrale est réputée pour les peintures qu'elle contient.
Son éducation lui a permis de fréquenter l'université de Gisborne puis celle d'Auckland entre 1963 et 1966 mais, revenu à Gisborne sans valider son diplôme, il commence à travailler comme journaliste junior pour le  Gisborne Herald avant de devenir facteur en 1968 à Wellington. Il reprend alors ses études à mi-temps à l'université Victoria de Wellington et valide son BA en 1971. C'est à la même époque que celui qui a toujours eu envie d'écrire - il gribouillait des histoires sur les murs de sa chambre quand il était enfant - commence à écrire sérieusement et que sa première histoire est retenue par le NZ Listener.
Pounamu Pounamu parait en 1972.
Son livre est remarqué par le premier ministre de l'époque qui pense que l'auteur serait un atout pour le ministère des affaires extérieures qu'il intègre en 1973 et où il restera jusqu'en 1989. Une carrière entrecoupée de deux bourses universitaires qui l'amènent à l'université de l'Otago en 1975 et à l'université de Victoria en 1982. Employé pour écrire, il rédige la brochure "Maoris" en 1975 puis un script de film. Pendant sa carrière au sein du corps diplomatique, il aura aussi l'occasion de vivre à l'étranger, quatre ans à New York et Washington D.C.
Il connait plusieurs périodes intenses d'écriture et est publié mais il fait une pause au début des années 1980 qui durera 10 ans parce qu'il ne veut pas que ses descriptions figent le monde maori alors qu'il considère ses récits dépassés à un moment de sa vie où il souhaite s'engager plus dans les réalités politiques et sociales. Il est alors marié et père de deux filles.
En 1990, il a repris l'écriture et devient professeur de l'ittérature anglaise à l'université d'Auckland. Romancier, auteur de nouvelles et histoires courtes, auteur de livres pour enfants, anthropologue, script, il n'arrête plus de publier et son oeuvre est multi-primée. Comme Llyod Jones avant lui, il reçoit notamment la bourse littéraire Katherine Mansfield en 1993 qui lui permet de vivre un temps à Menton en France. En 1996, son Nights in the garden of Spain marque son coming-out révélant son homosexualité.
À la retraite depuis le début des années 2010, Witi Ihimaera vit à Auckland et travaille maintenant à ses mémoires. Relatant son enfance, son Maori Boy: A Memoir of Childhood publié en 2014 a reçu le prix Ockham New Zealand Book Award 2016.      


*Sur la piste du jade, pierre sacrée des Maoris - National Geographic 29/09/2014 

Sources et plus d'infos :
Biographie détaillées de Witi Ihimaera - New Zealand Book Council - ICI

jeudi 2 février 2017

NINETY MILE BEACH / TE ONEROA A TOHE - Sous les roues, la plage !


Ninety Mile Beach était inscrite depuis déjà pas mal de temps sur notre liste des endroits à voir et lorsque nous nous sommes installés à Auckland, c'est un peu pour elle que notre choix de voiture s'est porté sur une Jeep 4x4, seul type de véhicule adapté à cette highway néo-zélandaise un peu particulière.
Bordant la mer de Tasman à la pointe nord de l'île du nord, Ninety Mile Beach est en effet une longue autoroute de sable blanc accessible à marée basse, bornée par deux promontoirs volcaniques rocheux, Scott Point au nord et Reef Point près d'Ahipara au sud.

Photo de Te Aki 90 Miles Beach Nouvelle-Zélande
Accès nord par le lit de Te Aki, au pied des dunes - ©SM

Ne mesurant en réalité que 55 miles, soit environ 90 kilomètres, l'origine du nom de cette "plage de 90 miles qui n'en fait que 55" reste finalement assez mystérieuse comme choisit de l'indiquer l'encyclopédie néo-zélandaise de référence, Te Ara. Un blog d'une part et wikitravel d'autre part apportent toutefois une explication plausible à l'origine du nom que je rapporte ici pour l'anecdote mais avec toutes réserves compte tenu de l'absence de sources qui la corroborent : Ninety Miles Beach serait le résultat d'une estimation erronée de la distance de la plage, mesurée par des missionnaires à cheval dans un cas, des fermiers menant leur bétail au marché dans l'autre. Dans les deux cas, l'histoire raconte qu'il fallait trois jours pour effectuer le trajet et que les protagonistes se déplaçant habituellement de 30 miles par jour en conclurent logiquement que la plage faisait un total de 90 miles; cette opération valide en terrain normal aurait finalement été faussée par le sable ralentissant le train, une variable non prise en compte par nos quidams.


Photo de 90 Mile beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - ©SM
Pas sûre que cela simplifie les choses mais l'anomalie de ce nom peut être évitée en adoptant celui qui lui est donné par les Maoris : Te Oneroa a Tohe signifiant "la longue plage de Tohe*". Un changement qui semble justifié après plusieurs décennies de plaintes et de procédures présentées par 5 Iwi représentant une communauté de 40'000 membres des tribus maori du nord de la Nouvelle-Zélande et la recherche d'un accord sous l'égide du tribunal de réconciliation de Waitangi proposant des dédomagements sous forme d'indemnités compensatoires, des transferts de propriété de terrains rendus aux maoris par la couronne ainsi que la co-gouvernance de la plage et de ses eaux avec les communautés locales indigènes. 
Si la signification historique et symbolique de la plage a été reconnue et légitimise le nom maori, son accessibilité demeure inchangée et n'est pas remise en cause par ces décisions.  

Mais à quoi faut-il s'attendre ?

Ninety Mile Beach n'est rien d'autre qu'un long désert de sable en bord de mer, vierge de tout équipement et de quasiment toutes traces humaines en dehors de celles, éphémères, laissées par les quelques véhicules qui passent. Cette immense autoroute de sable forme un arc, tracé entre mer de Tasman et dunes. Celles-ci ceinturent entièrement le parcours, soumises aux éléments, variables en taille, en profondeur et en présentation même si les changement sont presque imperceptibles, avalés par la distance : énormes piles de sables nues au nord où elles culminent à 150 mètres de haut (pour mémoire, la dune du Pilat c'est 110 mètres) avant de décroître progressivement en direction du sud; elles se couvrent d'abord discrètement d'une végétation fragile insuffisante pour les maintenir avant qu'elles ne deviennent plus solides, fixées au sud par une végétation plus variée et plus dense. En profondeur, elle peuvent s'enfoncer jusqu'à 6 kilomètres dans les terres cachant alors entièrement l'arrière pays mais elles laissent aussi deviner par endroit des collines aux allures de dévastation (au nord) ou des zones plus boisées (plutôt vers le sud).

Photo de 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - Seuls au monde : des dunes, la mer, la plage, le ciel et nous ! ©SM

Côté mer, peu de variations : juste un grand rocher percé que l'on aperçoit au départ de Te Paki suivi un peu plus loin d'une excroissance rocheuse appelée The Bluff. Il s'agit en fait d'une coulée de lave d'origine sous-marine avec des bandes de quartz, reliée au continent à marée basse par une plateforme de sable et couverte de plantes apportant quelques touches de couleur dans ce monde en bleu et sable.

Photo de The Bluff 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
The Bluff - 90 Mile Beach - ©SM


À savoir :

D'un point de vue pratique, il vaut tout de même mieux prendre quelques précautions avant de se lancer sur Ninety Mile Beach / Te Oneroa a Tohe :

1- Circuler avec un véhicule adapté et équipé parce qu'en cas de panne ou d'enlisement, on est seul au monde et on risque de se sentir vite dépassé. Il faut savoir que les agences de location n'autorisent pas leurs clients à prendre cette highway, même avec un 4x4. La plupart des touristes utlisent donc les services d'un tour organisé au départ de Kaitaia ou de Paihia qui comprennent en général la visite du cap Reinga, un arrêt aux dunes géantes de Te Paki pour surfer sur les pentes et le parcours sur la plage avec des bus 4x4 adaptés. Toutefois et comme nous avons pu le constater au départ en dépassant une voiture et un bus enlisés au pied des dunes de Te Paki, même les bus professionnels peinent parfois sur les zones difficiles de sable sec : l'excursion touristique se pimente alors d'un peu d'exercice quand le chauffeur fait descendre tous ses passagers, installe un cable et leur demande de tirer pour dégager et faire eux-mêmes avancer le bus !
Quant aux voitures de modèles standard, il y en a toujours qui arrivent à s'engager comme nous avons pu le voir et comme nous  l'ont indiqué plusieurs conducteurs locaux mais il faut alors être super prudents et conscients des risques; les recommandations sont alors d'accéder à la plage par la zone la plus sûre et la moins sableuse (celle de Wapapakauri) et une fois sur la plage, de respecter quelques règles de circulation pour éviter l'enlisement (là encore, nous en avons vu qui se sont retrouvés coincés et vraiment bien bêtes) avec un peu de matériel pour se tirer d'affaire au cas où (cartons ou planches à placer derrière les roues pour sortir du sable, corde pour se faire tracter, etc.)
 
Photo de 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach, il y a le ciel, le soleil et la mer ... ©SM

2 - Avoir fait le plein avant de s'engager au nord d'Awanui et de Kaitaia sachant qu'il n'y a plus de station service au nord de ces bourgades servant de base touristique pour les visites à la péninsule du cap Reinga et Ninety Mile Beach. Il faut donc prendre ses précautions et remplir suffisemment le réservoir parce qu'un parcours complet pour Ninety Mile Beach c'est quand même, en gros, 200 kilomètres sans re-approvisionnement.          

3 - Vérifier et définir son circuit en fonction des horaires des marées. Avant de prendre la plage, le panneau du ministère de l'environnement (Department of Conservation) indique que les conducteurs s'engagent à leur risques et périls, que Ninety Mile Beach est particulièrement dangereuse 2 heures avant et après la marée haute et que de nombreuses voitures ont été englouties par les marées. (sur Internet, on trouve des photos d'épaves englouties par le sable mais nous avons eu beau ouvrir les yeux, aucun cadavre de ce type en ce moment ... et c'est tant mieux...).
Certains sites recommandent de se caler par rapport à l'heure de marée basse pour circuler en utilisant une marge de 3 heures avant et/ou après. 
Pour s'aider, il existe plusieurs sites donnant les horaires des marées. Nous avons utilisé celui de Surf-Forecast.com (voir liens ci-après), pratique parce qu'il indique en temps réel, par un point rouge clairement visible sur le graphe qui dessine les marées, où on se situe exactement par rapport à la marée (ainsi qu'un compte à rebours en haut de page pour les prochaines marées, haute et basse).

4 - Respecter quelques règles de circulation :
- Conduire au plus près de l'eau où la surface est dure et au plus loin des dunes où le risque d'enlisement est le plus fort,
- La plage est considérée comme une highway où les règles de conduite habituelles s'appliquent, en particulier la limitation de vitesse à 100 km/h... Il est très tentant et assez grisant de laisser aller le pied sur le champignon mais attention, la plage est coupée les petits ruisseaux qui accidentent le terrain,
- Ralentir au niveau des ruisseaux qui sont généralement sans conséquence sur le relief mais se révèlent parfois assez traitres quand on s'y attend le moins.

5 - Repérer les accès d'entrée et de sortie de la plage sachant qu'il n'en existe que cinq plus ou moins difficiles et limité aux urgences pour celui de The Bluff. Elles sont détaillées dans le "motorist guide to 90 mile beach and Te Paki Stream" :


photo du lit de te Paki accès à 90 mile beach Nouvelle-Zélande
Au départ, dans le lit de Te Paki - ©SM

- Ruisseau de Te Paki*. C'est l'accès que nous avons pris après la visite du cap Reinga afin de parcourir la plage du nord au sud et nous caler sur les marées du jour.  La route venant du cap se termine au pied des immenses dunes de sable, utilisées comme toboggans géants pour faire des glissades (parking et location de planches possible sur place). Après le panneau d'avertissement indiquant Ninety Mile Beach, il faut s'engager dans le lit du ruisseau Te Paki dont il faut suivre le cours et "les traces" entre les dunes, avant de traverser une zone de sable sec pas évidente qui permet de rejoindre la plage (là où nous avons vu une voiture et un bus enlisés et bloqués). Un parcours de mise en bouche de 3 kilomètres représentant sans doute la partie la plus délicate du trajet du fait de la nature du terrain. Il est conseillé de traverser à petite vitesse, sans jamais s'arrêter dans le ruisseau.    


- The bluff (à Hauteur du village de Houhora). À 20 kilomètres de Te Paki, cette zone est facilement reconnaissable parce que c'est la seule section de la plage avec un espace rocheux sur la mer sur lequel on peut crapahuter et se dégourdir les jambes en regardant les vagues s'écraser. À cet endroit, il existe une route d'accès mais elle est privée et ne doit être utilisée qu'en cas d'extrême urgence sachant qu'elle nécessite par ailleurs de traverser une zone de sable sec délicate pour les véhicules inadaptés.

Photo de The Bluff à Ninety Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - The Bluff - ©SM

- Hukatere Hill (à hauteur du village de Pukenui). À 50 kilomètres de Te Paki, cet accès passe au pied d'une colline arrondie, facilement identifiable de la plage et relativement praticable.

- Waipapakauri ramp (à hauteur du village de Waipapakauri). Située à 70 kilomètres de Te Paki cette rampe goudronnée est l'accès le plus sûr à la plage, celui qu'utilisent les bus dans un sens ou l'autre. A noter que c'est aussi l'endroit de la plage qui concentre le plus de monde - tout est relatif - avec des pêcheurs, des familles qui ramassent des tuatua (coquillage local), etc.

- Ahipara. Pour aller tout au bout de la plage ... mais la sortie n'est pas la plus facile. On peut opter pour le passage au nord du village traversant une zone de sable sec difficile, heureusement courte, dans laquelle on s'enfonce même avec un 4x4 ou alors prendre le passage sud tout au bout de la plage, celui qui passe par une zone rocheuse accidentée, faisable avec de grandes roues et un chassis surélevé mais à éviter s'il est trop bas parce qu'alors ça racle de façon inquiétante.  

Photo à l'arrivée à Ahipara 90 Mile Beach Nouvelle-Zélande
90 Mile Beach - Arrivé à Ahipara - ©SM

Ainsi bien préparés, on profite dans l'isolement le plus complet de ces paysages vierges du bout du monde. La plage de Ninety Mile Beach, parfois qualifiée de "mère de toutes les plages", est un espace de liberté absolu qui laisse une impression irréelle et magique et c'est finalement là tout l'intérêt de cette excursion hors temps !

Carte de ninety mile beach nouvelle-Zélande
Source : Ahipara motorist guide to 90 mile beach and Te Paki stream

Nota :
1 - Chaque année, fin février ou début mars, la plage est envahie quand elle sert d'arène à un grand concours de pêche se déroulant sur cinq jours, le snapper bonanza. L'édition 2017 aura lieu du 14 au 18 mars. (De belles photos et vidéo à voir sur leur site) 
2 - La Ninety Mile Beach de Nouvelle-Zélande apparait dans les classements des 10 plus longues plages du monde, en général autour de la 5ème place selon les sources ...mais pour alimenter une vieille rivalité, toujours après la plage homonyme d'Australie. 

*Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
A : appartenant à (particule indiquant la possession). 
One : plage, sable, terre, sol. 
Paki : le beau temps
Roa :  long, longueur, durée, délai.
Te : le/la (déterminant singulier)
Tohe : chef du peuple Ngati Kahu, un ancêtre important qui aurait nommé plus de 100 endroits de la côte ouest lors de son dernier voyage vers le sud pour aller voir sa fille.

Sources et plus d'infos :
Horaires et table des marées pour Ninety Mile Beach (en français) - Surf-Forecast.com  ICI
Motorist guide to 90 mile beach and Te Paki Sream - Ahipara - ICI 
New name for ninety Mile Beach possible under Treaty deal - NZ Herald 18/01/2010 ICI
Iwi deal to co-manage 90 Mile Beach - NZ Herald 27/01/2012 ICI
Snapper Bonanza Surf Casting competition - ICI
The longuest beaches in the world on which to take a really, really long walk - The Hufftington Post 18/02/2014 - ICI
Explications du nom :
Wikitravel Ninety Mile Beach - ICI
Blog Backpackingmatt - New Zealand's North : Cape Reinga and 90 Mile Beach - ICI

mardi 31 janvier 2017

AUCKLAND'S DAY - Un jour férié pour Auckland !

Alors que ce week-end marque la fin de l'année du singe et le début de celle du coq de feu dans le monde asiatique, ce sont de toutes autres festivités qui étaient célébrées localement de ce côté de la planète en cette fin janvier 2017 avec l'Auckland's Day.

Source : OfficeHolidays - Jours fériés régionaux 2017

Ce jour férié "régional" appartient à un calendrier d'événements définis dans l'Holiday Act de 1981 (loi de 1981 sur les fêtes) qui reconnait à chaque localité et/ou région de Nouvelle-Zélande le droit de célébrer le jour de fondation ou de débarquement des premiers colons dans les différentes provinces coloniales. Les dates correspondantes ne sont pas fixées par la loi mais laissées à l'appréciation des différentes localités/régions si bien que le calendrier varie d'un lieu et d'une année à l'autre selon les us et coutumes, la commodité et/ou la proximité d'événements ou jours fériés saisonniers.  



Pour ce qui est du Auckland's Anniversary Day (selon son appellation complète) il est fêté chaque année le lundi le plus proche du 29 janvier, à Auckland et sa région ainsi que dans toute la partie nord de l'île du nord correspondant à l'"ancienne province d'Auckland" abolie en 1876. Dans la pratique,  outre Auckland et le Northland, la zone couvre Waikato, les régions de Bay of Plenty et Gisborne ainsi que des parties de Manawatu-Wanganui et Hawkes's Bay au nord du 39ème parallèle sud. 

Même si son exactitude a fait couler beaucoup d'encre et alimenté pas mal de débat dans le temps, la date du 29 janvier qui sert de référence commémore l'anniversaire de l'arrivée de William Hobson dans la Bay of Island en 1840 marquant les débuts de la colonie.
Hobson joua un rôle capital dans l'histoire du pays, à la fois co-auteur du traité de Waitangi et premier Gouverneur de la Nouvelle-Zélande. C'est également lui qui établit en 1842 ce jour commémoratif pour marquer le deuxième anniversaire de la colonie et initiant alors une tradition qui dure toujours, bien avant qu'elle ne soit intégrée à la loi de 1981.
 
Nous avons profité de ce week-eend de trois jours pour prendre la route du nord et nous n'avons donc pas assisté aux nombreuses manifestations qui ne manquent pas d'être organisées chaque année par la ville mais cet article ne serait pas complet sans citer au moins les courses de bateaux de tous types coordonnées sous l'égide de l'Auckland Regatta, "la plus importante du monde dans la catégorie des régates courrues sur une seule journée". 
Historiquement, ces régates figurent parmi les plus anciennes; la première édition remonte à septembre 1840, 11 ans avant la coupe de l'America, avec trois courses de deux bateaux auxquelles Hobson aurait lui-même participé, organisées pour les célébrations du baptême de la toute nouvelle ville-capitale d'Auckland. La tradition de cette première régate s'est ensuite perpétuée, intégrée aux commémorations du Auckland's Day de janvier. 
Une façon finalement assez logique de fêter l'Auckland's Day dans la City of Sails (la ville des voiles) !


Somme toute, Auckland's Day est aussi et avant tout l'occasion pour beaucoup d'Aucklanders de profiter d'un dernier pont pour prendre le large avant la fin des vacances scolaires, un peu comme le Labor Day du premier lundi de septembre aux Etats-Unis... Et cette année nous sommes chanceux, ce sera coup double parce que le 6 février tombe un lundi et qu'il nous permettra d'enchaîner avec un autre pont de trois jours à l'occasion de la fête nationale* pour bien profiter de l'été ! Vive les jours fériés !


* Fête nationale :  6 février / commémoration de la signature du traité de Waitangi en 1840
 
Nota : depuis 2011, Auckland's Day sert de référence pour l'établissement du calendrier scolaire néo-zélandais, l'année scolaire devant débuter entre Auckland's Day et le 7 février.
Alors Auckland's Day c'est parfois le dernier jour de vacances pour ceux qui bénéficient de ce jour férié mais aussi le jour de la rentrée des classes pour beaucoup d'écoliers et d'enseignants des autres régions. 

Jours fériés régionaux - Regional Holidays in New Zealand ICI
Auckland Anniversary events to watch out for - NZ Herald 28/01/2017  ICI
Auckland Anniversary Day - Wikipedia ICI
NZ Public Holiday 2017 - ICI

mercredi 25 janvier 2017

NOUVELLE-ZÉLANDE - Le bout du monde, c'est quand même loin ...

La Nouvelle-Zélande est souvent évoquée comme "le pays du bout du monde", la distance apportant une aura de mystère et d'inaccessibilité en guise d'exostisme. Et s'il est vrai que c'est une superbe destination de voyage offrant des paysages magnifiques et une formidable bouffée d'air et de liberté avec ses grands espaces, le rêve a aussi un prix pour celui qui se laisse séduire et choisit de s'y installer : celui de l'éloignement.


Détail - Table d'orientation Maungawhau - Mt Eden Auckland - ©SM

La table d'orientation de Maungawhau - Mont Eden indique des distances séparant Auckland d'autres villes du monde en affichant 18'550 km pour Paris. 
Alors quand on sait que la plus grande longueur terrestre est celle de l'équateur avec 40'075 km et que la plus grande distance séparant deux points sera au maximum de la moitié, c'est-à-dire plus ou moins 20'000 km, on y est presque !




Du reste, ce n'est pas sorcier, il suffit de se pencher sur un globe et de le faire tourner en imaginant l'axe passant par la France dans l'hémisphère nord pour ressortir à l'endroit diamétralement opposé dans l'hémisphère sud pour constater que la Nouvelle-Zélande est quasiment à l'antipode. Deux communes françaises* sont d'ailleurs officiellement diamétralement reliées à deux îles proches de la Nouvelle-Zélande et appartiennent au club très fermé des "4% de la surface du globe qui possède des points antipodaux situés tous les deux sur des terres émergées".
À l'inverse, on peut noter que l'antipode d'Auckland est situé en Espagne, à  Séville l'Andalouse, distante de 19'926 km.

Source wikipedia common - Cartes superposées inversées / superposition des antipodes
De France il est donc difficile de faire plus loin que la Nouvelle-Zélande et alors qu'il est facile de comprendre la notion d'antipode d'un point de vue théorique, ce n'est toutefois qu'une fois sur place qu'on réalise vraiment l'ampleur de ce qu'il représente, de façon très pratique quand en plus il faut cumuler :

- des saisons inversées ... ça c'est plutôt rigolo d'autant qu'en s'organisant bien on peut profiter de deux étés, skier en été (français) ou passer Noël à la plage pendant l'hiver (français),     

- 12 heures de décalage ... ça c'est déjà moins commode : quand la journée commence en France, elle se termine en Nouvelle-Zélande et quand elle s'achève en France, c'est déjà le lendemain chez les kiwis qui ont toujours un temps d'avance, le pays se positionnant juste après la ligne de changement de date,  

- 24 heures de vols au moins, en deux étapes minimum, sans compter les temps d'escales pour voyager d'Auckland à Paris (ou inversement) ... ça c'est déjà plus héroïque et du lourd ... parce qu'en pratique, on peut difficilement passer sous la barre des 28 heures de voyage sachant qu'il faut encore ajouter plusieurs heures à ce temps minimum pour peu qu'il faille se connecter à un point en province à l'arrivée et/ou au départ.

Le voyage est non seulement long (très long) et donc fatiguant mais il peut aussi se révéler extrêment coûteux quand on ne peut le programmer des mois à l'avance parce que la Nouvelle-Zélande n'est pas située sur les grands axes commerciaux où la concurrence et les volumes permettent de jouer sur le prix des vols.

La destination se révèle donc idéale pour ceux qui ont du temps ou qui cherchent à prende la tangente en maximisant le nombre de kilomètres avec la France mais il faut avoir conscience que les choses peuvent se compliquer une fois installés sur place lorsqu'une urgence survient et qu'il faut rentrer au plus vite, parce qu'alors le bout du monde c'est loin ... vraiment très très loin !


* Alzon/Gard antipode de Waitangi/île de Chatham au large de la Nouvelle-Zélande
   et Bouillé-Ménard/Maine-et-Loire antipode des îles Bounty appartenant à la Nouvelle-Zélande
   (source wikipédia / Point antipodal  ICI)

jeudi 12 janvier 2017

AEROPORT D'AUCKLAND / Jean Batten terminal : c'est quoi l'avion au plafond ?

Avec les fêtes de fin d'année, les occasions de se rendre au terminal international de l'aéroport d'Auckland se sont enchaînées et à force de patienter dans le hall des arrivées j'ai commencé à m'intéresser aux détails des éléments du décors, en particulier l'avion années 1930 suspendu au plafond avec cette question inscrite au mur pour interpeler les visiteurs :
 "pourquoi y-a-t-il un avion suspendu au plafond ?"

Percival Gull Monoplane de Jean batten - Aéroport Auckland - Arrivées Internationales - ©SM

La réponse ?

On la trouve sur le mur le plus proche de l'avion et la balustrade vitrée située à l'étage d'où l'on peut voir l'antique machine volante d'un peu plus près ... 
Le mur affiche un grand portrait de Jean Batten avec les mentions "1909-1982" et "World-famous New Zealand Aviatrix" (aviatrice mondialement connue).
Jean Batten ? A vrai dire, je n'en avais jamais entendu parler avant de m'installer à Auckland début novembre 2016 mais je me rattrape depuis car elle n'arrête pas de se manifester, dans différents contextes :
1 - D'abord au terminal international de l'aéroport qui porte son nom,
2 - ensuite lors du Auckland free Walking tour qui passait par la place portant son nom au pied d'un immeuble où elle a vécu, le guide nous a parlé de cette conquérante du ciel qui fait la fierté du pays,
3 - enfin, c'est moins "glamour", lors de la visite du Howick Historical Village qui présente des toilettes ayant appartenu à sa famille (oui, les toilettes, la petite cabine en bois qu'on plaçait autrefois au fond des jardins) ... mais ça prouve bien que quand on a une héroïne nationale on essaye de s'en approprier un bout quitte à la caser à n'importe qu'elle sauce ...


©SM


Quant à la balustrade surplombant le hall des arrivées, elle présente une sorte de frise chronologique sur la vie, les exploits et les caractéristiques de l'avion le plus important pour les conquêtes de Jean Batten.
C'est une sorte de jeu de piste éducatif dans l'aéroport, pas mal fait et dont l'idée est plutôt bonne, à deux réserves près :
- le manque de lisibilité des informations placées sur les vitres, 
- leur accessibilité restrainte du fait des tables du food-court qui s'y collent,
avec au final,
peu d'adeptes à ce petit jeu,
on ne vient pas à l'aéroport pour ça !



Il n'en reste pas moins que Jean Batten est une icône nationale, une femme qui a su se faire une place dans un monde d'hommes en battant ou en établissant de nombreux records de vols faisant d'elle une personnalité mondialement connue des années 1930 et à la suite desquels elle a reçu moultes distinctions honorifiques.

Statue de Jean Batten - Aéroport d'Auckland - ©SM

À son actif :

- En 1934 : vol en solo de l'Angleterre à l'Australie en 14 jours et 22 heures avec un Gipsy Moth (elle bat de plus de 4 jours le précédent record détenu par Amy Johnson, une aviatrice anglaise)

- En 1935 : vol Australie- Angleterre en 17 jours, première femme à effectuer ce "vol retour".

- En 1935 : record du monde Angleterre-Brésil, Jean Batten parcoure 5'000 miles en 61 heures avec le Percival Gull. Cet exploit établi également le record de vitesse de la traversée de l'Atlantique sud et permet d'inscrire la première femme à la liste des pilotes ayant réalisé la liaison aérienne Anleterre-Amérique du sud. Pour cette performance, elle est honorée de l'Ordre national de la Croix du Sud, première personne autre qu'un membre de la famille royale à être ainsi distinguée.

- En 1936 : elle est le tout premier pilote à avoir effectué le vol solo direct Angleterre-Nouvelle-Zélande (Auckland) soit 14'224 miles en 11 jours et 43 minutes avec son Percival Gull. C'est sans doute l'exploit qui reste le plus connu et le plus cher au coeur des néo-zélandais. Au passage, ce vol permis d'établir un nouveau record de vitesse pour la traversée Australie-Nouvelle-Zélande en 10 heures 30 minutes.
Son exploit fut honoré par les Maori de Roturoa, sa ville natale : ils lui donnèrent le nom d'Hine-o-te-Rangi (Fille du ciel) et lui offrirent une cape de plumes de chef. Elle fut également nommée Commandeur de l'ordre de l'Empire Britannique (CBE) et reçu la croix de chevalier de la Légion d'honneur française.

- En 1938, elle est la première femme à recevoir la médaille de la Fédération aéronatique internationale, la plus haute distinction de l'aviation.

Timbre de 1990, série "heritage"/"achievers" émise pour les 150 ans de la Nouvelle-Zélande
Toujours encouragée et soutenue par sa mère, Jean Batten était une femme douée, engagée, passionnée et volontaire qui a marqué son époque et l'histoire de l'aviation jusqu'à ce que la deuxième guerre mondiale change la donne et mette un terme à l'époque des pionniers du ciel.
Surnommée la "Garbo du ciel" par Ian Mackersey dans la biographie qu'il lui consacre, sa vie ferait un formidable roman balisé par les deux guerres mondiales, marqué par l'aventure et les voyages avec un volet amoureux jalonné de fiançailles mais jamais de mariage, une séductrice qui utilisait ses conquêtes pour servir ses desseins et obtenir le financement de ses cours de pilotage et de ses avions ... une pionnière du sponsoring aussi qui après la célébrité et la mort de sa mère en 1966, connu une fin de vie solitaire et une mort tragique, inhumée dans l'anonymat le plus complet au coeur d'une fosse commune des Baléares où elle repose.

Cette héroïne nationale a contribué à placer la Nouvelle-Zélande sur la carte du monde à son époque mais elle pourrait aussi illustrer le côté progressiste de son pays où les pionnières ont su très tôt s'imposer, se faire entendre et prendre leur place (la Nouvelle-Zélande est par exemple le premier pays à avoir accordé le droit de vote aux femmes, dès 1893)...

... Bref, une sacrée nana sur laquelle l'avion pendu de l'aéroport d'Auckland cherche à attirer l'attention et rappeler les exploits malgré l'indifférence ambiante ! 

15 septembre 2016 - Doodle Google pour le 107ème anniversaire de Jean Batten
Nota :
Le livre My Life de Jean Batten, publié en 1938 chez George G. Harrap & Company Limited est disponible en anglais, en version digitale sur le site de l'université Victoria de Wellington. Un témoignage accessible et une narration linéaire assez factuelle évoquant notamment les conditions des vols qui suivaient des  repères terrestres, passaient par l'enregistrement dans des stations de l'empire britannique, le tout avec des instruments et des moyens relativement rudimentaires.

Aujourd'hui dans mon petit lexique Maori - Français :
Hine : fille
Rangi : ciel, jour

Sources et plus d'infos :
Biographie Jean Batten - Te Ara - ICI
My Life de Jean Batten - Version digitale - Victoria University of Wellington - ICI
Jean Batten, "la fille du ciel" - page 114 / Portraits légendaires d'aviateurs, Hervé Gouinguenet ICI
Jean Batten Doodle - ICI

mardi 10 janvier 2017

KAURIS MENACÉS - Prière de s'essuyer les pieds avant d'entrer dans la forêt ...

Dans le plus grand parc régional d'Auckland, à Waitakere Ranges, les visiteurs sont priés de s'essuyer les pieds avant d'entrer dans la forêt afin de protéger les kauris, des arbres menacés ...

Waitakere Range Regional Park - ©SM

Pour les Maori, le kauri géant était le roi des forêts de Nouvelle-Zélande, un arbre endémique aujourd'hui menacé qui couvrait autrefois toute la latitude du 38º parallèle sud dans l'île du nord : la région d'Auckland, la péninsule de Coromandel et le Northland. Dans la famille des conifères, ce lointain cousin du séquoia appartient au club des arbres les plus grands et les plus vieux de la planète, capable de vivre plus de 1'000 ans et de produire un tronc de plus de 2 mètres de diamètre. Un tronc habituellement long, droit et blanc-grisâtre. Ses feuilles sont longues et vertes (couleur bronze pour un jeune arbre) et pour se reproduire, l'arbre produit des pommes de pins mâles (pollen) ou femelles (graînes).         

Kauri / Waitakere Range Regional Park - ©SM
Le kauri, Agathis Australis de son nom savant, vit dans des forêts mixtes avec d'autres espèces d'arbres. À maturité, il domine la canopée  et est parfois entièrement couvert de lianes; il est indispendable à certaines espèces de fougères, d'orchidées, de buissons et d'herbes qui ne vivent que sous son couvert. Le kauri pousse sur des sols pauvres sans rivaliser avec les arbres nécessitant des conditions plus fertiles.

Les Maori valorisaient les kauris pour leur taille et leur sève mais pour le bois, ils préféraient utiliser d'autres arbres alors que les européens les ont immédiatemment adoptés pour les mats des voiliers, la construction navale et courante. Surexploitées, les forêts se sont alors rapidement éclaircies et les zones survivantes ne doivent souvent leur salut qu'à leur inaccessibilité. Espèce menacée, le kauri est un arbre aujourd'hui scrupuleusement surveillé, protégé et il fait l'objet de programmes de replantations.       


Malheureusement une autre menace guette ces kauris : la maladie du dépérissement (dieback disease). Causée par une sorte de champignon dont les spores attaquent l'arbre par les racines, endommageant d'abord les tissus qui transportent les éléments nutritifs entrainant ensuite le jaunissiment des feuilles qui tombent, l'éclaircissement de la canopée, la mort des branches et des lésions à la base de l'arbre avec perte de résine jusquà ce que l'arbre n'y resiste plus et finisse par succomber. 
Observée pour la première fois dans les années 1970 sur l'île de Great Barrier au large d'Auckland, la maladie a été formellement identifiée en 2008 mais il n'existe aucun moyen de la traiter pour l'instant. Déjà présente dans plusieurs forêts de Nouvelle-Zélande, notamment dans le parc régional de Waitakere Range, elle se propage par le sol et les racines et des mesures sont prises pour essayer de contenir l'épidémie en informant le public et en l'invitant à participer à la prévention par :
- Des brochures et des panneaux d'information,
- la fermeture de certains sentiers de randonnées,
- des instructions et du matériel (paillassons, brosses, sprays desinfectants) pour que les marcheurs du dimanche et les randonneurs nettoient leurs chaussures AVANT d'entrer dans les forêts, qu'ils ne sortent pas des chemins et qu'ils nettoient encore une fois leurs chaussures en sortant...


Alors il ne faut pas trop s'étonner du travail de la "biosécurité" qui veille un peu obsessionnellement au maintien de la biodiversité de Nouvelle-Zélande, le visiteur est prié de montrer pate blanche en passant la douane et de faire ensuite comme tout le monde : s'essuyer les pieds en entrant et en sortant des forêts de kauris, des gestes simples pour essayer de contribuer à sauver ces arbres vénérables... 

En jaune, les forêts touchées - ©SM
©SM














Station de nettoyage à l'entrée d'un sentier - ©SM










Sources et plus d'infos :
Kauri - Te Ara encyclopedia of New Zealand - ICI
Auckland Council - Biosecurity - Kauri Dieback Disease - ICI